LETTRE DE M. REED AU BARON GROS
Outre rintenlion de connaître quels étaient les pouvoirs dont T'an disposait, je me proposais un autre objet dans l'entrevue d'hier. Je voulais tâcher de savoir, si cela était possible, sur quels points il consentirait à négocier, même dans la limite restreinte de ses pouvoirs, semblables à ceux dont Ki-Ying était revêtu.
En déclarant bien nettement que ma conversation n'était uniquement qu'une enquête préliminaire, je suis arrivé facilement aux conséquences suivantes.
Quant à la résidence d'un ministre à Pe-King, à une visite périodique, ou à tout autre accès personnel des Représentants étrangers près de la Cour ; quant à l'ouverture des rivières et des marchés intérieurs de la Chine, — un refus absolu a été donné, sans qu'on veuille même discuter ces questions.
Les points sur lesquels ils consentent à discuter, et qui pourront, je crois, entrer dans un traité sont les suivants ; correspondance directe avec le Conseil Privé par communications cachetées ; ces communications seront reçues sur le pied de l'égalité, et on y répondra de même ; en un mot, le droit de correspondance directe. 2° L'ouverture immédiate et léga'le de tous les ports dans lesquels il se fait un commerce irrégulier, et dont les noms suivent : Swatow, Chinchu [Ts'iouen-tcheou] , Tai-wan, Tang-chan, Wen tcheou et Tch'a-p'ou. Je crois que l'on pourrait obtenir aussi une modification dans les droits de douane : mais je n'ai demandé aucun détail, n'ayant voulu que m'assurer d'une manière générale quels étaient les points sur lesquels ils consentiraient à négocier plus tard.
Un autre incident a pris place dans cette entrevue : je veux parler du mode de réception de la lettre du Président des États- Unis par la Cour de Pe-King. J'ai refusé de la remettre au Commissaire Impérial, jusqu'à ce que j'aie vu le décret de l'Empereur qui y est relatif. On m'a promis de me l'envoyer, et, ce matin, en effet, je l'ai reçu. Je vous en envoie une copie, et je puis assurer qu'il n'est satisfaisant en aucune manière.
Je me suis occupé aussi des réclamations des citoyens des États-Unis, et j'ai demandé aux Commissaires s'ils étaient autorisés à discuter sur ce point. Ils ont reconnu qu'ils avaient les pouvoirs nécessaires et qu'ils consentiraient à en parler : mais ma conviction est qu'il ne sera pas fait droit à ces réclamations, bien qu'elles soient posées d'une manière générale, et qu'elles ne s'élèvent qu'à un chiffre modéré. Ma conviction sur ce point est si profonde, que mon intention est, le plus promptement possible, de demander à ce sujet de nouvelles instructions à mon Gouvernement.
J'envoieà V. E. une copie de la note que je me propose d'adresser demain aux Gommissaii^es Impériaux. V. E. y verra la décision que j'ai cru devoir prendre, et j'ai tout lieu de croire que cet effort incidentel de ma part pour amener ces fonctionnaires chinois à la raison, effort émané d'une personne qu'ils considèrent comme un ami, ne sera pas sans produire quelques bons résultats. Quels qu'ils soient dans l'avenir, j'aurai du moins la conscience d'avoir fait mon possible pour reculer le jour fatal du conflit, et pour rendre plus manifeste au Gouvernement chinois que c'est lui qui m'a obligé à me réconcilier avec les événements qui se préparent.
J'ai eu l'honneur de recevoir ce matin la lettre de V. E., sous la date du lo mai ; je vous en remercie, et j'éprouve vivement de mon côté les sentiments bienveillants qu'elle exprime.
J'ai rhonneur, etc.
(Sig.) W.-B. Reed*.
Aussi désappointé en mai i858 qu'en novembre 1867 dans ses pourparlers, le 1 1 mai, M. Reed adressa à T'an une dépêche pour lui faire connaître qu'il ne lui était plus possible de faire de nouvelles tentatives de négociation et que son zèle de médiateur avait perdu des chances de succès, par suite du mauvais vouloir des autorités chinoises à son égard, et qu'il allait en référer à son Gouvernement pour demander de nouvelles instructions.
M. REED A t'an, II MAI l858
Le Soussigné envoyé extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire des Etats-Unis, fait la communication suivante à S. E. T'an, &c. :
Il la fait avec un sincère regret parce qu'elle est l'attestation d'une conviction acquise petit à petit, que les hautes autorités du Gouvernement chinois ne veulent ni accorder ce que réclament les exigences internationales ni rendre aux États-Unis la justice qui est due à une amitié si ancienne déjà.
Le Soussigné a clairement démontré à LL. EE. toute l'importance qu'il attache à l'envoi régulier et à l'accusé de réception