‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 241 sur 285 · I . Pour copie conforme, sign. 8°" Gros · texte numérisé non relu

I . Pour copie conforme, sign. 8°" Gros

a. [La Mitraille], « ayant engagé son hélice dans un filet de pécheur, demeura un demi-quart d'heure exposée sans défense au feu de Tennemi. Elle a été criblée de boulets dans sa coque, dans sa machine, dans son grément. Onze hommes ont été blessés abord ; M. Bideau, jeune enseigne de vingt ans, a eu la tète emportée par un boulet; le commissaire est tombé foudroyé par un autre boulet qui, traversant le bâtiment de part en part, a passé au-dessus de sa tète sans le toucher, lui enlevant seulement sa oasquette. h* Avalanche n'a rien éprouvé. A bord de la Dragonne, un élève, M. Baratier, a été coupé en deux et lancé à la mer; son sabre seul est resté sur le ponL Le second de la Fusée, M. Porquet, a été également coupé en deux. M. Régnault, qui, des hunes, commandait les francs-tireurs, a été blessé d'une balle dans la joue. Nous -avons eu en tout quatre officiers tués et une trentaine de matelots blessés ». (Marquis de Mbges, p. 198.)

la proposition d'admettre temporairement les agents diplomatiques étrangers dans Pe-King. A midi, les drapeaux français et anglais flottaient sur les forts : toute Tartillerie des forts composée, dit-on, de plus de i5o pièces, dont quelques -unes en bronze et d'un fort calibre furent enclouées et les officiers et les soldats furent logés sous la tente et dans les maisons abandonnées à la hâte parles mandarins qui se croyaient dans une position inexpugnable ^

Un rapport adressé à Pe-King à l'Empereur sur les événements du Pei-ho, lui annonçait que les Barbares, ayant attaqué les forts de Ta-Kou, avaient été facilement exterminés ; mais qu'une forte marée étant survenue ensuite, elle avait détruit de fond en comble ces mêmes forts dans les débris desquels quelques Barbares sont venus chercher asile I

La veille de la prise des forts, le baron Gros avait fait part -aux Plénipotentiaires russe et américain des intentions des Alliés :

I. Lord Ëlgin écrivait : « May 2ist.., I hâve spent during the last three weeks the worst time I hâve passed since 1849» and really I hâve not been capable of writing. The forts were taken yesterday. The Ghinese had had several weefcs to prépare, and iheir moral was greally raised by our hésitations and delays. The poor fellows even stood at their guns and fired away pretty sleadily. But as they hardly ever hit, it is of very Utile conséquence how much they fire. As soon as our men landcd they ■abandoned the forts and ran o(f in ail directions. We hâve hardly had any loss, I believc ; but the French, who blundcred a good deal with their gunboats, and then contrived to get blown up by setting fire to a powder magazine, bave sufTered pretty severely. l fancy that we bave got almost ail the artillery which the Ghinese Empire possesses in tbis quarter... This aOair of yesterday, in a strategical point of view, was a much more creditable aOair than the taking of Ganton. Our gunboats and men appear to bave done well, and thougb they were opposed to poor Iroops, still they were troops, and not crowds of women and children, who were the victims of the bombardment at Ganton. » (Walrond, p. 3^8.)

LE BARON GROS AU COMTE POUTIATINE

A bord de V Audacieuse, \e 19 mai i858.

Monsieur le Comte,

J*ai reçu avant-hier dans la journée la communication que V. E. m*a fait Thonneur de m'adresser pour me faire connaître que TEmpereur de la Chine avait rejeté la proposition qui lui avait été faite d'admettre temporairement des agents diplomatiques étrangers dans Pe-King, et cette fâcheuse détermination qui, ainsi que V. E. me le dit, prouve que le Gouvernement chinois est encore loin de comprendre la position périlleuse dans laquelle il se trouve, ne m*est pas moins pénible qu'à V. E.

Nous avons cru cependant, Lord Elgin et moi, que toute tentative d'arrangement ne devait pas être encore abandonnée. Les instructions de mon Gouvernement m'autorisent, si je le juge opportun, à remonter de concert avec mes honorables collègues, aussi haut dans la rivière de Pei-ho que la navigabilité de ses eaux me le permettra, et résolu à ne plus perdre un instant, j'enverrai demain matin aux Commissaires Impériaux la dépêche, dont je joins ici une copie pour V. E. Elle lui fera connaître la marche que nous croyons devoir su ivre Lord Elgin et moi et dont nous avons parlé à V. E. pendant la conférence fortuite qui a eu lieu hier à bord de V Audacieuse entre les quatre Plénipotentiaires, ce qui permettra à V. E. de prendre telle détermination qui lui paraîtra convenable. V. E. comprendra facilement que l'occupation des forts qui commandent l'entrée de la rivière, soit qu'on puisse s'y établir à l'amiable du consentement des autorités chinoises auxquelles on le demandera, soit qu'il faille les prendre par suite d'un refus, est une opération préliminaire indispensable avant de remonter plus haut. 11 ne serait pas possible de pénétrer dans la rivière en laissant derrière soi une porte qu'il serait si facile de fermer. Une sommation des Amiraux sera donc remise à T'an en même temps que ma dépêche et un très court espace de temps sera accordé pour recevoir une réponse. Je joins ici une copie de cette sommation.

Ces voyages de Canton à Ghang-Haï, de Chang-Haï au Peï-Ho

I. Cette lettre a été aussi envoyée à M. Reed, après en avoir éliminé ce qui était personnel au Commissaire Impérial russe.

BAHON GROS 3-jS

et da PeI~Ho plus loin sont autant de pas, dont chacun nous rapproclie de la capitale, et ajoute ains^ à la pression que nous cherchons à exercer sur le Gouvernemertl chinois. Cette marche en avant finira peut-être par lui ouvrir les yeux sur les dangers qui le menacent, et dont toute la responsabilité doit rctomher sur lui s'il persiste dans son aveuglement. J'avoue cependant h V. E. que je le désire plus que je ne l'espère.

Quoiqu'il en soit, et quoiqu'il arrive, permettez-moi, M. le Comte, de vous remercier sincèrement des efforts que vous avez faits pour ramener à la raison les autorités chinoises dont l'orgueil, l'ignorance et la stupidité me confondent. Je n'ai pas manqué, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, de faire connaître' au Gouvernement de l'Empereur l'appui que V. E. a donné b. la mission commune que nous avons à remplir, et que la position exceptionnelle où Elle se trouve vis-à-vis des autorités locales, pouvait rendre si utile, si la force n'était pas. je le crains bien, le seul langage qu'il soit possible de leur tenir avec succès.

Veuillez agréer, etc.

(Sig.) Baron Gros.

Le comte Poutiatine répondit en ces termes :

LE COMTE POUTIATINE AU BARON GBOS

le Baron.

Je viens de recevoir la dépêche datée d'aujourd'hui que V. E. m'a fait l'honneur de m'adrcsser et je m'empresse de lui exprimer la parfaite conformité des vues et des sentiments qu'elle contient avec les miens.

J'ai déjà eu l'honneur de dire à V. E.. ainsi qu'à S. E. Lord Elgin, que je suis prêta remonter de concert avec Elles, la rivière Peï-ho, mes instructions m'autorlsant à le faire, et, en me rapprochant davantage delà capitale, à continuer de prêter mon appui moral pour contribuer à un arrangement pacifique des affaires présentes en Chine,

V. E. m'écrit qu'Ello a jugé bon de faire connaître au H.ii-it Gouvernement de Sa Majesté l'Empereur des Français les efforts que j'ai tentés pour engager les autorités chinoises à ne pas refuser d'une manière insensée de faire des concessions qui ne pourraient qu'être d'une utilité universelle et réciproque. Je n'ai pas

besoin de vous dire, M. le Baron, quel grand prix j'attache à une pareille démarche, et je vous en remercie bien sincèrement; toutefois, je suis obligé d'ajouter que V. E. est trop indulgente envers moi, en ne voulant considérer que les intentions qui m'ont engagé à agir ainsi, plutôt que l'inefficacité et l'impuissance de mes efTorts.

Je vous prie, etc.

(Sig.) Comte Poutiatine.

La réponse du ministre américain marquait le désir de celuici de continuer sa coopération pacifique :

Légation des États-Unis, Minnesota, 19 mai i858.

Monsieur le Baron,

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre dépêche de ce jour, ainsi que de ses annexes, et je regrette profondément avec V. E., la nécessité dans laquelle vous êtes d'adopter la marche que vous m'indiquez. Je profite de cette occasion pour renouveler à V. E., l'assurance de la conviction où je me trouve qu'elle désire sincèrement agir toujours avec modération dans ses rapports avec le Gouvernement chinois ; et, si les hostilités peuvent encore être évitées, ainsi que nous l'espérons tous, je serai très heureux de me joindre à V. E. dans un appel nouveau, et fait encore de plus près à la Cour de Pe-King, et de continuer ainsi cette coopération pacifique qui est dans les vœux de mon Gouvernement, et qui, je n'ai pas besoin de le dire, est si agréable pour moi.

J'ai l'honneur, etc.

(Sig.) W.-B. Rééd.

A la suite de la prise des forts, l'amiral Rigault de Genouilly fit part officiellement de ce fait d'armes au baron Gros dans la dépêche suivante :

l'amiral RIGAULT DE GENOUILLY AU BARON GROS

A bord de V Avalanche, dans le Peï-ho»

le ai mai i858.

Monsieur le Baron,

J'ai l'honneur de vous annoncer le plein succès de l'attaque

L*AMinAL RIGAULT DE GENOUILLT AU BARON GROS 876

opérée hier par les forces combinées de la France et de l'Angleterre contre les forts et les batteries qui défendaient Tembouchure du Peï-ho. Le feu des 4 canonnières françaises et des deux canonnières anglaises d*attaque a été admirable de vivacité et de précision, et a laissé peu à faire aux Compagnies de débarquement qui se sont élancées dans la vase avec leur entrain accoutumé, et ont, en peu d'instants, chassé l'ennemi. Aussitôt après avoir concerté avec M. l'Amiral Seymour les dispositions de défense, nous nous sommes réembarqués sur le Slaney, qui a porté nos deux pavillons dans le combat, et nous avons poussé dans le haut de la rivière, jusqu'à l'extrémité du village de Takou, où nous avons trouvé un barrage formé par des jonques. Ce barrage, que nous fîmes garder par la Fusée et la Dragonne et deux canonnières anglaises, forme une ligne de défense contre les brûlots qu'on pourrait faire descendre de la partie supérieure du fleuve. Nous avons détruit hier une cinquantaine de ces engins lancés contre nos bâtiments au moment de l'attaque.

Nos pertes s'élèvent dans la division et le Corps expéditionnaire français à 4 officiers et quelques matelots tués par le feu de l'ennemi. L'explosion d'une poudrière, peu de moments après la prise des forts, nous a causé des pertes douloureuses, dont je ne connais pas encore exactement le chifi're ; mais 8 ou lo hommes ont disparu, et nous comptons une quarantaine de blessés, doat plusieurs très gravement atteints et en danger de mort par suite de cet accident ' .

I . « Au moment où les compagnies de débarquement et les pionniers entraient dans Tun des forts, une poudrière chinoise a pris feu, et a lancé en l'air une cinquantaine de nos hommes et plusieurs officiers. Quelquesuns ont été tués sur le coup, la plupart ont eu de cruelles brûlures. Je les ai vu porter à bord de la Durance ; c'était un horrible spectacle que toutes ces mains et toutes ces figures brûlées. Neuf sont morts des suites de leurs souffrances, et, après une courte prière de notre aumônier, ils ont été jetés à la mer au fond du golfe de Péchéli. Nous avons eu la douleur de perdre ainsi M. de Gardanne, le petit-fîls du célèbre ambassadeur en Perse, et l'un de nos élèves de V Audacieuse. Rapporté à bord, et entouré des soins affectueux de ses camarades, il n'a survécu que peu d'heures à la journée du 20 mai. » (Marquis de Moges, p. aoo.)

« We were startled by an explosion... A crowd of French sailors rushed wounded and panicstricken out of the falling buildings ; some ôf them, tortured beyond endurance by the horrible agony, threw themselves headlong over the glacis into the ditch at the base. One of thèse wretched suQerers I observed scramble out upon the opposite bank, after rolling in the marshy pool, and though blackened to a degree which

Nous n'avons reçu aucune communication des Chinois. Les prisonniers estiment qu'il y avait en tout ^ k S 000 hommes de troupes, appelées à la défense des ouvrages des deux rives. Le village de Ta-kou était hier à peu près désert.

Nous allons aujourd'hui concerter avec M. l'Amiral Seymour les dispositions nécessaires pour remonter au delà de Ta-kou. On aperçoit dans le lointain des barrages analogues à celui que nous avons rencontré en amont de ce village.

Veuillez, etc.

(Sig.) Le C. Amiral G' en chef,

RiGAULT DE GeNOUILLY.

« Nous saurons sous peu de jours, écrivait le baron Gros le 21 mai, l'effet qu'aura produit sur l'Empereur le coup terrible porté à ses armes alors qu'il ignorait, dit-on, que les barbares fussent même dans le Pe Tche-li, et si, sans perdre un instant, les Amiraux peuvent s'avancer encore, nous aurons des chances de succès dont il faudrait profiter.

« Dans le cas où les mandarins nous opposeraient celte force d'inertie contre laquelle nous sommes impuissants avec les faibles moyens dont nous pouvons disposer, il ne nous resterait plus d'autre alternative que de mettre entre les mains des autorités chinoises le projet de traité que nous avons préparé d'avance, et nous leur déclarerions que nous viendrions dans quelques mois leur demander une réponse. Nous aurions le temps. Lord Elgin et moi, d'aller au Japon, ce qui nous permettrait d'attendre les instructions que nous enverrions probablement demander à nos gouvernements respectifs. »

gave him more the appearance of a cinder than a man, shout witli characteristic vivacity, « Vive l'Empereur I Vive la France I » as he feebly waved his cap over his head. » (L. Oliphant, I, p. 3oi.)

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