‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 256 sur 285 · ENTREVUE DE M. REED, J JUIS · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE M. REED, J JUIS

L'entrevue a été ouverte par les présentations et les compliments d'usage échangés cnirc les parties.

M. Reed a dit alors qu'il était disposé k faire connaître sl> vues et ses vœux sur l'état actuel des relations qui existent enin le Gouvernement des Etats-Unis et la Chine, mais qu'il désirail avant tout voir les lettres de créance des Commissaires chinois. et que dans le cas où il les trouverait satisfaisantes, II désirait continuer les négociations qui avaient été interrompues à Ta-Kou

SgS aruivée des commissaires impériaux a tien-tsin

le 19 du mois dernier. Kouei-liang a retire alors d'une boîte placée auprès de lui le décret rendu par le Conseil général et Ta montré comme étant les pouvoirs que lui et son collègue avaient reçus, et ils en ont en même temps remis une copie à M. Reed qui leur a donné en échange .une copie de ses pleins pouvoirs.

Les circonstances et le but que se propose d'atteindre le Ministre américain en venant à Tien-tsin ont été alors succinctement exposés, leur nature est toute pacifique, et l'intention de son Gouvernement n'est pas de traiter la Chine avec rigueur. La constitution des États-Unis défend absolument l'acquisition de territoire pour l'établissement de colonies sur le sol étranger, de telle sorte que même s'il était disposé à acquérir des colonies ce qui n'est pas, elles ne pourraient pas être conservées. En outre les Etats-Unis verraient avec un vif regret l'occupation de nouvelles parties du territoire de la Chine par l'une des Puissances européennes, et il a les assurances les plus positives, que le désir d'une occupation de cette nature n'est pas dans les vues des Puissances, mais il prévient les Hauts Commissaires que cette résolution pourrait changer par suite des exigences de la guerre, et il les supplie d'employer leur influence pour amener une prompte pacification. Elle ne peut être obtenue que par des concessions. Il se peut que l'efïicacité de ses bons offices ou de sa médiation ait été méconnue par les Chinois, mais quelle qu'elle soit elle est maintenant annulée, et les Chinois ne doivent plus compter sur cette médiation. En ce moment et plus tard ensuite, les Commissaires ont exprimé le vœu que le Ministre américain voulût bien rester encore.

M. Reed a rappelé alors son arrivée en Chine, et les lettres qu'il a écrites au premier ministre Yu (dont aucune n'a reçu de réponse) et il a parlé de la résolution qu'il avait prise de ne plus retourner a Canton ou dans le voisinage, ni de permettre que la Légation fut établie en permanence dans le Sud de la Chine. Il a dit qu'il était arrivé à l'embouchure du Pei-ho et qu'il avait regretté que ses efforts pour persuader les Commissaires Impériaux T'an. etc. de se rendre aux demandes raisonnables des Alliés aient été infructueux ! Il a ajouté en finissant qu'il avait apporté avec lui un projet de traité qu'il désirait discuter avec eux soit directement, soit par l'entremise d'agents d'un rang égal qui suivraient la discussion jour par jour, la première réunion devant avoir lieu demain.

Les Commissaires ont pris ces demandes en considération et y ont donné chacun leur adhésion. Quant à la dernière proposition,

ENTREVUE DE M. REED SqQ

Kouei-liang a préféré faire discuter les détails par des subordonnés qui se réuniraient chaque jour jusqu'à la fin. M. Reed a nommé M. Williams et Koueï-liang, Chang, officier d'un rang élevé, alors présent, et une entrevue a été convenue pour demain, les envoyés des deux nations devant se réunir une seconde fois le vendredi ii de ce mois.

Lorsqu'on a demandé dans quel lieu ces conférences d'affaires pourraient avoir lieu, Kouei-liang a répondu qu'à Pe-King, il aurait le choix de plusieurs édifices publics, mais qu'ici, à cause de la confusion et des alarmes, il n'était pas possible d'avoir un lieu bien plus convenable que celui dans lequel on se trouvait.

L'entrevue s'est terminée par quelques paroles échangées au sujet de la réponse à la lettre du Président que Koueï-liang a assuré à M. Reed devoir être remise, bien qu'il ne pût pas lui assurer à quelle époque, attendu que cette affaire était encore entre les mains du Gouverneur Général. Le projet de traité a été alors remis aux Commissaires, et l'Assemblée s'est séparée de la manière la plus courtoise.

Note. 8 juin. — Une communication faite par T'an contient une copie d'un décret impérial annonçant qu'une réponse à la lettre du Président a été envoyée*.

Deux jours après leur entrevue avec lord Elgin, les Commissaires Impériaux lui demandèrent d'envoyer auprès d'eux l'un de ses interprètes, M. Lay, Commissaire anglais de la douane chinoise à Chang-Haï.

Pendant trois jours de suite, M. Lay alla discuter longuement avec les Commissaires Impériaux au sujet des concessions que les alliés demandaient qu'on leur fasse. Le premier jour, les Chinois parurent céder sur quelques points ; le lendemain, ils se rétractèrent, et enfin, pressés par M. Lay de mettre leurs propositions par écrit, ils éludèrent toujours la question, jusqu'au momeut où M. Lay, ayant, dit-il, perdu toute patience, et obéissant aux ordres qu'il avait reçus, les traita durement et les menaça au nom de lord Elgin de recommencer immédiatement les hostilités et de faire mar-

Page 1