LE TRAITÉ RUSSE
expédition qui devait descendre le fleuve Amour ; le 1 8 mai i854, la mission russe entra dans les eaux du grand fleuve ; elle se composait du vapeur A rgroun et de 76 barques diverses portant des vivres et des provisions pour les établissements russes des côtes de l'océan Pacifique.
Au mois de mai i855, il y eut un semblant de conférence diplomatique au poste de Mariinsk sur l'Amour entre Mouraviev et des fonctionnaires chinois ; on se sépara très vite, fort mécontent de part et d'autre.
La question de l'Amour resta en suspens jusqu'au commencement de 1867, époque à laquelle le comte Poutiatine fut chargé de la résoudre. Pendant son long séjour dans les eaux chinoises, en 1867, le comte Poutiatine fit préparer un projet détaillé de traité, qui eiïibrassait entre autres afiaires les questions de frontières depuis les T'ien-Chan jusqu'à l'embouchure de l'Amour, le règlement du pillage et de l'incendie de la factorerie de Tchougoutchak ; ce fut par un véritable trait de génie que lorsqu'il fut sur le point de signer en juin i858, à Tien-tsin, le traité qu'il négociait depuis de longs mois, prenant en considération qu'il était depuis plus d'un an, sans nouvelles de ce qui se passait efi Sibérie, il crut prudent de ne pas aborder les questions de frontières qui pouvaient avoir, entre temps, reçu une solution sur les lieux mêmes.
L'événement prouva la sagesse et la prévoyance du Plénipotentiaire russe ; en efiet, à peine le traité de Tien-tsin étaitil signé, que le comte Poutiatine recevait le 3/i5 juin i858 des Plénipotentiaires chinois une communication, expédiée de Pe-King, le 2 juin, qui contenait ces mots mémorables : « ...selon le traité que I-Chan a signé avec Mouraviev, la rivière Ousouri est fixée comme frontière jusqu'aux ports de mer » . Les nombreux ennemis qu'avait le comte Mouraviev à Saint-Pétersbourg dans les sphères gouvernementales, avaient essayé de tourner en ridicule le traité d'Aïgoun, prétendant que le Gouverneur général de la Sibérie avait été la dupe de I-Chan, qui n'était pas muni par l'Empereur du sceau
officiel pour conclure un traité et que par conséquent celuici était nul. La communication officielle faite au comte Poutiatine prouvait au contraire que les Chinois avaient pris le traité très au sérieux.
Déplus, le 26 août 1 858, l'agent russe Jean Zakharov, signait avec un Plénipotentiaire chinois une convention qui réglait d'une façon favorable l'affaire de Tchougoutchak en suspens depuis trois années ; ce même Zakharov devait encore montrer son habileté quelques années plus tard, en i864, lors de la délimitation des frontières dans la Chine occidentale.
C'est donc à tort qu'on a parfois reproché au comte Poutiatine la pauvreté des avantages obtenus par les Russes par le traité de Tien-tsin'.
I. D'après des noies obligeamment communiquées à l'auteur par M. le Baron Fred. d'Osten-Sacken.