YE A M. DE COURCY
GantoD, le 8 novembre i856.
J*ai reçu, le lo de la lo" lune (7 novembre) une dépêche de V. E. et en ai pris connaissance.
Par suite du bombardement qui a eu lieu ces jours passés beaucoup de maisons ont été brûlées et un grand nombre de personnes tuées ou blessées, ce qui n*a pas laissé que d'accroître la haine du peuple contre les Anglais.
Quant à ce que me dit V. E. au sujet de la proclamation et de Tavis émané du « Comité de coopération » que lui a transmis le Vice-Consul Bovet je dois lui faire observer que l'idée en appartient au peuple dont les procédés des Anglais ont soulevé l'indignation. Les principaux habitants et négociants de la Cité m'ont adressé une supplique; «les Anglais», — y disent-ils, « ont obtenu à Canton d'immenses avantages commerciaux, ils y ont toujours été bien traités ; quels motifs avaient-ils de nous faire tant de mal, et pourquoi les souffririons-nous ? En nous saisissant de leurs personnes, en les mettant à mort, nous satisferons notre légitime vengeance et ainsi s'apaiserait notre juste haine». — En même temps, ils se réunissaient au nombre de plusieurs milliers, ils fixaient la contribution que chacun devait fournir et le montant de la récompense, ils déposaient le fond commun entre mes mains et me priaient de faire connaître, par des proclamations, le résultat de leur délibération. Pouvais-je rejeter cette demande alors qu'elle était l'expression du sentiment unanime du peuple, qui est la colonne de l'Empire et que chacun contribuait de son argent à la commune entreprise ?
Je sais, comme me le dit Y. E., que les sujets de sa noble nation portent le même costume que les Anglais, et je craindrais, en conséquence, que les habitants de Canton ne pussent faire la distinction. Mais, en ce moment, les affaires sont arrêtées, les négociants de Votre noble nation savent que V. E. réside à Macao. Elle ferait bien de les engager à se rendre auprès d'EUe afin qu'il ne résultât, pour eux, aucune conséquence fâcheuse de leur séjour à Canton. Car il serait à craindre, s'ils hésitaient à obéir à cette invitation qu'ils ne vinssent à souffrir du fait des Anglais. Ainsi V. E. n'aurait pas besoin de s'adresser à l'Amiral de sa noble nation afin qu'il envoie à Canton un détachement de ses soldats. Les Anglais, pleins de confiance dans leur pré-
somption, ont porté à son comble, sans motif aucun, la fureur du peuple. Y. E. sait bien, que si ses nationaux sont exposés, ce n*est pas que j*aie manqué de faire tout ce qui dépendait de moi pour leur assurer la protection qui leur est due.
Telle est la réponse que j*ai à faire à V. £., lui souhaitant, en même temps, toutes sortes de prospérités.
La réponse ci-dessus est adressée à S. E. le G'* René de Courcy, chargé d'Affaires de France en Chine.
Le II delà lo® lune de la 6^ année de Hien-Foung^
Le lo novembre, les consuls de France et des États-Unis reçoivent une communication du Commissaire impérial leur demandant de faire partir leurs nationaux de Canton pour qu'ils échappent aux périls de la lutte j qu'il se prépare à renouveler contre les Anglais.