INSTRUCTIONS DE M. DE BOURBOULON
a 5 décembre i856.
Au moment où nous avons noué, pour la première fois, des relations diplomatiques avec la Cour de Pe-King, le Gouvernement de la France dut tenir compte des circonstances qui lui imposaient l'obligation de concilier, comme l'avaient déjà fait le Gouvernement Britannique et celui des États-Unis, les intérêts divers qu'elles avaient pour objet, avec les traditions de l'Empire chinois. C'est ainsi qu'on s'est trouvé contraint d'adhérer à des stipulations d'une nature en quelque sorte transitoire, mais présentant l'avantage de préparer les voies à des rapports éventuels d'un caractère plus régulier et plus satisfaisant. L'expérience, d'une part, n'a pas tardé cependant à démontrer l'insuffisance des traités conclus avec la Chine et les échanges, de l'autre, ont pris rapidement une importance qui exige d'établir sur des bases plus étendues et plus normales la situation respective des parties contractantes. Comme le Gouvernement de l'Empereur, les Cabinets de Londres et de Washington ont dû, par conséquent,' se préoccuper des moyens de satisfaire, à des nécessités devenues impérieuses et dans ce but, ils ont décidé de réunir leurs efforts et de prescrire à leurs représentants en Chine d'ouvrir, d'un commun accord, des négociations nouvelles avec le Gouvernement de Pe-King, en lui proposant de renouveler des conventions qui ne sont plus en harmonie avec les besoins qu'elles ont fait naître. Tel est, Monsieur, l'objet des instructions que j'ai l'honneur de vous adresser aujourd'hui.
La plupart des difficultés qui ont mis obstacle au développement de nos relations avec la Chine sont nées de la position qui a été faite aux Agents accrédités auprès du Céleste Empire ; obligés de résider sur un territoire étranger, loin du Souverain et de ses Ministres, leurs communications avec les fonctionnaires chinois devaient nécessairement être entravées par le temps et les dis-
tances et il est nîsulté de ces circonstances que leurs rapports n'ont jamais sufli à prévenir ou à apaiser dans une mesure convenable les conflits auxquels devaient naturellement donner lieu des liens nouveaux et mal définis. 11 ne leur a pas été moins difficile de faire apprécier au Gouvernement chinas les avantages de la bonne entente que les cours étrangères désirent maintenir avec celle de Pe-King, ni de s'éclairer eux-mêmes sur les vœux et les véritables intentions d'un Gouvernement qu'ils ne pouvaient approcher.
Les inconvéniens de cette situation ne nuisent pas seulement aux intérêts des sujets étrangers en Chine. — ils sont également un danger permanent pour la paix dans l'Extrême-Orient ; ils constituent, dans tous les cas, une barrière qui arrête le mouvementdes transactions dont la multiplicité réclame aujourd'hui des soins et une action diplomatique qui n'étaient pas indispensables à l'origine des rapports que nous entretenons avec l'Empire Chinois. D'autre part, on ne saurait se dissimuler que t'impuissance à laquelle ont dû se résigner les représentants de l'Occident en Chine, n'a pas peu contribué à conserver les erreurs et les préjugés qui sont une atteinte à notre considération et la cause des dispositions malveillantes qu'on nous témoigne. Notre propre dignité, les besoins du commerce, la nécessité de prévenir des éventualités regrettables, toutenfin, nous commande aujourd'hui par conséquent, de placer nos relations avec la Cour de Pc-King dans des conditions régulières et pour atteindre ce résultat, il importe que la résidence des agents diplomatiques soil transférée dans la capitale de l'Empire. C'est vers ce but. Monsieur, que vous devrez, avant tout, diriger vos efforts, c'est la concession à laquelle nous devons attacher le plus grand prix el vous ne négligerez rien pour l'obtenir.
Une autre stipulation qu'il n'est pas moins im|K)rtant d'insérer dans te nouveau traité que vous aurez à négocier avec hi Chine doit avoir pour objet d'ouvrir au commerce et h la navigation l'accès de l'Empire chinois dans une mesure plus étendui' que nous n'avons pu l'obtenir jusqu'à ce moment. Le marché de la Chine ne sera véritablement accessible à nos négocians et à notre marine que quand il leur sera permis de s'établir dans les grands centres de consommation qu'on ne peut atteindre qu'en remontant tes voies fluviales qui unissent les différentes provinces de l'Empire. Vous ne devrez donc pas vous borner à stipuler l'admission de notre commerce dans de nouveaux ports, vous aurez en outre à employer toute votre influence pour lui CoKDitR. — Expod. de Chine iSS^-SS. 7