‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 62 sur 285 · NÉGOCIATIONS EN EUROPE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS EN EUROPE

assurer la faculté de pénétrer dans l'intérieur et de se fixer partout où il pourra s'exercer utilement.

Le Gouvernement des États-Unis a pensé qu'il conviendrait d'ajouter à ces stipulations les clauses suivantes : — l'envoi et la résidence à PaA, à Londres et à Washington de Commissaires impériaux chinois ; — la liberté universelle d'opinion pour tous les sujets du Céleste Empire : — la réforme des Cours de justice en Chine.

Le Gouvernement de l'Empereur est loin de méconnaître les avantages qui seraient la conséquence naturelle de ces concessions, si la Chine, après y avoir accédé, s'y conformait de bonne foi. Mais il est à présumer que nous compterions en vain sur les engagements qu'elle aurait pris avec nous, au moins en ce qui concerne la liberté d'opinion et la réforme des Cours de justice. Ne possédant aucun moyen de contrôle pour vérifier l'exactitude de ces assurances, nous serions tenus de nous en remettre à sa loyauté, et l'expérience nous a appris qu'elle ne nous offrirait qu'une garantie parfaitement insuffisante. La présence des représentans de la Chine auprès des Gouvernements de la France, de l'Angleterre et des États-Unis ne présente qu'une utilité relative et si nous en jugeons par les missions que les États Asiatiques ont quelquefois envoyées en Europe, nous devons penser que le moment n*est pas encore venu de désirer essentiellement que la Chine entretienne des Commissaires en Europe et en Amérique.

Quoi qu'il en soit, le Gouvernement de l'Empereur ne décline nullement les ouvertures que le Cabinet de Washington nous a faites sur ces trois points, mais nous pensons que nous nous exposerions à compromettre le résultat des démarches collectives de nos Agens en Chine, si nous le faisions dépendre de l'assentiment du Gouvernement de Pe-King aux clauses subsidiaires que j'ai rappelées plus haut. A notre sens, nous aurons remporté un succès d'un intérêt immense et dont les effets auraient une influence sans limites d nous réussissons à établir nos Légations à Pe-King et à donner une extension considérable aux rapports commerciaux avec la Chine : nous ne saurions, par conséquent, attacher un prix égal à des concessions d'une autre nature qui soulèveront des répugnances d'une extrême vivacité et dont l'efficacité, pour le moment, est loin de nous être démontrée.

Vous aurez donc à vous préoccuper, en premier lieu, du soin dé faire agréer les deux clauses qu'il est indispensable, en tous cas, de faire consigner dans le nouveau traité que vous devrez

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négocier avec la Chine, vous réservant d'y faire comprendre celle que nous plaçons au second rang si vous jugez qu'il vous serait possible de les faire accueillir par les négociateurs chinois.

11 est un point cependant que le gouvernemeot de la France ne peut passer sous silence et qui constitue une des stipulations essentielles de notre traité avec la Chine : vous comprenez que je veux parler de la nécessité de garantir la sécurité des missionnaires français. Ces représentants dé l'Évangile poursuivent en Chine une œuvre de charité et de dévouement digne de la sollicitude de tous les Gouvernements. A ce titre, il vous sera facile d'obtenir le concours de vos collègues, pour leur assurer une plus grande liberté, et tes placer à l'abri d'un fanatisme et d'un aveuglement dont nous avons eu récemment à déplorer les excès. Je m'en remets. Monsieur, à votre expérience pour seconder, à cet égard, les intentionsdu Gouvernement del'Empereur et je suis assuré que, grâce à vos efforts, nos missionnaires n'auront plus à redouter les actes arbitraires et les violences dont plusieurs d'entre eux ont été victimes.

Les dispositions malveillantes que la Cour de Pe-King a témoignées dans plusieurs circonstances nous ont conduits à penser que les démarches collectives auxquelles vous aurez à concourir, resteraient infructueuses si elles n'étaient appuyées par des forces navales, suffisantes pour convaincre les Chinois de la ferme résolution des trois Gouvernements de placer désormais leure rapports avec le Céleste Empire sur un pied convenable. Afin donc d'en assurer l'heureuse issue, nous avons décidé, de concert avec le Gouvernement Britannique et celui de Washington, de réunir dans les mers de Chine le nombre debàlinients de guerre qui a été jugé nécessaire pour donner à vos ouvertures le caractère qu'elles comportent.

Nous avons également pensé, d'un commun accord, que vous devriez vous transporter avec vos collègues dans le Pei-ho et remonter cette rivière aussi haut que vous le permettra son état de navigabilité, afin de vous rapprocher le plus possible de la capitale de l'Empire et de contraindre la Cour de Pe-King à entrer en rapports directs avec les trois négociateurs. En même temps, une partie des forces navales alliées pourrait pénétrer dans le Yangtseu-kiang et y prendre position, ou bien même, entamer les opérations qui seraient jugées nécessaires pour exercer une influence salutaire sur les dispositions du gouvernement chinois. Mais vous comprendrez aisément qu'on ne saurait, à la distance évoir toutes les circonstances que l'état du

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pays peut faire surgir et qui seront vraisemblablement de nature à exiger des modifications essentielles dans le plan de conduite que vous aurez à suivre. Il ne saurait être permis, dès lors, de donner aux Agents diplomatiques ni aux Commandants des forces navales des directions précises pour toutes les éventualités, et nous avons décidé, par conséquent, de nous en rapporter à leurs lumières, à leur tact et au désir dont ils seront tous également animés, d'arriver au but assigné à leurs efforts collectifs. En dehors des indications générales que j'ai signalées à votre attention, je n'ai donc, Monsieur, qu'à vous recommander de vous mettre, sans retard, en rapport avec vos collègues et de concerter avec eux, ainsi qu'avec les Commandants en chef des trois divisions navales, les mesures que vous jugerez plus propres à vous permettre de remplir la tâche qui vous est confiée.

Il me reste. Monsieur, à vous entretenir d'une négociation qui nous est particulière et que notre propre considération nous commande impérieusement de faire aboutir à une solution satisfaisante. Vous connaissez dans quelles circonstances, M. Chapdelaine a succombé et les démarches que notre Chargé d'affaires a vainement tentées auprès du Vice-Roi de Canton pour obtenir la réparation qui nous est due. M. de Courcy, après en avoir laissé inutilement l'initiative à ce Commissaire Impérial, a réclamé la dégradation et l'exil du magistrat qui s'est rendu coupable du meurtre juridique de notre missionnaire, ainsi que l'insertion dans la gazette officielle de Pe-King, d'un décret impérial portant que ce châtiment lui a été infligé pour avoir mis à mort un Français et que la même punition est réservée à tout fonctionnaire qui porterait une atteinte analogue aux stipulations de notre traité.

Nous avons fait part au gouvernement de S. M. Britannique de notre intention de présenter notre demande de satisfaction simultanément à celle que vous aurez à produire avec vos collègues pour la revision de nos traités. Mais nous avons dû lui faire remarquer que le Représentant de la France ne pourrait suivre cette dernière négociation, avant qu'il n'ait été satisfait à la réparation que nous sommes tenus d'exiger, — afin, notamment de restituer aux stipulations diplomatiques l'autorité qu'il est indispensable de leur conserver. Le Cabinet anglais a parfaitement admis notre réserve et nous avons tout lieu de croire que celui de Washington l'accueillera avec un égal empressement.

C'est vous dire. Monsieur, quelle est la conduite que vous aurez à tenir à ce sujet, et le gouvernement de l'Empereur ne doute pas que la Cour de Pe-King, mise en présence des circonstances

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