‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 7 sur 285 · LETTRE DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES II · texte numérisé non relu

LETTRE DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES II

LETTRE DU MINISTRE DES AFFAI^iES ETRANGERES, lO MAI l856

« Nous ne saurions naturellement attribuer à ces propositions une égale valeur, ni admettre que les unes ne soulèveront pas plus de difficultés que les autres. Les formuler simultanément semblerait donc le moyen de les faire repousser toutes à la fois et nous croyons que dès lors il faut s'attacber de préférence à obtenir en premier lieu l'admission des plus importantes, sauf à produire ultérieurement les autres... Que le droit de résider à Pe- King d'une manière permanente soit une fois accordé aux Missions diplomatiques, et le pas le plus difficile est fait. Les représentants des autres puissances ne sont plus des étrangers consignés aux portes de la Chine, leur caractère est reconnu, ils ont accès au sein môme de l'Empire, et, après cette concession ils sont en position d'attendre le moment d'en réclamer d'autres.

a C'est donc à emporter ce premier point que vous devez employer tous vos efforts, et ce n'est qu'après l'avoir obtenu que vous pourrez passer à d'autres demandes.

« Parmi ces autres demandes, celle dont vous aurez alors immédiatement à vous occuper sera l'établissement de missions cbinoises près les trois gouvernements dont le droit de représentation permanente à Pe-King viendra d'être reconnu. Une telle mesure compléterait la précédente et achèverait de constater le changement survenu dans les rapports des Puissances étrangères avec le Céleste Empire, en même tems qu'elle aurait pour conséquence d'éclairer bientôt ce dernier sur la grandeur et la force des Nations qu'il affecte de regarder jusqu'à présent comme des peuples barbares.

« Ces deux questions résolues favorablement, et, je le répète, la première est celle dont la solution nous importe avant toute autre, vous auriez à vous concerter avec le Gouvernement chinois pour assurer une plus grande extension au commerce des trois nations avec la Chine. Nous ne saurions nous prononcer sur le degré que pourra prendre cette extension, vos demandes devant s'arrêter du moment où vous entreverriez, dans votre insistance sur ce point, un danger pour les résultats déjà acquis de votre négociation.

« Nous pensons seulement que si, à défaut d'une extension illimitée comme le souhaiterait le D"" Parker, vous réussissiez à obtenir l'ouverture du Yang-tseu-Kiang et de quelques-unes des

grandes places du commerce chinois, ces résultats amélioreraient déjà d'une manière assez notable la situation du commerce étranger pour qu'on pût s'en contenter.

Ce ne serait qu'après que ces premières concessions auraient été agréées par le Gouvernement chinois et quand vous seriez certain de ne pas vous exposer par de nouvelles demandes à remettre en question *celles déjà accueillies, que vous pourriez aborder les deux dernières propositions du D"" Parker et chercher la forme qui serait de nature à les rendre plus acceptables.

Mais vous le voyez. Monsieur, ce que le Gouvernement de TEmpereur, aussi bien que celui de la Reine, désire avant tout c'est que les demandes moins importantes ne viennent pas, en "'se produisant prématurément, compromettre celles plus sérieuses et d'un intérêt plus spécial aux trois Puissances, qu'il y aurait chance de voir accueillir en les isolant. C'est à examiner la meilleure combinaison à adopter dans ce but, que nous souhaitons que vous et Sir J. Bowring vous vous consacriez en commun accord avec le D"* Parker préalablement à toute tentative de négociation. Il est de toute nécessité, à notre avis, que vous ne fassiez aucune ouverture à la Cour de Pe-King avant d'avoir déterminé de concert si vous vous bornez à réclamer d'abord seulement ce qui est à nos yeux le point capital à obtenir, le droit de résidence permanente à Pe-King, ou en même temps l'envoi par réciprocité de Commissaires impériaux chinois, ou bien simultanément les trois premières propositions indiquées plus haut, en réservant pour un autre moment, selon le succès de vos démarches, les deux dernières, ou si, au contraire, vous trouverez quelque avantage à ne pas scinder vos demandes au début, afin de pou- ' voir, en en abandonnant quelques-unes dans le cours de la négociation, insister avec d'autant plus d'énergie sur celles que vous maintiendrez conformément à l'ordre d'importance qu'elles revêtent à nos yeux. D'après ce que je sai§ des impressions personnelles de Sir J . Bowring, il vous sera facile de vous mettre d'accord avec lui pour amener le D"" Parker à adopter une combinaison qui permette l'action commune des trois missions. J'ai lieu de croire d'ailleurs que le Commissaire américain lui-même comprend trop bien de quel prix est le double concours de la Légation de l'Empereur et du Plénipotentiaire de S. M. Britannique pour le faire entrer en balance avec le sacrifice momentané de quelques-unes de ses propositions, quand vous l'aurez jugé nécessaire.

rïous eussions volontiers prescrit aux forces n?ivalçs alliées

DÉBUT DES NÉGOCIATIONS l3

composant la station des mers de Chine, d'aller appuyer vos démarches par leur présence lorsque l'échange de vos explications vous aura mis à même d'entamer la négociation nouvelle, mais, au moment où je vous écris, il se pourrait que la division de M. le Contre- Amiral Guérin eût déjà rallié la division anglaise dans la Manche de Tartarie et que les forces alliées eussent commencé en commun dans ces parages la croisière qu'elles projetaient. Il ne nous est donc pas possible de songer actuellement à leur confier une mission, qu'à leur retour même la dissémination de leurs forces sur les différents points de la station peut les mettre hors d'état de remplir.

Le désir des gouvernements de France et de Grande-Bretagne était toujours qu'il y eût action commune des trois puissances en vue de la revision la plus avantageuse possible des traités conclus avec la Chine. Les instructions remises à Sir John Bowring lors de son départ, et celles qui avaient été envoyées à la Légation de France en i854 devaient toujours être prises pour guide.

Sir John Bowring ayant reçu en avril i856 de Lord Clarendon l'invitation de joindre son action diplomatique à celles des ministres de France et des États-Unis, donna avis à notre chargé d'affaires qu'il se proposait d'en instruire Yé, vice-roi des Deux-Kouang, le D*" Parker lui ayant appris officiellement qu'il était dans l'intention d'entretenir, sans retard, ce fonctionnaire au sujet du renouvellement du traité de Wanghia et du redressement des griefs dont son gouvernement avait à se plaindre.

M. de Courcy qui n'avait pas encore reçu de Paris de pouvoirs, ni' d'instructions, répondit à Sir John*, que « dans sa conviction, toute nouvelle tentative faite auprès du Commissaire impérial afin de faciliter l'action commune, manquerait,

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