‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 72 sur 285 · Pour trad. conforme : sig. M. Ki-eczkowski · texte numérisé non relu

Pour trad. conforme : sig. M. Ki-eczkowski

C0MMU:<ICAT10N DE HIE?j FOUNG, ^4 DÉCEMBRE l856

Jusqu'à ce moment, la Cour de Pe-King ne paraissait envisager les difficultés du vice-roi des deux Kouang que comme une affaire purement locale.

Mais le 4 février, sir John Bowring donnait communîcalion à M. de Coiircy et au D' Parker d'un document confidentiel ' qu'on disait émané de l'Empereur et qui lui avait été envoyé par M. Meadows, vice-consul à Nîng-po. Hien Foung s'y réfère aux rapports qu'il a reçus du vice-roi Yé et dont il résulte que les Barbares anglais ont essuyé de grandes défaites les ag octobre et 6 novembre, que leur amiral a été tué, que les Américains, les Français et les autres nations occidentales désapprouvent leur conduite, « ne se soucient point 11 de leur prêter leur assistance et que, comme ils sont ainsi laissés à leurs propres forces, leur repentir naîtra probablement de leur faiblesse et leur soumission de leur repentir. (1 S'il arrivait », ajoutait le Décret impérial, " que de leur propre mouvement, ils se désistassent de leur entreprise, Yé M ing-lcben devrait les traiter avec indulgence, mais, s'ils persistaient dans leur extravagante obstination, îl ne faudrait pas user de conciliation à leur égard de peur d'encourager leurs exigences. Comme ils connaissent parfaitement les côtes du Kiang-Sou, du Tche-Kiang et du Fou-Kien, il conviendra d'y élever des travaux de défense et, si leurs représentants dans les ports de l'Est entreprennent de donnef des explications à nos autorités sur les événements tjui se passent à Canton, elles devront leur fermer la bouche par des arguments sans réplique ; mais elles auront soin de faire tout cela secrètement et sans bruit afin de ne point alarmer inutilement le peuple *. »

. Hien FouDg, 6° année, ii° lune, i8' jour (3^ dcc. i856). . lettre de M. de Courcj, Hacao, lo fév, 1857.

Ce document aurait été rédigé pour les autorités du Kiang- Sou, du Tche Kiang et du Fou-Kien.

M. deCourcy, qui doutait de l'authenticité du document, répondit à sir John Bowring * :

Macao, le 7 février 1857.

Monsieur le Plénipotentiaire,

Je m'empresse d'accuser réception à V. E. de la lettre qu'Elle m*a fait l'honneur de m'écrire à la date du 4 courant.

Il ressort, à mon sens, du curieux document dont une copie s'y trouvait jointe que le Cabinet de Pe-King serait animé du désir, sinon de satisfaire actuellement à la demande de M. l'Amiral Seymour, au moins de considérer, jusqu'à nouvel ordre, les graves événements de Canton comme une affaire purement locale.

Je suis donc heureux d'apprendre que V. E. ait de bonnes raisons de croire à l'authenticité de ce document. S'il n'en était pas ainsi, M. le Plénipotentiaire, si je ne savais, par ma propre expérience, avec quel art les fonctionnaires chinois déguisent la vérité aux yeux de leur gouvernement, je serais en droit, assurément, de considérer cette authenticité comme douteuse, puisque le décret impérial, dont vous avez bien voulu me transmettre une copie, dénature complètement le sens de mes communications officielles et les faits les moins contestables.

Veuillez agréer, etc., etc.

(Sig.) C® René de Courcy.

L'audace des Chinois augmentait de jour en jour : le soir du 27 janvier, deux brûlots indigènes essayèrent de mettre le feu au Cornus qui n'échappa à la destruction que grâce au sang-froid de son commandant, Robert Jenkins, et du secours que lui apporta le CoromandeL Le même jour VËncounter avait à lutter contre une escadre chinoise. L'amiral Seymour avait fort à faire pour maintenir ses positions et assurer ses communications.

I. Blue Book, p. 16. — La réponse du Dr. Parker se trouve, ibid., p. i5.

ARRIVÉE DE M. DE BOURBOULON Il3

ARRIVÉE DE M. DE BOURBOULON, 25 FÉVRIER iSSy

M. de Bourboulon débarqua le 25 février iSSy à Hong-Kong où il reçut l'hospitalité de Sir John Bowring ; le lendemain de son arrivée mouillait sur rade la corvette la Capricieuse amenant M. Kleczkowskî envoyé au-devant du ministre de France par M. de Courcy. M. de Bourboulon quitta la colonie anglaise le 27 et arriva à Macao le 28 au matin*. En passant à Hong-Kong, M. de Bourboulon avait rencontré M. de Montigny, ainsi que M^*" Pellerin, arrivés de Tourane, sur le Marceau.

Lorsque notre ministre revint en Chine, la position des Anglais n'était rien moins que brillante. L'amiral Seymour* et Sir John Bowring avaient engagé la lutte avec une précipitation qui les avait conduits en peu de temps à l'épuisement des forces à leur disposition. Ni l'un ni l'autre ne s'étaient rendu un compte ijcact de la situation. L'amiral Seymour après avoir infligé aux Chinois tout le mal que ses forces trop faibles lui avaient permis de leur faire, avoir déclaré qu'il tenait à sa merci la vie et les propriétés des habitants de Canton, s'était vu, avec des ressources insuffisantes pour assurer l'exécution de ses menaces, dans la nécessité de faire successivement deux mouvements de retraite et de se tenir, avec peine, sur la défensive en attendant des renforts qui tardaient, pour cause, à arriver. On doit être sévère pour Sir John Bowring qui s'était lancé dans cette entreprise comme un véritable étourneau, sans songer aux difficultés de l'heure présente, engageant à fond son pays, alors que l'Inde pré-

1. M. de Courcy quitta le i5 avril 1867 Hong-Kong pour la France, abord du vapeur Madras, de la G'^ Péninsulaire.

2. Sir Michael Seymour, 3^ fils de l'Amiral du même nom, ne le 5 déc. i8oa ; entré dans la marine en déc. i8i3; contre-amiral, 27 mat i8o4; vice-amiral, i nov. 1860; amiral, 5 mars i864 ; f 23 fév. 1887.

GoRDiER. — Expéd. de Ghine 1857 -58. 8

I l4 RETOUR DE M. DE BOURBOULON EN CHINE

sentait déjà des symptômes inquiétants^ présage de la rébellion qui allait éclater terrible, et que lord Canning, pour ses débuts de gouverneur général, était obligé, malgré lui sans aucun doute, de faire la guerre à la Perse.

En i852, les Persans avaient saisi Herat qu'ils n'abandonnèrent que sur les menaces de l'Angleterre ; l'expédition de Crimée leur parut une occasion favorable pour renouveler leur attaque ; les Anglais déclarèrent la guerre en novembre i856 ; ils s'emparèrent de Bender Bouchir dans le golfe Persique ; la guerre ne prit fin que par un traité signé le 4 mars iSSy et ratifié à Téhéran le i4 avril. L'Inde pendant cette campagne n'avait pu envoyer que le léger secours de 356 officiers et soldats dont nous avons parlé plus haut ; c'est de la métropole qu'il allait falloir tirer les renforts nécessités par ime situation devenue grave.

M. de Bourboulon déclara à sir John Bowringque « quant à la question de coopération, il n'avait reçu d'autres instructions que celles relatives aux demandes à présenter en commun au <( Peï-ho » qui avaient été communiquées au Gouvernement de S. M. Britannique et dont il avait sans doute déjà connaissance, lesquelles ne se rapportaient en rien à la situation qu'il trouvait ici ; que le ministre des Affaires étrangères dans l'entrevue qu'il avait eu l'honneur d'avoir avec Elle à la veille de son départ de Paris, lui avait recommandé spécialement de se maintenir dans le plus parfait accord, tant avec ses collègues qu'avec les commandants des forces navales de S. M. Impériale, ainsi qu'avec ceux des autres puissances, de ne rien faire sans se concerter avec eux, mais ne lui avait donné aucunes directions particulières sur la conduite qu'il devait adopter par rapport aux hostilités engagées à Canton, n'ayant d'ailleurs reçu aucune communication du Gouvernement de S. M. Britannique à ce sujet*. »

I. Lettre de M. de Bourboulon, au Ministre des Affaires étrangères, Macao, 9 mars 1857.

Page 1