‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 126 sur 271 · LE TAO-T AI DE CHANG-HAI AU GENERAL DE MONTAUBAN I · texte numérisé non relu

LE TAO-T AI DE CHANG-HAI AU GENERAL DE MONTAUBAN I

adresse au général de Montauban, une nouvelle demande de secours contre les rebelles :

Wou-mu ' expose respectueusement à S. E. Montauban ce qui suit :

J'ai appris aujourd'hui à 6 heures que le i3e jour (hier) Soutchcou a été attaqué et détruit par des voleurs et que leurs bandes arrivaient déjà à K'oucn-chan. Or. je trouve que cette ville n'est éloignée de Chang-Haï que de cent et quelques dizaines de li (environ i5 lieues de France), et comme il n'y a pas de troupes pour s'opposer aux progrès des bandits, ceux-ci peuvent être ici dans un ou deux jours. Je m'adresse donc à vous, Général, pour vous prier de vouloir bien, de concert avec les Anglais, envoyer des troupes pour veiller à notre sûreté. Les autorités comme le peuple vous en seront on ne peut plus reconnaissants.

Le pays de Chang-Haï est d'ailleurs bien grand, les bandits y venant y viendront en grand nombre, et il est à parier qu'ils profiteront des ténèbres de nuit pour apparaître subitement ou qu'ils incendieront les villages pour les piller. Si je ne vous en informe que dans ce moment là pour que vous expédiez des troupes et des officiers, il est à craindre que le secours n'arrive trop tard et que bien des gens ne soient déjà devenues victimes.

Aussi oserai-je vous prier, Général, avec instances, de vouloir bien expédier des officiers et des soldats pour occuper le plus tôt possible tous les principaux abords de Chang-Haï et s'opposer ainsi à l'arrivée au milieu de nous des rebelles. Ce n'est qu'alors que vous protégerez efficacement ce pays, autrement les rebelles viendront ici immanquablement et une fois la lutte engagée, les populations des villages d'alentour en souffriront toute sorte de malheurs. Ce qu'il y aurait d'ailleurs de mieux à faire ce serait que vous daignassiez, Général, en accédant à celte mienne humble requête, envoyer au plus vite des troupes vers Kia-ting (liien), Tai-tsang (tclieou) et Iv'ouen-chan (bien) et faire rétrograder ainsi les bandits au seul bruit de votre mouvement en avant. Le bienfait sera immense, la reconnaissance infinie.

Voilà l'objet de la représentation ci-dessus, on ne peut plus

1 Woii-lliu. du Tche-kiang, successeur de Sié-Houan ; entré en fonctions, 22 janvier i85q.

Couniiiii. — Expéd. du Chine, 1860. 12

I 78 PREMIÈRES HOSTILITÉS. U:s t'aI-p'iNG

pressée. J'y joins mes meilleurs souhaits de toute sorte de prospérités.

Le 1 4" jour de la V" lune (le 3 juin 18O0)1.

Cependant le malheureux vice-roi des Deux Kiang, Ho, obligé de fuir devant la rébellion, frappe en vain à toutes les portes pour trouver un refuge, et abandonné de tous, vient éebouer à Chang-Haï le 7 juin : c'est sur ce haut fonctionnaire dépossédé de son gouvernement, démoralisé, désemparé, fugitif, que la cour de Pe-Ring compte pour conduire les négociations avec les Plénipotentiaires et arrêter, c'est là le seul but poursuivi, la marche des Alliés vers le Nord ; politique de l'autruche qui croit échapper au danger en cachant sa tête sous son aile pour ne le pas voir; la lettre suivante de M. de Bourboulon décrit exactement la situation :

LETTRE DE M. DE BOURBOl'LON AU MINISTRE DES AFFAIRES

ÉTRANGÈRES

Chang-Haï, le 12 juin 1860.

« Depuis lors, à la demande réitérée des autorités, nous avons dû, en outre, de concert avec les Anglais occuper quelques points de la ville elle-même, surtout, du côté où elle touche à notre concession, de manière que 160 hommes des nôtres ont été postés à la petite porte de l'Est et dans un temple bâti sur les remparts à l'endroit même où ils ont été battus en brèche par les marins de la Jeanne d'Arc en i8552. Toutes ces précautions n'ont cependant pu arrêter la fuite des habitants de Chang- Haï qui, ne prenant conseil que de la peur et encore pleins des souvenirs de i854, se sont éparpillés dans les villages des envi-

1. Pour traduction conforme, Chang-Haï, le 3 juin 1860. En absence de tout interprète, le premier secrétaire de la Légation de l'Empereur en Chine, (sig.) Kleczkowsei.

2. H. Cordier, dans Hist. générale de Lavisse et Rambaud, XI, p. 722.

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