PÉTJTION DES CHRÉTIENS CHINOIS
Maintenant, nous osons venir prier Votre Majesté de vouloir bien nous couvrir de sa protection jusqu'à la fin ; autrement nos calamités n'auraient jamais un terme.
En effet, notre stupide Souverain et tous ses officiers sont, par nature, fourbes et trompeurs. Ils vous tiennent, mensongèrement, un langage de paix et d'amitié; mais, au fond, ils n'ont d'autre calcul que celui d'éloigner vos redoutables soldats et une fois que votre armée serait partie, ils manqueraient à la foi donnée, et n'observeraient aucun traité : de cette façon, nos malheurs n'auraient assurément jamais une fin.
C'est pourquoi, ne reculant pas devant l'éclat imposant de la Majesté Impériale, nous osons de nouveau implorer votre puissante assistance, pour obtenir la consolidation de ce qui a été fait en faveur des Chrétiens.
Ne tombez pas, Sire, dans le piège qui vous est tendu, et vous empêcherez qu'on nous accable de calamités plus terribles, qu'on nuise à la Religion Chrétienne, et qu'on entrave la plus grande "foire du Seieneur du Ciel.
Cet empereur Hien-Foung que nous avons est d une perversité et d'une duplicité peu communes; tout ce qu'il fait est contraire à la raison et étranger à la franchise, à plus forte raison est-il incapable de gouverner l'Empire ne progressant chaque jour que dans l'impudicité et clans l'abrutissement. Les seuls discours auxquels il prête l'oreille ce sont ceux des courtisans qui le flattent ; les sentiments dont son cœur est rempli sont ceux d'un loup, il n'aspire qu'à détruire et à faire du mal dans des proportions qu'on ne peut pas définir.
Les impôts publics de toute nature ont été sans cesse augmentés graduellement jusqu'à être décuplés de leur ancien chiffre. Les fonctionnaires du gouvernement sont tous des hommes corrompus, indignes du nom d'autorités, qui s évertuent à la recherche de mille moyens d'extorsion, y compris les tortures, pour amasser des richesses, et dévorent le peuple jusqu'à la dernière goutte de son sang, afin d'engraisser leurs familles.
De là, s'en est suivie la rébellion qui a surgi de toute part aux quatre coins de l'Empire, et a fait dans les populations, les plus grands désastres, enlevant leurs biens par la violence, incendiant les maisons et tous les objets mobiliers, égorgeant sans distinction les enfants, foulant aux pieds les femmes, massacranl les lettrés et les hommes du peuple, réduisant, en un mot, le pays à un désert jonché de cadavres, sans qu'aucune crainte vienne