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LE BARON GROS A CHA.NG-HAÏ

de l'amiral, soit sous son autorité directe, et il entend lui donner des ordres et non le requérir d'agir de telle ou telle manière; l'amiral veut qu'en pareil cas, le généraln'ait pas d'ordres adonner, mais une requête à faire.

Ainsi, par exemple, l'amiral Charrier est à Wou-soung, dans la rivière de Ghang Haï et à sept ou huit milles de cette ville, où se trouvent et le général de Montauban et la frégate le Du Chayla qui communique plusieurs fois par jour avec l'amiral, en reçoit des ordres, et entre autres celui d'obtempérer immédiatement à toutes les demandes que pourrait lui faire le général. Le général soutient qu'il n'a rien à demander nu commandant du Un Chayla mais bien des ordres à lui donner.

Ceci n'est qu'un fait local : mais le principe admis, tel que l'entend le Général, a une portée considérable et il ressort de toute la correspondance du général de Montauban qu'il entend commander directement à tout, bâtiment, qui ne se trouverait pas sous l'action immédiate de l'amiral Chaîner.

Je comprends parfaitement qu'en présence de l'ennemi la flotte ou la flottille, qui agirait de concert avec le général commandant en chef et, en l'absence de Faillirai, fut sous les ordres directs du premier, mais la situation, qui a amené le conflit dont il s'agit, est différente. L'action directe de l'amiral sur le I)n Chayla n'a pas, il me semble, cessé d'exister et je crois que le général n'a pas d'ordres formels à lui donner, surtout lorsqu'il sait cjue tout ce qu'il demandera au commandant de la frégate sera immédiatement exécuté.

C'est en ce sens que je compte répondre au général, en lui demandant avec instance de renouer avec l'amiral Chaîner les bons rapports cjui avaient si heureusement existé entre eux.

J'aurais pu. Monsieur le Ministre, refuser de faire connaître mon opinion sur la question qui m'est soumise, mais j'ai voulu, même au risque de me tromper, faire tout ce qui dépendrait de moi pour voir cesser un conflit que je regrette et qui, je l'espère, ne se renouvellera plus pendant le temps où l'on attendra que le Gouvernement de l'Empereur ait fait connaître comment il veut que soient interprétées les instructions qu'il a données au général de Montauban et à l'amiral Chaîner.

J'ai oublié de dire à Votre Excellence que M. Ward et le général Ignatiev se proposent de nous rejoindre dans le Nord, et, tout en conservant leur neutralité, de nous offrir, s'il v a lieu, leurs offices pour rétablir la paix entre les Alliés et le gouvernement chinois. L'un et l'autre croycnl, comme tout le monde ici,

que rien ne sera fait tant que Ïa-Kou et T'ien-Tsin ne seront au pouvoir des Alliés.

Agréez, etc. Bon Gros.

P. S. Lord Elgin vient de passer quelques instants avec moi à bord du Du Chayla. Les renseignements qu'il a reçus de son côté, sur l'état actuel des choses en Chine concordent avec ceux qui m'ont été donnés. Nous allons remonter dans le nord, et, après avoir vu les Commandants en chef alliés, nous nous porterons, Lord Elgin et moi, devant Ta-kou pour être à même de recevoir les ouvertures qui pourraient nous être faites, et remonter immédiatement à T'ien-Tsin, si, comme tout le lait espérer, cette ville tombe promptement entre nos mains.

LETTRE DU BARON GROS A S. E. M. THOUVENEL, 6 JUILLET l86o.

A bord du Du Chayla, Le 6 juillet 1860, en rade de Chang-Haï.

Monsieur le Ministre,

Dans ma dernière dépèche, sous le timbre de la direction politique, j'ai eu l'honneur de faire connaître à Votre Excellence le regrettable conflit qui s'est élevé entre M. le Général de Montauban et M. le Vice-Amiral Charner, et la demande qu'ils m'ont adressée pour avoir mon avis au sujet de la question qui les divise, avis qu'ils s'engageaient à suivre provisoirement, c'est-àdire jusqu'au moment où le gouvernement de l'Empereur se serait prononcé sur leurs prétentions respectives.

Votre Excellence trouvera ci-jointe une copie de la lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à M. le Général de Montauban, copie que j'ai également envoyée à M. l'amiral Charner.

M. le général de Montauban est parti pour Tche-fou, le 2 de ce mois ; l'amiral Charner, qui veut maintenant, j'en ai la conviction, ne jamais s'éloigner du général, est parti le 4 sur le Sai- (jun, dont la marche supérieure lui permettra d'arriver à Tchefou en même temps que le général.

La frégate la Renommée a quitté Chang-Haï le 5 et le Weser, que nous avions vu à Pointe de Galle, est aussi parti pour le Nord.

Agréez, etc. Bon Gros.

2!23 LE liAHD.X GROS \ CHANG-HAI

LE BARON GROS A M. LE GENERAL DE MONTAUBAN, Ier JUILLET l86o

A bord du Du Chayla, le Ier juillet i«6o.

M. le Général,

J'ai trouvé en revenant à bord du Du Chayla la lettre que vous m'avez fait l'honneur de «l'écrire pour me dire que M. l'Amiral Charner consentait comme vous à s'en rapporter provisoirement à l'avis que je pourrais donner au sujet du conllit qui s'est élevé entre vous et M. le Commandant en chef de nos forces navales en Chine. Je vous ai dit sincèrement que je reconnaissais mon incompétence à résoudre la question actuelle et ce n'est que sur vos instances réitérées (pie je n'ai pas cru pouvoir me refuser à émettre un avis, mais un avis qui ne doit avoir pour vous comme pour M. l'amiral Chaîner que la valeur que vous voudrez bien lui donner l'un et l'autre.

J'ai lu avec attention la correspondance qui a été échangée entre vous et M. l'amiral Charner, j'ai lu aussi les doubles instructions qui vous ont été données à Paris, et, avec non moins de soin la lettre que m'a écrite l'amiral Cliarner et les piècesquis'y trouvaient jointes. Or voici en peu de mots, comment se présente à mon esprit la question spéciale dont il s'agit.

Il résulte pour moi de l'étude que j'ai faite de toutes ces pièces qu'en présence de l'ennemi ou dans une position difficile, les bâtiments légers détachés de l'escadre pour agir de concert avec vous et en l'absence de l'amiral auraient à recevoir de vous des ordres directs au lieu de n'avoir qu'à se rendre à vos réquisitions ; mais la situation qui a amené le conllit actuel n'est pas celle dont je viens de parler. L'action directe de l'amiral sur le Du Chayla, qui même n'est pas un bâtiment de flottille n'a pas, il me semble, cessé d'exister. Le Du Chayla reçoit plusieurs fois par jour les ordres de l'amiral ou lui en demande, car le Du Chayla mouillé à Cliang-Haï et l'amiral mouillé à Wou-soung se trouvent dans les mêmes eaux, séparés seulement par une distance de quelques milles.

Je crois donc que, dans la position actuelle, le commandant du Du Chayla en obéissant aux ordres qu'il a reçus de l'amiral

n'aurait qu'à se rendre immédiatement aux demandes que vous jugeriez convenable de lui adresser dans l'intérêt du service.

J'aurais vivement désiré, M. le Général, pouvoir rester étranger au léger conflit qui vient de surgir et qui, je l'espère bien, pourra être facilement oublié ; mais j'ai voulu, même au risque de me tromper, faire ce qui dépendait de moi pour concilier des opinions différentes. Le principe auquel se rattache de part et d'autre la question spéciale dont je n'ai qu'à m'occuper, me semble avoir une portée qu'il est difficile de méconnaître et ce n'est que le gouvernement de l'Empereur qui seul peut faire savoir comment il entend que soient comprises ou interprétées les instructions qu'il a données aux Commandants en chef militaires et maritimes de notre expédition en Chine.

Ces instructions contiennent quelques lignes sur l'esprit desquelles il ne peut y avoir de divergence entre nous. « Chacun « apportera dans l'accomplissement de sa mission cet esprit de « mutuelle bienveillance et de dévouement à la cause commune « qui rend tous les devoirs faciles en laissant chacun se mouvoir « dans la sphère de ses attributions régulières. »

C'est, je n'en doute pas, la devise que nous avons adoptée tous les trois.

Agréez, etc.

Bon Gros.

Rien ne retenait plus les ambassadeurs à Chang-Haï, et ils se mirent en route pour Tche-fou, lord Elgin le 5 juillet, le baron Gros le 7.

LETTRE DU BARON GROS AS. E. M. THOUVENEL, 6 JUILLET l86o.

A bord du Du Chayla, Le 6 juillet 1860, en rade de Chang-Haï.

Monsieur le Ministre,

Je pars demain pour Tche-fou où se trouvent réunies la majeure partie de nos forces de terre et de mer. Lord Elgin aquilté Chang-Haï hier pour se rendre à T a-lien wan, où est campée L'expédition anglaise. Nous communiquerons fréquemment ensemble Lord Elgin et moi, et dès que nous saurons que les coin-

22/j LE BAftON.GROS \ CHANG-HAÎ

mandants alliés sont prêts à débarquer simultanément au nord et au sud de l'embouchure de la rivière de T'ien-Tsin, nous nous rendrons devant Ta-kou pour y attendre les événements et agir en conséquence.

L'ultimatum des deux puissances ayant, été rejeté par le gouvernement chinois avant notre arrivée, aucune proposition ne nous ayant été adressée par les autorités chinoises et les Commandants en chef ayant déjà pris position non loin de Ta-kou, les opérations militaires 'sont commencées et nous avons acquis l'intime conviction qu'il faut absolument prendre les forts à revers, les enlever, rétablir la navigabilité de la rivière, depuis son embouchure jusqu'à T'ien-Tsin, prendre cette ville pour en faire une place d'armes qui deviendrait notre base d'opération en communication facile avec nos flottes ; et là, dans ce même yamen, où étaient arborés, en i858, les deux pavillons de France et d'Angleterre, établir les deux ambassades qui pourraient alors faire de nouvelles propositions, ou, ce qui est plus probable, recevoir de sérieuses ouvertures de la part du gouvernement de Pe-king, menacé de si près par des forces importantes. Toute autre marche n'aboutirait à rien, et c'est, en ce moment, le seul parti que nous ayons à prendre.

Malheureusement la saison est bien avancée et je vois avec regret que nos troupes ne sont pas prêtes. Je doute même qu'elles soient en mesure d'agir avant le 20 ou le 26 de ce mois et cependant nos alliés attendent et commencent à se plaindre des retards que nous leur causons.

Ma première dépêche, qui sera probablement datée du golfe de Pc Tche-li, fera connaître exactement à Votre Excellence l'état des choses dans ces parages. La présence des deux ambassadeurs, dont l'entente ne peut être mise en doute, aplanira quelques dillicultés et tout le monde comprendra, je l'espère, que l'attaque puisqu'elle est inévitable, doit être simultanée et que même devant des Chinois, il ne faut négliger aucun moyen de

succès.

La situation dans laquelle se trouve Chang-Haï est toujours critique. Les rebelles s'avancent chaque jour. Us se trouvent déjà en avant de Soung-kiang, qui n'est qu'à 20 milles de dislance. Ils annoncent hautement qu'ils marchent sur Chang-Haï, qu'ils veulent prendre, tout en respectant, disent-ils, les factoreries et les propriétés étrangères.

M. Bruce et M. de Bourboulon ayant déclaré par une proclamation alïichée dans Chang-Haï avant notre arrivée, que les

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Uliées défendraient la ville, le mur crénelé qui l'entoure est occupé par des troupes anglaises et françaises. Toutes les portes sont gardées par les mêmes troupes à l'exclusion des soldats chinois, qui auraient probablement donné passage aux rebelles pour piller avec eux; et un poste de 25 hommes est placé à Zi-ka-wei, l'établissement des Jésuites situé à deux lieues hors de la ville. Je regrette que l'autorité chinoise, qui a demandé officiellement des secours aux agents de la France et de l'Angleterre, ne se soit pas adressée en même temps aux agents russes et américains qui peuvent disposer de quelques forces maritimes devant la ville. Cette défense collective des quatre puissances, pour protéger la vie et les propriétés de leurs nationaux, — aurait eu un caractère général qui ne pouvait présenter aucune couleur politique; tandis qu'en ce moment les mandarins qui cherchent à nous compromettre avec les révoltés, parlent des secours que nous donnons à Chang-Haï comme d'une intervention armée en faveur de la cause impériale. J'ai appelé sur cette question l'attention de M. le commandant de nos forces dans Chang-Haï et du consul de Fiance dans cette résidence.

C'est assurément un bien singulier spectacle que de voir une partie de nos soldats marcher vers le nord pour combattre les armées de l'Empereur et l'autre partie de ces mêmes soldats défendre l'Empereur dans le sud.

M. l'amiral Page, que j'avais laissé à Hong-Kong, vient d'arriver avec la Némésis. 11 se propose de remonter dans le Nord, où il voit que les hostilités sont inévitables. 11 voudrait y prendre part avec les forces dont il peut disposer.

Après le départ du Du Chayla, il ne restera dans Chang-llaï que la canonnière la Mitraille, mouillée devant la ville chinoise pour la défendre, et la frégate la Forte, entrée au bassin pour y faire réparer les graves avaries qu'elle a faites en touchant sur le banc du Nord, à l'entrée du Yang-tseu Kiang.

Nous avons à terre à peu près 3oo hommes qui défendront la ville sous les ordres du colonel Fabre. Les Anglais, sous le commandement du colonel Gascoigne, ont à peu près goo hommes destinés aussi à proléger les factoreries et la ville chinoise.

Une corvette américaine, portant le pavillon de contre-amiral est mouillée devant Chang-llaï. Cinq navires russes de guerre sont aussi dans la rivière. Les Anglais n'y ont en ce moment qu'une corvette à vapeur le Furious.

M. Ward, le ministre des Etals-Unis est allé passer quelques jours à Ning-Po et va se rendre dans le golfe de Pe Tche-li.

Cokdiek. — Expéd. de Chine, 1860. i5

236 Le baron gkos a chang-haï

Le général Ignatiev est parli pour le Japon cl compte nous rejoindre devant Ta-Kou vers le 20 de ce mois.

M. Guimaraës ', le gouverneur de Macao, est parti pour le Japon où il va chercher à négocier un traité.

Agréez, etc.

Bon Gros.

P. S. — M. de Bastard et M. de Vernouillet m'accompatrnont au nord, comme secrétaires, M. de Méritens comme interprète provisoire et je laisse à M. de BourhoulonM. le Gte Kleczkovvski, qui peut lui servir de secrétaire et d'interprète en même temps. M. Marques2, qui avait quitté M. de Bourhoulon et se trouve au service du ministre américain aurait consenti à m'accompagna' encore, si je lui avais donné 3o mille francs par an, traitement que reçoit le premier interprète de la légation britannique, M. A\ ade. Je n'ai pas cru pouvoir souscrire à ses prétentions et j'attends de Hong-Kong un missionnaire, l'abbé Delamarre J, que l'on me donne comme un excellent interprète.

La chapelle et les ornements d'église que Votre Excellence m'avait chargé de remettre à M. l'abbé Mcrmet, mon ancien interprète au Japon, ont été perdus, avec mes bagages, dans le naufrage du Malabar.

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