‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 150 sur 271 · CHAPITRE XVI TCHE-FOU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI TCHE-FOU

L'amiral Charner quittait Wou-soung le 3 juillet sur VEcho et arrivait à ïche-fou le 5 où débarquait le lendemain le général de Montauban parti sur le Forbin de Chang-llaï un jour plus tôt ; le baron Gros arriva le 1 1 juillet.

Notre ambassadeur constate avec satisfaction la tranquillité qui règne à Tche-fou, les bons rapports des troupes avec les habitants, le bien-être de l'armée abondamment pourvue de vivres à bon marché, l'excellent état sanitaire des troupes, meilleur qu'il ne le serait en Europe en pareilles circonstances ; le jour du départ pour Ta-Kou sera définitivement arrêté le 20 ; le général de Montauban est d'accord avec le général Grant qui est venu passer la journée du 10 à Tchefou; depuis le rejet de l'ultimatum des Alliés, la cour de Pe-King est restée muette.

LETTRE DU BARON GROS A S. E. M. THOUVENEL, II JUILLET l86o.

A bord du Du Chajla, En rade de Tche-fou, le 11 juillet 1860.

Monsieur le Ministre,

Je suis arrivé ce matin à Tche-fou et le courrier pour l'Europe part ce soir.

\près avoir reçu à bord du Du Chayhi la visite de M, l'amiral

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Charrier et celle de M. l'amiral Protêt, je suis allé trouver M. le général de Montauban campé, avec tout le corps. expéditionnaire au fond de la baie de Tchc-Cou. Nos soldats y sont en contact immédial avec les nombreuses populations du Chan-Topng, l'une des provinces les plus riches et les mieux cultivées de l'Empire. Les rapports les plus bienveillants existent entre les Chinois et nos troupes ; des marchés, des comptoirs de change, se sont établis dans le camp, où les vivres abondent à des prix très raisonrables. L'expédition serait campée dans l'un de nos départements qu'elle n'y serait ni plus tranquille ni plus abondamment pourvue qu'elle ne l'est ici : c'est assurément un spectacle singulier que de voir le camp sillonné en tous sens par les Chinois des environs qui viennent y vendre leurs denrées ou y exercer leur industrie, et les riches et populeux villages qui l'entourent parcourus par nos soldats qui s'y font aimer et qui y seront probablement regrettés.

Le général de Montauban m'a fait parcourir le camp d'un bout à l'autre, partout y règne l'ordre et l'activité, et l'état sanitaire y est meilleur qu'il ne l'est en Europe dans des circonstances semblables.

Les chevaux sont arrivés, et, attelés pour la première fois à des pièces qui ont fait feu dans différentes positions, ils n'ont pas occasionné le plus léger désordre.

Tout sera prêt du 20 au 20 de ce mois, et il a été convenu entre le général Hope Grant, qui est venu passer la journée d'hier a ïche-fou, que le 20 les commandants alliés arrêteront définitivement le jour du départ, le lieu où il faudra arriver dans le golfe de Pc Tche-li et le jour où simultanément on débarquera au nord et au sud de Ta-Kou pour enlever les forts, ouvrir la navigation de la rivière aux canonnières alliées cl s'emparer de T'ien-ïsin.

Demain l'amiral Cbarner et le général de .Montauban se rendront à Ta-Lien wan, où campe l'armée anglaise, et où Lord Elgin se trouve depuis deux jours. J'attendrai leur retour ici pour être bien fixé sur le plan de campagne qu'ils auront arrêté de concert avec les commandants anglais, et je me rendrai alors auprès de mon collègue d'Angleterre pour convenir avec lui de l'attitude que nous aurons à prendre pendant les événements qui se préparent; si rien ne vient déranger ou modifier les conventions provisoires que nous avons arrêtées d'avance, nous irons devant le Pei-IIo attendre que les forts soient enlevés, la rivière rendue libre, et que T'ien-ïsin, au pouvoir des Alliés, devienne

de nouveau le séjour des deux ambassadeurs. Ils y attendront les ouvertures que la Cour de Pe-king pourra leur adresser ou faire eux-mêmes de nouvelles propositions au gouvernement chinois avant d'en venir à l'exécution de mesures plus menaçantes pour le siège du gouvernement que ne peut l'être la prise de T'ien-Tsin.

Jusqu'à présent le cabinet de Pe-Ring, dont le dernier acte envers nous a été le rejet de notre ultimatum, a gardé le silence le plus absolu à notre égard. Ce silence, nous devons l'observer aussi, puisqu'à notre arrivée nous avons trouvé les opérations militaires commencées, et les affaires remises entre les mains des Commandants alliés. Notre rôle à Lord Elgin et à moi ne peut commencer maintenant que lorsque le premier coup frappé par les forces anglo-françaises aura prouvé au cabinet de Pe-King que le parti de la guerre compromet l'existence du gouvernement actuel, et que toute résistance étant inutile l'intérêt de sa propre conservation le force à accéder aux demandes que la France et l'Angleterre lui ont déjà présentées.

Une seule éventualité me semble à craindre, je veux parler de la fuite de l'Empereur en Tarlarie ; aussi croyons-nous, Lord Elgin et moi, devoir nous arrêter à T'ien-Tsin, si, comme je l'espère, nous pouvons y arriver, et de là bien plus menacer Pe- King que le frapper.

M. l'amiral Charner et M. le général de Montauban ont eu le bon goût de ne parler ni l'un ni l'autre du différend sur lequel j'ai dû leur donner mon avis. Ils m'ont paru s'entendre à merveille et ne songer en ce moment qu'à se prêter un mutuel appui pour assurer le succès des délicates opérations qu'ils vont diriger de concert, sous peu de jours.

Agréez, etc.

Bnn Gros.

Le baron Gros qui se proposait de visiter ïa-lien wan se vit devancer par lord Elgin qui se rendit à Tche-fou auprès de notre ambassadeur ; en arrivant, il remet au baron Gros un mémorandum sur la marche à suivre que notre ambassadeur adopte d'autant plus facilement qu'il en a déjà discuté les idées.

Le i2 juillet, pendant que le général de Montauban et le vice-amiral Charner rendaientàTa lien wan aux chefs anglais

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