LES COMMISSAIRES IMPERIAUX AU BARON GROS
17 septembre 1860.
Tsaï, P0'1 d'I Tsin, etc., font la communication suivante:
Le premier secrétaire de votre ambassade, le Ctu de Bastard, est arrivé aujourd'hui à T'oung-tcheou, accompagné par deux interprètes, et nous a remis une dépêche, dont nous avons parfaitement compris le sens.
Quant aux 8 articles, qui ont été récemment convenus à T'ientsin et qui nous ont été présentés par les interprètes, il n'en est pas un aucjuel nous ne puissions donner notre assentiment. Les pouvoirs, dont nous sommes investis, ne peuvent être comparés pour leur étendue à aucun de ceux qui ont été donnés antérieurement à d'autres négociateurs.
J'ai reçu de l'Empereur l'ordre d'arranger les affaires de manière à rétablir la paix entre les deux empires et c'est pour cela que je consens à tout ce que Y. Exe. nous demande, et mes paroles sont sincères.
Quand V. Exe. se rendra à T'oung-tcheou, elle devra se faire escorter par le même nombre d'hommes qui y accompagneront le représentant de l'Angleterre. Le reste des troupes ne devra pas s'avancer jusqu'à Tcbang-kia wan et devra camper à 5 lis au sud de cette ville. Dès que la Convention dont il s'agit aura été signée et scellée, il sera interdit à l'année de faire un pas de plus en avant et les troupes recevront aussitôt l'ordre de se retirer.
(jette importante communication est adressée à S. Exe. le Bon Gros. etc.. le 17 sept. 1860.
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•De leur côté, le 17 septembre, dès l'aube, \l. l'arkes, chargé par Lord Elgin d'une mission semblable à celle de M. de Bastard, partait pour T'oung-tcheou, avec le colonel \\ alker, quartier-maître général de la brigade de cavalerie, chargé de choisir un emplacement pour faire camper l'armée, M. Thompson, du Commissariat, M. H.-B. Loch, secrétaire particulier de Lord Elgin, M. de Normann, un des attachés de M. Bruce. M. Bowlby, correspondant du Times, avec une escorte commandée par le lieutenant Ànderson de six King's Dragoon Guards et de 20 cavaliers de Fane. Accueillis à Tchang-Kia-wan par le général chinois qui avait commandé à Sin-ho et avait été disgracié après cette affaire, les Anglais arrivèrent à T'oung-tcheou à 10 heures et demie du matin ; ils trouvèrent dans cette ville un message des Commissaires impériaux qui les attendait à une conférence à 1 heure et demie. Dans cette conférence, le Prince de I et les autres Commissaires furent presque hostiles; à 6 heures, Parkes allait abandonner la partie, lorsque les Chinois changèrent d'attitude.
Heureusement pour M. de Bastard, muni dans la nuit de la réponse des Commissaires que nous donnons plus haut, qu'il quittait T'oung-tcheou à la pointe du jour avec M. de Méritens et regagnait le camp français. Ceux qui étaient restés en arrière furent moins heureux.
lettre du comte de bastard au baron gros
Monsieur le Baron,
Conformément à vos ordres, je suis parti hier d'ici pour T'oungtcheou, à 5 heures du matin, porteur d'une dépêche, adressée par Votre Excellence aux Plénipotentiaires chinois, auxquels je devais la remettre, en réclamant une prompte réponse.
J'éfais accompagné de M. de Méritens, interprète de l'Ambassade extraordinaire de France en Chine ; et, montés sur des chevaux de l'artillerie que le général de Montauban avait fait mettre
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à notre disposition, nous étions suivis d'un lettré, d'un domestique et d'un palefrenier chinois. Le général en chef, à la tête de sa colonne, quittait alors le camp de Ho-si-wou, pour aller le soir même s'établir à Ma-teou, à l\ ou 5 lieues, sur la route de T'oung-tcheou. Après avoir dépassé la colonne, il pouvait être alors
6 heures, nous rencontrâmes M. l'intendant Dubut, M. le colonel d'artillerie Grandchamps, M. l'abbé Deluc, interprète du G:" de Montauban, M. Chanoine, capitaine d'État-Major, un officier d'ordonnance et deux autres officiers que je suppose être des comptables des subsistances ; ils avaient avec eux une escorte de
7 à 8 hommes et se rendaient, comme nous, à T'oung-tcheou, munis d'instructions du Général en Chef, relatives, je crois, à l'approvisionnement et au campement de l'armée. Nous nous joignîmes à eux et arrivâmes à i heure de l'après-midi à T'oungtcheou, distant de 1 1 lieues à peu près de Ho-si-wou. Nous avions fait une partie de la route avec M. d'Escayrac de Lauture, chargé d'une mission scientifique en Chine, lequel s'arrêta en chemin.
Sur notre gauche, à un kilomètre à peu près de la route et un peu en avant de Tchang-Kia wan, village fermé à 12 lis (4 800 mètres) de T'oung-tcheou, nous avions aperçu des tentes tartares et, sur la route comme dans la campagne, nous avions vu souvent des groupes de cavaliers peu nombreux, qui prenaient des directions diverses. Les soldats d'infanterie tartare, que nous rencontrâmes, soit en chemin, soit dans les villages, n'avaient l'air ni militaire, ni surtout menaçant.
A notre entrée dans la ville, nous fûmes conduits par un mandarin (qui nous attendait à la porte) à un vamen, que les autorités chinoises avaient fait préparer pour nous ; nous traversâmes ainsi dans toute sa longueur T'oung-tcheou, au milieu d'une population qui semblait, en nous voyant, ne pas éprouver d'autre sentiment que celui de la curiosité. M. Parkes, interprète de l'ambassade de S. M. Britannique, plusieurs officiers militaires ou civils anglais, M. Bowlby, correspondant du Times, partis en même temps que nous de Ho-si-wou, étaient arrivés à T'oungtcheou, trois heures au moins avant nous ; vous n'ignorez pas, Monsieur le Baron, qu'ils ont à leur service de bons chevaux. Ils étaient installés dans le yamen même habité par les Plénipotentiaires chinois.
Le Prince Tsaï, le principal Plénipotentiaire, à qui je lis demander de suite une audience répondit, qu'occupé en ce moment à traiter avec M. Parkes, il ne pourrait pas me recevoir avanl 4 heures du soir. A quatre heures, en effet, il nie reçut, sans
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GUET-APENS DE T OIJNG-TCIIKOC
m'avoir fait attendre. En cela, il fut plus poli que les soi-disant Plénipotentiaires de ï'ien-tsin, K.oueï-liang et Heng-k'i. Sa tenue bien différente de la leur et ses manières hautaines, à l'égard de son entourage, indiquent chez lui l'habitude de commander ou plutôt celle d'être obéi. Sou visage d'une extrême dureté ne manque pas de distinction.
Je remis au Prince Tsaï la dépêche que vous lui adressiez; il on prit connaissance et répondit n'avoir d'autre objection à faire que sur le nombre de mille hommes qui devaient servir d'escorte à chaque ambassadeur, lors de son entrée à Pe-King. J'avais entre les mains la dépèche du Prince à Lord Elgin, en date du i4 de ce mois, dans laquelle ce nombre était consenti. Je déclarais que je n'acceptais à ce sujet aucune discussion et que l'Ambassadeur de France devait être traité comme l'Ambassadeur d'Angleterre. « Rien de tel n'a été promis », répondit le Prince. J'invoquais de nouveau la dépèche chinoise, dont je n'avais, il est vrai, que la traduction française faite elle-même sur la traduction anglaise fournie, d'après l'original, par M. Parkes. Celui-ci logé, comme je vous l'ai dit, Monsieur le Baron, dans le même yamen que les Plénipotentiaires eut, à ma demande, la bonté de venir en personne me fournir, en présence du Prince Tsaï, les explications que j'avait fort à cœur d'avoir immédiatement. « L'assertion de Tsaï », me dit M. Parkes, n'a aucun fondement ; « il ne peut y avoir de sa part que malentendu ou mauvaise foi. »
Après une discussion assez longue, interrompue pendant quelques instants par la sortie du Prince, qui me demanda à en délibérer dans une salle voisine avec les mandarins, qui nous entouraient, il fut établi que l'escorte des deux ambassadeurs serait identique en nombre et ne serait pas composée de moins que d'un millier d'hommes.
Selon vos instructions, Monsieur le Baron, je fis demander par M. de Méritens en termes formels au Prince Tsaï s'il était muni de pleins pouvoirs ; il répondit affirmativement, mais non sans avoir manifesté sa vive contrariété d'être en butte à pareille question, lui qui, dit-il, n'avait jamais menti, dont l'autorité était supérieure à celle de tous les Plénipotentiaires et dont la signature avait la même force que celle de l'Empereur. Il prit ensuite connaissance du projet de convention préparée à T'ien-Tsin. dont je laissais entre ses mains le texte chinois. Il n'y fit des objections que pour la forme, se déclara prêt à tout signer et il promit de (aire prendre toutes les dispositions nécessaires pour faciliter le voyage de Votre Excellence d'ici à T'oung-tcheou et de T'oung-