LETTRE DU COMTE DE BASTARD AU BARON GROS
tclicou à Pc-King, comme aussi pour l'établissement des marchés nécessaires à l'approvisionnement de l'armée, qui, le lendemain même, devait camper, comme il était convenu, à 5 lis (800 mètres), en avant de Tchang-Kia wan, du côté de Ho-si-wou.
Je cpiittais le Prince Tsaï en demandant une prompte réponse ; et, décidé à partir le lendemain de très bonne heure, je réclamais cette réponse avant deux heures du matin. A 1 h 1/2 après minuit, elle fut apportée à M. de Méritens dans le yainen, où nous passâmes la nuit.
J'oublie de dire à Votre Excellence que Mou, le second Plénipotentiaire chinois et ministre delà guerre bien que présent ne prit aucune part à l'entretien cpie j'eus avec le Prince Tsaï etqui dura plus de deux heures.
Pendant mon entrevue avec les Plénipotentiaires, les officiers français, qui étaient entrés dans la ville avec nous, avaient obtenu du mandarin de T'oung-tcheou, la promesse de l'établissement d'un marché, destiné à fournir des vivres à l'armée.
Ce matin, à la pointe du jour, j'ai quitté T'oung-tcheou.
Je ne vous cacherai pas, monsieur le Baron, que, vos ordres accomplis, il me parut que je n'avais rien de mieux à faire qu'à retourner auprès de vous. Pendant la nuit, le lettré, que M. de Méritens avait emmené avec lui, avait été menacé par les gens de service du yamen et notre domestique aussi bien que notre palefrenier chinois ne nous avaient pas encore rejoints dans T'oung-tcheou ; pendant la route, ils nous suivaient la veille, à une certaine distance.
M. de Méritens et moi partîmes de T'oung-tcheou avec l'officier d'ordonnance du général de Monlauban, qui la veille avait fait route avec nous et avec M. Chanoine, capitaine d'Etat-Major, suivi de son ordonnance : nous avions deux spahis d'escorte et nous marchions, précédés et le plus souvent suivis d'un mandarin. Nous avions donc laissé à T'oung-tcheou M. l'intendant Dubut, M. le colonel Grandchamps, M. l'abbé Deluc. deux comptables de l'armée, je crois, et leurs ordonnances et sans doute aussi M. d'Escayrac de Lauturc, que nous avions rencontré la veille.
A la sortie de la ville, M. le capitaine Chanoine prit les devants pour aller indiquer, je pense, au général de Montauban la ligne de démarcation, en avant de Tchang-Kia wan, où, selon les conventions, l'armée alort en marche devait camper. M. Parkes était parti de T'oung-tcheou, une heure environ avant nous pour donner, je le suppose aussi, au général Grant les mêmes rensei-
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gnements ; entre Ïchang-Kia wan et T'oung-tcheou, nous le rencontrâmes rebroussant chemin et revenant à cette dernière ville. Il nous apprit ([ne 1rs Tarlarcs occupaient en grand nombre le terrain destiné au campement du corps expéditionnaire anglo-français ; il avait fait prévenir le général Cirant et il allait à T'oung-tcheou déclarer aux Plénipotentiaires chinois qu'il les rendait responsables des événements qui pourraient avoir lieu.
Peu de temps après, en continuant notre route, nous rencontrâmes les avant-postes tarlarcs, je fis alors passer devant nous le mandarin qui nous accompagnait, ne doutant pas (pic l'armée tartare n'était pas éloignée. Nous laissâmes à droite, sans y entrer, Tchang-kia wan, que nous avions traversé la veille et ce village dépassé, nous trouvâmes la route bordée par l'infanterie tartare. La cavalerie défilait devant nous, quittant le camp, que nous avions vu la veille, ou du moins venant de cette direction ; elle s'établissait sur une chaussée et elle formait un arc de cercle dont la convexité était de notre côté. Aucune parole, aucune menace ne nous furent adressées et chefs comme soldats nous virent traverser leurs lignes, sans paraître porter la moindre attention à nos faits.
A deux kilomètres à peu près des Tartares, et près d'un village dont je n'ai pu savoir le nom (Kao-tsuen ou Ta-sintchouang) nous aperçûmes des Sikhs en vedette et derrière eux l'armée anglaise en bataille, à cheval sur la route, et en retour d'equerre à sa droite, par conséquent parallèlement au chemin, l'armée française. Nous confirmâmes au général de Montauban et au général Grant les nouvelles qu'ils venaient de recevoir : celui-ci, je crois, par un brigadier anglais, le général de Montauban par le capitaine Chanoine, qui nous avait précédés de quelques instants.
En même temps que nous, arriva au quartier-général anglais Heng-k'i, suivi de quelques mandarins, avec pavillon parlementaire. Interrogé par M. de Méritons, à la demande du général Grant, pendant que j'étais auprès du général de Montauban, Heng-R'i prétendit être venu au-devant des Ambassadeurs qu'il croyait avec l'armée ; il avait, disait-il, à régler avec Votre Excellence les dispositions à prendre pour la remise entre les mains de l'Empereur de la Chine de la lettre de S. M. l'Empereur des Français et il assura en quittant l'état-major anglais, qu'il allait de ce pas enjoindre aux Tartares de se retirer.
Nous retrouvâmes alors dans les lignes françaises notre domestique chinois ; il nous dit que la veille il avait été arrêté par