‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 214 sur 271 · LETTRE DU COMTE DE BASTARD AU BARON GROS 3 I Q · texte numérisé non relu

LETTRE DU COMTE DE BASTARD AU BARON GROS 3 I Q

les Tartares qui voulaient le mettre à mort, mais que ce matin, à l'arrivée du corps expéditionnaire, il avait été relâché par eux; quant à notre palefrenier nous ignorons ce qu'il est devenu.

Je restai une heure environ auprès du général de Montauban. Les Tartares continuaient leur mouvement sur la droite de l'armée française et alors un engagement avec eux ne paraissait pas imminent. Je partis donc, conseillé par le Général, qui, sachant que j'avais une dépèche à vous porter, ne voulut pas me retenir. Arrivés à Ma-teou, sur les 10 h. 1/2, nous entendîmes le canon : le temps nous manquait absolument pour revenir sur nos pas, et je craignais, en retournant en arrière, de ne pouvoir, tant nos chevaux étaient fatigués, arriver ici avant la nuit, où je ne pouvais l'ignorer, vous nous attendiez sinon avec impatience, du moins avec quelque inquiétude.

Il ne me reste plus, monsieur le Baron, qu'à ne pas vous laisser ignorer le concours permanent que M. de Méritens m'a prêté, et notamment, lorsque nous trouvant dans les lignes tartares je le priai de dire catégoriquement au mandarin, qui nous suivait depuis quelque temps, d'avoir à passer devant nous et de s'y tenir à très petite distance. Cette injonction fut faite immédiatement, sans aucune hésitation, et d'un ton tel que le mandarin s'y soumit sans répliquer. Je me plais à croire qu'il sera tenu compte à M. de Méritens de la tranquillité et de la fermeté, dont il a fait preuve dans cette circonstance, aussi bien que dans l'entrevue de la veille avec les Plénipotentiaires chinois.

Je suis, Monsieur le Baron, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur,

(sig.) Léon de Bastard.

llo-si-wou, le 18 septembre ; 4 heures de l'après-midi.

Le 18 septembre au malin, le Col. Walker, MM. Thompson, Parkes et Loch avec six dragons et trois sikhs partirent pour retourner au camp des Alliés ; De \ormann, Bowlby, Anderson et 18 Sikhs restèrent à T'oung-tcheou.

Comme M. de Bastard, Parkes constata les mouvements des troupes tartares; surpris et inquiet, il se décida à retourner à T'oung-tcheou avec le dragon Phipps et un Sikh portant un pavillon de parlementaire pour savoir du prince de I, la cause de ces manœuvres. Loch et deux Sikhs traversent

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la cavalerie chinoise suis èlre arrêtés, arrivent au camp anglais, informent le général G rant de ce qui se passé ; Loch , avec deux cavaliers de Probyn, et rejoint par le capitaine Brabazon, franchit à nouveau les lignes chinoises, arrive à Tchang-Kia-wan et à T'oung tcheou et retrouve Parkes elles autres. Ils repartent1 tous ensemble pour Tchang-kia-wan, mais à peine ont-ils dépassé cette ville que le canon leur apprend que la bataille a commencé, et qu'une nouvelle trahison les met à la merci des Chinois : ils aperçoivent Sengko-lin-ts'in galopant avec son état-major; Parkes interpelle2 le prince mongol qui lui répond par des injures : les Anglais sont jetés à bas de leurs chevaux, désarmés, maltraités, traînés à genoux devant le général ; ils sont prisonniers3.

D'autre part, les officiers français envoyés le matin à T'oung-tcheou par le général de Montauban, rencontrés par M. de Bastard, étaient restés dans les lignes chinoises et avaient suivi le^sort des Anglais; c'étaient: le sous-intendant militaire Dubut, le colonel d'artillerie Foullon-Grand-

i. Loch et Anderson étaient en tête, puis venaient Parkes et Brabazon, Bowlby et De ÏXormann, enfin le soldat Phipps et 18 sikhs.

3. « Parkes immediately addressed the Prince, pointing to our Hag of trnee, and requested a free pass for our party through the Ghinese army. His only reply was a derisive laugh, and a torrent of abuse ; he accused Parkes of being the cause of ail the troubles and difficulties that had arisen ; he said, not content with attempting to impose conditions wich would hâve been derogatory to the dignity of the Emperor to accept, he had now brought the Allied armies down to attack Impérial forces. Parkes turned to me and said : « I fear \vc are prisoners. » (Loch, p. 97.)

3. « The Prince threalencd and stormed at us, the nien behind euffing us on our heads and faces, onc man seizing me by the back of the neck. and rubbing my head and face in the dirt. Sang-ko-lin-sin told Parkes to stop the battlc, and to send to the Allied gênerais to say they werc at once to hait their troops ; and upon Parkes laughing, and telling him his request was absurd, that even if he had been willing, he was quite unable to give any suchorder, mucli less hâve it obeyed, the Prince told him he lied, and that he would leach us what it was to speak to high officers of the Cclestial Empire in the manner in which they had been addressed yesterday. » (Loch, p. 98.)

champs, l'officier d'administration Ader, l'abbé Deluc1, interprète du commandant en chef, Ozouf, chasseur au 2e à pied, le soldat Bonicho, l'infirmier militaire Blanquet, et quelques autres soldats, en tout i4 Français. Le capitaine d'état-major Chanoine échappa, grâce à la rapidité de son cheval, mais ses ordonnances furent capturés. M. d'Escayrac deLauture2, chargé d'une mission scientifique fut également fait prisonnier.

Le baron Gros rendait ainsi compte des événements et des négociations depuis le moment où il avait quitté T'ientsin.

Ta Sin tchouang, route de T'ien-tsin à Pe-King, le 19 septembre 1860.

Monsieur le Ministre,

C'est du bivouac de Tang Tsin Chouan :i que j'écris à votre Excellence. J'aurais mieux aimé rester à T'ien-Tsin pour v attendre les événements et ne me rendre à Pe-King que lorsque les armées alliées en auraient pris possession, c'eût été plus convenable, plus digne, et plus facile pour les Ambassadeurs que d'aller courir les hasards d'une campagne peut-être aventureuse et j'en avais parlé à Lord Elgin qui, tout en convenant que je pouvais avoir raison, n'en a pas moins persisté dans son idée de monter à cheval et de ne pas quitter un instant le généri il en chef de. l'Armée anglaise. Je n'ai pas cru dès lors pouvoir rester en arrière et m'exposer ainsi à n'avoir qu'à accepter des faits accomplis. J'ai donc organisé immédiatement un convoi, loué des chariots et des coolies pour les bagages, les tentes et les vivres de l'Ambassade, et j'ai suivi l'armée française, comme Lord Elgin suivait l'armée anglaise, prêts l'un et l'autre, à écouter ou à rejeter les propositions que le Gouvernement cbinois pourrait nous faire.

Quelque rude et pénible que fût pour moi une aussi singu-

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