‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 215 sur 271 · Lire Ta Sin tchouang · texte numérisé non relu

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Gordier. — Expéd. de Chine, [860. 21

CtiJi GUET-APENS DE T OUNG-TCHEOU

lière campagne diplomatique, je n'ai pas hésité à l'entreprendre cl après la déception de ï'ien-tsin, je me suis mis en marche pour T'oung-tcheou, avec l'armée française emmenant avec moi 25 chariots attelés, quatre palanquins, quarante coolies porteurs et accompagné par MM. de Bastard et de Vernouillet, secrétaires de l'Ambassade, M. de Méritens et l'abbé Delamarre, interprètes, le capitaine de vaisseau Tricault, commandant le Du Chayla, le chirurgien-major de la même (régate, le lieutenant de vaisseau Jaurès, aide-de-camp de l'amiral Charner, et de M. de Bourboulon, jeune officier d'infanterie, cousin du Ministre de ce nom, que le général de Montauban avait attaché à l'ambassade pour servir d'intermédiaire entre elle et l'armée. Cinq domestiques européens, trois lettrés chinois, et huit matelots du Du Chayla complétaient ma nombreuse caravane. Elle marchait avec l'armée, s'arrêtait où l'armée s'arrêtait et n'avait assez souvent pour vivre que les rations de biscuits, de viande et d'eau-de-vie que l'intendance de l'armée lui fournissait sur réquisition pour service. Une compagnie d'infanterie et quelques cavaliers nous servaient d'escorte et de garde, et lorsque le canon grondait aux avant-postes , nous nous retranchions dans les fermes voisines ou dans une bonne position pour y attendre l'issue du combat.

La campagne ainsi commencée, nous avons reçu, en route, Lord Elgin et moi, de nombreuses dépêches des Commissaires Impériaux nouvellement nommés et dont l'un, le prince ïsaï d'I Tsin, proche parent de l'Empereur, nous suppliait de rester avec nos troupes dans le lieu où nous nous trouvions ou de retourner avec elles à T'ien-Tsin où les Commmissaires allaient se rendre avec les pouvoirs les plus étendus pour traiter avec nous. Nous avons dû nous y refuser et nous avons déclaré formellement au prince Tsaï et à son collègue. Mou, ministre de la guerre, que par suite de la conduite déloyale du Gouvernement chinois à T'ien-Tsin, nous ne traiterions maintenant de paix qu'à T'oung-tcheou, et cpie , si de nouvelles déceptions nous attendaient encore dans cette ville, nous marcherions immédiatement sur Pe-King.

Le Prince nous a répondu alors que le Gouvernement Chinois accédait à toutes nos demandes, et que si nous voulions bien faire camper nos troupes à 6 milles avant d'arriver à T'oungtcheou, nous pourrions, nous Ambassadeurs, nous rendre dans cette ville pour v signer avec lui la convention préparée à T'ien- Tsin, convention dont le Gouvernement chinois acceptait toutes les

clauses. Le Prince ajoutait que nous pourrions nous rendre ensuite à Pe-King pour y procéder à l'échange des ratifications du traité de i858, en nous y faisant accompagner par une escorte de mille hommes, et que ces actes accomplis les troupes alliées devraient retourner à T'ien-ïsin.

J'ai envoyé M. de Bastard et M. de Méritens à T'oung-tcheou, où Lord Elgin avait envoyé M. Parkes et M. Wade, ses interprètes. Ils y ont été, tous les quatre, très bien accueillis par le prince Tsaï, et dans une longue conférence, tout a été convenu d'une manière satisfaisante pour nous.

Pendant ce temps-là nos troupes allaient s'établir pacifiquement sur le terrain, à 6 milles en avant de T'oung-tcheou, où il avait été convenu entre les Autorités chinoises et nous qu'elles camperaient sans aller plus loin ; mais avant d'arriver même sur les lieux désignés, elles se sont trouvées en présence d'une nombreuse armée tartare, forte, dit-on, de 20 mille cavaliers, et de iô à 20 mille hommes d'infanterie, commandée par le prince Sèng-ko-lin-ts'in, plus connu dans le pays sous le nom de Seng-wang (le prince Scng).

M. de Bastard avant reçu des Commissaires impériaux une réponse écrite à la dépèche qu'il leur avait remise de ma part, s'était décidé, heureusement, à quitter la ville à une heure et demie du matin, au moment même où cette réponse lui avait été envoyée et la route qu'il avait trouvée libre en se rendant à T'oung-tcheou.

Ce soir les forces alliées se portent sur .T'oung-tcheou où s'est réunie, dit-on, une force tartare considérable qui a pris position sur la route de T'oung-tcheou à Pe-King. On assure cependant que Sèng-ko-lin-ts'in s'est suicidé. Nos troupes n'entreront pas dans T'oung-tcheou, car le pillage de la ville serait impossible à empêcher. J'ai le cœur serré par les actes de vandalisme que j'ai vu commettre par nos soldats, comme par nos alliés, charmés de pouvoir rejeter mutuellement les uns sur les autres les actes abominables dont ils se rendaient coupables.

De T'oung-tcheou, nous marcherons sur Pe-King où nous serons dans quelques heures, à moins que le Gouvernement Chinois ne vienne sérieusement cette fois courber la tète devant nous et céder sur tous les points.

Veuillez, etc.

Sig. IV" (iaos.

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