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Comte d'Hérisson. Exp., p. iqd

LE BARON GROS AU GÉNÉRAL DE MONTAUBAN 35 1

soit en nous en emparant de vive force, soit par suite d'une capitulation? permettez-moi de vous rappeler qu'il se trouve dans cette grande ville plusieurs édifices ou établissements religieux construits autrefois aux frais de la France et confisqués depuis longtemps par le Gouvernement chinois, pendant les diverses persécutions dont le catholicisme a eu à souffrir dans l'Empire. Lorsqu'en i844, un traité fut signé entre la France et l'Empire chinois, le Haut Commissaire impérial Ri-ying s'engagea presque au nom de l'Empereur Tao Rouang, alors régnant, et père du souverain actuel, à faire restituer ces édifices à leurs légitimes propriétaires. La conquête ne nous donne-t-elle pas le droit de reprendre et de garder ce qui nous a été enlevé autrefois ? ce que le sort des armes remet aujourd'hui entre nos mains? et si une capitulation a lieu, ne pouvons-nous pas y répondre que ces édifices nous seront rendus ? Quelques autres établissements du même genre ont été confisqués aussi dans les provinces, et peut-être serait-il utile d'obtenir en termes généraux la restitution, promise par un écrit de Ïao-Rouang, de tous les établissements catholiques confisqués sous les règnes précédents.

Si nous entrions de vive force dans la ville l'occupation immédiate par nous de ceux de ces édifices qui s'y trouvent, serait de droit, sauf à faire régulariser ensuite, une restitution qui ne pourrait plus ainsi à l'avenir amener de fâcheuses complications.

Je sais, Monsieur le Général, que cette mesure déplaira à nos Alliés, mais s'ils ont repris à Ta-Rou les canons que les Chinois leur avaient enlevés en 1809, ils auraient mauvaise grâce à ne pas trouver bon que nous reprenions par la force, qui nous en donne le droit, les établissements religieux que le Gouvernement chinois avait enlevés autrefois aux sujets et au gouvernement de la France.

"Veuillez, etc. (s'oO Bon Gros.

M. de Méritens, qui revient de votre camp et qui a eu l'honneur de vous voir, m'engage de votre part à aller m'établir demain matin dans la pagode que vous allez quitter pour marcher sur Pe-Ring, Je ne sais s'il est bien prudent de faire ainsi deux lieues en pays ennemi avec des bagages et une faible escorte de 3o et 35 hommes : le Commandant anglais du camp voisin m'a fait dire que des cavaliers tarlares s'étaient rencontrés dans les environs et qu'il avait des craintes pour la nuit. Il a fail placer des vedettes entre moi cl Pe-King, cl à la première alerte, il

m'engage à aller chercher un refuge auprès de lui, attendu qu'il ne pourrait pas Taire sortir des hommes pour me secourir si j'étais attaqué. Il est probable cependant que je me rendrai à l'opinion de mon entourage qui me conseille d'aller vous rejoindre avant le jour, et je remettrai peut-être cette lettre ou je vous la ferai passer s'il y a moyen. Je répugnerais je l'avoue à aller me placer sous la protection de nos Alliés.

Si nos missionnaires continuent à être aussi muets qu'ils l'ont été jusqu'à présent, et qu'ils ne nous donnent aucun avis, j'y suppléerai en vous communiquant la liste des églises et cimetières que nous avons à réclamer dans Pe-King.

Suit la note, etc.

Bon Gros.

PRISE DU YOUEN-MING-YOUEN, 6 OCTOBRE l86o.

D'accord avec le général Hope Grant, qui était en tête, Montauban marche, le 6 octobre, sur le Youen-ming-youen ; son armée décrit un arc de cercle sur la droite des Anglais dont il perd le contact. A l\ heures, il rencontre la cavalerie de Pattle, lui-même à la recherche de ses compatriotes, le général anglais se met à la suite de la colonne française ; à 7 heures du soir, l'armée française était devant le \ouen-mingyouen : le lieutenant de vaisseau de Pina y pénètre le premier ; le bruit de la lutte qu'il entame avec les quelques défenseurs qui se trouvent dans le parc attire le général Montauban qui fait occuper la première cour du palais.

Le général Grant, qui s'était égaré, campait au Nord de Pe-King ; le 7 octobre, Montauban le fait prévenir de son arrivée et l'engage à venir le retrouver au \ouen-ming-youen : lord Elgin et le général anglais arrivaient au Parc impérial à onze heures et demie du malin.

Le général Montauban raconte ainsi son arrivée à la résidence de l'Empereur ! :

1. Voici le compte rendu du général Grant assez désappointé d'être arrivé le second ; « It had no doubt been arranged between us tbat we

« Nous étions convenus, le Général Grant el moi, de nous rendre à Yuen-ming-yuen, maison d'été que l'Empereur occupe presque toujours à quatre lieues nord de Pékin.

« Le pays est tellement coupé de routes, de bois, etc., que le général Grant s'est perdu avec son armée, et que je suis arrivé tout seul, le soir, devant ce palais gardé par des Tartares.

« Malgré une longue et assez pénible marche, j'ai l'ait occuper le palais à sept heures du soir, et en y entrant de vive force, j'ai eu quelques hommes de blessés, dont deux de nos officiers. M. de Pina, mon ofhcier d'ordonnance, a reçu deux blessures : un coup de sabre dans le poignet, qui a pénétré profondément et un coup de flèche dans la main gauche. Le second officier l'a été par une balle.

« Les Tartares ont évacué le palais confié à leur garde, et ont dû perdre quelques hommes, dont un petit mandarin tué dans la cour même.

shoulJ ullimately mardi to the Summcr Palace, but I expected thaï in the tirst instance tlie French would l'ollow us. Lord Elgin and I took up our quarters in a handsome old temple dedicated to Confucius. As soon as it became dark, 1 ordered large tires to be lighted to indicate to the French and to our cavalry the position of our camp, in the event of llieir having lost their wav ; and the following morning, the ^lh October, I caused a salule of 21 guns to be fired from some rising ground outside the rampart with tins samc ohject. Even tliis vvas of no avait, and so I seni a squadron of the king's Dragoon Guards to find out the exact position of the Summer Palace, and to ascertain if the French and our cavalry were there. \\ olseley, Deputy assistant quarter master-general, went with this party, and at g a. m. relurned with the information that he had found the m at Yuan min-yuanlhe Chinese name of the Palace. The French during their mardi had misscd our track, and had therefore proceeded to the Palace. After breakfast Lord Elgin and I rode over to see gênerai de Montauban. In the distance we al lasl perceived the Palace beautifully situated amidst gardens and woods, and a range of large suburbs in front. \\ e passed the park «ails by a fine old stately gateway, ami proceeding up an avenue came to a range of handsome dwellings roofed over with yel'low tilcs, turned up at the ends, Chinese fashion. In différent parts of the grounds, werc /|0 separale small palaces, in beauliful situations. The park was carefully kept — the footpaths and roads clean and in excellent order, and there were varions prettj pièces of ornamental waler. We found that the French had ciicamped near the enlrance of the Great Audience Hall, and it was pitiful to see the way in which everylhing was being robbed » (Incidents in llic China War, pp. 126-8.)

CoKDtEit. — Expéd. de Chine, ifSGo. 23

« Bref, j'ai fait occuper le palais, et le lendemain je m'y suis rendu . Ilieii dans noire Kurope ne peu" donner l'idée d'un luxe pareil, dont il m'est impossible de vous décrire lis splendeurs dans ces quelques lignes el surtout sous l'impression de l'éblouissemenl que m'a causé la vue de tanl île merveilles. J'aurai l'honneur de vous écrire longuemenl par le courrier français, pour lâcher de vous en donner une description complète.

« J'ai l'ail garder par (\r^ postes assez loris les diverses issues du palais, afin que rien ne fût dérangé avanl l'arrivée de nos Alliés, que j'ai fait prévenir ensuite. Quelques heures après, ils étaient auprès de moi, et comme une partie de leur cavalerie s'était égarée la veille el était venue chercher protection dans nia colonne, j'avais fait désigner deux officiers anglais et deux olïiciers français pour que rien ne fui louché et (pie tout fût surveillé conjointement. Le général Grant el Lord Elgin étant arrivés, nous avons nommé trois commissaires de chaque nation pour procéderai! partage des objets les plus précieux à attribuer à chaque armée,

« Dans ce partage j'ai recommandé à nos trois commissaires de s'attacher de préférence aux objets ayant le plus de valeur au point de vue de l'art et de l'antiquité, el j'espère envoyer à Votre Excellence, pour Sa Majesté et pour les musées d'art et d'artillerie, des objels assez rares en France.

« Je ne puis vous dire quels sont les papiers que j'ai l'ait réunir dans le Palais de l'Empereur ; je ne puis les confier qu'à M. de Pina, mon ollicier d'ordonnance, qui vous les portera pour les remettre à Sa Majesté1. »

i. Lettre du 8 octobre 18G0. — Comte d'Hérisson. Exp., pp. 111*1-7.

M. le comte d'Hérisson raconte, pp. 11 -12 de son Journal d'un Officier d'ordonnance juillet i&'jo-février 1871, la curieuse histoire suivante :

« Les soldats se répandirent un peu partout, el un sergent de la ligne apporta bientôt au général de M on tau ban des papiers qu'il avait pris dans l'appartement privé de l'Empereur. C'étaient nos fameux traités de Tïentsin. Le général me fit appeler, et, par curiosité, fidèle d'ailleurs à ses habitudes d'extrême ponctualité, il prit l'exemplaire français, me donnant à traduire l'exemplaire anglais. Nous collationnàmes, comme on dit en style de basoche. Bientôt il m'arrêta dans ma lecture :

« — D'Hérisson, il n'y a pas cela.

« — Si fait, mon général.

« — Vous êtes suri'

« — Très sûr.

Le Youen-Ming-Youen dont l'empereur Hien-Foung venait de s'enfuir pour se réfugier à Djehol était un véritable musée dans lequel les empereurs mandchous avaient entassé des objets d'art d'un prix inestimable. Monseigneur Favier écrit ' :

« Nous lisons dans le Je-sia: « K'ang Hi habitait le palais d'été nommé Tch'arig tcKoun yuen (jardin du printemps perpétuel), il y reçut les ambassadeurs, les légats et les différents envoyés des royaumes étrangers. A 5oo mètres plus au Nord, était un autre palais appelé Yuen-ming-juen ; ce nom lui avait été donné par K 'ahg Hi et signifiait « jardin de la prudence et de la clarté » . La /(8e année de son règne, K'cuuj /it fit cadeau de cette habitation à son quatrième fils Young Tcheng qui devait lui succéder ; on y voyait comme

« — C'est étrange. Continuez.

« Bref, le traité anglais ne ressemblait pas au traité français ; il n'en était pas la traduction littérale.

« Les Anglais avaient stipulé pour eux seuls toutes sortes d'avantages particuliers, déclarant que nous étions des mercenaires à leur solde et qu'ils s'arrangeraient toujours avec nous.

« Ces deux curieux papiers doivent se trouver quelque part dans des archives publiques ou privées. En tout cas, je les ai tenus dans mes mains. Je l'affirme, et je passe outre sans plus amples commentaires. »

Il y a de l'enfantillage et de l'ignorance dans ce récit. Tous ceux qui connaissent l'histoire des relations étrangères de la Chine — il n'est pas question de M. d'Hérisson -- savent qu'il y a des différences de rédaction entre les textes anglais et français des traités de T'ien tsin, par exemple dans la clause fart. 3) de la résidence du minisire anglais dans la capitale*. M. d'Hérisson aurait été sans doute fort surpris d'apprendre que l'ouverture de Nan-King au commerce étranger était stipulée dans le traite français (art. G) et que ce port n'est pas mentionné dans l'art. 1 1 du traité anglais.

11 ne faut pas oublier non plus que par la clause de la « nation la plus favorisée », tout avantage obtenu par l'Angleterre ou par toute autre puissance nous était également accordé. Enfin, il faut penser que le général Montauban aurait fait part de ses doutes à notre ambassadeur, or il n'est nulle part fait mention de l'incident dans la correspondance du baron Gros.

i . Peking, pp. 177-8.

* Cf. H. Confier, Exp. de Chine, pp. 438-C).

PRISE in mu EN-MÎNG-YOI I A

principales constructions le Ta Kouang mina tien el le Foung-

san mi ssc heu. h'icn loung réunil Ions les palais ensemble et ils prirent le nom unique de ) uen ming-yuen. La ■>'' année de son règne, l'empereur chargea Luin/ che ning (le frère Gastiglione) de concerl avec s,, un iou, Chen iuen el d'autres mandarins de tracer les plans généraux, puis il voulul avoir plusieurs pavillons à l'européenne, qui furenl exécutés sons la direction du P. Benoît, d'après les dessins du frère Castiglione. »

Le pillage du Youen-Ming vuen a été raconté si souvent que je crois inutile de faire nu nouveau récit de cette si an daleuse affaire, qui trouve encore sa meilleure excuse dans la conduite encore plus scandaleuse des Allies à Pe King en

Le 8 octobre, on découvrit des lingots d'or cl d'argent qui furent divisés entre les deux Alliés, et chose triste! dans un des pavillons on trouva les dépouilles de plusieurs des prisonniers étrangers et entre autres les vêtements du colonel Foullon-Grandchamps, de l'artillerie, un carnet et des objets de sellerie ayant appartenu à M. Ader, comptable des hôpitaux et i5 selles complètes provenant des Sikhs1.

RETOUR DES. l'RISON^JIEHS, (S OCTOBRE lS6o.

Le S octobre, à 3 heures, Parkes et Loch, avec le Sikh \al-sing, les ordonnances du capitaine Chanoine, Roset et Bachelet, les soldats français Ginestel el Petit, ainsi que M. d'Escayrac de Lauture, arrivaient au camp anglais ; leurs ligures el leurs mains disaient les tortures qu'ils avaient endurées. On apprit alors que les otages avaienl été d'abord conduits à T'oung-tcheou, puis après avoirpassé Pa-li-K'iao, on les (il descendre de charrette, on les conduisit à la tente

i. Blondel, p. iài.

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