LE BARON GROS AU PRINCE ROUNG
traiter les affaires avec droiture et ne pas oublier que, chaque fois qu'il a manqué à sa parole, il a délié le Soussigné des engagements contractés par lui et lui a rendu tous les droits que lui donnent les victoires successives remportées sur les armées de l'Empire.
Voici donc les propositions que le Soussigné fait encore au Gouvernement chinois en s'adressant au Prince Roung qui peut encore, s'il le veut, prévenir de funestes catastrophes.
Les Commandants en chef alliés voulant épargner à la ville de Pe-Ring et à la nombreuse population paisible qu'elle renferme les horreurs d'un bombardement et une destruction prcsqu'inévitable ont demandé aux autorités qui la commandent qu'on leur livrât, le ro de ce mois avant midi, l'une des portes de la ville pour s'y fortifier et être maîtres de la capitale, sans la faire occuper par leurs troupes. Cette porte leur a été remise avant l'heure fixée, mais par la population elle-même et nullement par l'autorité militaire envers laquelle par conséquent les Commandants en Chef ne se trouvent liés par aucun engagement.
Il serait bien difficile au Soussigné d'avoir maintenant confiance dans un gouvernement qui ne se fait aucun scrupule de trahir sa parole et qui pousse l'oubli des lois de l'honneur et de sa propre dignité jusqu'à faire arrêter et sacrifier de la manière la plus barbare des gens sans armes qui, sous la protection du drapeau parlementaire, étaient venus se confier à lui. Le Soussigné ne peut plus entrer dans Pe-Ring avec une simple escorte d'honneur, il lui faut aujourd'hui une garde qui puisse le préserver de quelque trahison et lorsqu'il se trouvera dans l'une des habitations de la ville que l'on aura fait disposer pour lui et pour la garde, des conférences pourront s'ouvrir, la convention de T'ien-tsin à laquelle le Soussigné doit faire quelques modifications qui ne seront que l'application de l'esprit du traité de i858, et la mise à exécution des promesses faites par l'Empereur Tao Rouang dans son décret du [20 mars 1846], c'est-à-dire la restitution des Eglises et des Cimetières qui appartenaient autrefois aux Chrétiens et que le Gouvernement chinois avait confisqués, cette convention pourra, dis-je, être signée, et la paix étant ainsi rétablie, l'échange des ratifications du traité de [858 ayant eu lieu, et toutes les clauses mises fidèlement à exécution, les troupes françaises se retireront ainsi qu'il en aura été convenu.
La persistance que le Prince Roung a toujours mise à ne jamais vouloir rendre, avant La signature de la paix, les Français
3~S DESTRUCTION DU PALAIS d'ÉTÉ
el les anglais que le Gouvernemenl chinois a l'ail arrêter et retenir contre toutes 1rs lois de I'Ikhi nci i r, n'avait que trop fait craindre an Soussigné que les autorités chinoises, coupables du crime, n'eussent |><>uss<'' leur sauvage brutalité jusqu'à faire périr quelques-uns de ces individus qui n'avaienl pas disparu dans un combat, comme semble le croire le Prince K.oung, mais qui avaient été \ictimes d'un abominable guet-apens. La lettre, si embarrassée du Prince K.oung el les rapports malheureusemenl trop vraisemblables que le Soussigné a reçus an sujet de la conduite de quelques autorités chinoises envers les détenus qui à la honte éternelle dn Gouvernement chinois ont été sacrifiés dans le palais même de Youen-Ming Voncn, confirment les appréhensions du Soussigné et il exige aujourd'hui an nom de son gouvernemenl, une indemnité de 200000 taels qui sera répartie par le Gouvernement, français entre ses sujets victimes de l'attentat du 18 septembre dernier, et les familles de ceux dont on a causé si lâchement la mort.
Le Gouvernement chinois punira, comme il le voudra, les auteurs d'un crime qui placerait la Chine au niveau des tribus sauvages de quelques îles de la mer du Sud s'il ne flétrissait pas avec indignation la conduite de ses agents envers les détenus, et s'il ne la réparait pas, autant du moins qu'il peut être en lui de le taire.
En résumé le Soussigné demande à S. A. I. de vouloir bien faire préparer dans Pe-king l'habitation dite Sou ang fou1 pour qu'il puisse s'y établir avec la garde préposée à sa sûreté.
La Convention projetée à T'ien-tsin pourra alors être rédigée par les Secrétaires respectifs, en y ajoutant deux clauses que la conduite du Gouvernement chinois autorise le Soussigné à exiger.
Par la première le Gouvernement chinois s'engage à payer une indemnité de 200000 taels aux victimes françaises de l'attentat du 18 septembre dernier, et à verser de suite celle somme entre les mains du trésorier de l'armée française en Chine.
Par la seconde, le Gouvernement chinois s'engage à faire rendre au Ministre de France en Chine, les Églises, cimetières el autres propriétés qui en dépendaient et dont parle le décret impérial de Tao-Kouang.
1. Probablement le Sou Ts'in-wang fou, palais du prince Sou, en face de la légation d'Angleterre.
LE BARON GROS AU PRINCE KOUNG 3 Jf)
Lorsque cette Convention aura été signée et revêtue des sceaux respectifs, que l'échange des ratifications du traité de i85S aura eu lieu et que toutes les clauses qu'il contient auront été loyalement mises à exécution, l'armée française pourra aller prendre ses quartiers d'hiver à T'ien-tsin, mais jusque-là, le Soussigné ne pourra en aucune manière demander au Commandant en chef des forces françaises de suspendre, même pour un seul instant, les opérations en voie d'exécution.
Si toutes les conditions énoncées çi-dessus sont, acceptées par le Gouvernement chinois, et si tous les actes qu'elles stipulent sont accomplis avant le 23 du mois à midi, la paix sera rétablie et les hostilités cesseront. Si, au contraire, le Soussigné éprouvait un refus ou qu'une réponse évasive lui arrivât, ou bien encore que le silence fût gardé envers lui, les hostilités recommenceraient avec plus de vigueur, et la guerre portée aujourd'hui dans le Nord de l'Empire s'étendrait dans les Provinces où ces mêmes troupes ont combattu pour défendre contre l'insurrection, à Chang-Haï par exemple, un gouvernement qui s'est conduit d'une manière odieuse envers quelques-uns de leurs officiers et de leurs soldats sous pavillon parlementaire.
Le Soussigné doit rappeler au Prince Koung que les revenus de la douane de Canton, bien que cette ville soit au pouvoir des Alliés, sont versés dans le trésor de l'Empire, et que les jonques qui portent a Pe-King le riz et les tributs n'ont jamais été inquiétées par les escadres alliées, maîtresses de la mer. Mais S. A. I. doit être prévenue que si la guerre continue, cet état de choses cessera immédiatement et que les jonques et les revenus de la Douane, comme les tributs, seront saisis par les forces alliées.
Le Soussigné en appelle encore au Prince Koung qui a la réputation d'être un homme de cœur, et qui doit par conséquent être au désespoir de la conduite abominable de quelques autorités auxquelles son auguste Itère a si malheureusement, peutêtre, accordé sa confiance.
Il ne tient qu'au prince Koung de rendre la paix à son pays. Le Soussigné espère (pie S. A. I. n'hésitera pas à le faire.
Le Soussigné, etc., etc.
Ha ion Gros.
Cette lettre du baron Gros avait le caractère d'un ultimatum,
puisque le 'j.'.\ étail fixé pour la signature de la paix on la reprise des hostilités. Une nouvelle lettre du baron Gros au
DESrni I mon Di p VLAIS l> ÉTÉ
prince K.oung, du [8 octobre, fixe la date du 20 pour la réponse. D'autre part, le général de Montauban « avail refusé Formellemenl au général Granl d'attaquer avant le -ïô et avail déclaré nellemcnl (|n"il s'opposerail à toute attaque avant l'époque fixée1 », le général anglais lui lit dire le ig, qu'il attendrait également le 20.
LE BARO!N GROS AU PRINCE km NG
18 octobre 1860.
Le Soussigné, etc., s'empresse de réparer un oubli qui a eu lieu en écrivante S. A. I. la dépêche, en date d'hier, qu'il a eu l'honneur de lui envoyer. Elle devait demander au Prince de vouloir bien répoudre au Soussigné le 20 de ce mois avant midi, et c'est pour le prier de vouloir bien agir de la sorte que le Soussigné lui fait cetle nouvelle communication.
Le Soussigné, etc.
Le 18 octobre, une proclamation rédigée par le baron Gros était approuvée parle général Montauban cl adressée aux habitants de Pe-King.
GENERAL DE MONTAUBAN \ l" BARON GROS
Quartier général devant Pe-King, le 17 octobre 1860.
M. le Baron,
J'adopte la rédaction de votre proclamation et je vous serai très reconnaissant de la faire traduire par M. l'abbé [Delemasurej, de m'en envoyer quelques exemplaires que je ferai afficher demain dans la ville.
Le général Grant envoie demain une division à Youen-Ming youen; c'est, selon moi, la rupture de toutes les négociations; je crois que nous devrions prolester entre les mains de Lord Elgin.
1. Comted'Hérisson, L'Exp. de Chine, ^. 224,etBlondel, pp. 1 5 8- 1 5 9 .
PROCLAMATION 38 1
Je suis prêt à le faire, si, comme moi, vous le jugez convenable. Il y a certainement un motif, que nous ne connaissons pas, à cette ténacité pour une opération qui n'a aucun but raisonnable ostensible.
Je, etc.