C. de Montauban
BARON GROS AU GENERAL DE MONTAUBAN
Lamaserie de Houang-Sseu, 18 octobre 1860.
M. le Général,
On traduit en ce moment en chinois la proclamation destinée aux habitants de Pe-King. J'en ferai copier quelques exemplaires et dès qu'il y en aura un de lait, je vous l'enverrai.
J'ai fait auprès de Lord Elgin tout ce qui a dépendu de moi pour l'amènera renoncer à la destruction du Palais d'Eté et je n'ai pu y réussir. Vous avez vu, par nia lettre à M. l'Ambassadeur que je me refusais à m'associer à un acte que je considérais comme inutile et dangereux. J'ai ajouté seulement que s'il vous convenait de vous joindre au général Grant dans cette exécution, je n'aurais aucune observation à vous faire.
Vous vous y êtes refusé et j'en suis beureux, votre refus et le mien, ebacun dans notre liberté respective d'action, est de fait une protestation bien réelle, et qui, selon moi, vaut mieux qu'un acte, tardif d'abord, et qui aurait l'inconvénient de constater une dissidence entre les Alliés dans un moment où il vaut mieux qu'ils agissent de concert.
Sovez persuadé qu'aux veux de l'Europe, comme parmi les populations de la Chine, le beau rôle sera pour nous dans celte affaire.
Agréez.
Baron Gros.
PROCLAMATION
18 octobre 18O0.
Le Général de Moviauban, Commandanl en chef de l'armée
DESTRUCTION M PALAIS l> il l
française en Chine, adresse la proclamation suivante aux habitans de la capitale et des campagnes environnantes.
Le généra] en chef fait savoir aux populations paisibles de La capitale el des campagnes environnantes, que plusieurs officiers appartenanl aux armées de la France et de l'Angleterre qui, avec le caractère sacré de parlementaires, que les nations civilisées respectent comme inviolable, et du consentement des Commissaires impériaux Tsaie\ Mou, avaient été envoyés à T'oixng-tcheou, afin <l'\ préparer les arrangements que les ambassadeurs avaient à prendre pour conclure la paix dont les clauses axaient été déjà convenues entre eux et les Commissaires impériaux, ont été arrêtés, le [8 septembre dernier, par Sêng-ko-lin-tsin etd'autres chefs, qui ayant voulu aussi attaquer les alliés le même jour ont été mis dans la déroute la plus complète.
Les troupes françaises et anglaises se trouvent aujourd'hui devant Pe-King, leur drapeau flotte sur les murs de la ville. Elle est en leur pouvoir, et c'est par bienveillance pour les habitants inoffensifs qu'elle renferme, que les Alliés n'ont pas voulu en occuper l'intérieur.
Depuis celte époque, les Ambassadeurs ont appris avec une douloureuse indignation que les personnes ainsi arrêtées contre toutes les lois de l'honneur avaient été traitées avec une barbarie sans exemple dans l'histoire, et que la moitié d'entre ellcsavaienl succombe dans les tortures.
Un tel acte de perfidie et de cruauté doit être expié par le Gouvernement chinois, responsable du crime commis par ses agents, et il faut qu'en flétrissant comme elle le mérite la conduite de ceux d'entre eux qui se sont rendus coupables d'un tel forfait, il donne une indemnité convenable aux malheureuses victimes de leur cruauté et à la famille de celles dont ils ont causé la mort.
De nouvelles conditions de paix sont offertes par les Ambassadeurs de France et d'Anglerrc au Prince Koung. Si elles sont acceptées dans le délai fixé, les autorités et les habitants de la ville seront respectés dans leur personne et dans leurs propriétés, dans le cas, bien entendu où elles ne commettraient aucun acte d'hostilité contre les Alliés; mais si le Gouvernement impérial rejetait ces propositions, ou s'il les laissait sans réponse, le Commandant en Chef ne serait pas responsable des malheurs que les autorités chinoises auraient attirés sur la ville.
Cette proclamation est adressée aux habitants de Pe-King et des campagnes environnantes par bienveillance pour eux.
LES VICTIMES DU GUET-APENS DE t'oUNG-TCHEOU 383
Fait au quartier général français, sur les remparts de la ville, à la Porte Ngan-ting, le 18 octobre 1860.
Comme on le voit, le baron Gros et le général de Montauban refusaient de s'associer à la destruction du Palais d'Été décidée par les Anglais. Il est nécessaire de retourner un peu en arrière et de revenir sur un des incidents les plus pénibles de cette campagne.