CONVENTIONS DE PE-K.ING
séance et que j'ai vu le jeune l'iince se lever cl venir au-devant de moi avec toute sa suite, j'ai faii arrêter mes porteurs ei je suis allé à pied le rejoindre avant qu'il n'eût franchi le seuil de la salle. Il m'a tendu la main que j'ai prise en le saluant avec respect ei je lui ai dil que je le remerciais d'avoir bien voulu envoyer des mandarins me recevoir à la porte de la ville. J'ai ajouté ensuite que j'étais heureux <le venir signer avec lui une. Convention qui rétablissait entre les deux Empires une paix qui, je l'espérais, ne serait plus troublée, et je lui ai dit encore que je n'exprimerais que la pensée de l'Empereur en lui oiïrant des vœux pour son auguste frère, pour la famille impériale et pour la prospérité de l'Empire. J.e Prince m'a donné la main une seconde lois en nie remerciant et m'a indiqué un fauteuil placé à sa gauche, poste d'bonncur donné en Chine. Le général de Montauban a été conduit à ma gauebe et les oMieiers de son État-Major et de l'Armée qui l'accompagnaient ont occupé toute la partie gauche de la salle, tandis que la foule de mandarins à globules de toutes les couleurs et tous en robe de cérémonie remplissaient le côté opposé.
Quand tout le monde a été placé, j'ai fait présenter au Prince par M. de Bastard les quatre textes chinois de la Convention de Paix préparés d'avance et je l'ai prié de vouloir bien signer le premier. J'ai signé le premier de mon côté, les quatre textes français.
Dès que les signatures ont été données et que les sceaux qui jouent un rôle si important dans les Cbancelleries chinoises ont été apposés sur les huit exemplaires de la Convention, j'ai annoncé à Son Altesse Impériale qu'en signe de réjouissance pour l'heureux rétablissement de la paix, une salve de vingt et un coups de canon allait être tirée par l'artillerie française à la porte Ngan-ting et que j'allais demander immédiatement au général en chef de faire cesser toutes les hostilités qui ne seraient pas purement défensives, ce que j'ai fait tout de suite en m'adressant à M. le Général de Montauban.
On a procédé ensuite à l'échange des ratifications du Traité de ï'ien-tsin, mais avant de commencer le Prince m'a fait observer qu'il ('tait venu, plein de confiance sans un seul soldat, se mettre au milieu d'une masse considérable de troupes françaises. Je lui ai répondu que cette confiance ne pouvait être mieux placée et que j'étais heureux de voir qu'il connaissait la loyauté du souverain que j'avais l'honneur de représenter et dont j'étais chargé de faire exécuter les ordres.
LETTRE DU BARON GROS AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ^Ix'j
Le Prince a beaucoup examiné le traité et le sceau de l'Etat qui y est attaché. Je lui ai dit que l'effigie de l'Empereur était aussi sur toutes les monnaies de l'Empire, et j'ai fait naître ainsi exprès l'occasion de lui montrer et de lui offrir une collection de nos monnaies, depuis la pièce d'or de cent francs jusqu'au simple centime qui n'en vaut que la dix millième partie. Peut-être ai-je ainsi posé un jalon pour marquer la route à suivre par le Gouvernement chinois s'il veut un jour changer l'absurde et incommode système qui régit ses monnaies. Cette offre a fait le plus grand plaisir ati Prince et pendant longtemps il a examiné chaque pièce en lisant avec intérêt l'exposé du système dont le franc est l'unité, sorte de légende que j'avais fait écrire en chinois auprès de chaque pièce, fixée sur une feuille de papier. D'effigie à portrait la transition était facile et j'ai montré au Prince deux jolies photographies de l'Empereur et de l'Impératrice en le priant de les garder : C'est alors qu'il m'a donné publiquement le titre de son ami.
Aujourd'hui, à deux heures, il m'a envoyé quinze corbeilles contenant un dîner chinois complet et recherché et des fruits de toute espèce.
Le Prince Roung, frère cadet de l'Empereur, est âgé de vingthuit ans, sa physionomie est pleine de distinction ; sa figure, un peu émue et craintive, dans le commencement de la séance, n'a pas tardé à prendre ce calme que donne la sécurité la plus complète.
Lorsque je lui ai demandé la permission de me retirer, il m'a accompagné jusqu'à mon palanquin, et nous nous sommes séparés dans les meilleurs termes possibles.
Il me reste à dire à V. E. que tous les documents originaux du traité français de T'ien-tsin ont été détruits dans le pillage de Youen-Ming vouen, et que par un hasard aussi heureux que singulier, un seul exemplaire du traité en Chinois, revêtu, comme les autres, de ma signature, de celle des Commissaires chinois ainsi que des sceaux respectifs a été sauvé et retrouvé par les Chinois lorsque nos troupes ont évacué le Palais d'Eté. G'esl sur cet unique exemplaire que le sceau de l'Empereur et les ratifications qui rendent le traité obligatoire ont été apposés. 11 esl entre mes mains, puisque c'est le seul acte qui oblige la Chine envers nous, et le Gouvernement chinois ne possède que le seul instrument que je lui ai remis le a5 octobre et qui contient la copie du texte chinois et du texte français, et les ratifications impériales. Le Gouvernement chinois n'a donc pas entre les