ARRIVÉE DES PLÉMPOTENTIAIBES AU PEI-HO
nous nous laissions arrêter, non plus par des ruses diplomatiques, mais par des obstacles matériels mis en travers de notre chemin, si nous permettions au Gouvernement chinois, au moment d'inaugurer et de mettre en vigueur les nouveaux Traités, de se soustraire par la menace d'une résistance ouverte à la première de ses obligations, dans quelle position nous trouverionsnous pour procéder à la mise à exécution des autres stipulations de ces mêmes Traités, pour donner suite surtout aux instructions de nos Gouvernements qui nous prescrivaient de remettre nos lettres de créance dans les mains de l'Empereur de la Cbine lui-même et d'établir en général les nouvelles relations à Peking sur un pied digne des nations que nous représentions ?
« Quant à ce qu'il pouvait y avoir de coûteux et de hasardeux à entreprendre de forcer le passage du Pei-ho, j'ai considéré que puisque nous n'avions en ce moment aucune force à mettre à côté de celles des Anglais, c'était une question qu'il appartenait exclusivement au Ministre et à l'Amiral Britanniques de décider entr'eux, que je ne pouvais avoir à cet égard qu'une voix consultative. Toutefois Mr. Bruce m'ayant tracé nettement dès le principe de cette affaire la marche qu'il se proposait de suivre, ce plan avant été adopté par nous de concert et suivi sans en dévier jusqu'à notre départ de Chang-Haï, j'ai dû tenir compte aussi de la mesure dans laquelle je me trouvais moi-même engagé comme Représentant du Gouvernement de l'Empereur.
« Or, comme la situation que nous avons trouvée à notre arrivée ici, celle d'un appareil de résistance de la part du gouvernement chinois, n'était point une éventualité imprévue, que bien au contraire elle était entrée dans nos prévisions, tellement que le Ministre anglais de concert avec son Amiral avait amen»'' au Pei-ho une force à peu près égale (au moins en artillerie pouvant franchir la barre) à celle que présentaient l'année dernière nos pavillons réunis, il m'a paru qu'il n'y avait pas de motifs pour nous de changer subitement de ligne de conduite et d'abandonner avec grande perte d'ascendant moral, les avantages déjà acquis de; notre position, à moins que l'Amiral Hope ne nous déclarât qu'il ne croyait pas ses forces suffisantes pour pouvoir triompher des obstacles qu'il avait devant lui. Malheureusement ce brave Amiral confiant avec raison dans la puissance considérable de ses batteries mobiles, et surtout, comme l'événement l'a prouvé, dans la vaillance à toute épreuve de ses marins et de ses soldats animés par son exemple héroïque, a partagé l'erreur où était tout le inonde sur la résistance (pie des CoKUiKH. — Expcd. de Chine, 18O0. .">
66 U FAIRE DE TA K.OU, JUIN I 85p,
Chinois étaient capables, abrités derrière «les ouvrages bien construits et 'd'un difficile abord, d'opposer à une attaque quelqu'impétueuse et bien dirigée qu'elle fut, de forces européennes.
« Tel est l'ensemble des considérations qui m'amènent à conclure (jue, dans la situation où nous étions placés nous devions nous ouvrir même par la force les portes du Pei-ho, et continuer notre marche vers la capitale, du moment que l'Amiral llope, qui était le seul juge compétent, de la question militaire, noyait pouvoir répondre du succès de l'entreprise. Mon opinion étant une fois arrêtée, il me restait à la faire connaître à M. Bruce. Comme je me trouvais indisposé et cpie la mer était assez mauvaise, jugeant d'ailleurs que dans nos positions respectives il y avait peu matière à discussion sur une pareille décision, je chargeai le Premier Secrétaire de cette Légation de se rendre auprès de lui, de s'enquérir d'abord de la manière dont il envisageait la situation et de lui faire connaître ensuite ma manière de voir, avec toute la réserve que comportait ma position. M. kleczkowski trouva d'abord M. Bruce assez réservé et comme incertain du parti qu'il devait prendre : cependant avant remis sous ses veux l'ensemble de la situation et lui ayant laissé entrevoir la conclusion à laquelle j'étais arrivé, il amena bientôt le Ministre Anglais à lui dire qu'en effet, au point où les choses en étaient arrivées, il ne voyait pas que nous eussions d'autre alternative que de remettre l'alfaire dans les mains de l'Amiral et de l'inviter, s'il le jugeait praticable, à nous ouvrir le chemin de T'icn-ïsin. Il fut convenu en conséquence que M. Bruce écrirait immédiatement une lettre à l'Amiral dans ce sens et effectivement dans l'après-midi du même jour il me lit parvenir une copie de celle lettre qu'il venait en même temps de faire remettre à l'Amiral.
« Je ne dois pas omettre d'ajouter qu'en envoyant mon Premier Secrétaire de Légation auprès de M. Bruce, je l'avais chargé aussi de lui dire que, quoiqu'à mon grand regret les bâtiments dont je disposais ne pussent prêter à son Amiral qu'un faible secours, j'entendais ne pas me séparer de lui en aucune circonstance et qu'en cas de conflit notre Pavillon devait flotter à côté du Pavillon Anglais ; qu'en conséquence le jour où l'Amiral Hope entreprendrait de forcer le passage de la rivière, le î\or:arjaray bien que faiblement armé, et la Compagnie de débarquement du Du Chayla forte d'environ 60 hommes, ainsi que son Commandant, iraient se placer sous ses ordres.