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ARRIVÉE DES PLÉNIPOTENTIAIRES AU PEI-HO

« Le lendemain 22, M. Bruce vint me voir à bord du Du Chayla et comme je lui dis que je me disposais de mon côté à aller lui rendre visite ainsi qu'à l'Amiral Hope, il me proposa de me conduire à bord de la Chesapeake (frégate amirale) dans la canonnière qui l'avait amené. L'Amiral au moment où nous approchions de sa frégate vint lui-même à bord de la canonnière qui servait en même temps à ses propres communications, de sorte que nous nous trouvâmes pour quelques instants réunis. J'en profitai pour mettre l'entretien sur ce qui avait été convenu la veille et il demeura bien entendu que l'affaire était désormais remise entre les mains de l'Amiral qui prendrait le temps et les moyens qu'il jugerait le plus à propos pour forcer les barrières, sans toutefois tirer le premier coup de canon. Le même jour dans l'après-midi, l'Amiral fit remettre à terre une nouvelle sommation à l'adresse des autorités locales, les engageant à retirer sans délai les obstacles qui barraient le passage, faute de quoi, il y procéderait lui-même et y emploierait au besoin la force. »

Notre Ministre eut certainement le tort de consulter exclusivement le ministre et l'amiral anglais et de disposer sans le consulter du Commandant français. Celui-ci ne manqua pas de mentionner cette omission dans son rapport au Ministre de'la Marine, et celui-ci, l'amiral Hamelin, en prévint dans ces termes son collègue des Affaires étrangères en lui envoyant le rapport de M. ïricault, le 16 septembre i85o :

Vous remarquerez sans doute, comme moi, que M. de Bourboulon, sans tenir compte de la présence de forces françaises sur les lieux, a remis entre les mains de l'Amiral Anglais la défense de nos intérêts. Je regrette ce procédé qui a privé M. le Commandant Tricault de toute participation dans les résolutions qui ont été prises et qui ne lui a laissé d'autre alternative que de se mettre aveuglément à la disposition du Commandant en chef anglais avec les forces dont il disposait. »

Cet acte de M. de Bourboulon et ses décisions furent loin de recevoir l'approbation de ses chefs ; dans une lettre de Biarritz, 24 septembre 1809, dans laquelle le comte \\ alewski

68 AFFAIRE DE TA-KOU, JUIN l8.")()

annonçait à noire représentant en Chine que « le Gouvernement de l'Empereur ;i décidé d'infliger aux Chinois le châ liment exige par une violation aussi éclatante des règles l<> plus essentielles du droit international », le Ministre des Affaires étrangères écrivait :

« Los circonstances qui ont précédé votre arrivée devant le Pei-ho, comme celles qui ont accompagné l'attaque des forts de Ta-kou, ont été l'objet d'un examen particulier de la part du Gouvernement de l'Empereur, et je ne dois pas vous cacher qu'il ne lui est pas démontré que les choses aient été menées avec toute la circonspection et avec la prudence qu'il eût été nécessaire d'y apporter. 11 semble en effet que de concert avec Mr. Bruce, vous auriez pu tenter de plus grands efforts pour vous assurer l'accueil pacifique, sinon cordial, qui était dû aux Envoyés de la France et de l'Angleterre. Je suis loin de penser que votre Collègue et vous, vous auriez réussi par la voie des négociations à obtenir l'entière exécution de la clause du Traité de ï'ien-tsin stipulant votre admission et l'échange des ratifications à Pc-king ; mais malgré toutes les raisons que vous pouviez avoir pour présumer que le Gouvernement chinois avait résolu de vous fermer l'accès du Pei-ho, il eût été convenable d'épuiser tous les moyens de persuasion avant de recourir à l'emploi de la force, à moins qu'il ne fût également manifeste que vos démarches auraient été vaines et que les moyens d'action dont disposait l'amiral Hope, étaient suffisants pour vous ouvrir le chemin de Pe-king et garantir votre arrivée dans cette capitale. »

Le Ministre des Affaires étrangères ajoute :

« M. le Ministre de la Marine a regretté la détermination que vous avez prise de remettre complètement le soin de nos intérêts à M. l'Amiral Hope au moment où il a été décidé qu'on forcerait l'entrée du Pei-ho, et sans mettre M. le Commandant Tricault à même de participer à l'examen des dispositions qui ont été prises dans cette circonstance. Je ne puis que partager le sentiment de M. l'Amiral Hamelin. Il était indispensable, sans nul doute, de réunir la direction des opérations militaires, et la disproportion de nos forces avec celles dont M. l'Amiral Hope disposait, comme le grade élevé de cet officier, vous autorisaient pleinement à inviter M. le Commandant Tricault à agir, sous

ATTAQUE DES FORTS DE TA-KOU f)f)

ses ordres, au moment de l'action ; mais il aurait été désirable que l'officier supérieur, qui représentait la Marine Impériale, eût été admis à apprécier les mesures que le Commandant en chef des forces anglaises jugeait utiles d'adopter et à l'exécution desquelles le Du Chayla devait prendre une part active. »

ATTAQUE DES FORTS DE TA-KOU, JUIN l85Q.

Le 21 juin, M. Bruce, tant en son nom qu'en celui de M. de Bourboulon, adressa une lettre à l'Amiral Hope, le prévenant qu'ayant examiné avec soin l'état des affaires, les deux ministres trouvaient qu'ils ne pouvaient retarder plus longtemps le moment de remonter à Pe-King pour échanger les ratifications des traités et qu'en conséquence, ils remettaient les affaires entre ses mains pour qu'il débarrassât la rivière des obstacles qui les empêchaient de remonter à T'ien-tsin.

Le 23 juin se passa sans incident et le Norzagaray franchit la barre sans difficulté.

Le i!\ juin, l'Amiral prit ses dispositions pour forcer l'entrée de la rivière, et dans la nuit du i(\ au 25, il essaya sans succès de faire sauter les estacades.

Le 25 à g heures du matin, une jonque apportait une lettre datée du a3 du gouverneur- général du Tche-li, Hengfou annonçant son arrivée à Pe-t'ang, port un peu au nord de Ta-kou, et que dès que Kouci-liang et Houa cha-na seraient arrivés, il avait l'ordre de recevoir les Plénipotenliaires dans cet endroit et de les conduire à Pe-King.

La lettre arrivait sans cloute un peu tard, puisqu'on avait décidé d'attaquer Ta-kou à io heures du matin, mais il est bien certain que moins de suffisance de la part de l'Amiral Hope, d'obstination de la part de M. Bruce et de faiblesse de la part de M. de Bourboulon aurait évité ce qui a été en réalité un humiliant désastre pour les flottes alliées et surtout pour les Anglais responsables de l'affaire.

no AFFAIRE DE TA-KOC, JUIN l85g

« Le gouverneur général annonçait qu'il était venu par ordre de l'Empereur à Pe-T'ang Ho, port situé au nord de Ta-kou pour offrir ses services au Ministre anglais, et qu'aussitôt que les Commissaires Impériaux Kouei-Liang et Itoua-cha-na qui avaient reçu l'ordre de retourner à Pe-King, > seraient arrivés, ils viendraient le recevoir à Pe-T'ang IIo, d'où il pourrait se rendre par terre à la Capitale. Cette communication pouvait paraître à première vue assez satisfaisante ; mais, outre le manque de forme sur un point essentiel signalé par le Secrétaire-interprète, Mr. Wade, et ce qu'elle avait de tardif, puisque dès le 18, l'Amiral IIopc avait donné avis aux autorités locales de notre arrivée, elle était en contradiction manifeste avec les termes si explicites de la dernière Note du principal Secrétaire d'Etat à Mr. Bruce, indiquant, avec des assurances qu'il serait reçu de la manière la plus amicale et la plus courtoise, T'ien-tsin comme l'endroit où il pouvait se rendre et où le haut Fonctionnaire désigné par l'Empereur viendrait sans doute le rencontrer ainsi que les Ministres de France et des États-Unis pour le conduire à la Capitale. Cette lettre du Gouverneur-général du Tche-li n'était donc qu'une nouvelle feinte pour éluder l'échange des ratifications des Traités dans les termes qui y étaient stipulés et pour engager le Ministre Anglais dans des délais et des négociations inextricahles. Quant au Ministre de France, il n'en était pas fait mention, quoique mes Notes adressées à Kouei-Liang à Macao et en dernier lieu de Chang-Haï eussent été indubitablement transmises à Pe-King et que les notifications de l'Amiral Vntdais eussent été faites en mon nom comme au nom de son propre Ministre. M. Bruce, outre qu'il était bien tard pour essayer d'arrêter l'Amiral qui à cette heure était peut-être déjà engagé dans son opération, avait donc cru devoir renvoyer la dépèche en v faisant répondre par M. AVade1. »

M. Wade faisait remarquer dans cette réponse quelques impropriétés de forme dans la dépêche du Gouverneur général qu'il renvoyait pour faire les corrections nécessaires, en même temps qu'il avisait les autorités chinoises que son Ministre se rendait directement à T'ien-tsin et que c'est dans cette ville que devraient lui être adressées les lettres.

i. Lettre de M. de Bourboulon, 3o juin i<Sji).

iTTAQUE DES FORTS DE TA-KOU "j T

V doux heures et demie, l'Amiral ouvrait le feu et la canonnade dura jusqu'à six heures sans interruption et presque sans ralentir ; un débarquement effectué dans la vase au pied des forts fut désastreux i ; le bombardement recommença à 7 heures et l'Amiral Hopc était blessé à la hanche sur le Plover, d'un boulet mort ; les forts avaient répondu avec vigueur à l'attaque des alliés ; les Chinois avaient montré une valeur inattendue. Il n'y avait pour les Anglais et les Français qu'à battre en retraite pour éviter une plus grande catastrophe : les perles étaient de /j32 hommes tués ou blessés \

Le Commodore américain Tattnall assistait à la bataille sur le Toeywan ; étant neutre, il ne pouvait intervenir, à son grand regret, mais il rendit visite, non sans courir de grands dangers, à l'amiral anglais blessé, heureusement sans gravité.

« Il ressort bien des leçons de cette triste expérience, écrit M. de Bourboulon dans sa longue dépêche du 3o juin : la première c'est que les Chinois commencent à s'instruire dans la

i . v Les troupes de débarquement, ayant à leur tète le commandant Tricault, furent jetées à terre pour enlever les forts de la rive gauche ; mais à peine eurent-elles touché le rivage, qu'elles furent assaillies par d'effroyables décharges. Pour parvenir aux fortifications, elles avaient à traverser un terrain vaseux, où elles enfonçaient jusqu'à la ceinture, et à franchir trois fossés dont le dernier, large de quatre mètres, avait deux mètres de profondeur d'eau. Ces obstacles, augmentés par le feu violent des batteries, n'ébranlèrent pas le courage des hommes; mais un petit nombre d'entre eux seulement purent parvenir jusqu'au pied des ouvrages. Les forces étaient épuisées, les munitions mouillées et hors de service, les échelles d'escalade brisées par les projectiles : l'héroïsme ne pouvait triompher d'une résistance trop supérieure, et il fallut songer à la retraite. Grâce à la nuit et à l'irrésolution des Chinois, qui n'osèrent pas sortir de leurs retranchements, elle s'opéra sans trop d'accidents ». (Bel. de l'exp. de Chine de 1860, pp. 8-9).

2. « From the gunboats 25 men were killed and 90 wounded; the loss among the marines was naturally heavier-64 killed and 2Ô2 wounded, while of the boats four werc sunk. «(Williams. Middle Kingdom, [I, p. 666).

-•). AFFAIRE DE TA-Kol . 1 1 I \ [85g

tmerre, au moins en ce qui resarde les fortifications el le maniées l.

mont de l'artillerie, et qu'ils y oui fait, surtout depuis un an, de remarquables progrès. De l'avis de tous les acteurs ou témoins de l'action, les Chinois depuis le Commencement jusqu'à la fin du combat, dirigèrent leur feu el manœuvrèrent leur artillerie comme auraient pu le faire des troupes européennes exercées. Les Anglais, à en juger par les mêmes propos entendus de tous côtés, ont été pour la plupart prompts à en conclure qu'ils avaient élé assaillis avec des canons et des projectiles lusses et qu'ils avaient eu devant eux sinon un nombre de Russes mêlés aux troupes tartarcs, du moins des pointeurs de cette nation, et que les travaux de défense avaient été construits sou- la direction d'ingénieurs russes. Mais telle n'est point l'opinion d'un capitaine d'artillerie anglais venu ici sans commandement en amateur et qui, m'a dit Mr. Bruce, s'est appliqué à observer attentivement tous les détails de l'affaire, non plus que celle de quelques personnes connaissant bien la Chine et possédant le plus d'informations que l'on ait jusqu'à présent sur ce qui se passe à Pe-king et dans le nord de l'Empire. Ces personnes pensent que le gouvernement chinois el surtout le prince ni<iinj<<l Seng-ko-lin-ts'in, chef du parti delà résistance aux empiétements des étrangers, du parti de la guerre, et qui grâce aux nombreux contingens qu'il a amenés de la Mongolie depuis 2 ou 3 ans el des succès qu'il a remportés sur les rebelles, a pris dans ces derniers temps un grand ascendant à la Cour de Pe-king, que ce chef influent (généralement appelé Seng-Avang) dis-je, en quelque sorte constitué le Défenseur de l'Empire, n'a rien négligé depuis le coup d'audace qui nous avait rendus l'année dernière maîtres de la rivière de T'ien-tsin, pour empêcher qu'une pareille tentative ne pût se renouveler avec succès, qu'il a à cet effet, avec une intelligence peu commune, rassemblé et mis en œuvre toutes les ressources militaires qu'il pouvait avoir à sa disposition pour nous opposer, si nous nous présentions de nouveau, une résistance formidable et rendre les abords de la Capitale par les deux embouchures du Pei-ho infranchissables ; qu'enfin dans la tâche de discipliner et de former ses troupemongoles au service de l'artillerie, comme pour la construction des fortifications, il a bien pu s'aider du secours de quelques instructeurs russes, mais qu'en somme la résistance énergique, intelligente et trop habilement dirigée (pie nous avons rencontrée dans cette funeste journée du 25, a été due à des élémens indigènes el non étrangers, à la discipline et à la trempe de ces

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