LA MISSION DE M. WARD
d'après lés informations verbales et écrites qu'il a bien voulu me donner lui-même ou que j'ai recueillies d'ailleurs, oui consisté en une visite faite et rendue ainsi qu'en trois lettres et autant de réponses échangées entre lui et ees Commissaires.
Mr. Ward commença par annoncer ainsi que nous l'avions fait, M1 Bruce et moi, qu'il se rendait à Pe-King pour échanger les ratifications de son Traité, et remettre une lettre autographe du Président à l'Empereur de la Chine. Les Commissaires dirent que cette affaire de l'échange des Traités était trop grave pour qu'on se pressât autant. N'ayanl pas encore terminé leurs négociations relatives au Traité anglais, ils restaient à Chang-Haï d'abord pour attendre Lord Elgin qui leur avait promis de revenir, et ensuite Mr. Bruce. — Ils ne désiraient partir qu'après de
nouvelles négociations avec ce dernier Dans tous les cas, ils
ne pourraient être à Pe-King que dans deuv mois, — au 3o juillet au plus tôt, — quoiqu'ils annonçassent en même temps qu'ils étaient exclusivement chargés d'effectuer cet échange ; — mais comme le terme fixé par les Traités était à peu près expiré, il n'y avait plus d'inconvéniens à attendre plus longtemps : — quelle que fut l'époque de cet échange, il serait toujours valide.
M' Ward leur dit que leur prompt départ pour Pe-King sciait ce qu'il y aurait de mieux dans l'intérêt de leurs propres affaires; — il leur conseilla donc de partir par un steamer. - - Ce n'est pas dans nos usages, lui répondirent les Commissaires : et ils ajoutèrent que si les Ministres d'Angleterre et de France partaient, M1' Ward n'avait qu'à les suivre : - les Commissaires attendraient à Pe-King l'arrivée des trois ministres, et la paix serait assurée à tout jamais. — Mr. Ward termina la correspondance en prenant acte de ce qu'il avait offert d'échanger les ratifications du Traité : — il déclara donc qu'à dater de ce moment, il considérait l'échange des Bat ifica lions comme effectué et qu'il demanderait la mise à exécution de toutes les stipulations du Traité.
Telle était la position du ministre américain lorsqu'il arriva ici à notre suite avec la frégate le Powhatan et un petit steamer affrété le Toey-wan. L'avant-veillc de l'action il se transporta accompagné de sa Légation et du Commodore Tatnall sur le Toey-wan, à l'entrée delà rivière, pour demander passage, communiqua avec les mêmes gens auxquels l'amiral Ilope avait eu affaire et reçut une réponse dont le sens était qu'il ne pouvait pas passer. Le lendemain matin le Toey-wan se mit sous vapeur et se dirigea vers l'eslacade, dans l'intention, nous a répété plu-
LETTHK 1)K M. DE lîOUKBOl I.ON
sieurs fois le Commodore, si on tirait sur lui, de se joindre aux Anglais et à nous (ayant pour toute force une compagnie de Marines un peu plus nombreuse que la nôtre) pour forcer le passage. Mais le Toey-wan s'échoua presqu'aussitùt après s'être mis en marche et resta jusqu'à la fin de la journée sur le banc, puis s'étant remis à flot resta pour assister à l'événement du lendemain. Pendant l'action, le vieux Commodore, ayant appris que l'amiral était blessé, se rendit immédiatement dans son canot auprès de lui et au moment d'aborder la canonnière où se trouvait l'amiral reçut un boulet à l'arrière du canot qui en tua le patron tout à coté de lui. Plus tard, dans la même journée, le Toey-wan donna la remorque à quelques embarcations anglaises qui ne pouvaient en ce moment recevoir de secours des canonnières pous les retirer de dessous le feu.
Depuis l'affaire du 25 juin, Mr. Ward ayant eu plus ou moins connaissance de la lettre adressée par le Gouverneur Général du ïche-li à M. Bruce a expédié le Toey-wan vers l'autre entrée de la rivière qui s'y trouvait indiquée, avec le Secrétaire et l'Interprète de la Légation porteurs d'une lettre pour ce haut Fonctionnaire. V. E. trouvera dans la note et la lettre de M. Ward, documens que je dois à son obligeance, les détails de cette expédition dans laquelle la réception faite à ses messagers n'a été rien moins qu'amicale. Ils ont pu toutefois remettre la dépêche de M. Ward dont ils étaient chargés. Depuis lors le ministre américain a reçu une communication du ïao-t'aï ou Intendant de circuit de ce voisinage, lui faisant espérer, quoique en termes assez vagues, qu'il pourrait avoir prochainement vine entrevue avec le Gouverneur général, probablement dans les mêmes conditions que celles qui avaient été offertes si tardivement à M. Bruce: — il y était, je crois, aussi question de le conduire à Pc-King. V. E. sait que le Traité américain stipule ce droit pour son ministre, mais seulement une fois par an et non pour aucun objet spécial, comme l'échange des Batilications, mais «lorsqu'il y aura une affaire importante à traiter » ce qui peut donner matière à beaucoup de discussions.
Mr. Ward dont je suis allé prendre congé aujourd'hui m'a dit qu'il comptait rester encore quelques jours ici pour attendre le résultat de cette nouvelle négociation, non qu'il eût grand espoir de pouvoir arriver à Pe-King après ce qui s'était passé ici. mais parce qu'il était de son devoir de le tenter et pour se mettre en tous cas en règle vis-à-vis de son Gouvernement.
\ euillez, etc.
8/| I A mission m;
\\ Uil>