CHAPITRE VII DÉBUT DES NÉGOCIATIONS EN EUROPE
SITUATION DE l'eUROPE
La situation de l'Europe s'était singulièrement modifiée depuis la signature des traités de T'ien-tsin : Tannée i85o avait débuté par le discours menaçant de l'Empereur Napoléon III au baron de Hiïbner, ambassadeur d'Autriche ; lors de l'entrevue de Plombières (septembre i858), le ministre du roi de Sardaigne, le comte Cavour, avait su se rendre maître de l'esprit du monarque français qui orientait sa politique continentale sans tenir aucun compte des désirs de l'Angleterre, anxieuse de maintenir la paix européenne : notre ambassadeur à Londres, M. de Persigny, homme d'action énergique, avait été rappelé temporairement', mais la discussion de la réforme électorale au milieu du bruit du canon de Magenta et de Solférino, jointe à la politique autrichienne de lord Derby, ou plutôt de lord Malmesbury -2,
i. Jean Gilbert Victor Fialin, comte puis duc de Persigny, né à Saint-Germain-l'Espinassc (Loire), n janvier 1808; -J- à Nice, i4 janvier 1872; ambassadeur à Londres, mai i855 à i858; retourne à Londres comme ambassadeur, 18 mai 1859; rappelé le 24 nov. 1860 pour prendre le ministère de l'Intérieur.
2. James Howard Marris, troisième comte de Malmesbury, né a5 mars 1807; f 17 mai 1889; il avait remplacé lord Clarendon au Foreign Office, le 26 fév. 1 858 ; son successeur (18 juin i85g) lord Joliu Russell, après premier comte Russell, était né à Londres le 18 août 1793 et il est -j- dans cette ville le 28 mai 1878.
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amena la chute du cabinet anglais et la formation d'un cabinet à la tète duquel se trouvaient lord John Russell et lord Palmerston avec M. Gladstone comme chancelier de l'Echiquier (16 juin i<85o).
La guerre d'Italie (29 avril- <S juillet 1869), le traité de Turin (2/1 mars 1860) par lequel la Savoie et Nice étaient cédés à la France par le Piémont, avaient singulièrement refroidi les relations entre l'Empire et le Royaume Uni, après que les difficultés préliminaires avaient failli faire éclater la guerre entre les deux puissances.
Le traité de commerce du 28 janvier 1860, sans établir une grande détente entre les deux gouvernements, n'avait pas resserré les liens d'amitié entre les deux pays, peu familiarisés avec les doctrines du libre-échange : la vertu des filles et des femmes d'Albion — elle était donc bien fragile — ne résisterait pas à l'absorption des vins français ! on voyait sourdre à nouveau cette vieille hostilité que huit siècles de guerres et de rivalités n'avaient fait qu'entretenir et les relations des représentants de la France et de l'Angleterre, le baron Gros et lord Elgin, au service desquels on allait avoir recours une fois encore, quoique cordiales, devaient manquer de cette franchise qui avait caractérisé leurs rapports au cours de la première campagne de Chine.