IV. — Restitution des églises de Soung Kiang et de Pe-King
Mars 1860.
il a semblé au Ministre de l'Empereur en Chine qu'il serait d'une grande importance dans l'intérêt de notre protectorat religieux si étroitement lié à notre influence politique dans ce pa\s. d'obtenir la restitution des anciennes églises catholiques de Soung- Kiang et de Pe-King confisquées jadis par le gouvernement chinois. Cette restitution avait été promise formellement en i844 à M. de Lagrené par les autorités chinoises, mais c'est en vain cjue la Légation de France leur a demandé depuis l'exécution de cette promesse. Bien qu'il ne se trouva dans les stipulations de notre nouveau traité rien qui se rapporta à la restitution de ces monumens, M. de Bourboulon pensait que l'on pourrait, si l'idée qu'il soumettait au Département était approuvée, profiter de cet acte pour réclamer du gouvernement chinois l'accomplissement de l'engagement qu'il a contracté en i844- — On signale aujourd'hui cette suggestion à l'attention du Commissaire extraordinaire de l'Empereur ; il y aurait, en effet, s'il était possible, un intérêt véritable à y donner suite.
V. — Publication des clauses du traité relatives au Christianisme et punition des meurtriers du missionnaire Chapdelaine. — Mars
Avant son retour en Europe, le Commissaire et Plénipotentiaire extraordinaire de l'Empereur en Chine avait appelé particulièrement l'attention de M. de Bourboulon sur deux clauses du Traité de T'ien-Tsin dont il jugeait indispensable d'obtenir la stricte exécution dès l'échange des ratifications de ce traité. La première est celle de l'article XIII abrogeant tout ce qui a été précédem-
INSTRUCTIONS l>l BARON GROS loi
ment publié par ordre du gouvernement chinois contre le culte chrétien. Dans la pensée du Commissaire Extraordinaire de l'Empereur, il était nécessaire d'exiger en dehors de la publication du traité qui doit être faite dans tout l'Empire un édit Impérial déclarant, en vertu du nouveau pacte, nulles et non avenues, toutes les lois de proscription contre le Christianisme et demander en outre que dans le nouveau code qui se publie à intervalles très rapprochés les peines prononcées contre le Christianisme lussent abolies.
Il s'agissait en second lieu de l'exécution des articles séparés i et 2 stipulant la punition du magistrat coupable d'avoir l'ait mettre à mort le missionnaire Chapdelaine et portant que cette punition ainsi que son mot if soient publiés dans la Gazette officielle de Pe-King.
En retournant en Chine, M. le Baron Gros va se trouver naturellement appelé à veiller lui-même à l'exécution de ces clauses de notre traité qu'il signalait très justement à l'attention de M. de Bourboulon.
INSTRUCTIONS DU BARON GROS, 2 1 AVRIL l86û.
2i avril 1860.
M. le Baron,
"\ ous savez quelle est notre situation en présence de laquelle S. M. a cru devoir sur ma proposition faire appel, une seconde fois, à votre dévouement pour son service et vous charger de vous rendre de nouveau en Chine, en qualité d'Ambassadeur Extraordinaire et Haut Commissaire. Vous savez également que vous aurez, pour le règlement des difficultés pendantes, à vous entendre et à agir de concert avec Lord Elgin désigné par le gouvernement britannique pour remplir une mission analogue à celle qui vous est confiée. Je n'ai donc pas à revenir ici sur les faits antérieurs, il suffira que je vous indique quel est l'état des choses d'après les dernières informations parvenues au Gouvernement de l'Empereur.
En apprenant les graves et fâcheuses circonstances qui avaienl mis obstacle à l'échange des ratifications sur les traités <lc T'ienïsin et la nécessité où s'étaient trouvés les minisires de fiance et d'Angleterre de regagner Chang-llaï sans avoir effectué ce! échange à Pe-King ainsi <[u.'il était convenu, les cabinets de
1^2 l'ol.ll liil E DE I ANGLETERRE
Londres et de Paris ne pouvaient hésiter sur l'altitude qu'ils axaient à prendre à l'égard du gouvernement chinois. Lorsqu'ils décidèrent en conséquence, qu'il \ avait lieu de lui infliger un châtiment mérité, ils pensèrent cependant qu'il convenait de prescrire à MM. de Bourboulon et Bruce une conduite différente suivant que le gouvernenicul chinois, comprenant les torts, qu'ils s'étaient donnés, prendrait vis-à-vis de ees l\q\\\ agents l'initiative de quelque communication, ou suivant qu'il s'abstiendrait au contraire, de toute espèce d'ouverture. En admettant la première hypothèse, nous étions inspirés par le désir de ne pas user de rigueur contre le cabinet de Pe-King, si l'empressement qu'il apporterait à nous offrir de lui-même des réparations pour ce qui s'était passé dans le Peï-ho témoignait qu'il le regrettait sincèrement et qu'il souhaitait en ell'acer la trace. Ses dispositions n'ont malheureusement pas justifié l'espoir que nous nous plaisions à conserver. Non seulement aucune démarche n'a été laite auprès des ministres de France et d'Angleterre, mais l'Empereur Hien-Foung a même olliciellemcnt approuvé l'attaque dirigée contre les forces alliées à Ta-Kou. Quoiqu'il semble résulter de certaines informations que le gouvernement chinois, ne voyant pas sans inquiétude, l'approche d'hostilités nouvelles, serait disposé à exécuter loyalement les traités, il ne l'a cependant manifesté par aucune communication officielle cpii pût être prise en considération, et s'occupe de préparatifs de défense qui n'indiquent guère un vif désir de rechercher un accommodement pacifique. M. de Bourboulon se trouvait donc, à la date de ses derniers rapports, c'est-à-dire à la fin du mois de janvier, en présence de la seconde des hypothèses entrées dans nos prévisions, et il allait, conformément aux instructions qui venaient de lui parvenir, se concerter avec M. Bruce pour adresser en commun un ultimatum au gouvernement chinois.
Cet ultimatum devait i" réclamer du cabinet de Pe-King des excuses formelles pour l'attaque dont les forces alliées avaient été l'objet à Ta-Kou ; i° exiger l'assurance que lorsque M. de Bourboulon se rendrait dans la capitale pour y échanger les ratifications il pourrait arriver jusqu'à T'ien-Tsin à bord d'un navire de guerre français et qu'il serait avec sa suite, conduit de ce point à Pe-King avec les honneurs convenables; 3° déclarer que le gouvernement français n'avait plus désormais à invoquer, dans la question de la résidence diplomatique à Pe-King epic les clauses des traités, c'est-à-dire qu'il reprenait le droit de se prononcer, s'il le jugeait convenable, pour un séjour permanent de sa Léga-