LE «BARON GROS A LORD ELGIN
Lamaserie de Ilouang Sseu, le i6 octobre 18O0. Mon cher Lord Elgin.
J'ai reçu, hier au soir, votre projet de note pour le Prince Koung, et avec lui une dépêche de ce même Commissaire, dé-
372 DESTRUCTION DU PALAIS u'kTK
pèche qui me semble nous ouvrir une porte pour sorllr de la position délicate dans laquelle nous nous trouvons.
Votre lettre exprime assurément, dans les termes les plus nobles, la plus vive indignation, mais elle exige du Gouvernement chinois des réparations que, dans mon intime conviction, il ne voudra ni ne pourra jamais donner. 11 aimera mieux mille fois tout abandonner, tout perdre, que de consacrer par un monument expiatoire sa félonie, sa honte et sa faiblesse. Où irionsnous alors P
Quant à la destruction du Palais d'été, site de campagne sans défense, elle aurait, à mon avis du moins, un tel caractère de vengeance inutile, puisque malheureusement elle ne pourrait remédier à aucune des cruelles infortunes que nous déplorons, que nous devrions ne pas y songer, et il me semble qu'aux veux de l'Europe, comme pour les peuples de la Chine, la destruction totale du Palais de Pe-King, après avoir enlevé les archives, palais qui, dans la capitale, est le siège de la puissance souveraine, serait un acte expiatoire plus saisissant que l'incendie d'une maison de plaisance. Ce serait là ce que je conseillerais aux Commandants en chef de faire immédiatement, si j'étais consulté par eux, et si, contre toute probabilité maintenant, nous devions quitter Pe-Ring. sans avoir atteint le but qui nous a été signalé par nos gouvernements.
Je suis convaincu que nous pourrons Unir en peu de jours, si vous ne parlez pas, dans votre lettre à Koung, de la destruction de \ouen-ming-vouen, et des actes expiatoires que le gouvernement chinois devra faire à T'ien-tsin. Toutes les autres conditions que vous imposez, comme celles que je stipule, seront acceptées, je le crois du moins, et je serai heureux, je vous l'avoue, de sortir ainsi d'une impasse dans laquelle nous nous trouvons peut-être plus engagés qu'il ne faut.
Je réduirai de 000 mille taels à 3oo mille le chiiTre de l'indemnité à réclamer, et je fixe au 22 de ce mois, mais si cela vous convient, le délai accordé pour tout terminer. 11 faut, je pense, que nos chillrcs et nos dates s'accordent.
Je n'enverrai ma réponse que ce soir au Prince Koung. J'ai peu dormi la nuit dernière et j'ai réfléchi longtemps à notre position et à la solution que nous pouvons lui donner. Je n'en trouve pas de meilleure que celle que je vous propose. Les movens dont nous pouvons disposer, la saison avancée qui, d'un instant à l'autre peut rendre les i-outes impraticables, la manière dont les Commandants en chef parlent de la situation et la crainte
LORD KLGIN AU HARON GROS ^".'^
surtout que nous devons avoir de faire Cuir le Prince Koung, la seule planche qui nous reste pour franchir le fossé, me conhr nient dans cette opinion.
Je n'ai pas besoin de vous dire, mon cher Lord Elgin, que je convertirai facilement ce billet en lettre oHîciellc, si vous m'en exprimez le désir.
Tout à vous.
Baron Gros.
Si les négociations s'ouvrent, je chargerai M. de Bastard de les suivre avec Heng-K'i. Je désigne le yamen que je voudrais avoir clans Pe-King. Il y en a de beaux, m'assure-t-on, dans le voisinage et je serais heureux d'être logé près de vous. Nous campons trop loin l'un de l'autre depuis longtemps.
Baron Gros.