TROUBLES A CANTON
La leçon quoique rude n'était d'ailleurs pas suffisante ; à dcfaul d'autres indices, l'attitude franchement hostile de llouang' ', le nouveau Gouverneur général des deux Kouang, aurait suffi à indiquer quel était l'état d'esprit des fonctionnaires dirigeants. Les Chinois oublient vite, et devant les ruines encore fumantes du yamen provincial, le successeur de Ye, inconscient du danger, peu soucieux du triste sort de son prédécesseur, au lendemain même de la signature des traités de ï'ien-tsin, faisait placarder une affiche injurieuse pour les Alliés qui occupaient la ville de Canton, au risque d'attirer de nouveaux malheurs sur sa capitale déjà si éprouvée.
Le baron Gros protestait contre les agissements de Houang auprès des Commissaires impériaux dans des termes que nous avons reproduits^.
Pi-Kouei ^ lui-même que nous avions placé à la tête de l'administration de Canton nous était infidèle : « Plusieurs fols, écrit le baron Gros % Pi-Kouei et ses subordonnés chinois ont cherché à abandonner leur poste, par ce seid motif qu'ils croyaient, en agissant ainsi, nous faire tout le mal possible et couvrir leur responsabilité envers leur Gouvernement; les commandants Alliés n'ont pas hésité à les retenir par force, tant ils avaient besoin d'eux et tant ils leur étaient utiles malgré la violence qui leur était faite et la mauvaise volonté qu'ils devaient apporter à remplir leurs devoirs envers nous. »
Dans les premier jours de l'occupation de Canton, on aurait pu organiser une municipalité avec les notables,
1. llouang Tsoung-lian, voir Exp. de Chine 1857-8, p. 3o^, note.
4. Au Minisire des Affaires étrangères, Ghang-liai, 2 sept. i858.
l\ LES COiNSÉQUENCliS DES TUAITÉS DE l'lEi\-TSIX
mais il était maintenant trop tard : les excitations du gouvernement central avaient porté leurs fruits ; il fallait s'en tenir au régime actuel, mais le régulariser afin d'empêcher qu'une barrière ne fùl établie autour de la ville au grand détriment des caisses de lElat dans lesquelles il n'entrerait plus une piastre.
ÉUIT IMPÉRIAL SECRET, PE-KLNG, J IS'OV. l858'
La duplicité du gouvernement chinois est bien démontrée par redit suivant par lequel l'Empereur ordonne à un comité secret, à Tinsu des autorités du Kouang-Toung, de « tout disposer pour forcer les barbares à abandonner Iciu- ])osilion et avoue sans rougir qu'il bénira le ciel, s'il réussit, ou qu'/7 niera toute participation a la i/nerrc si la victoire ne le favorise pas ^ )■)
Lors([no nous considérons les événements qui se sont passés jusqu'à l'époque de notre avènement au Trône, alors que nous étions bien jeune encore, nous nous rappelons que nous redoutions constamment que, tout en nous consacrant avec une sollicitude sans relâche aux affaires de l'État, nous n'en vinssions un jour à craindre pour le dépôt qui nous a été confié par notre auguste prédécesseur.
Contrairement à toute prévision, depuis le commencement de notre règne, il y a huit ans, les rebelles aux cheveux longs ■' ont continué sur les deux rives du fleuve (le Yang-tseu-kiang) leurs excès insensés, et dans les provinces orientale et occidentale de Yué '" (les deux Kouang) les voleurs aux turbans rouges ne cessent de commettre des désordres. Tout l'Empire est dans la confusion et les bandits se montrent de toutes parts. Mais alors que {pieKpte amélioration dans cet étal de choses se produisait et que
1. Edit secret envové de l^e-Iving, le 7 novembre i858, et reçu à Fajoun, le 22 du même mois.