LE BARON GROS AU PRINCE KOUNG
20 octobre 1860.
Le Soussigné a reçu ce matin la lettre que S. A. L le Prince Koung lui a fait l'honneur de lui écrire pour lui annoncer que le Gouvernement chinois accédait à toutes les demandes qu'il lui avait adressées au nom de son Gouvernement par sa dépêche du 17 de ce mois. Le Soussigné a reçu la réponse de S. A. L avec une véritable satisfaction puisqu'elle lui donne l'espoir de voir la paix bientôt rétablie entre les deux Empires.
Les mesures prises par le Gouvernemenf chinois pour faire punir, conformément aux lois, les individus ([ui ouf porté une si grave atteinte au droit des nations dans la journée du i8 septembre, la dégradation infligée par l'Empereur à Scng-kn-lin- Ls'in et à Joui-Lin. et l'indemnité allouée aux familles des victimes de l'acte de barbarie dont il s'agit, prouvent que le (ïouvernement chinois en repousse toute la responsabilité et le flétrit comme il le mérite. Celte détermination honore le l'rince Koung.
Le Soussigné déléguera le C"' de Baslard, premier Secrétaire de l'Ambassade qui, avec les interprètes français, s'entendra avec les délégués de S. A. L pour préparer la convention de paix conformément avix clauses convenues et que le Soussigné a déjà fait traduire en Chinois pour accélérer les travaux. Cette Convention, ainsi préparée en c|uatre expéditions, pourra être signée au jour et à l'heure convenus, dans le lieu qui aura été cboisi à cet eflet. Le lendemain, à la même heure, et dans le même lieu les ratifications du traité de ï'ien-tsin, signé en iSôS, seront échangées, et, la paix se trouvant alors rétablie pour toujours entre les deux Empires, le Commandant en Chef des forces françaises sera requis de suspendre tout acte d'hostilité c|ui ne serait pas nécessaire à la défense de ses troupes et il s'occupera immédiatement des mesures à prendre pour retourner à T'ien-tsin.
Le Soussigné remercie S. A. L de vouloir bien lui faire préparer un hôtel dans la ville ; il s'y rendra avec son escorte d'élite afin de conclure la paix le plus promptement possible.
Le Soussigné, &c.
(Sig.) B"" Gnos.
Le 20 octobre, lord Elgin écrivait au baron Gros pour lui demander d'insérer dans la nouvelle convention un article relatif à rémigration; notre ambassadeur répondit avec juste raison à son collègue que celui-ci s'était opposé, à T'ien-tsin, à l'insertion de ce même article et à celle d'une clause relative au culte cbrétien, sous prétexte que les négociations en cours pourraient en être compromises ; que lui Gros s'était rangé à cette opinion et qu'il n'avait présenté à nouveau aux Chinois l'article relatif au culte chrétien que lorsqu'il avait repris sa liberté d'action à la suite du guet-apens de T'oung-tcheou. Toutefois le baron Gros acceptait de rédiger
I,E HARON (.nos A I.ORD EI.fMN /Jon
un article dans le même sens que celui de lord Elgin, mais refusait d'insister pour son adoption si les Chinois y faisaient une opposition sérieuse.
Ce nouvel article fut introduit sons le numéro (| dans la convention française et sous le niuuéio 5 dans la convention anglaise ; on verra qu'il a été accepte [)ar les Chinois.
LE BAKON GROS A LOHO ELGIN
I^amascrie de Houang-seu, le 21 oclobre i8(')o. Mylord,
J'ai reçu ce matiu la dépèche que V. E. m'a fait l'honneur de m'écrire, ainsi que le projet d'article qu'elle contient et que V. E. voudrait faire insérer dans la Convention que nous sommes au moment de signer dans Pe-King.
Lorsqu'à ï'ieu-tsin j'ai eu l'honneur de faire savoir à V. E. que je désirais insérer dans la Convention que nous y préparions alors ce même article relatif à l'émigration chinoise et une autre clause se rapportant au cidte chrétien, V. E. m'a fait observer que si nous exigions du Gouvernement chinois des clauses qui ne se trouvaient ni dans le Traité de T'ien-tsin ni dans l'ultimatum de Chang-Haï, nous pourrions faire surgir des difïicultés qui seraient de nature peut-être à entraver le succès de nos négociations ; je me suis rendu à votre opinion et j'ai abandonné les clauses dont il s'agit, espérant pouvoir les faire adopter plus tard dans le protocole qui devait être rédigé lors de l'échansfe des ratifications des traités dans Pe-Kinc:. Rentré dans tous mes droits par suite de la déloyauté du Gouvernement chinois, j'ai envoyé le 17 de ce mois au prince Koung une sorte d'ultimatum dans lequel j'ajoutais aux clauses de T'ien-tsin et ainsi que la force des armes m'en donnait le droit, la demande d'une indemnité pour les malheureuses victimes de l'attentat du 18 septembre, et la mise à exécution d'un décret de l'Empereur Tao-Kouang qui avait ordonné inutilement en i845 que les églises catholiques confisquées par ses prédécesseurs fussent restituées à leurs propriétaires dont la plus grande partie était l'rançais; cet ultimatum, comme celui que V. E. a envoyé le même jour au Prince Koung, a été accepté dans toutes ses clauses et je répugne, je l'avoue, lorsque tout a été convenu et arrêté ainsi
^lO CONVENTIONS DE PE-KING
d'exiger do nouvelles concessions contraires aux lois de rEmplre et aux préjuy:és nationaux.
Cependant, Mylord, si V. E. tient à demander l'insertion de l'article relalil' à l'émigration des coolies, j'en présenterai aussi un dans le même sens mais avec l'intention de ne pas insister sur son adoption si j'éprouve une résistance sérieuse.
J'ai rédigé un article identique à celui que vous avez bien voulu rn'envover, mais il ne sera soumis aux délégués chinois qu'autant que le vôtre leur sera remis, et M. de Bastard l'abandonnera si de fortes objections sont faites par Heng-R'i.
Celte émigration s'organise dans le Sud et les autorités chinoises la tolèrent ; peut-être vaudrait-il uîieux laisser au temps et aux Légations Européennes en Chine, le soin d'v apporter le développement et de lui donner la protection dont elle a encore besoin, ce qui amènerait probablement bientôt la sanction impériale qui lui manque.
J'ai l'honneur, etc. Sig. B"" Gros.
Les Chinois exécutèrent fidèlement leurs engagements; Le 22 octobre, à 2 heures, M. de Bastard, accompagné de l'Intendant et du Payeur de Tarmée, de quelques officiers comptables et d'une escorte de 20 hommes était reçu dans l'e-king par Heng-K'i et deux autres fonctionnaires délégués par le prince Koung; les 200 000 lacis en lingots d'argent lurent versés. Le texte de la Convention préparées Tien-tsin, avait été communiqué à T'oung-tcheou le 17 à Heng-K'i; il fut accepté, sauf quelques changements de mots, ainsi que les deux nouvelles clauses relatives à la religion chrétienne et à l'émigration; enfin, le 20 octobre fut choisi pour la signature de la convention et l'échange des ratifications.