RAPPORT ADRESSE PAR M. DE BASTARD A S. E. LE BARON GROS
Lamaserie de Houang-scu, 22 octobre 1860. Monsieur le Baron, Ainsi que V. E. m'en a donne l'ordre, je suis allé trouver les
RAPPOUT ADRKSSl'; PAU M. DE HASTARD A S. V,. Ï.K BARON GROS /j I I
déli'gucs du Prince Koung pour recevoir en votre nom, l'indemnité pécuniaire que le Gouvernement chinois alloue aux victimes du i8 septembre dernier et pour m'en tendre aussi avec ces délégués sur le projet de Convention à signer pour rétablir la paix.
L'entrevue a eu lieu aujourd'iuii, à !j heures de l'après-midi, dans Pe-King ; en m'y rendant, j'ai passé par le quartier-général, où M. le Général en Chef, sur votre demande, a bien voulu mettre à ma disposition une escorte de 20 hommes d'élite et me faire accompagner par M. l'Intendant et M. le Payeur de l'Armée et par quelques officiers comptables avec une Compagnie de chasseurs à pied destinée à convoyer les voitures qui devaient aller chercher et apporter au camp français la somme promise par le gouvernement chinois.
J'ai trouvé à l'heure et au lieu fixes d'avance, Heng-K'i, Intendant au Palais impérial, ïchonque. Intendant des Sels à T'ien-tsin, et un mandarin à bouton rose du nom de Soniï-Ki, dont j'ignore la position officielle dans l'administration chinoise, tous les trois délégués par le Prince Koung, pour s'entendre avec moi.
Heng-K'i, cpie je n'avais pas vu depuis le 18 septembre et que j'ai trouvé tiès changé, m'a dit tout de suite que les 200000 taels promis me seraient remis immédiatement et il m'a montré en même temps des voitures c[ui encombraient la petite rue qui conduit au yamen où nous étions. Ces voitures étaient chargées de caisses renfermant, à ce que m'a dit Heng- K'i, la somme convenue. L'une d'elles, ouverte devant moi, était eflectiveinent pleine de lingots d'argent et Heng-K'i m'a assuré que ces caisses étaient au nombre de 67, contenant chacune 3 000 taels, sauf une seule, dans laquelle 2000 taëls seulement se trouvaient. Le nombre des caisses énoncé a été l'econnu exact, mais le payeur de l'armée m'a fait observer qu'avec les inoyens dont il disposait, il lui était impossible, séance tenante, de vérifier le poids et le titre de l'argent, que, par conséquent, il ne pouvait, en encaissant le métal qui était sous ses yeux, me donner le reçu qui aurait annulé, pour mettre à couvert votre responsabilité, celui que V. E. m'avait chargé de remettre à Heng-K'i et qui était destiné au Prince Koung. La vérification ne pouvant être faite qu'au camp français, j'ai demandé à Heng-K'i de consentir à ce que les lingots y fussent transportés pour y être pesés et comptés en présence, bien entendu, des autorités chinoises qu'il déléguerait à cet effet. Heng-K'i, je dois
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le dire, n'a fait aucune clilTîcullé de satisfaire à ma demande ; de mon côté je lui ai promis que le reçu, destine au Prince Koung, lui serait remis dès que les autorités françaises se seraient assurées du quantième des lingots chargés sur les voitures, lesquelles furent immédiatement conduites au camp, hors de la ville, convoyées par la Compagnie de Chasseurs à pied et sous la direction de M. Ilnlendanl, du Paveur de l'armée et des oHlciers comptahles qui m'avaient accompagné.
Cela fait, Ileng Ri a reçu de M. de Méritens, interprèle de l'amhassade, qui était venu avec moi, le projet de la Convention préparée à T'ien-tsin ; il la connaissait déjà à T'ien-tsin, elle lui avait été communic[uée et à T'oung-tcheou, le 17 septembre il assistait à mon entrevue avec le Prince Tsai, à qui j'avais remis ce document : quant aux articles nouveaux, le 6'' et le g*" relatifs à la restitution des Églises catholiques et à la liberté d'émigration pour les Chinois, à coup sûr il n'en prenait pas connaissance pour la première fois, la correspondance olTicielle de \. E. avec le Prince Kounc; n'ayant rien laissé ignorer à cet égard. Heng K'i n'en a pas moins lu, à trois reprises différentes ce projet dont il a fait prendre copie par ses lettrés. 11 m'a demandé la substitution de deux ou trois mots à ceux dont les interprètes français s'étaient servis dans leur rédaction : M. de Méritens m'ayant afïirmé que cette modification n'altérait en rien le sens de la convention, j'y ai consenti avec empressement. Il a insisté ensuite sur l'impossibilité où le Gouvernement chinois se trouverait sans doute, par suite des derniers événements, de paver intégralement cl comptant la somme de i million de taels .stipulée par l'article /j et il m'a prié de soumettre à Y. E. cette observation qu'il ne faisait, dit-il, que pour constater la sincérité du désir que le Couvernement chinois avait de s'acquitter et pour constater aussi sa bonne foi, puisque le premier il prévoyait le non-accomplissement, mais seulement pour cause de force majeure, de ses obligations.
L'art, (j a été consenti, sans discussion, étant convenu d'ailleurs que la restitution à leurs propriétaires des établls.sements religieux et de bienfaisance catholiques dans tout l'Empire, ne pouvait avoir lieu aujourd'hui même, mais qu'elle serait elTectuée par le Gouvernement chinois et par l'entremise de la Légation de France en Chine.
Aucune observation n'a été faite sur l'art. 9, identique, me dit Heng K'i, à l'article correspondant de la Convention an- Rlaise.
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Heng-K'i m'a di'claré ensuite que le Prince Koung était prêt à signer cette convention et à échanger les ratifications du traité de i858, au lieu, au jour et à l'hevue qui conviendraient h V. E. Conformément à vos instructions, j'ai répondu que le 25 de ce mois, à i heure de l'après-midi, la signature de la Convention et l'échange des ratifications pourraient avoirlicuà Pe-King, dans le palais où S. Exe. l'Ambassadeur d'Angleterre aurait signé la convention analogue et échangé les ratifications de son traité.
Les deux collègues de Heng-K'i ont assisté à cet entretien, sans dire un mot. Le mandarin Song-ki a paru seul y prêter une grande attention.
Je suis, »!s;c. ('^'g) Léon de Bastard.
Le général de Moiitauban avait été prévenu le 22 octobre, dès le matin pour qu'il puisse fournir en temps utile l'escorte nécessaire à M. de Bastard.
LE BARON GROS AU GENERAL DE MONTAUBAN
Lamaserie de Houangseu, le 22 octobre 1860, 8 heures du matin.
M. le Général,
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que les engagements pris par le Prince Koung Ts'in-Wang, frère de l'Empereur et Commissaire Lup. reçoivent aujourd'hui un commencement d'exécution.
Une somme de 200 000 taels représentant à peu près une valeur de I Sooooo francs sera prête à m'ètre remise, aujourd'hui, 22 Octobre, à i heure après-midi dans Pe-King. S. ^. L désire que je reconnaisse avoir reçu cette somme comme indemnité allouée par le Gouvernement chinois aux sujets français, arrêtés dans la journée du 18 septembre et qui sont revenus au quartier général français comme aussi à la famille de ceux qui ont succombé pendant leur captivité, cette indemnité devant être répartie entre les intéressés par les soins du gouvernement de l'Empereur. Je lui en donnerai donc quittance, mais cet argent devra être encaissé immédiatement et devant M. le C'"" de Baslard, i"^'' secrétaire de l'ambassade, qui me représentera, par le chef de service du trésor de l'armée ou par ses délégués qui m'en
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donneront anssilôl un reçu annulant pour ma responsahilitô celui c|ue j'aurai remis au Gouvernoinent cliinois.
Vous m'obliirerez donc, M. le (jénéral, si vous voulez Lien donner les ordres nécessaires pour que M. le Payeur de l'armée avec les moyens de transport, et une escorte de sûreté se joii,ment à l'un ou à plusieurs olficiers de votre Etat Major et à M. de Bastard pour partir d'ici aujourd'hui vers midi, aûn d'être au rendez-vous assigné dans Pe-King avant une heure précise. Je pense aussi, M. le Général, pouvoir aller mélahlir dans le yamen que l'on me destine en ville et s'il est prêt demain, ce serait vers onze heures que je' voudrais m'v rendre. J'ignore quelles sont les intentions de Lord Elgin au sujet de la garde ou de l'escorte qu'il voudra prendre avec lui. Je crois que 3oo hommes d élite sulliraient et au delà pour la sécurité de l'ambassade comme pour donner ([uelquc apparat aux réunions qui auront lieu pour la signature et réchange des traités.
Je serais heureux, M. le Général, si une partie de la vaste hahitalion que l'on prépare pour moi pouvait vous convenir et si vous vouliez dans la journée envoyer examiner les lieux vous pourriez me faire savoir si le local vous convient et si vous voulez le partager avec moi.
Si. comme je l'i^spèro. rien ne vient désormais entraver la marche des négociations, tout peut être terminé dans deux on trois jours et notre retour à T'ien-tsin s'eirectuera lorsque vous le jugerez convenable. Si je puis descendre par la rivière depuis T'oung-tcheou, je prendrai ce |)arli pour éviter les fatigues d'un vovage connue celui que j'ai fait de T'ien-tsin à Pe-King.
Dès que la (^ionvention do paix sera convenue entie les délégués chargés de 1 établir, j'aurai riiouneur de vous en envover une copie.
Agréez, etc. Sig. B"" Gros.
Enfin, le baron (Jros prévenait, le 28 octobre le prince Koung qu'il serait prêt à signer la convention le 25.