‹ L'expédition de Madagascar: journal de campagneChapitre 9 sur 12 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

L'EXPÊI>iTION nii MADAGASCMI.

de. place en place, de git»

blocs de ^'aiiil. Dans les ravins profonds, quelque»

arbres et iioe mince ligne de verdure.

Los deux bri^dea vont opérer de concerl sous le comoiandemcnl du général en chef: pendant que les balaillons noirs (HaouttRas et Sakalaves) du g^nénil Vovron lourneronl les forts k droile, par la ligne des crêtes, la brigade MelKinger allaqnera de froni les positions ennemies par la roule directe de Tananarive.

Nous sommes avec le

général Melzinger, qui ne n» w^wm. — iirni;irii «l'huHANi i.n BeHBLi^HKHESts, — hessib i.e pBnriT-

doit commencer l'atUique

que lorsque le mouvement tournant du gènt^ral Voyron aura abouti. Devant nous, la légion, dissimulée dans les ravins, a mis sacs à terre et attend patiemment le moment d'entrer en ligne; mais les Hovas, auxqncis les accidents du terrain caclieni complètement lu mouvement des troupes noires, nous ont au contraire aperçus et eommencenl à tirer sur nous de leurs forts. Us ne peuvent nous faire aucun mal; nous sommes k plus de 3000 mètres d'eux, tout h fait hors de la portée de leurs canons.

Pour tuer le temps, j'emprunte la grosse lunette d'un appareil do télégraphie optique qui me permet de fouiller les retranchements hovas. Je vois h'S soldats ennemis, les lambas bluiirn, comme nous les appelons à cause de leurs vêlements, sortir par groupes de tours fortins et descendre sur la roule pour examiner les mouvements des troupes françaises; tous les chemins en sont couverts; des groupes nombreux se montrent également sur les parapets de tons les forts. Je distingue tous les mouvements des soldats et jusqu'aux moindres détails do leurs armes et do leurs costumes.

Tout à coup un va-el-vient se produit du côté de l'ennemi; les Hovas courent d'un foit & l'autre, se concertent; une troupe nombreuse sort d'un des ouvrages les plus élevés du massif et se dirige vers la crête où aboutit le chemin que suivent les tirailleurs de la 2' brigade; sims doute ils ont aperi;u notre deuxième rolonue. En effet, déjà les tirailleurs sakalaves eoiimnnent les enfles: ils soin cnenre ii I 800 ou 2 000 mètres des Hnvas. Ceux-ci, sans attendre la bonne portée, commencent à décharger leurs fusils.

Les lAches! ils n'épaulent même pas leurs armes. Les nAtrcs approchent toujours sans répondre. Les Hovas prennent peur; ils rentrent précipitamment dans leurs forts. Voilà qu'ils les évacuent successivement. J'aperçois des nuées de bourjanes portant des paquets énormes; ils se sauvent h toutes jambes. La route est couverte de lambas blancs en fuite; à la lunette, elle paraît toute blanche.

La bataille est finie et la brigade Metzinger peut s'engager sans crainte sur

la mutedeTananarive. Gelait bien la peine do construire (ousccs forU pour les di/fendrosi mal! A quoi nouflsert, de nnlrc f rtti'', do nous fatiguer pour chercher à tourner l'onnemi, s'il n'allend mflme pas d'être h porti/e pour fuir?

A 11 heures du malin, nous sommes au sommet des Ambohimènos et nous nous arriîtons pour laisser souffler nos hommes et nos chevaux, tout en di^jeunanl sommairement. De cette hauteur, nous dominons tous les ouvrages hovas. Si ces gens avaient voulu se di^frndre, crût Hé pour nous uno rude journi'e de combat. Pour arriver jusqu'ici, il a fallu traîner nos chevaux par la bride à travers les blocs de rochers et les crevasses. Un malheureux mulel de l'urtillerie, qui passait deviinl nous, a manque pied et, après deux loure sur lui-même, est allé s'écraser au fond du ravin.

Nous reparlons vei-s 1 heure de l'après-midi, et avant de redescendre le versanl opposé du massif, nous faisons une courle halle dans un fort hova, où les deux généraux de brigade attendent le Général en chef. Là encore il y a des prisonniers, de pauvres diables dont les côles saillent et dont l'un a été blessi; d'un coup de sabre par b's cavaliers. Le général Voyron disposait d'un peloton de cavalerie qui a descendu les penles el qui a piqué unn charge dans la plaine sur les derniers fuyards hnvas. Il n'a pu les empêcher de mettre le feu aux quiUre ou cinq villages qui bordent la roule do la vallée el qui flambent en ce moment comme des allumettes.

Ce n'est qu'à 5 heures du soir que nous arrivons sur l'emplacement du village de Mabaridaza, pi'ès duquel nous devons bivouaquer, Mabaridaza (mol A mol : ■■ Dont la gloin! restera ■■) n'ttil plus représenté que par des tas de cendres encore brillantes, une haie de caeliis à demi rûtis el trois malheureux cbîens, qui nous regardent passer du haut d'un tombeau malgache en aboyant trislemenl.

Nous allons nous reposer un jour dans la plaine. Nos soldats l'onl bien mérité ; ils ont fait leurs six étapes sans broncher, malgré les difficultés du terrain. Tout va bien : la moitié du chemin que doit parcourir la colonne légère est Faile. 11 ne nous reste plus que 90 kilomètres par des roules relalivemenl faciles. Dans buil jours, si rien ne vieul coulrarier les projels du (jénérui eu chef, nous ferons nnire entrée dans Tananarive.

A la imiirnuitn de l'ennemi. — l.e i'am|iemenl des tirailleurs indlgrncs. — Ankaznlië; trainanls tiinluiu'lie)'. — l,a ferme d'Ami mnabi'. — 1^ pays heva. — Anilioliîdnirn™. — Conrenlralien de la enliinne. — InlermjfHlniie îles ]iHv»ftns. — ICnliay, — floiiilial irAni- ]-antriknnH. — I.ca habitalinns tiimi». — Ta roule d'AinlHiliimaiign ; la ville faillie.

21 septembre. — L** jour pointe à peii Unes qui nous masque la vue ligure une ran{ noirci; au-dessus se dessine une mince ligne de lumière; elle coloro en rose pâle les herbes desséchées dont s les monticules entassés en amphiihéâire à droite du seulier.

Nous suivons les Hovas d la trace; ils ont semé sur la piste leurs nalles, leurs marmites, des sacs de riz el de manioc, el même des afi'ills de canon el des

; il est 5 heures du malin. .

e de silhouettes qui paraissent

iiehe du t mpéesdai

de projecliles. Au loin, le mont Angave, autour duquel nous allons tourner pendant loule la matinée, semble un monslrn eux éléphant ù demi couché dans grandes herbes.

La roule est mal tracée et inégale; ont cherché un aulre m; ils se sont presque égarés el le

s Ta ni stàtTonDer pre s d'un ^rand villufîe

e lirail-

ar campes par quel

le profiquo

Kit i: i:\pEUiTios m-: mahagascah.

(VuL-ral en chef envoie ilf Ions côli5s des cavaliers ^ leur recherche. Ces allées el ver

d'une heure, après quoi noua reprenons notre marche pour aller concher sans incident prË

Lrûli^ qui porte le nom de Tatatu.

Le Lalaillon des Malgaches s'esl installé derrière noua, dans nn champ de manioc ; pr&s de leurs gourbis, un lirailleur indigène fitme dans une pipe à eau originale; elle est fornu^e d'une petite courge creuse, dans la partie rcuQtSo do laquelle est planlé un fragment de roseau, La courge sert de récipient pour l'eau; il l'exlràmité du roseAU se trouve le Fourneau qui contient le labac.

22 septembre. — Nons nons mettons en roule avec le gros de l'avanl-garde, entre une compagnie leurs sakalaves et une balleric d'arlillerie de raonlagno. Les Sakalavos n'ont pas de sacs; ils portent lei ment ficelé eu ballot sur leur l<>le; la plnjiarl vont nu-pieds; quelquetî-uns se sont procuré, je ne sa moyeu, do gi'os souliers df troupe &. semnlles ferrées qui les alourdissent singuMèremenl, mais qui les fiera que leurs officiers n'ont pas le courage de les leur supprimer. Il fait un vent glacial qui noua don l'onglée; tout k l'heure, quand le soleil se lèvera, nous éloufl'erons.

Le paya n'a pas changé d'aspecl : c'esl toujours la^ série des mamelons dénudés coupés par des gorges étroites, avec quelques arbres dans les fonds; mais i! y a de nombreux villages. Sur cliar[ue crèle je dtslîngue une a^lomérallon de maisons dont les murs sont faits d'argile rouge et dont le toit est formé d'herbe sèche ou de paille de riz. Quelqui.-s-unes de ces habitations sont h deux étages. iBeaucûUp do villages ont été brûlés par l'ennemi, mais ils sont tellement nombreux que les Hovas n'ont pas eu le temps de tout incendier avant do fuir.

A 11 heures, la colonne arrive devant Ankazobé, ville frontière de l'Imerina. C'est une grande boui^ade d'une cinquantaine de maisons, avec des rues étroites, mais bien alignées, et une enceinte circulaire formée d'un mur en argile gâchée el d'un fossé profond. On pénètre dans l'onreinlo par une grande porte recouverte d'un toit de paille. Les Hovas ont mis le feu aux quatre coins de la ville; mais ils n'ont guère brdlé que les toitures.

Nous campons non loin d'Antoby, sur le bord d'une petite rivière appf.-léo Audrauobé, près d'une grande ferme entourée d'un mur circulaire pereé d'une porte étroite. Celte porte, munie à l'intérieur d'une plate-forme de Inquelle on pouvait surveiller la campagne environnante, était fermée lo soir par une énorme pierre plate taillée comme une meule et maintenue debout contre l'ouverture par deux gros pieux en bois plantés solidement.

23 septembre. — Depuis Ankazobé, c'esl-it-dire depuis que nous sommes on Imerinn, les Hovas ne brûlent plus les villages. Ranianzala, leur chef, leur a donné l'ordre de lea respecter, mais il n'a pu empêcher le pillage. Les malheureux habitants sont chassés à coups do bâton par les miramites (soldats réguliers hovas), qui les loi-cenl à faire le vide devant nous el k fuir dans les montagnes pour qu'ils ne puissent noua donner aucun renseignement sur le pays.

Nous planions ce soir nos lentes i^ Ambohidrarara, à 50 kilomètres à peine de Tananarivo. Les troupes hovas, n'osiuil puK rentrer dans la capilale, sont campées au sommet des monts Lfivohîlra, à quelques kilomètres de nous. Ce malin, rllis avaienl <ssayé de nous arréler dans noire mu relu; en liranl sur l'avanl-garde quelques coups

de fusil hors de portée.

24 acplembre, — Nous si^onrnons dans notre campement pour allendre la 1"' brigade, qui est k une 'iMpe eu arrière el qui, uinlinuant & marcher, nous iijnindra aujourd'hui. Le fiénéral en chef veut avoir liHiles si!S troupes rassemblées avant d'approcher de Tananarive.

En allant faire de» patrouilles dans les environs, l^'s cavaliers ont découvert ihins uno auiracluosité de nicher, où ils se tenaient inchés, une centaine d'homni-'s, de femmes et d'enfiiits appartenant aux villages de la plaine, lis les ont rassurés, leur disant qu'ils n'avaient rien à

i.'EXPÉiiiTiox m-: .\t,HtA GA^CA II.

craindre dos Français, qiin nous vi^ nions faim la giiriTC au ^ouvcrneiin-nt liova et non aux populalions paisiblps de rimerina, qu'ils pouvnienlapporl t'ides provisions fi noire camp cl ([u'on les lonr payerait très Lien. Toute celte population a suivi noire palrouitlc juHifu'a !a lento du Gén^ml en chef.

<]Lii, aprt's l'avoir int(>rrogéi>, Va n'u-

vnyée enclianlee avec des présents.

25 septembre. — En roule v'TK Babay à 6 lieurcs du matin; |m pays est toujours accidetilë : pas ilarbres, mais des mamelons rouvert»- de grandes herbes. I.cs villages devieunonl de plus en plus nombreux; sur tous les sommela et au ereux des vallées, on découvre •nnchiE siiH T^«A^ARlïE : lE r.É^ÉinL EN CHEF nn*F.nïE LES pnsiTinsB E»>EMJEs ^^ peliles maisons en pisé avet!

iiE^isi» va ooTURBE, toiturps dc chaume.

Le fond des valKW est presque partout cultivé en rizières, ht-s semailles sont faites et, dans un pelil coin de chaque champ, on voit les pousses de riz d(>jà grandes, presque b. point pour le repiquage. Les Hovas savent canaliser les ruisseaux pour irriguer leurs plantations. Pour faciliter la répartition de l'eau, ils les disposent eu gradins. On me montre dos pfldiers déjà couverts de fruits bien formés.

Les habitants reprennent confiance; ils forment des groupes qui nous observent it distance. Avec leurs lambas blancs, ils tranchent vivement au milieu des herbes. Les gens avec qui le Général a fait kabar hier sont venus nous attendre sur la roule; ils nous disent bonjour d'un air joyeux. Les pelils enfants ont été débarbouillés et les femmes ont fait un brin de loilelte. Les hommes porleul la coiffure nationale, le chapeau do paille de riz à grands bords avec large rubau noir; ils paraissent beaucoup plus intelligents, mais bien moins robustes que les Sakalaves; tous oui les cheveux lisses et les portent ras.

Al! heures, nous traversons un petit arroyo, dont les rive» IrÈs accores donnent beaucoup de pcipc aux mulets du convoi. Dans le Fond de la plaine se dresse uu piton en forme de pain de sucre, au sommet duquel est perché le joli village de Babay; ses cases disparaissent ii demi dans la verdure. Nous allons camper près de là, el, en attendant l'arrivée de nos tentes, nous déjeunons près d'un hameau hova, à l'ombre d'un mur eu pisé.

26 septembre. — Le premier ministre n envoyé de Tananarivo de grands renforts de troupes. Ces soldats ont été chauffés à blanc dans des kabars solennels où on leur a fait jurer de déreudre jusqu'à la mort la terre des ancêtres. Toute la garde royale (les Vûromahéry) est 4 3 kilomètres de nous, relniuchée sur une série de crêtes qui nous séparent des grandes rizières au milieu desquelles s'élèvo la montagne de Tananarive. Dans la soirée d'hier, l'ennemi s'était montré en assez grand nombre en avant de nos lignes. Aujourd'hui il semble s'élro retiré plus en arrière, car l'officier qui commande aux avant-posles nous crie, lorsque nous passons près de lui, qu'il a complètement disparu. Le bataillon de la Légion qui nous précède marche en silence et d'un pas tellement allongé que nos chevaux ont de la peine à suivre sans prendre le trot. L'air est vif et la plupart des soldats portent allègrement leur sac; les éclopés, ceux qui sont fatigués par uu acci-s de fièvre, suivent derrière l'artillerie et se cramponnent à la queue des mulets, qui les aident beaucoup à marcher; nous sommes trop loin miiinlenanl pour renvoyer des mnlrides k l'arrière, el nos mulets de cacolets ne peuvent recevoir que ceux qui sont dans l'impossiLIlilé absolue de se mouvoir.

11 fait une température exquise ol un temps superbe; on se creirail en France par une matinée de prin-

1 bnsqut'i

MMlMi-\SCM(.

temps. Lr paysage ajoulp encore à l'iUiisirm : un bnsqut'l do lilfts pu ilfur planté en bordure le long d'un pplil villaf^e dégage une odeur d<;Ucieusc, et nous venona de passer près d'une corjucUe chapelle culholiquu dont W vili-es scintillent au soleil levant.

De la colline où nouii sommes montés, la vue s't^Iend fort loin. Au premier 'plan, la plaine mamelonnée semée de maisons rouges avec des toits de paille; dan» les fonds, do nombreux ruis^elels courant an milieu du lapis verl des rizita's; plus loin, la ligne des crftps abruptes nu somme! dest|uelles l'ennemi nous ntlond. Soudain, d'un des points les plus élevés de ces crtSles, s'élève un panache de fumée hienlâl suivi d'un coup de canon. L'exU-emu pointe d'avant-garde ipii nous précède vient d'essuyer Ii'S pi-emiera feux de l'ennemi eu avant du \nllage d'Ampantokana, qu'on aperçoit dans I» plaine A droite de la roule. Noua hâtons l'allure de nos chevaux p<^'ndant que le balaillon de la Légion se déploie par sections dans ta plaine.

Le Général en chef veut gagner le.^ p^emi^^es maisons d'Ampanlokana, où le général Metzinger se Irouve déjà, mais la roule qui conduit à ce village est balayée par les feux convergenLt de l'ennemi. Les tirailleurs linvaa prennent comme objectif le groupe l^^s furile à reconnaître de nos chevaux, et bienlAl nous sommes environnés d'une grôle de balles qui sifflent à nos oreilles et qui s'enfoncent dans la terre en soulevant de petits nuages de poussière. Le poney blanc que monte le général do Torcy fait tout à coup un brusque écart : c'est un projectile qui a atteint le harnacbemenl, a Iroué une des sacocbes et est venu s'aplatir contre une des ferrures de la selle.

Nous mettons pied à terre de^^i^re les maisons du village cl, laissant nos chevaux à l'abrî du mur d'enceinte, nous voulons prendre par les rues pour chercher à voir la ligne des tirailleurs. C'est peine perdue : des murs élevés d'un mètre limitent autour de chaque maison d'étroites cours qui eommunii(uenl les unes avec les autres par des ouvertures dissimulées; une fois engagé dans ce dédale, il est impossible d'en sortir. Nous prenons le parti de faire le tour du village.

En avant dos maisons, les Légionnaires viennent de recevoir deux ou trois feux de salve à bonne portée qui leur ont couché en une minute cinq ou six blessés dans la rizièi-e. Pondant que le Généi'at en chef se concerte avec le général Metzinger, je m'empresse autour de ces pauvres diables el, en attendant l'arrivée de l'ambulance, nous installons, le médecin de bataillon et moi, un poste de secours à l'abri du mur d'enceinte, dans un champ de riz. L'ambulance arrive un quart d'heure après, mais déjè. le général Duchesnc est reparti en avant e[ il me faut doubler les deux brigades pour arriver à le rejoindre.

Le chemin élroit grimpe Jt flanc de coteau ; de temps en temps il y a entre deux roches des points rétrécis oi\ l'écoulement de la colonne subit un temps d'arrOt. Puis ce sont des ravins dont les boi-ds très accores doivent être arrangés par le génie, qui marche en tète de chaque brigade, armé de pelles et de pioches. Les mulets chargés avec les pièces d'artillerie, ceux du train de combat, passent difficilement et arrêtent à chaque instant h 'S troupes.

A un moment donné, nous nous engageons à la file indienne sur une série de digues étroites bordées par des rizières pleines de vase, puis nous traversons un arroyo aux berges à pic, que nos hommes gravissent comme des chèvres.

Le Général s'arrête sur un monticule faisant iace & une série de crêtes qui nous masquent l'horizon comme un grand mur. Deux chemins conduisent il ces crûtes; la 1™ brigade s'est divisée en deux colonnes qui les gravissent simultanément. 11 faut voir, avant de continuer la roule, ce qu'il y a derrière ce rempart naturel. Notre prudence n'a pas été inutile : aossitflt arrivées au sommet, nos troupes reçoivent des coups de fusil

ut la roule de Tananarive, partent des coups de canon tirés trop court, dont les obus ne nous atteignent pas. La Légion riposte par des feux de salve envoyés avec un ensemble el une précision admirables; on se croirait au tir à la cible. L'ennemi, qui avait eu le courage de nous attendre dans la plaine, subit en un instant des perles considérables. Il lâche pied; des hauteurs où nous sommes, on voit fuir les lambns blancs il toute vitesse; les roules en sont couverles,

L'eunemi semble en déroute complète; nous nous engageons sur les pentes raides qui conduisent à la plaine, A gauche du chemin et sur une profondeur de 150 mètres, j'examine successivement vingt soldats hnvas morts ou mourants; ils sont étendus dans leurs grands lambas blancs; leui's chapeaux de paille, des sabre.'<, des baïonnettes gisent il c'^té d'eux, mais je ne vois aucun fusil; sans doute les fuyards les auront ramassée au passage.

LEXPEhifiON

Lu route LravL'i'sc un hameau dont toutes les maisons soûl abun don nées ; k-s portes sont obstruées pur de grosses mottes de (erre; quelques-unes sont seulement fermées k clef. Contre l'une de ces dernières est collée June grande inscnption, dont t'interprète me donne la traduction suivante ; >' Ne brûlez pas ma maison, je vous prie. Monsieur, car j'ai l'in-

djslingue des troupes tninemies établies sur les derniers contreforts (juî séparent encore do Tananarive. Nouan'avan- Çona plus qu'avec pru- ; «.B L* „„LtE u,o-«m>..-..«. uK«.iN L.K B.„:DmH. ^^^^^ La eolouue tra-

verse un petit aiToyo,

puis monte sur un mamelon. Tout ii coup un obus ennemi vient éclater au milieu du bataillon de tirailleui-s algt^riens qui nous précède immédiatement ; un des éclats atteint un soldat en pleiue poitrine. Le Général fait avancer deux batteries d'artillerie et envoie uu batfiillon d'infanterie fouiller les pentes qui sont devant nous. A ce moment, l'ennemi abandonne ses positions et se replie vers Taoanarîve.

La journée est finie et nous pouvons enfin déjeuner sous un gros arbre devant uu groupe de maisons; do là on aperçoit le village d'Ambohipiarre où est née Ranavalo-Manjaka, la reine actuelle de Mudagascai*.

27 septembre. — Nous avons couché sur nos positions et aujourd'hui nous y demeurons pour attendre les troupes d'arrière-fi^rde et la dernière fraction du convoi, r{ui jusqu'à présent ont marché derrière nous it lu distance d'une étape. Nous profitons de ce séjour pour examiner niiuutieu»cmeut nos blessés et faire les opéralions les plus urgentes. Lus tirailleurs haoussas nous ont construit pour cette besogne un petit gourbi avec de l'herbe et des branchages. Nous y serons beaucoup mieux que dans les maisons infectées dos villages voisins. Il est impossible de se faire une idée de la malpropreti^ des paysaus hovas. Leurs maisons, dans lesquelles on entre par une ouverture basse, généralement surélevée de deux marches, sont divisées en deux compartiments par une cloison percée d'une porte. Dans le compartiment qui fait face k l'entrée, presque toute la place est occupée par un gros cube creux en mI^^onnerie qui s'élève presque jusqu'au toit et qu'une cloison horizontale divise en deux parties : la partie inférieure sert d'élable; le paysan y loge des cochons et des poules; lu partie supérieure, à laquelle conduit un escalier latéral, sert do grenier il paddy. La famille habile dans l'autre compartiment, qui prend jour pur une étroite fenêtre; on y trouve un grrJial fait avec un ciayonnage en bambous monté sur (juatrc pieux, des naltits, des paniers do différentes dimensions et une ou deux marmites en terre. C'est, avec le mortier à broyer le r\i, tout le mobilier de la maison.

Depuis notre entrée en Imerina, noua vivons dans l'abondance. Noire cuisinier peut aelieter des poules, des canards, di-s œufs. Il y a mâme des moulons, dont lu chair, qui n'est pas fameuse, permet cependant do varier notre ordinaire.

28 septembre. — Les renseignemeuls reçus par l'état-major sur Tananarive concluent tous il la résistance des Hovas, qui noua attendent par la route directe de la capilale et qui sont résolus à la défendre. Nous nous garderons bien de les attaquer par là. De ce crtté, Tananarive est entoui-ée jiar une large ceinture de rizières fk demi i-emplies d'eau; les muleta et les chevaux auraient beaucoup do peine à eu sortir et l'attaque serait difficile, peut-être meurtrière. Le Général en rbef préfère tourner la ville par l'est et l'aborder par lu roule

ins L KSPEhiriOS hE MAh.lGASCMt.

<rAuiboliimaDga, beaucoup plus facile parce qu'elle csl n'iativeuient large el qu'elle suit prfisqrie parloiit iati' ligne do crtlcH. Nous (luillons donc ce malin à 5 heures el demie la roule dirocto de la capilale el nous proDona îi l'esl prir la roule d'Amhollidralrinci.

A par[ 1HI ou. deux passagi's de riziùreii, le cliemiu est facile. Il fiul uu Troid intouse el noua allons b pii>d i devanl uos chevaux pour nous i^chaulfer un peu. Le ciel est couvert et le temps brumeux; on i France pendant les grandes manœuvres d'automne. Les villas donl les murs on hricpies sont recouverts dol tuiles, les pelitc» ûglittes des villages flanf{u^es de gi-ands bftlimeiils pour les ér^lea, les agglomérations de i miiisons en pisé que nous rencontrons b. chaque instant, font songi-r hux campagnes d'Europe. Voici même U pluie froide el fine qui nous cingle la figure et qui nous fait grelotliT sou» nos pèlerines el nos caoutcboucs.

La proclamation que le Général en chef a adres.-^e aux habitants de l'Imerina, leur pi-ometUint de respccler I leurs propriétés et leurs personnes, s'esl répandue rapidement; nous trouvons maintenant les paysans réunis 1 par groupes [levant leurs maisons; ils nous iTgardcnt passer sans cniiiili'i qnehpies-nns viennent même r vendre des poules et des ceufs. Ce sont surloul les villagi-s catholiques qui monlrcul de la confiancn ; les maisons .J habiti''cs par des prolestants sont pivsque partout disertes.

La colonne décrit un demi-cercle dont Tananarive est le centre; le rayon de ee cercle ne dépasse pas 1 18 ou 20 kilomËlres. Nous tournons autour de la grande ville sans perdre de vue la haute montagne sur Inquello elle est construite. A la lorgnette el même à l'œil nu, je distingue la ^aasse de.t maisons blanches se pressaiil les unes contre les autre» au flanc de la raoulagne, de la base au sommet. La cime est couronni^e par une grande bâtisse carrée flanquée de quatre tours : c'est le palais de la reine; à cûlé, une coupole avec deux tourelles qui ressemblent à des minarets indique le palais du pn^mier ministre. Vue ainsi, dans lo lointain, avec le fond des grandes montagnes de l'Ankaratra et an premier plan ses immenses riitièn*s semées de petils mamelons. la capitale de l'Imerina apparaît très pittoresque et jusqu'à un certain point imposante.

Nous nous arrêtons, k 1 1 heures du malin, au point fixé pour noire campement. Devant nous, h 3 kilomètres an pins, se dresse une colline couverte d'une foi-èl de manguiers. Sous cette verdure se cache Ambohimanga, la ville sainte des Hovas, qui contient les restes du fondateur de la dynastie et de la reine Ranavaio I"-'. Le Général en chef, qui a poussé jusque-là ses avant-postes, n'a pas voulu y laisser pénétrer les troupes; il u promis de respecter les coutumes el les croyances du pays, el il ne veut pas froisser le peuple hova en faisanl fouler par des étrangers le sol sacré de la ville sainte. 11 sait cependant qu'une garnison do six cents indigènes y est demeurée pour giuder les lomheaux des rois, et c'est pour cela qu'une do nos ballcrios d'artillerie a pointé ses canons sur Ambohimanga et restera en placu jusqu'à notre dépari, prèle à bombarder ht ville au moindre mouvement de l'ennemi.

fonillHiil loii^ 1<

Page 1