‹ L'expédition de Madagascar: journal de campagneChapitre 4 sur 12 · I. i:M'i:iiiTin.\ ut: hmim:ascaii · texte numérisé non relu

I. i:M'i:iiiTin.\ ut: hmim:ascaii

!• chaliinil l'i-mpDi- . L'auiinal, aliiiri \m- cMe . où il unive ordiiiiiiri'iin'Hl

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loil empressii

on cliof, h Mayotlc. I> gi'uijnil Ditchosne ri lu médecin inspecleur Enu-ry Dijsljrouasea, directeur clu ïwnriCB Ûm aatlté (lu Gnrps Expi/dilioniiairu, doivetil quîUor ii cptto «^scaiii lu paijuobol des Messageries maritimes pour prendre le Nolre-Damp-du-Salut. qui les transporlera jusqii'h Nossi-Bé el Nossi-Oomba, où il« iront visiter le sauatorium, et qui les ramènera ensuite h Majunga. J'ai l'ordre d'aller attendre le (rendrai en chef Ii Nossi-Bé pour lui rcndrt^ compte de notre mission.

Je dois embarquer à 1 1 heures du matin. A cause du mouvement coimidnmMe du port, il me faut atteadie pendant deux heures assirt sur ma cantine l'embarcation cfimmaudi^e pour me efinduire îi liord. Pendant le tt'mps je puis evamluer à Inisir les manUMivres compliquées du di^'barquement des troup(.>s cl du uialériel. L<-s oriiciers prt'pos^s à ce serviee ont un n'cl mt'rite : il» sont obligés de se donner beaucoup de ]ii'iue pour remplir leur mÎHNOn avec les moyens rudimentaires dont ils disposent artuellenient. Les chalands commandés en France ne sont pas arrivés, el le grand apponlemeut en fer, ]>our la mise en place duquel le constructeur a éprouve des diflieultés lualleudues, n'est jtas encore terminé.

Tout >»• fait quand mSme grflce i l'ardeur et ii l'esprit d'iiiilinlive des officiers el des hommes. En ce moment, on débBr(|ue devant moi un grand chaland i-empli de mulds : ce chaland etti ancré ji quelque distance du riv^e par 80 cenlimMres ou 1 mètre de fond ; tout autour, sauf du côté qui i-egarde ta pleine mer, des nialelolH fialudaves, recrutés k Sainle-Miirle de Madagascar, se tiennent le long du bord, ayant de l'i'au Jnsi|u'au cou. (Chaque mulet est amem5 pris du bordage orienté vei's la pleine mi-r. Quatre vigonri'ux Somalis monU'-s sur gnent par les oreilles, par la queue, par la croupe, el le font basculer dans l'eau. L'anii pirouette, ne tai'de pas it revenir sur les Ilots et il nager vigouieiisement vere le rivagi sans encombre guidi^ par les Sakalaves qui entourunl le ])aleau.

Le paquebot lève l'ancre à 3 heures de l'après-midi, el le lendemain 27 avril il entre pu en rade de Nossi-U(? vei-s les 9 hpun-s du matin. Que ce mouillage d'Hellville est donc joli forme avec la ]dage aride de Majunga 1

En arrivant h He]lville,jo retrouve auprè.s de M. l'adminiatrateurprineipal François le même ac et cordial.

La colonie de Noswi-Bé est enthousiasmée par l'arrivée prochaine du Général en chef; les préparatifs des fétos qui vont lui être offertes pendant son séjour mettent les Français d'Hellville sens dessus dessous. Une foule d'habitants de l'tle encombrent déjà la capitale, où il n'y a plus de logement disponible.

Tous les rois et les reines sakalaves de la côte ouest sont arrivés; ils sont dissémim^s aux quatre coins do la ville. Ou me montre Tsialane roi des Antankars, Tsiaras roi dos Sakalaves d'Ankifi, Binao mne sakalave d'Ampasimène. Cette dernière est même allée visiter en grande pompe le sanatorium de Nossi-Gomba, dont l'Ile est occupée par ses sujets.

Tous CCS grands personna^s indigènes vivent, ainsi que leur suite, aux frais de la colonie pendant le temps de leur séjour à Hellville. Ils touchent II cet efff.'t des rations journaliferes do riz, do viande et même de gros vin de cambuse, pour lequel ils ont un goût très prononcé.

Le li mai, ii 7 heures du matin, l'arrivée du paquebot Noln-Dtime-ilu-^nlut portant le (iénéral en chef est annoncée à la population d'Hellville par un coup de canon. Aussitôt une animation extraordinaire se produit dans les rues; tous les indigènes, revÊtus de leurs plus beaux habits, se dirigent par groupes vers la jetée pour assister à l'arrivée du général Duc.besne. Los colons, réunis à la Résidence, ont pris l'habit noir; les ofliciers ont revfilu l'uniforme de flanelle bleue.

A 8 heures, lo paquebot jette l'ancre Ji (pieli(ues encablures seulement du rivage et aussilôl nous nous rendons )i bord.

Le Général en chef attend sur le pont, ayant <i ses ciîlés son chef d'élal-major le général de Torcy, len deux directeurs du service de santé el du génie el l'un de ses officiera d'ordonnance, le lieutenant de voisseau Simon. Le général Ducbi'sne a revCtu la nouvelle tenue en toilo cachou que je vois pour la premièrB fois el qui est vraiment commode et mCme élégante. Après les présentai ions, il descend immédiatement k terre, salué par une salw de quinze coups de canon. Il est reçu à rextrémilé de la jetée par tout te personnel ofliciel et par les notables de la colonie, au son de la musique des Pères du Saint-Esprit qui joue la Mmscillaise.

Il est 9 heures quand le cortège s'ébranle pour se rendre, sous une voûte de verdure ornée de drapeaux tricolores, à l'bôtel de la Résidence, où les chefs sakalaves, revfllus de leurs costumes de cérémonie et couverts de bijoux, attendent la faveur d'être présenlés au Général en chef, La présentation est vraiment originale ; le Général et sa suite paraissent favorablement impressionnés.

A 1 heure de l'après-midi, la sieste est interrompue par un violent coup de canon annonçant le commencement des fêles populaires. Immédiatement les rues s'animent; les Malgaches sorlenl de leurs cases; partout, sur le coui-s de Hell, des groupes se forment h. l'ombre des manguiere. On danse sur l'herbe au son de l'accoi-déon, du tam-tam el d'une sorte do hautbois aux notes nasillardes. Ici c'est une bande d'Anjouanais aux longues robes flottantes qui, rangés sur une seule ligne, se balancent avec des mouvements lents, assez gracieux ; plus loin, des femmes makoases aux oreilles déformées par des boucles énormes, aux chevilles ornées de lourds annoaux

LEXPÉDITIO.X DE MADAGASCA/i.

d'urgent, sl- trL^iiionssi'Qt, batlaQt lo sol do leurs talons nus h coups précipiu^, bu suÎvjiqL la ead^nco iiidii[iLi-i^ [Mir uu grfta luuiboiir qu'uu Malguelie Frappe à tour de bras,

Les Sakalaves se livrent à leur passe-temps Tavori, le fnnijonndi ou jru du roiqi île poitu/. Beaucoup d'entre eux ont bu outri? mesure, i.'t cependant tout se passo biun. Cliexdes gens muins bien doués an point de vue du caractère, ee jeu fonruirail df nombreux prétextes à queivUe, Voici en «iiioî il consiste :

Dtina un grand cercle, formé par les speclateui-s, qui se tiennent debout ou accroupis sur le sable, un des joueurs, feignant d'ôlre fort en colèiv, se promène de long en large, geatieulant, se dëhanchant comme nn matamore, provoquant du geste et de la voix tous les hommes présents, leur passant le poing sous le uex pour les mieux défier. Pendant ce temps un des assistants frappe & coups redoublés sur un gros lumbonr.

Le déli est accepté et un deuxième jouteur entre dans l'enceinte pour se mesurer avec le premier; il fait, lui aussi-, le tour de l'ar&ne le poing sur la hanche, l'air insolent. Le premier entré examine ce concurrent et, s'il le juge plus fort que lui, il s'empresse de disparaître prudemment au milieu des speclateunt. Celui qui reste dans le cercle redouble alors ses gestes et ses bravades jusqu'à ci? qu'un autre lutteur se présente pour le combattre à son tour. Le apcclaclo peut se continuer ainsi pendant longtemps, sans que les joueurs se décident à eu venir aux mains. Enfin, aprts beaucoup de tergiversfilions, deux lutteurs finissent par se mesurer. Ils s'approchent lentement, se dressant, se ramas.sant sur eus-m("'mes alternativement, pcndaul que le tambour fait rage, puis, excités par les cria et les encouragemenls de la foule, ils s'attaquent à coupa de poing. Généralement, an deuxième OU troisième coup l'un des deux s'avoue vaincu, sinon les amis du plus faible s'avancent un nombre et séparent vivement les comballants.

Quelques Anjouanais a'amuwnl â un diverlisscmenl aaseE original. Avec deux morceaux de bois mesurant cbacnn 10 ou 12 centimètres de lougiicur, ils ont fabriqué une petite croix qu'ils lancent devant eux de fa^on qu'elle roule de champ sur le sol. Les joueurs du camp adverse ont en main une liane h l'extrémité de laquelle ils ont fait un nœud coulant. Pour gagner, il Faut présenter la liane de faiion telle que la croix lancée il toute vitesse vienne s'engager dans l'anse du niFud coulant et tirer assez h temps pour que, ce nii-ud se fermant, la croix puisse être en ([uelque sorte cueillie et ramenée au bout de la corde,

Dca cercles nombreux de speetaleura se forment autour de ces jeux : jeunes Sakalaves à la petite calotte

L'EXPÉDITION DE MA DAGA SCAH.

rouge, nu rlcliP lamlia do soie aciu-lo sur la Grande Teirf ; ft'Uimes ninlf^uches vûlues de robes de satin aux rmilcurs vives, do coupe eui-op<^nue, noilTéctt d'immenses chapeaux de paille aux formes invmisemblftbU-s; mi'-lis arabes aux grandes robes noires brodées d'or; marchands iodiens en costume national.

Tous ees gens rient, causent bruyamment, semblent heureux. De tous cflUÏs, de petites guinguettes sont installées sous des abris de verdure ornda do drapeaux, de lampions, de lanternes en papier de couleur. On y boit du rhum, du viu, des sirops; on y cbanle, on y danse et aurloul on y Fait assaut d'éloquence. Des orateurs y parlent des heures enliùres, écoulés religieusement par la foule, qui applaudit aux bons endroits.

A 3 heures le jardin qui enlouro le paviUon servant d'habilation au Général en chef est envahi par la foule : c'est là que doit avoir lieu l'audience solennelle, le grand kabar donné par le général Ducbesne aux rois et aux reines indig&nes.

Tout contre la maison à 1 extiémile d une grande allée boi^dée de manguiers, des fauteuils ont été préparés pour le Général et pour sa suite De chaque cille de TaUée, d'autres sièges sont disposés pour les rois et les princes. Tsiaras, Tsialane H rime Binao fout successivement leur entrée, suivis de leui-s minisires el d'un grand concours de femmes maqutlli es do noir et do jaune qui chantent en battant des mains. Tous les chefs s'installent, et, derrière eux, les gens de leur suite «accroupissent sur le sol. Quand tout est pi-ét, le générai Ducbesne parait, suivi du général de Tonv de I administrateur dt Nossi-Bé el de tous les officiers qui l'ont aerompagné dans son voyage k Hellville. AussilOt la cérémonie commence Par l'inlermédiaîre de son interprète, le Général annonce i]u'il est envoyé par k gou\ernempnt français pour mellre l'ordre dans Madagascar et pour forcer les Hovas à respecter les Irailés. Les chefs sakalavLS qui 1 entourent sont de vrais amis de la France ; il le sait et il est très heureux de se trouver au miheu d eux II s efloicera de leur Être utile, mais en retour il faut que les chefs l'aident dans sa mission, non pas en lui lournissant des soldais, il en a assez pour aller jusqu'à Tananarive, mais en lui pmcuranl les porteurs nécessaire-, pour que ka \ivres destinés à ses troupes puissent suivre l'armée.

La France est décidée a aller jusqu au bout et pour leur en donner ta preuve, le Général invite les chefs ù venir te voir à Majunga ou ils pounont juger facilement des forces dont les Français disposent.

A 9 heures el demie du soir apr6s un grand banquet offert par la colonie dans une des salles du cercle de Nossi-Bé, le général Ducbesne se rend a pied h travers le cours de Hell, pavoisé el illuminé, h l'hAlcl du Résident, qui donne nue grande snirei dansante eu son honneur

Sur tout le pareoun la foule bai lotee si priasse it s'agile. Au moment de l'arrivée des rois et des reines, elle est lellement compaclt qu on m peut a\ancei qu avic la plus extrême difficulté.

Tsiaras, Tsialane el Itinao ont tenu à assisli r iu\ danses, dont le spectacle leur cause géuéralenieiil un très vif plaisir, mais comme ils sont suivis d un corlige e\lrémement nombreux de femmes, l'administrateur a placé au bas de l'escalier de 1 hûlil deux gardes de police avec mission d'arrêter loules les personm-s qui ne sont pas absolument indispensables pour li senice des chefs Ceux-ci onl l'habitude de se faire auivi-e de domesliqnos de couGance portant l'un une gargoutetli pliim d lau 1 autre du tabac à chiquer, un troisième le sabre d'honneur, l'autre du lahac îi chiquer un troisième le sdhre d honneur, un quatrième le crachoir, etc. Il faut laisser passer ces gens el couper le cortège au niomenl opportun pour renvoyer dehors tout ce qui esl inutile.

Grâce à celte manœuvre le vestibule est bienlAt envahi par une foule d'indigènes, parmi lesquels les femmes dominent; refoulés peu a peu ils ri flueni jusque dans les jardins el vonl s'enUisaer sous les varangues du rez-dechaiissée, où ils s'accroupissent coude à coude attendant patiemment la sortie de leurs maîtres. Lorsqu'on regarde du haut des balcons dt 1 lifllel on voit les jardins, les avenues, le cours de Hell, comme pavés à perte de vue de chevelures à boules el de fates noires

A l'intérieur des ipparlemenis le spectach tst peut-être plus original encore- Les salons, transformés en berceaux de verdure, sont réservés aux danseurs; les spectateurs, assis au frais sous les larges varangues décorées de feuillage et de pavillons, peuvent facilement suivre les danses à Iravei's les grandes haies des portes. C'est sous ces varangues que se tiennent les chefs indigènes; chacun d'eux forme avec les gens de sa suite un groupe séparé. Binao el sa sœur Kavi sonl en satin jaune avec des fleurs blanches disséminées dans leui-s cheveux uoira comme des étoiles dans la nuit. Tsialane et Tsiaras sont revêtus de grandes robes noires, brodées d'or au col, au poignet des manches el sur la poitrine. Tsialane est coiffé d'un turban multicolore qui se termine en pointe au-dessus du front comme celui du sultan d'Anjouan. Tous ces indigènes en tenue exotiipie coudoyant les colons en habit, les ofiiciers en uniforme et les danseuses européennes en robes décollelées, forment dans ce cadre de vcrdupo uu contraste singulier el un spectacle étrange.

Une grande table placée dans un des salons du fond supporte un buffet très bien servi, où Français et indigènes se coudoient fraternellement. L'administrateur est partout, faisant avec sa bonne grâce habituelle les honneurs de sa maison.

Jusqu'au jour, les danses el les chants de la rue, les bruits de la foule qui emplit les avenues, vont nous empêcher de dormir.

Logé dans l'hôtel même de l'administrateur, je ne puis songer à me coucher et, pour tuer le temps jusqu'au malin, je vais excursionner à Andohalo, dans le village malgache, en compagnie de mon fidèle T.siadissoua. Tout

(K*t calnii' id; li-s petites paillotes indigènes noyées dans la pénombre paraissent comme endormies; de temps en temps, un cliii'U que noua dérangeons au coin d'une rue s'enfuit en hurlant. La terre, surchauffée par uop journée d'ardent soleil, dégagt! une odeur forte d'encens ol de musc; de grandes chauve-souris planent silencieusemeut au-dessus des manguiers.

Tout à coup mou attention est éveillée par des chants de femmes que aouligneiil des battements de mains formant Une sorte d'accompagnement cadencé; c'est une litanie, monotone comme une plainte, dont Tunique phrase esl psalmodiée tantôt k l'unisson, tantôt à la tierce, par de nombreuses vois jeunes et douces.

Devant une grande maison faite de troncs et de feuilles de palmiers, dont la porte est largement ouverte, toutes les femmes du village sont assises dans lu rue sur deux rangs, coudes contre coudes, les jambes repliées sous le corps; ce sont elles qui toutes ensemble frappent leurs mains l'une contre l'autre et chantent la mélopée monotone que j'ai entendue de loin. Sur un lit malgache, dressé au milieu de la case et recouvert d'une natte fine, une jeune femme vêtue de ses plus beaux habits est accroupie, le corps affaissé, les bras pendants, les traits tirés, exprimant la souffrance. C'est une malade qu'on essaye de traiter ^ la mode sakalave.

A côlé d'elle su tient debout un indigène de haute taille, coiffé d'un bonnet en forme de mitre, velu d'une longue robe sur laquelle il a passé une large bande d'étoffe rouge qui fait le tour du cou et revient devant la poitrine comme une éiole. De la main gauche il agite une petite sonnette et de la droite il brandit un grand sabre.

Derrière la malade, et assise sur le même lit, une vieille Femme porte un vase plein d'eau dont elle asperge du temps en temps la patiente; celle-ci reste immobile, paraissant indifférente à la scène qui so déroule autour d'elle.

Enfin, loul au fond de la case, dans un coin obscur, est accroupi un 6tre humain, homme ou femme, dout je ne distingue pas les traits, qui pousse de grands soupirs et qui de temps à autre jette un cri perdant comme si le chant monotone des femmes lui donnait une crise nerveuse.

Très intrigué par le speclacJe que j'ai sous les yeux, je* tâche de tirer quelques explications de mon interprète Tsiadissous, qui me répond à peine, comme s'il avait peur de parler. Une fois i-eniré, il vient me trouver dans ma chambre et, après avoir soigneusement fermé la porte, il me donne à voix basse et d'un air mystérieux les explications suivantes que je transcris en les commentant :

Chaque roi sakalave a dans ses allribulions le pouvoir de guérir les malades; après sa mort, son âme, ayant quitté le corps, erre dans les espaces célestes jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un autFc corps à sa convenance dans lequel elle se loge. L'individu, homme ou femme, qu'elle a ainsi choisi pour y élire domicile, hérite de son pouvoir dans certaines circonstances où elle se révèle aux vivants en parlant par sa bouche.

Ces possédés sont le plus souvent des épileptiques ou des femmes hystériques dont les Sakalaves interprètent les crises en disant qu'ils sont alors dominés par l'Esprit royal. Ce sont ces malheureux qu'on amène dans la chambre des malades et auxquels on fait rendre dos oracles comme autrefois les prêtres grecs à la Pythonisse. Les chants monotones, les battements de mains réguliers et interminables des femmes qu'on convie en grand nombre k ces sortes de cérémonies, ont sans doute pour résultat do provoquer une crise chez l'individu prédisposé. Pendant cette crise, il pousse dos cris et murmure dos paroles incohérentes qui sont considérées comme prophétiques, maïs qui ont besoin d'être interprétées.

L'interprète est ordinairement un sorcier qui, pour flatter l'Esprit, adopte un costume do cérémonie spécial, coiffe une mitre de forme bizarre et prend un sabre de commandomcnl. " Parle, je te prie, lui dit-il, vois ce malheureux malade; sois-lui favorable; rends-lui la santé; dis-moi ce qu'il faut faire pour cela et nous t'ohéirons. Je te connais, je sais ta puissance ot je ferai tout pour te plairo. «

Pendant ce temps, les femmes répèlent en chantant pendant des heures entières sur le rythme que j'ai noté la même oraison, qui vent dire en substance : « Ecoute-nous, nous te priousl >>

Quand la crise tarde à venir, que les femmes sont épuisées ou bors d'haleine pour avoir trop clianté, le sorcier fait un signe ot la cérémonie est interrompue pendant quelques instants. Durant cette récréation, les as-sistnnts rient, jacassent, s'entretiennent de leurs aff'aires, sans plus s'occuper du malade, jusqu'à ce que, sur un nouveau signe du maître des cérémonies, l'incantation monotone reprenne avec une nouvelle vigueur.

Lorsque, fatigué par ces hurlements incessants, lu possédé prend une crise ou se décide à prononcer quelques mots, immédiatement le sorcier les interprèle ot les traduit à, l'assemblée,

S'adres.sant au malade, il lui dit par exemple : » Tu as mangé du canard qui est pour loi un animol fudy, cl voilà pourquoi lu os souffrant, — Je ne le savais pas, hélas! répond le patient crédule. — Sache-le donc désarmais ; mais en attendant, pour détruire les mauvais effets de cette viande, va-t'en tel jour, à telle heure, dans tel endroit; lu y trouveras une plante faite de telle cl telle façon; tu la feras cuire do tidlo manière et tu en boiras l'extrait ; après quoi, si tu n'as pas fait de nouvelle imprudence, tu seras guéri. ■>

Inutile de dire que le patient consciencieux obéit de point en potnl à l'oracle; s'il guérit, tout est bien, mais s'il n'obtient aucun effet de l'ordonnance, c'est qu'il a commis la nouvelle imprudence dont on lui avait enjoint de so garder; l'oracle ne peut pas avoir tort.

ÀA

L'EM'iiinrios hi-: v.t /m <i.\sc.\n.

Lt! luntlujtiiilii il 6 heures du mntiii, \k canot k vapi'ur du sanaloriuin, portant à l'avant nn gniinl pavillon de Gcni^vo el à l'amùrti les couleurs niUioDulos, se lient ju'CI Îl remorc^cr 1<!S einLurcatioDS dans lesquelles luoutcnt le (iOuèral en chef, ttou état-mitj'or et les invilds de lu colouîe. La traversée U'Hellville à Nossi-Coinba dui'u «[itaraiitt; minutes,

A l'arrivée dans l'Ile, les jeunes fçens des villages acmieillenl le Cién^ral par den cris do joie et une salve de roups de Fusil. Toutes les cases sont gurnieR de drapeaux tricolores; les femiucs, réunies sur la plage, chantent eu l'houneur du tiénéral eu chef.

Trente filanzanes et cent cinquante porteurs nous attendent pour l'ascension du nanaloriun) ; rbacun prend place dans son véhicule, et en roule h. la file indienne! le général Duchesne en liMe, suivi immédialeraent du général de Torcy. I^es porteurs ont vraiment des jarrets d'acier; aucuu obstacle ne les arrête; ils trottent toujours, ni^me sur les pentes les plus raides, s'excitani de la voix. Quelquefois deux équipes luttent de vitesse k qui gagnera la meilleure place. Les va»ihas passent alors comme des Uticlies, emportés par leurs hourjanes absolument emliallés.

Le général Duchesne visita une à une toutes les cases, exauiiuanl miuiilieuscnLenl rinslnlhilion des convalescents et l'organisation des différents services.

Le siinaiorium, qui peut coulenir environ cinq cents malades, comprend douise baraques démontables du type Es]ulHlLer, envoyées de France, el cinq grandes maisons en bois à un seul étage avec plancher surélevé, épaisse couvei-turc en fouilles de palmier superposées, larges varangues circulaires; ces dernii'ires constituent pour les convaieseeuLs un logement beaucoup plus confortable encore que les baraques, L^ maisons en lïois, ainsi que tous les bfttimcnts des services accessoires (cuisines, dépense, pharmacie, habitations des infirmiers, des médecins, des sœurs, etc.) ont été construites de toutes pièces avec les i-es-sources locales et les ouvriers du pays.

Toutes ces constructions, dont l'ensenihle forme comme une ville française étagée sur les flaucs du pic d'Aukelsttbé, sont précédées chacune d'un jardinet planté d'arbres et de fleurs; elles sont disposées le long d'une large rue centrale sur une sorte d'éperon saillant qui domine de trois cOlés, îi 500 mètres d'altitude, la mer, au-dessus de laquelle il paraît être suspendu. Des varangues des cases, la vue s'étend au loin sur les flots.

Deux sources captées dans le voisinage permettent d'amener l'eau jusqu'au centre du sanatorium; uuc pi'lite rivière, qui coule en cascades à 800 mètres au-dessous, pourra f-lre utilisée pour les bains et les douches. Le Oéni^ rai paraît satisfait de la situation do rétablissement el de l'aménagement des baraques. Un luncii lui a été ofl'ert dans une dos cases réservées aux officiera malades. Au dessert, nous buvons à la prise du Marovoay, dont la nouvelle vient de nous parvenir.

Vers 2 heures el demie uous reprenons la roula qui descend à la plage; nos trente filanzaues, placés & la Sle iudieune, volent sur les pentes; les porteurs, lancés au grand galop, crient, burtent, changent d'épaule, toujours courant, rattrapant au vol le brancard de la civière fjuaud il faut remplacer un bourjane fatigué.

Le paquebot Nolre-Dtniie-du-Si'Iul est venu nous attendre devant Nossi-Comba ; il lève l'ancre à 3 heures, mettant le cap sur Majunga. Les ffites sont finies : il demain les occupations sérieuses, le collier de misère que nous porterons jusqu'il Tunanurive.

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