CHAPITRE V
■ lin G.'^li.'ral f
t Majnn
- Uifli.'u
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„p-^,al
de litbsrqHeinTil. — rrcmiers etWs du climal. — En roule ]n)ur l'avanl . départ iiiuiivementiS ; iioncliBlaiici^ de» coiiducleura kabyle»: la vigile niéilicnla au liivouar. — Descente H'Araboliîtr'inibiliiMj. — l.e poxle de Mai^vapane. — Camp li(i\a de Miadnne, — Mnrovoay. — l.e» gi'aiids uiarats. —
LE Général en clu-f aiiivr-, li' 16 mai au malin, pn vue de Majiinga. La cfttp est ba<we cl il y a li'^s ppu de poitils du repèi-e t[iii permcltonl aux haleaux d'entrer dans la baie; sans un ^ros Brbi-p qui fi; délailio •'ur le eii'i el qu'on aper^oil do fort loin, le commandanl du paqiieLol avoue qu'il serait assez embarrassii pour trouver la passe, m les Hnvas eniinaîasaienl en détail, comnio ils en prafiloraionl!
Devant Alajunga il y a une trenlaiue de navires à l'anere el riiKj ou six transports en dMjargoment. L« paquebot Noti-e-Dame- '/■'-N((/m( suit un trajet sinueux pour passer au milieu de cella Hutte dont les mais aembleril aussi nombreux que les arbres d'une fortM.
Une mauvaise nouvelle m'attendait au débarquemenl : on m'a expuls*' de mon ancienne cliambrc pour me loger uvee le Directeur du Service de Sanlé dans un grenier situé au-dessus de la prison où l'on donne l'hospilalilé à tous les vagabond» de Majunga. A|irèâ une nuil très mouvementée passée dans ce grenier à faire la chasse h toutes sortes de bfftes hideuses (grosses araignées velues, énormes , mais également voraces), nous obtenons de changer de logis. Noire nouveau domicile est situé au premier étage d'une grande maison à arcades donnant sur la place du marché. On ■y monte par uu escalier qui mène d'abord à une antichambre, dans laquelle les commis de lu direction écrivent sur des caisses, puis à une grande pièce qui nous sert à la fois de bureau et de chambre à coucher. Les murs
cancrelats, fourmis de toutes dimen:
L'EXI'IlblTJOS IH-: MAOAC.iSfMt.
«oui lilaueliis A la chaux; le soi, ([iit Iremblo (i'ime façon îiiquietaole cjuniid ou martlie, esl formé d'un carrelage de brkfiie» rccoiivorl d'iinp (-ouclie de poiissî&re el de débris, épaisse de plusieurs ccnliraèlres. Ni vilres, ni fflrmeliiros aux fenêtres; nos malles nous servent do siège e[ nous avons pour toul meuble noire lit de campagne dressé dans un coin, el noire caisse de sellerie recouverte d'une nalle pour la transformer en table de toilette. Dans clmijue coin, des cordes tendues entre deux clous forment nos garde-robes; d'autres cordes nous permelleni de suspendre nos chaussures pour les défendre contre les fourmis qui viennent manger la graisse donl nous les enduisons pour assouplir le cuir.
La grande cbamhre est séparée en deux compartimenta par une cloison faite avec des couverlures dt- cainpcmenl: d'un côté sont les appnrleinenls pHi'és du Directeur, de l'autre ma chambre, qui sert en même l^nips de bureau aux officiers d'adminlslralion . A l'heure du rapport, ou lorsque nous recevons une visite importanlc, les couverlures sont relevées et l'on a vue sur l'ensemble de nos salons.
Quelle tour de Babel que Mujunga! On y entend parler toutes les langues, el toutes les nations y sont représentées ; le tirailleur algérien ploie sous son sac haut comme une montagne: le pioupiou parisien, le casque sur l'oreille, la veste cachou ouverte sur un filet à larges mailles qui lui lient lieu de chemise, mai-che les pieds nus dans des espadrilles dont les lacets s'en tre-c roi sent au-dessus de la cheville, comme des cothurnes ; de petits boys sakalavcs au service des ofCciers passent droit comme des I avec des allures conquérantes. Une vieille makoase k la peau d'ébèue zébrée de larges tatouages, aux oreilles percées d'énormes trous maintenus béants par des rouleaux de fouilles de bananier, lire de l'eau à un puits auprès duquel jouo un négrillon qui n'a pour tout vêtement que deux bracelets d'ai-gent aux chevilles. Plus loin, deux créoles de la Réunion, aussi noirs que des nègres, donl ils ont l'allure, donnent d'un Nir prétentieux des conseils k des maçons anjouanais qui travaillent k ime clôture. Et tous ces gens hurlent et s'agitent sous le grand soleil, au milieu d'éjmis nuages de poussière rouge el fine que la brise de mer soulève en passant par les rues.
Toutes les maisons du quartier européen, toutes les cases indigènes regorgent de soldais. Il n'y a plus de place pour loger les nouvelles troupes qui débarquent k chaque instant. Les soldats sont obligés de dresser leurs petites tentes et de camper sous les arbres en compagnie de leurs ofliciers.
En attendant qu'elles puissent entrer en possession de leur matériel enseveli dans les cales des navires en rade, les formations sanilairos (hôpitaux de campagne el ambulances] bivouaquent sous les manguiers, k droite el & gauche du chemin du Rouve. Le déchargement des bateaux arrivés à Majunga ae fait avec une lenteur désespérantiv faute des moyens nécessaires : pas une seule canonnière de rivière, pas un sou! des chalands amenés de France ne sont eucore montés. La rade ne possède pour les débarquements que trois ou quatre vieux chalands venus de Diégo-Suarez ou do Nossi-Bé et les canots à vapeur des bateaux de guerre. Presque lont notre matériel du service de santé est encora k bord des navires, et cependant la moitié de la première brigade a été portée en avant et des engagements partiels ont déjà eu lieu. Nous avons dil fournir des approvisionnements provisoires de médicaments et de matériel aux troupes parlant à l'ennemi en utilisant les ressources de l'hôpital militaire local; mais cette situation nous crée do réels embarras : n'est-il pas énervant de penser que nous avons en rade, pour chaque ti-oupe qui débarque, un approvisionnement sanitaire excellent, surabondant mémo, organisé
avec un soin méticuleux |i[ii' la 7' Direction, qui a liiiil jirévu; que ce matériel est arrivé à temps pour fiire emmené k la suite des Iroupes; que nous le touchons pour ainsi dii-e du doigt el qu'il est matériel' leni impossible de le débarquer? Et dire que tous lis ï.erviees en «ont Ik, non ]\:ir h faute des hommes, mais par cflie des eircon-
-fanr,'-, l:i sirucliou des
iI.IImI-
l'oi
crédits énormes qu'on pouvait engager avant .' vole des Chnrabres; elle été commencée aussitôt pi-ès ce vote et poussée vec une activité fébrile;
LEXI'ÉIHTIOS
mais ce gros malMel esl long ii -prî— parer, à Iransporler, à raoïilor, cl.
comme on était prps.'u^, ik cause de hi saison, de commencer les opéniliuiis.
(jui doivent *?tre terminées avant lis pluies, le malériel de débiirtjuenii'iil n'a pu fire prfll assez à temps jtinii ptre monté avant l'arrivéudes Imiipis.
Il mai. — Je viens lie visilcr l'annexe de l'hflpilal niilitairt- de M^ijiinga,oi'i sont traités tous W indIg^rll-s qui appartiennent h l'armée. Des Inrros, des liruiilenni aakalaves, des S<imalitî, des Kahvies, des Haoïissu» mwi
jjliici^ eilli.' ft crtli' Hoiis de grundt's tentes ToUet éleviii» à l'ombi-e des raangnii-rs. Ce n'est pas eommodc pour les médecins d'interroger de pareils cliiinls : il leur faudrait lin inlLTprtto par race.
Au moment de ma visite, nu amenait trois eoulis somalis qui semblaient l'Ire dans un état iamenlahln. Deux sont morts de laim en entrant. Uv faim!
vous avez bien In. mais par leur propre faute. Ils touchent régulièrement leur ration do vivivs, qui est mi^me plus abondante
"'"^■■' i"i'i' ■!■■■' Il' -ipi'i'KL.i -.M ■i.T.riii .■ii.v...r- i.h-i, m I1..I ,j||^ IIP ],. compoi-lent
leurs besoins, car ils sont liuljilués à i^lre sobres et à se contenter de peu; ils reçoivent aussi tons les ([iiinze jours une solde de bi'aucoup supérieure à l'argent fpi'ils gagnent dans leur fwiys. Eh bien, par avarice, non sinilemenl ils mettent celte solde de cftté, mais ils vendent encore la plus grande partie de leurs vivres pour augmenUT leur pé<'ule. Le pins terrible, c'est que, lorsqu'ils se senliml faibles ou malades, ils quittent leurs eamarades pour aller se cacher dans des coins comme de pauvres chiens galeux, et que, si on ne les découvre pas par hasard, ils se laissent mourir sans appeler à l'aide et sans chercher à réagir, en fatalistes qu'ils sont, comme tous ceux do leur race.
15 mai. — Majunga retrouve peu & peu sa population indigène, maïs les anciens habiUnts ne se l'éinslallent quavec une extrême prudence, et ceux qui reviennent sont surtout les malades el les inlirmes qui n'ont rien fi risfpier. J'en ai vu ce malin une longue lile, cheminant leulement en mendiant dans les rues : \n premier tenait un bâton, dont le second, complètement aveugle, avait pris l'aulre extrémité; un troisième, qui était boiteux, s'appuyait sur l'épaule de ce dernier, et ainsi de suite. Chacun avait à la main un petit panier de jonc dans lequel les passants déposaient leur offrande: un fruit, une poignée de riz, un morceau do poisson, quelquefois une pièce
20 mai, — Tous les jours, à 10 heures du malin, les clairons sonnent la siesle; les soldais rentrent sous la ti'iile ou bien au campement, les ofHciers dans leurs maisons, et les mes dcvienuenl subitement silencieuses. Les coulis et les boys s'étendent sur le sable ou sur les caisses et Majunga devient la ville de la BelhMiu-bois-doi^ niant jusqu'ft 3 heures de l'aprÈs-midi, Cette siesle prolongée est absolument nécessaii-e ; impossible sans elli- de
vivri; diins ce piiyn. La li-mpi''ralur? n'est pas li'fci ék'vér (26 il 28 dogri-s loiil au plus dans la suisoit nctupllc), mais on »t\ fatigue tivsvitf, aussi liicii pnr les mii»(!lcs que jinr k fervL'aii.
La eapacilû de travail iiilellectuel esl diminuée des trois qiiarla et il faut savoir fn tenir compte si l'ou veut se bii-n porier. Nos ordounanccR, irès vifs, trf>s ardents au dûliul, qui?
nous avions choisi^ au ili^pnrl
L'E\l>f-:iHTI(i\ /m MAflAGASCAf!.
ili' France parce quila semblaipnt doui^s d'une sanlé fi toule épivuve, sont dpvenus insensiblement lourds, ludilïérentB, incapaWes d'un travail prolonge, el ci-pendant ils n'ont eu jusqu'ici quede légers acci-s du fitvrt;. Nous avons dû les remplacer par des bnp indigènes, rccruU?s soit k Mayollc, soii à Nosai-Itc, vieilles colonies françaises où la population malif ■■■■M i.AM.ii.v.i, L ,v> (rA„E ..I - iifw. lit lui,. giiclio s'est ra(,'OnnéB peu à peu aux mu'iira euro-
péennes. On paie ces boys de 30 à 35 francs par mois; ils sont propi-es, génoralemeul liouui^li-s, et leur service i-sl Irtis agréable, à condition qu'on les traite bien et qu'on ail la patience de les diT-sser.
24 mai. — Les opérations se précipitent dan» la zone de l'avant. Le géiu'ral Melzinger, qui commande la brigade d'avanl-garde. a dépassé Murovoay et marche sur Ambato. Déjil des engagements ont eu lieu avec les Hovas: deux compagnies de liraitleui-s sakalavesoul surpris l'ennemi cl lui tint lue environ 60 hommes. De notre côté nous avons eu quelques lui''» el quelques blessés. Lo général Duchesno compte arriver k Suberbicville dans les premiers jours du mois de juin. Il ira par eau jusqu'à Marovoay et mfluie plus haut, si c'esl possible, emmenant avec lui le général de Torcy el les dii-eeleiirs des différents services, .le pars ce soir par terre avec la plus grande partie de l'étal-majfu-.
accablante et dans des Uola de poussi^i-e, Noire convoi, composé d'ordonnauces, de plantons, de secrétaires d'élal-major, de mulets de bât, do voitures Lefebvre porlant les bagages, s'étend sur plus de 2 kilnmèlres. Ce n'est pas commode de mobiliser dos It lui nlR aussi iisparalis et qui n ont jamais marché f,toupes La plupirl dts auxiliaires kabyles et somalis qu on nous a donnts m sav nt pas sangler un mulet 1 Konduii uni. voUurt \u premiir kilomètre, beanip de bagages mal arranges sur les bals, tombent I I s la pou'^sur lis mulels dis voitures s'einballenl, 1 liiruais se dtUchtnl I es oflniers courent de tous I s pour exécuter Us ordies que k colonel de Noii.iiK ouït, commandant li detaeliimcnt, donne brtèveuii-iil du haut de son cheval. Au bout de 2 kilomèlres, tout est réparé.
Nous passons d'abord près de l'hOpiial, dont les baraques contiennent mainlenanl plus de 300 malades
L'EXPÉDITION II F. M A f> .\GASC Ali.
alteinl!) de fihrre paludtVnne, puis nous nous PiigiigGOus dans um^ immense plaine (?.nnTPrlc il'uni? heilii' épaisse, haute de prta de i raÈlre. Au milieu de fellr prairie qui moutonne sous une légère hrise s'élèveut de distance en distance do maigres bouquets d'arbres.
A la nuil tombante nous avons fait 5 kilomètres i peine. Nous campons rn plein champ dans un endroit appelé Mianarive, Ce nom malgache signifii^, d'après nos boys, u Les Mille Villages Tranquilles ■, U est bien trompeur : en fait de village, je ne vn\< qu'une petite case en feuilles de palmier dont le Imi ealéventré; je n'ai d'ailleurs renconlit' aucune maisim depuis Majunga.
25 mai. — Réveil avant l'aube; les tentes stnil abattues, les mulets sanglés el chargés eu un tour di' main ; c'est un résultat étonnant, étant donné le départ d'hier. Les hommes prennent le café; les animaux broutent les loulTea d'herbe, el, au petit jour, le convoi s'ébranle : on léte, un peloton de chasseurs d'Afriqi ordonnances et les chevaux d( les bagages, l'artillerie, le géi enfin un immense convoi compi est menée par u aux Sakalaves et et pur hi
la carabine en bandoulière; puis, suceessivement, les différents groupes de 1 elat-major général, les mulets du bât qui portent les services administi-atifs, b- service médical, le trésor et les postes, la prévflté; lant une centaine do voitures h doux roues. Chaque voilure, attelée d'un mulet, conducteur kabyle qui marche à droite de la route, tenant l'animal par la bride. Compart») Somalis, ces Kabyles paraissent blancs comme des Européens; ils touchent 1 franc par jour ils sont nourris presque aussi bien que nos soldais. Malgré les soins qu'on prend d'eux, ils sonl souvent malades. Très mous, très geignards, ils nous rendent beaucoup moins de services qu'on ne l'aurait cru, et 1res fiouvonl nous sommes obligés de les charger sur les voitures qu'ils ont pour mission de conduire. Quand îUsonl fatigués et si l'on n'y pi-end garde, ils montent sans fiii;nn dans leur véblculc déjà trop eliargé, aliandonnant leur mulet, qui suit comme il peut. Ils ont h's tenues les plus biïari'es elles pins disparates: l'un, coiffé d'une chéchia ronge, n'a pour tout vêtement qu'une longue chi;mise retenue par uno corde; un autre, coiffé d'un bonnet de coton, marche, avec un lamba serré à taille comme un jupon, sur ni vieille paii'o de cbaussellos à Irave laquelle passent ses orteils.
rivécàMajimga,o
ils ont tout du aux marchands indiens.
Comme les journées sont étouffantes et les
Is le plus souvent très fraîches, ces auxi-
de leurs costumes sommaires el
hygiène des plus défectueuses, sonl sou-
nll'ranla el forment, à la visite médicale
haque soir, le plus fort contingent
de mes malades habituels. Celle visite a lieu
LE\Pf:niTlO.\ DE MAllAGASCAIi.
devant ma Icnle, k 1 arrivée au bivouac Ji.' m'assieds sur ma canline, j'élale par leri* devani moi ma petite pharmacii , une marmili» de campement el un seau rempli d'eau complètent mon arsenal. Je vois d'abord les Européens paiivr*"* peiiis soldats déjà mitu'-s par lu flèvm, énergiques tout de même, doiil la ligure s'ilhiminc quand je leur verse dans un quart uu doigt do vin de quinquina. Puis c'est la proees-sion interminable des indig^nex; lU se couchent sur l'Iierbe autour de moi, enroulés dans leuiti couvertures : Somalis au leint de cirage, maigres comme de<< clous, Kabylea couleur de bronze, MnlgaeheR, Anlankars, Comorietis, atteints de fièvre eux aussi dans ce pays qui est le leur et oij ils devraient résister mieux que les autres. Je renonce à me faire comprendre le plus souvent, et je donne ma consultation par signes; cela prend beaucoup de temps.
Nous arrivons vers 9 heures au petit poste d'Amparagindro, occupé en ce moment par quelques soldais du train et une soixanlaine de Kabyles qui gardent l'immense troupeau de btcuTs chargé d'assurer l'alimeu talion de Majunga. Ces pauvn'S gens sonl installés dans un endroit bien malsain ; leur camp est entouré de grandes mares remplie» d'eau eroupissanle au milieu desquelles croissent des milliers de nénufars dont les fleurs bleu-violet sonl larges comme la main. Un hameau composé de ((uelquea cases en ruines se trouve prÈs de là ; les Européens s'y étaient d'abord cantonnés; ils ont été obligés de l'abandonner aux Kabyles pour coucher sous la lente parce qu'ils étaient dévorés par les moustiques et par les fourmis.
Lu détachement s'arrflle à 10 heures du malin au camp de la Cascade, ainsi appelé parce que, il y a un mois, le petit ruisseau qui coule près de ce lieu formait une jolie cascade naturelle. Le ruisseau esl presque desséché aujourd'hui, car il ne pleut plus depuis vingt jours.
Nous dressons nos tentes sur le bord de la roulp, ft quelque distance d'un parc de voilures Lefebvre gardé par des hommes du Irain des équipages; non loin de là se trouve une infirmerie établie dans une paillote où les malades du camp reçoivent les soins d'un médecin détaché du service des ambulances. Plus loin, dans des gourbis recouvi^rls d'herbe, esl placé un posie télégraphique qui i-elie le camp à Majunga.
26 mai. — Le pays change d'aspecl; il devient plus accideulé, el, à l'horîïon, nous distinguons une assez haute chaîne de collines, que nous traverserons aujourd'hui.
Au dépari, nous passons dans un bois où coule un ruissi'au, puis nous commençons à gravir une série do mamelons couverts d'herbe sèche, laissant sur la gauche le camp de Mahorogo, occupé en ce moment par un
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bataillon d'infanterie île marine dont nous distingiion» k-s petites tentes blanchea accrochées aux flancs à'une colline boin^e,
II fait uiio clialfiir ^loiilfante ; la roule, construite à la hâte, est diffidlB pour les voitures Lefebvre ; le convoi, dont les animaux fatign(5s b'arrStenl do temps en temps pour fioufner, s'allonge de plus en plus, soulevant des Ilots do poussière rouge qui nous aveuglcnl, A droitn et à gaucho, toujours les mfmes plaines d'herbe sècbn, sans un arbre qui nous permelle de nous reposer à l'onibi-e.
Vers 10 heures, nous arrivons enfin à la cime des mamelons que nous gravissons depuis le malin ut nous jouissons d'une vue très étendue sur la baie de Bombéloke : à nos pieds, d'immenses marais couverts d'une foi-61 de palétuviers; au second plan, la mer, dont les eaus rouge-vermillon près du rivage deviennent peu à peu bleuvei'dfllre au niveau du large ;eufln, h la limite de l'horizon, les maisons blanches de Majunga, qui semblent perdues dans l'immensité des Ilots.
Pour redescendre, la roule forme des lacets nombreux laillés au flanc d'une falaise à pic, de 100 mètres de hauteur, qui porte le nom d'Ambohitrombikély (la Petite Roche). Le génie a fourni là un travail coosidérable. Les laceLs n'ont pas plus de 1 m. 50 de largeur; ils surplombent un précipice dans lequel le moindre faux pas pourrait faire rouler nos montures. Nous mettons pied k terre et nous conduisons nos chevaux par la bride. Au bas de la monléo, nous entrons dans un charmant vallon boisé, où nous nous installons sous de superbes tamal'iniers.
27 mai. — Une batterie de 80 de montagne, qui nous .suit de près, a pu passer par le chemin de chèvres que nous avons parcouru hier, sans perdre un seul de ses gros canons ; c'est un résultat remarquable. Chacune des pièces est attelée de huit grands mulets du Poitou, et ce n'est pas trop pour traîner une pareille charge par ces chemins impossibles.
Au sortir du bivouac nous longeons le hameau d'Amhodinabatékély, dont presque tous les habitants sont revenus. Ils ont arboré sur chacune de leurs cases un petit drapeau tricolore. Cachés derrière les arbres, ils regardent passer la file des mulets et des voilures qui composent notre convoi. Ils doivent être déjà blasés sur ce spectacle : chaque jour, sur la même route, de nombreux convois de vivres vont k Marovoay assurer le ravitaillement des troupes de la brigade d 'avant-garde.
La mute est charmante aujourd'hui; elle traverse du petits bois ombreux; elle est coupée par de jolis ruisseaux el de nombreux Hts de rivières desséchées qui, dans la saison des pluies, doivent transformer la plaine en vastes marécages. A droite et à gauche se dressent de grands lataniers, très nombreux dans la région.
Vers 1 1 heures nous découvrons sur un mamelon le village de Maévarane {Maéva tfiinou, •■ Eau jolie >■), près duquel nous allons camper. Il se compose d'une vingtaine de cases établies sous les manguiers, dans un site pitlorosquo; ces cases sont occupées par doux compagnies de tirailleurs sakalavos recrutées eu majeure partie à Nossi-Bé el à Diégo-Suarez. Quelques jours auparavant, la garnison a surpris un fort parti hova, qu'elle a abordé très crânement à la balonuette. Les Sakalaves, qui voyaient le feu pour la première fois, se sont très bien conduils; ils onl tué une cenlaine de Hovas et pris un canon Krupp; mais eu revanche leur oflicier a été blessé cl une douzaine des leurs ont été atteints.
28 mai. — .'\u sortir de Maévaraiw, la roule traverse une f,'r;nide plaine roiiverle de hautes herbes au-dessus
desquelles de nombreux lataniers et d'autres palmiers couverts de fruits émergent en forme d'énormes bouqneta. Les fruits de ces palmiers sont gros comme de pelilea pommes et réunis par grappes comme les bottes d'oignons.
Nous croisons de lemps en temps de petites troupes de Sakalaves qui rentrent dans leurs villages. Lo colonel de Nonancourt les arri^ie en leur criant : " Toi, bon Sakalave! ». Les indigènes répondent par un grognement aflirmatif accompagné d'un hochement de tète énergique. Ils onl la peau
L'EXPÈUniON HE MADAGASCAR.
veux loii(,'s (lisposi!
1 petites
Ircsses ciiiUiil(.'s de gi-aisse lii- bttuf.
Lo long de la routo, il y a des centHiiiL's dVuormcs fouruiilifres ; élira formenrîTtta pyminîdes Irôsduron, dont quelques-unes nnt jusqu'il 60 ccnlimËlrcM do hauteur. Quand on loa ëvonlro d'un coup de pic, an y trouve do» It^gions de grosses fourmis blanches, que mou ordonnance pi-ond à la main sans qu'elles le piquent.
Nous voQOUS do passer près d'un eamp hova abandonné qui portu lu nom de Miadane, ce qui veiil dire " Tranquille ". Do petites huttes basses construites sur deux rangées avec des feuilles du palmier sei-vaient sans doute de logumenl aux soldats. Un peu k l'écart, sur un monlicule, une maison i-ecouverle do tfllo avec des murs en terre gûchée devait abriter les officiers. Une grande place orabmgée par d'tSnormes manguiers et située entre la maison et les hutti's servait probablement de terrain de inanu'uvre.
Nous campons le soir au hameau d'Andranoulava (Large Rîvièn-), déserté par les Hovaa, qui y ont laissa des quantités énormes de riz en écorce. Toutes les cases en sont pleines; elles renferment aussi des objets mobiliers, abandonnés dans la bâte de fuir : petites lampes en fer servant à brûler (le la graisse de bœuf, marmites, vases ébnSchés ot m/lmc un immense parapluie en coton rouge qui porte une mai'cpe anglaise.
29 mai. — Aussitôt aprÈs avoir quitté le cliamp oi") nous avons passé la nuit, nous traversons une rivière aux berges vaseuses sur laquelle le génie a jeté un pont de hois. Les mulets ne franchissent pas fariiement cette étroite passerelle : quelques-uns, effrayés, renàcleut, reculent et jettent de la perturbation dans la colonne. On les attache il l'arrière d'une voiture Lefebvre attelée d'un de leurs congénères, et alors c'est une comédie interminable: le mulet do tête tire d'un côté, le mulot de queue de l'autre; quant nu conducteur kabyle, il se croise les bras et assiste impas.siblc à la lutte.
Nous marchons quelijues heures à travers un lorrain accidenté par dos mamelons couverts de beaux arbi-es, puis nous entrons dans une grande plaine marécageuse couverte de roseaux et parsemée de flaques d'eau stagnante. Des troupeaux de ba'ufs à bosse paissent en cet endroit; autour d'eus voltigent des troupes d'aigrettes blancbes qui viennent se poser sur le dos des animaux pour faire la chasse à la vermine dont leurs poils sont remplis. On ne rencontre pas de gros villages, mais de petiLs baniennx formés do trois ou quatre buttes d'aspecl misérable. Ces hameaux eu):-m(^meM sont exlrfniemenl rares et nous faisons quelquefois deux étapes «ans trouver
L'EXPEDITION DE MAhAGASCMt.
Iraco de lu. prfeence de rhomm4?. Les lialtildiitM do ce paya onL l'air miaiînible et souffi-ctoux; on voit qu'ilu vivent dans une régioa malsaine et ipi'ils ont en h. pâlir de loccupalian hova.
Nous décrivons des circnils sans nombre dans notre marécage, guidés de temps k autre par des plaque» indicatrices que le génie a semées sur la roule. Ces plaques sont failes soiivent aver une planrhe de enisso k conserves fichée à l'extrérailé d'un bambou ; la susciiplion « Marovoay », qui y a élé trarée à l'encre par une main ir frun^uÎH ou anglais. La marque de la veuve Cbcquot était même >s; quel est donc le nabab dont la popote a pu s'approvisionner collines escarpéiw, coupées de profonds mvins; la roule les r tournanl, nous voici on face de Marovoay, qu'on ne peut
malhabile, recouvre l'adresse d'un fournisse imprimée un fer rouge sur l'une d'entre (
9 de la pi&cc contre deux H défenseurs de Marovoay,
c de I kilomètre et demi r une rangi'e de paillotes,
B trouve le quartier indien, i en Ulle, larges varangues.
ainsi? Depuis une heure, noire vue est bornée par di contourne, de plus en plus sinueuse. Enfin, au demi reconnaître qu'en entrant dans le faubourg sakalave.
Sur toutes les collines qui avoisiuent la ville,' des ouvrages en terre ont été construits par les Hova». Le chemin que nous suivons est lui-même défendu par une sorte de rempart en argile élevé à hauteur d'homme. Des embrasures occupées par de gros canons do fonte ont été ménagéen dans ce rempart ; le!< pièces, qui se chargent par la bouche, n'ont pas d'alTill; elles reposent sur deux troncs d'arbres couchés sur le sol perpendiculairement ft l'axe du canon. Pour éviter le recul, les artilleurs bovas avaient appuyé l'ai-rièi gros pieux fichés verticalement en terre. Si c'est là toute l'arUllerie que possédaient les ils ont bien fait de fuir.
Le faubourg sakalave par lequel nous pénétrons dans la ville forme une f enviren de lonffueur, côloyant lu petite i-iviére de Marovoay et bordée de chaque cfllé par la plupart inhabitées acluellemenl. An bout de ce fattboui^ et sur son prolongement * composé en majeure partie de maisons en pisé confortablement construites, avec toiture
belles portes sculptées. Les Indiens forment h Marovoay une coi-poralion nombreuse et puissante qui a accaparé presque tout le commerce de la région. A côté des Indiens habitent en ce moment quelipies trafiquants européens qui se livrent exclusivement à la vente des consprvi^ el des liqueurs; ils sont peu intéressants.
Un batBillon du aoCK de ligne est cantonné à Marovoay depuis quinze jours avec deux compagnies du génie qui sont occupées dans les environs aux travaux de la roule. Tous les soldais onl la lièvre ou l'auront à brève échéance, car Marovoay, adossée d'une part à la rivière de ce nom qui coule sur un lit de vase de plusieurs mètres de profondeur dont une partie découvre aux basses eaux, est bordée d'autre part par d'immenses marécages qui s'étendent à perle de vue,
La garnison a pris la meilleure installation de la ville, le plateau du Rouve, où élail construit le fort hova; ce plateau domine la rivière d'une trentaine de mètres. Les hommes sont installés mi-parlie dans des paillotes, mi-partie sous leurs petites lenles de campagne. Ils s'attendent & recevoir d'un jour k l'autre l'ordre de se porter en avant : cet ordre, lorsqu'il arrivera, sera accueilli avec bonheur.
Nous établissons noire campement près de celui de la garnison, sur le plateau du Rouve, non loin d'une ambulance installée depuis peu de jours dans les bâtiments de l'ancien fort et qui déjà regorge de malades. Personne n'oubliera celle fois sa dose de quinine préventive. Dès le dépari de France, le comniandemeol, sur la proposilion du service de sanlé, a sagement prescrit que, pendant tout le séjour dans la zone des marécages, les Iroupes de Madagascar seraient soumises à un trailemenl préventif par les sels de quinine, destiné à sauver le plus d'bommes possible sinon des alleintes paludéennes, du moins des accès pernicieux. Depuis le débai-quemenl, chaque officier el chaque soldat prennent pendant quatre jours consi'culifs une dose journalière de 20 centigrammes de quinine, cessent cette dose pendant le resie de la semaine pour recommencer au prochain septénaire
Les jours de quinine, rien n'est plus curieux que do nous voir arriver tous à la popolc pour prendre le café du malin; chacun lient à la main son petil élui; chacun avale ses pilules consciencieusement; les uns nattire, les autres, plus difficiles, eu les enveloppant dans du papier k cigarette. Tous se moquent bien un peu du médi'cin, mais s'empressent de suivre exactement ses prescriptions.
30 mai. — Notre colouoe va mettre une journée entière pour traverser la rivière de Marovoay, qui n'a pas pins de 20 mètres de largeur. En attendant que le génie ail terminé le pont en voie de construction, le passage s'effectue à l'aide d'un Imc manœuvré par des coulis kabyles et somalis, dont la vigueur et la rapidité ne sont pas les qualités dominantes. La rivière est encaissée et ses berges sonl extrêmement vaseuses, ce qui rend l'opétulion particulièrement difficile. La této de notre colonne a commencé k passer à 7 heures du malin, et les derniers mulets du convoi n'ont pris pied sur l'autre bord qu'à 5 heures du soir. Quel temps mettrait-on pour toute une brigade!
Le groupe du service de sanlé passe vers 2 heures; en ce moment la marée, qui se fait sentir dans toute la rivière, commence à baisser, ce qui augmente d'autant la zone de vase à franchir. Les coulis mettent près d'une demi-heure pour faire démarrer le bac qui s'est embourbé. Au débarquement les nuilets enfoncent jusqu'au poitrail dans une boue noire el nauséabonde; on d'entre eux, qui s'élail un peu éearlé de la voie jalonnée, enfonce jusqu'au cou et nous avons failli l'abandonner. Une de nos lenles tombe il l'eau; elle est rep*^chée à 10 mètres de nous par un de nos noirs qui s'esl jeté bravement k la rivière, au risque de se faire amputer par un des nom-
l)ro\ix caïmans qui riiabili'iil. Une fois sur rniilrc bord, nous choniinons pondanl 3 kilonu*lr«'s à Iravrrs une plaine marécageuse vi nous arrivons à la nuit lonibanle au villafi:o (rAnipalanianga (Encfinle de Manj^niiers), si lue en terre ferme sur un mamelon couronné de manguiers.
Pendant toute la journée du lendemain, nous marchons à travers un marais desséché, long dune vingtaine de kilomètres, large de 14 ou 15, (jui s'étend à Tt'sl d«» Marovoay sur la route de Tananarivi'. La vase, d'un gris noirâtre, s'est, en siMlessécliant, ))rofondément fcndilléMM^l comme cracjUrlér; clli' fornu' «icluellenirnl une surface solide couverte de grands roseaux jaunis; nuiis, jxMidant la saison des pluies, ce serait un olislacle infranchissable : toute troupe s'engageanl au milieu de rimm»'ns«' nai)pe d'eau crouiji^sanle et inIVct».' qui recouvre le sol II cette époque si'rail irrémédiablement perdue.
La piste ([U^ nous suivons esl ;\ peine fray«V; il doit être facile de s\'Lrai'«'i' dans ce désert de boue solidiliée, dans lequel on n'aperçoit pas même un arbre ])ouvanl servir de ]ioint d«' irjière.
Nous atteignons vers k heures du soir le village de ^larolambo. où nous devons passer la nuit. Il est situé sur un afiluenl de la Helsiboka, qui n'rsl guèi-e j)lus lai'g»' i[u'un ruisseau ri qui «-si infV'slé' de caïnians. On voit ces liorribles bétes étendues par trou])es le long d«' la b»'rge, le corps ininudiile, comme endormies.
Le village comi)ren(l une vingtaine de cases, bâties sui* ])ilolis: c'est la jireniii'M'e fois rpie je vois des huttes indigènes construites avec un phnndier placé à une certaine distance du sol: sans doute les naturels veulent se garer ainsi des inondations frécjuentes jjendant la saison des pluies et peut-iMre aussi des crocodiles, ([ui doivent s'avancer très près des maisons (piand l'eau recouvre le sol.
Je lie conversation, par rinlerm»*diaire de mes boys, avec un vieux lépreux à la ligure rusée, (jui paraît être le chef dtî ce j)auvre village : il m'aflirnu.' que les Hovas ont tous fui sur Mai'vatanana et ((u'ils sont maintenant à plus de 200 kilomètres de Majunga; s'ils continuent ainsi, nous ne les ratirajjerons jamais.
Nous dressons nos tentes à l'extrémité du village, près d'un petit poste du 200'' de ligne qui garde un dépôt de vivres rassemblés à Marolambo pour le ravitaillement des trou))es en marche vers le haut i)ays. Faute de moyens de transport suffisants, les officiers du poste ont été obligés de laisser en arrière la plus grande partie (h» leui^s bagages; ils n'ont plus de tentes. L'un d'eux couche entre deux manguiers aux troncs desquels il a suspendu sii mousticjuaire.
U'' juin. — Le Général en chef devait nous rejoindre à Marolambo; il nous envoie l'ordre de pousser jusqu'à Amlialo. L'ennemi fuit de tous côtés, et le général Metzinger, qui le serre de près, s'avance de plus en ])lus. A l'heure actuelle, presque tout le cours de la Betsil)oka est à nous.
Notre nuit dernière a été tourmentée, d'abord par les moustiques, qui sont légion, ensuite par des troupes de chiens sauvages ([ui sont venus aboyer dans notre camp. Les habitants de celle région ont presque tous cinq ou six chiens de j)etite taille (jui, à force d(^ croisement, n'ajqiartiennent jdus à aucune race. Ces chiens ne reçoivent aucun soin de leurs propriétaires et se nourrissent comme ils peuvent. A force d'errer dans la campagne, beaucoup sont devenus sauvages; toutes les nuits, au bivouac il envient des bandes de cinquante ou soixante ({ui hurlent et se battent autour de nos tentes.
Pendant la première partie de notre marche de ce jour, nous avons continué à travei^ser la grande jdaine maré(rageuse (pie nous avions commencé à parcourir hier; chaque fois ([ue nous nous retournions, nous apercevions au loin, à 30 kilomètres, la haute colline de Marovoay, et, un j)eu j)lus sur la gauche, les monticules de Mahabo, lieu vénéré des Sakalaves, j)arce qu'il sert de sépulture aux premiers rois du Boéni.
Des mamelons couronnés de verdure, j«»tés comme des oasis au milieu de la vaste plaine de roseaux, indiquent la fin du marécage; nous revoyons la haut».' brousse semée de latanierset, de temps à îiiitre, des boutpiets (h* grands arbres au ])ort majestueux. Le terrain accidenté, au milieu diujuel lo. sentier à peine frayé (pie nous suivons décrit des courbes sinueuses, esl composé d'argile rougeàtre, (pie b^s pieds de nos chevaux soulèvent en tourbillons et qui retomlx^ ensuite sur nos vêtements en une couche épaisse. Nous venons de passer un joli ruisseau courant sous I>ois, près duquel j'ai découvert une civière hova dissimulée dans les herbes. Les deux montants de cette civière sont faits avec (h^ gross(,'S nervures tb» feuilles de rafia retenues ac(*ouplées par des traverses de même provenance. Cette civière est légère, commode, facile à construire en un instant sans un clou, avec des matériaux (pi'on trouviî j)artoul dans le j)ays.
A la lisière d'une forêt sous le couvert de hujuelle nous allons ))énétrer, nous trouvons un pelit poste avancé qu(^ gardent deux comj)agnies du 200'' de ligne établies au camp d'Androtra, où nous allons nous-mênu's. L<î si'iilier sous bois ([U(î nous suivons ensuite est d'une fraîcheur délicieuse : à droite et à gauche, des arbres immenses couverts de lianes nous forment des arceaux de verdure tellement éj)ais que les rayons du soleil ne peuvent jiercer jusqu'à nous. Un joli village, dont les (Mses confortabh's paraissent tout récemment construites, est établi en plein bois; ses habitants nous regardent passer en se cachant à demi derrière leurs portes entre-bàilh?es. A ccMé de ce village, dans une enceinte formée avec de gros ])ieux placés c()te à côte, se trouvent des tombeaux sakalaves très vénérés, appartenant comme ceux de Mahabo à la familh? royale du Boéni. Les habitants du village sont pirposés par leurs princes à la garde de ces lombes; qu(d([ues-uns sont armés de fusils à pierre; d'autres portent seulement la sagaie, l'arme nationale sans laquelle aucun Sakalave do la Grande Terre ne sort jamais.
(io
L f:.\f'lilUriO\ iili MMlAGASCMi.
Nous campons en pleia bois, sur un mamelon, à cûlé des lentes du 200" de ligue. Doinïiii nous Tnisons séjoui'; il est tumps ijue les hommes s« nelloient, eux el leurs vêlements : les casques noni plus de forme; les liiiLils, In bai'be, li-s cbevL'ux, la peau, sonl teiuls en imigo brique par la poussière des chemins. II y a jusio neuf jours que nous uous sommes mis en roule el nous avons parcouru 100 kilomèlres depuis Majunga.
2 juin. ^ Celle journée de repos eal délicieuse el nous eu hvIous gmnd besoin. Dès 6 heures du maliu j"ai ouvert ma lenle, fait transporter delioi's la malle qui rae sert de siège el j'écris sur mes genoux, à côté de mon boy rgui vaque sans bruit aux soins de mon petit ménage. Devant moi, nu pied du mamelon dénude sur lequel nous sommes campés, une rivière coule paresseusement au milieu du sable rouge. Sur l'autre boi'd el aussi à droite et à gauche de nos tentes, les grands arbres de Ja foi-ft forment comme uu cadre de verdure. Les li-oupiors, poitrine et bras nus, font leurs ablutions matinales devant leurs petites tentes de camjjagne rangées ft la file. Dans lus cuisines installées en plein vent, le feu pétille joyeusement sous l'e-iiu qui bout pour le reji.is du matin. Nos clieviiux et nos mulets attachés au piquet hennissent el s'ébrouent, et, à deux pas, le colonel de NonaneourI, qui vient de sortir de sa tente, m'appelle joyeusement pour prendre le cnfé sous les grands arbres.
3 juin. — Les jours se suivent, mais sans se ressembler, liélas! Aujourd'hui l'étape a été dure; les premiers kilnmèlres se sont faits comme par enchantement entre 6 heui-es et 7 heui-es du matin, sous bois el dans un sentier ravissant; puis nous atteignons le grand plateau d'Ankara fansiita, où ne poussent que de hautes herbes el des arbres rabougris.
A uu détour du sentier notre colonne croise une troupe de Sakalaves à la peau brûlée par le soleil et à l'air sournois. Il parait que celle plaine est le terrain que choisissent les fabavalos (voleurs de grand chemin) pour leurs opérations; il leur est facile en efl'el de se cacher dans ces broussailles qui, en certains endroits, dépassent la hauleur d'un homme. Aucune case, aucun village ne se monirenl dans ce déseri. Après l'avoir traversé, nous franchissons un terrain accidenté où poussent des lalaniers el des manguiers assez clairsemés, puis nous retrouvons ta for&l, ses grands arbi-es et ses belles lianes.
Le chemin est raide, à peine Fiayé ; il cAloie de grands précipices, et souvent les cavaliei-s qui nous précèdent sont obligés de mettre pied à terre pour éviter de choir avec leurs montui-es dans les mauvais partages. Tout à coup mon cheval fait un bond de côté el je me trouve on présence d'un cadavre couché sur le ventre en travei-s de la route : il porte une calotle rouge, une veste bleue, un petit ceinturon en cuir fauve; sa peau est brune et déjà toute gonflée. Est-ce un Sakatave, uu soldai bova? nul ne peut le dire; sa jambe el sa cuisse droile ont été entièrement dévorées par les animaux de nuit.
Vers 10 heures, au sorlir de la forêt, nous arrivons à l'extrémité du plateau d'Ankarafansika. Le chemin descend en lacets nombreux le long d'une falaise presque k pic, dont la base se trouve dans la vallée à 100 mètres au-dessous de nous. Avant de m'y engager, je jette un coup d'ccil sur le superbe panorama qui se déroule devant mes yeux. Au-dessous de moi, une vallée couverte d'arbres où scintille de place eu place l'eau tranquille des rîzti^res, avec deux ou trois villages perdus au milieu des manguiers, s'étend sur une longueur de 20 b 30 kilomèli-es jus(|u'à la rivière Belsibokn, dont le large ruban argenté décrit dans le lointain dos méandres capricieux. Plus loin encore, sur l'autre rive, une chaine.de montagnes borne l'horizon el confond ses sommets avec les nuages gris du ciel.
CHAPITUE VI
i fort Lova ; malheureux lilessrts. — Les Hiii^rcs. — AiuIihIh, — Kfiiiioro; les caïmans. — l.cs fortlH de haimiiicrs. — Mair^akalin ik-s llniileiirs il^niid^es, — I.H lomlio d'im lic-rus.
1. :i l'umplions CBDipei', aussi 1(M dL-SLeudua dnas lu plaiiii.-, uu rillage do Maiigabé (le Gros Manguier), Malheureusiimenl la |)Hile Roui'co ([iii atimeuln ce village est complèlomcut desséchée et il l'iiut aller plus loin. Il est midi ; le soleil tombe d'aplomb sur la colonne, i[iii aouièvc autour d'elle un nuage de poussière aveugUiile. Hommes et l)i'les, (jui u'oul pas bu depuis eu maliu, baissent le nez el marelient eu -iilencc. Vers 2 heures du soir, nous pouvons enfin camper au village de Trabonjy.
Entre Trabonjy et Maliatombo se trouve un fort hova, établi sur une liauteur qui domine notre camp. Les soldats étaient logés dans de petites huttes en feuilles, basses, dégoûtantes de malpropreté. Dans la plus reculée de ces cases, ils out aliandonné en fiiyaul trois malheureux porteurs blessés aux jambes, mourauls de fuim, dont les plaies hideuses dégageut une odeur épouvantable. Êmiis de compassion, nous envoyons nos hoys porter qiiehjuo nourriture et des vêtements à ces pauvres gens.
4 juiu. — Le camp que nous occupions hier aux i^nviroua de Trabonjy avait sans doule abrité déjà des troupes bovas; le terrain déganiLuint: JtM....L.i-. — i.E-siN uE j. i.Anie. geail une odeur iufecle, el toulo la nuit j'ai rêvé que j'étais touché sur
un fumier. Au départ, nous passons au mîbeu des cases du village; il était habité par une reine eakalave alliée aux Hovas. La maison de cette reine est plus grande et mieux construite que les autres. Toutes les cases sont ouvertes; les habilanls, comme toujours, ont fui précipitamment au moment de notre arrivée, laissant dans le mortier le riz qu'ils étaient en train de baltre et, sur le pas des portes, le panier ou la nalle qu'ils étaient occupés à confectionner. Ils se sont cachés non loin de leurs maisons, dans la brousse ou les taillis, el ils viendront reprendre tranquillement leurs occupations lorsque nous aurons disparu.
Chose rare, la terre est cultivée par places. Nous passons auprès d'assez jolies rizières dont les épis mQrs
L'fiXPEliiTIOS HE M Ah.\<. ASC M(.
viennent trélrp coupés et niutiis en laa. Dans cette région, on ne cultive plus lu riz tW montagnes, mais celui (le lu piiiino, dont la qualité est bien supérieure. Les environs de Ti'abonjy sont semùs de nombreux étangs couverts (lo néniifare et d'herbes ntfuatitiues, et remplis du gibier d'eau : canards, sarcelles, cflurlis, pluviers, sans compltMles pintades qui courenl dans les hautes herbes. Au bord de ces étangs, les indigènes ont préparé de pelils carrés de terrain ni\ pousse déjà le riz semé en prévision du prochain repiquage.
Nous arrivons vei-s 10 heures du matin à Ambato, point slralégique tris important, t^r c'est là que se termine la navigation de la Betsiboka pour les grosses embai-cations. Nos chaloupes fluviales, qui ne calent que (lO centiinètivs, pourront peut-être remonter jusqu'à Maévatnnana pendant quelque temps encore; mais, en saison sèche, Ambato doit être considéré comme le port fluvial le pbis éloigné vers Tannnarive.
Le village près duquel nous campons est situé sur une hauteur qui domine le cours de la rivière et qui eu est distante d'environ 800 mètres. Il est occupé par deux compagnies de lii'ailleurs algériens qui logent dans les cases indigènes. Les habitants, qui avaient été emmenés par les Hovas, sont presque tous revenus.
5 juin. — Le général en elief est arrivé hier à k heui'os du soir ft Ambato, k bord d'une canonnière fluviale. Il n'a l'ait que visiter notre campemeul et il a repris sou bateau pour remonter aussi haut que possible le cours de laBetsiboka de façon ji se rajiprocher du génénil Melïinger et de l'avanl-garde du corps expédition uni iv qui s'avancent sur Mnevatanana. Nous avons ordre do rejoindre par terre.
A 7 heures du matin, notre convoi commence ie passage du Kamoure, petit affluent de la Bf.'tsiboka, qui se réunit à angle aigu à cette grande rivière di.-vanl Ambato. Les chevaux harnachés, les mulets tout chargés passent dans un grand bac, remorqué par un canot à vapeur le long d'une corde tendue d'une rive à l'autre. Le Kamoure ou Kamoro n'a guère plus de 80 mètres de liirgc, cl cependant, malgré le pprfcctionnomenl relatif des moyens de transport, les derniers mulets du convoi n'arrivent à l'autre rive que vere 9 heui'es du malin.
Le Kamoure et la Bctsiboka sont remplis d'énormes caïmans; quand on passe en bateau, on en aperçoit un grand nombre qui sont allongés sur le sable deH rives. Il y en a de dimensions monstrueuses; pendant la traversée du convoi, nous les voyions nager par troupes de sept ou huit, la tête hors de l'eau, et aller d'une rive à l'autre.
Après le passage du Kamoure, notre convoi longe la rive droite de la Belsiboka pendant environ 8 kilomètres. Entre Ambato et Aukihati, où nous allons camper, les bords immédiats du fleuve sont très cultivés : au lieu de la brousse et des palmiers nains que nous avons rencontrés jusc[u'ici presque partout, nous trouvons de nombreuses plantations de canne à sucre, de manioc, de riz, de ricin et de patates.
Les bananiers sont en telle abondance que leurs plantations forment de véritables forêts, ayant jusqu'à 2 ou 3 kilomètres d'étendue et d'un aspect étrange. Ces énormes troncs, terminés par des bouquets de feuilles gigantes(pies, sont lellemenl pressés les uns contre les autres qu'il a fallu en abattre un grand nombre pour nous frayer une piste, et que leurs larges feuilles interceptent complètement les rayons du soleil.
Il est 2 heures de l'après-midi quand nous arrivons, par une chaleur lorride, au campement d'AnkiSali, où nous devons passer ta nuit. Ce campement est situé sous de gros manguiers, entre deux marais couverts de
roseaux gigantesques et habités par de nombreux caïmans. Les mousliijues et les fourmis y foisonnent.
Toute la nuit les premiers sont venus, sous la forme do véritables nuages, sonner des fanfares autour de ma moustiquaire, pendant qu'une armée de fourrais donnait l'Mssflut par tous les pieds de mon lit do campagne. Voilà cinq nuits ;iu moins que ces maudites bfites l'iupèchent nos hommes et nos rliL-vaux de fermer l'œil. Nos soldais ont une résislance étonnante; tous les Kabyles sont sur le flanc :
les Français, au contraire, supportent tout gaiement; ils ne dorment pas. ils ont la fièvre : ils chantent qiinnd même et plaisantent entre iiix pendant l'étape.
6 juin. — Il est midi; nous venons de déjeuner sommairement,
LESPEfilTION
aussilôl aiii'ts l'arrivée à Mfironka- Ira, noire gltit d'étape. Il fait tini' rlialfiir éiouffatite sous ma lenle:
pour no pas perdre une minute, je rédige mon journal, assis sur ma mallu et appuyé sur le lit de eanipagne qui mu s(;rl de taLk'. T-a\ \\ r quelqui.-s : déjà les
'\\w. lu
uolus 9ur le pa
malades affluent. Beaucoup ont la fièvre; ils se soigui'ul en route, espéranl qiie, les marétiifîus uni' fois franchis, lo bon air ilu liiini pays lus guérira.
Nous venons de fairf 15 kilnmèlrus à travers une contréi' arcidenlée, mais absolument déserte; pas un village, rit-ii que la brousise avec do maigres lalauier». JuKtjn';!
présoni Madagascar ne répornl
gu^n- a l'idi'c ([ue ja m'en élais !•■. h.hie ivrn ^ilj , , j.n.i .AL'nii.
faite d'après mi^s lecliires, Pendaiil
les KO kilomètres que nous avons franrbis depuis Majunga, nous avons rencontré à peine uno douzaini! de hameaux, dont les huttes, très basses, faili'H en rosi'aux «l recouvertes avec des feuilles, avaii'nl un aspect des plus misérables. On sent que tout ce pays man(jue de hrns pour le mettre en valeur. Il pai-all que la région que nous venons do quitter était occupée avanl noire passage parles immenses iroupeaux du premier ministre, qui y Irouvaienl d'excellents pâturages. Assurément ce désert herbeux suffirait pour alimenter tout le bélail que peuvent contenir la Franco et l'Allemagne réunies. Pendant cette saison, l'berbe est desséchée, mais les rares babilants de la région ont un procédé très rapide el très économique pour rt^cousliluer leurs pacages : au début de la saison des pluies, ils mettent lu feu b la brousse, et les cendres qui recouvrent le sol après l'incendie suffisent pour amcnei' rapidement la poussée d'une herbe lendre et sncculenlc dont le bélail est 1res friand. Presque Ions les palmiers que nous avons rencontrés sur noire roule ont le tronc à demi calciné par le fail de celle opération. Ils en soulTrenl, mais n'en meurent pas pour cela.
Nous campons aujourd'hui sur In rive de la Itet.'iiboka. A Maroakalra, ce cours d'eau atteint 150 mètres do largeur; il est semé de nombreux bancs de sable, dont les déplacements fréquents augmentent beaucoup les difficultés do la navigulion. Lo fleuve s'attarde paresseusi'ment dans la vallée; ses eaux s'étalent au milieu des sables, décrivant des courbes accentuées el capricieuses entre les monticules qui bordent leura rives.
7 juin. ^ Départ ii 6 heures el demie du malin. La lune se couche à peine el déjft lé soleil se montre, émergeant de la grande chaîne de montagnes qui s'étend sur l'autre rive de la Itetsiboka, \ la limite de l'horizon ; il Iransforme le ciel en un large fond d'or sur lequel se détachent en silhouette les arbres de la vallée.
Les 8 kilomètres que comporte noire courte étape de ce jour se font dans ce désert d'herbe sèche, coupé de maigres palmierti isolés, que nous avons presque toujours trouvé depuis notre départ de Majungn. Nous nous arrêtons pour camper sur un mamelon piaulé de quelques arbres rabougris, près duquel coule un pelît ruis.sean d'eau pure. De ce mamelon nous découvrons le campement d'une partie de la brigade d'avanl-garde; elle est à quelques kilomètres de nous el nous pourrions l'atteindri' demain. Le général Metïinger a réussi hier à franchir l'obslacle de la Belsiboka; il n'est pus CHm|ié h plus de 30 kilomètres de Maévalanana.
8 juin. — Dépari au jour; Iraversée d'un pelil bois délicieux; de grands lataniei-s, hauts de 7 îl 8 mètres, ulterneut avec des arbres énormes couverts de lianes. La roule est loule tracée par la brigade d'avanl-garde; de temps à autre, un bftlon planté debout au bord du chemin porte un petit morceau de papier avec une inscription A la innin el au crayon. .Te lis : " Chemin d'Amparinampoun '•.
Vers 10 heures, nous atteignons un mamelon couvert de maigres arbustes el occupé par les avuul-posles de ta brigade Melzinger. Quelques escannouchos ont eu lieu avant-hier dans ces parages eulre les Uovas et nos soldats qui cherchaient à franchir la Helsiboka; mais il n'y a pas eu d'engagement important el la brigade Melzinger a pu passer tout entière sur l'autre rive. Nous l'y suivrons probablement demain pour aller rejoindre le Général en chef,
A cOté du ma lente se trouve une tombe, creusée tout récemment; j'y lis celle inscription au crayon, tracée sur une planchette de caisse à biscuits plantée deboul : Suivi ben Mohamed, tirailleur au lii'ijimf^itt filiimger, mort pour la France.
L'i;\i'iii>rnoN ;<;; MM>.i(^AsrMi.
Passage à guit de la BHsilHika* im bain forc^. - (le la Ij^^Ïiiii. — Ia n>^icin de IW. — Sakui la haule rfvir'i'p,
10 juin. — Le gt^néral lie Torry, choF dVlat-major. est iiislallé à Marololo, à 8 kilomètres cnvirou dt- notre L'umpfiDcnl l't sur l'HuIre Lord de lu lît^lsiboka; il nous onvoic l'ordre d« lu rejoindre. Nous nous mettons en roiilc vers 6 hi-ures du muûn i-t nous arrivons à 8 lipures sur la rive droiUi du fleuve, à quelques naèli-es en amonl de l'endroil où il retfoil son plus gros iirfluenl, l'Ikopa, II y a bien fiOO mètres d'une rive à l'autre et nous devons passer à gué; ce gué esl assez mal indiqué par de rares jalons qui s'aperçoivent k peine; il est dangereux pare* que les fonds de la BetsiLoka, formés de sable, se déplurent sans cesse et qn'utie reconnaissance île la rivière ne peul donner des indications certaines que si elle est faite le jour nn^me.
Nous nous engageons quand m^rao dans l'eau, suivanl avec prudence un officier et quelques hommes de l'escadron de chasseurs d'Afrique qui marr.lient en tflle et sondent les fonds. Les muli-ls viennent à la file, tenus à la bride par leurs conducteurs kaltyles qui leur ont lainsé sur le dos leurs b&ts et tous leurs chargements.
Bieutât mulets et clicvnux ont de l'eau jusqu'au poitrail et les hommes k pied do l'eau jusqu'aux aisselles, Lo courant est extrêmement rapide; beaucoup do piétons sont obligés de se tenir 1 la queue des chevaux pour ne pas être entraînés. Une des grandes difiieultés du passage vient de l'inégalité des fonds; api ehé quelques pas avec d( jusqu'aux mollets, les hommes peuvent tomber brusquement dans un trou où ils' ont de l'eau jusqu'au cou.
Devant gendarme rencontrant une de ce dépressions s'abat avec son cavalier, qui prend un bain dans ' plus loin c'est un mulet qui manque des quatre pieds et s'en va h. In ili'rive; un autre dont le bdl tourni' i<i dont tout le chargement est précipité au fond [de l'eau ; certains Kabyles prennent peur et poussent des hurlements épouvantables, abandonuanl leurs animaux, qui s'en tirent comimils peuvent. Tous les enlevé leui-s cliaiissu
[lanliilons, qu'ils tiennent au-dessus lie leurs t*tos. Heureusement au r[iilii-ii du fleuve se trouve un petit lui de sable qui permet aux gens et l'v iirttes de reprendre haleine.
L'arrivée sur l'autre i-ivo est ■ iiiLi'ntable; nous sommes trempés I" la lëte aux pieds. Quelques |iMiivres diables qui ont eu la iîèvre
LEXI'ÉIIITIOX DE MAD.iG ASC AR.
la veille grcloltonl ait soleil. Noinlirt.- de canlifleB d'ofliciei-s, do [t<nli;H, de lils de uninp, cjni OQt pris un Imiu dans la rivière, aèchuiil sur le sable, 11 faul longli;mps pour refaii-e li's chargemenls et remeltre le couvoi en marrlu'. Ce ii'osl (pi'à 10 hyiires i^ue noust ipiiUoiis li' bord sablouiicux de la IlcLsibnkn pour pn'jidru un joli s<-iili<-r sous bois tjui aboiiLil au camp de Marololo.
13 juin. — Nous attendons k Marololo les ordres du Gi'néral en cbef, parti i!n avant avec le gifnéral Melzinger. Maévatananu a éti' occupi! MHS coup f^rir el oos troupes catupenl dans les ancif^ns élablissenienls i^uberbie.' -^
Marololo veut dire en malgache •' Beaucoup d'etiprils follets ». Ce n'est pas uuvîllagr, mais une grande clairière au milieu d'unr jolie forêl. Nos lentes disifJniin^es çà el là un milieu des grands arbi-es font le plus joli ell'cl.
Le campement est k deux pas de l'Ikopa ; loute la journée, un grand nombre de soldais du poste sont oeeupés ft laver leur linge au boi'd de la rivière. Les eaux n'ont baissé el les eatmnnièn's Duvialûf
npi.
se liAtcn
Ifleuïe; à partir d'Ambalo, elles ne peuvent plus remorqi faillie tirant d'eau el d'une grande laideur, de sorte qu'ell difficile à cause des coudes bmsijues el surtout des bancs de Les communications entre la base de ravitaillement, qui est Majunga, et le nouveau point de concentration dos troupes, qui va être Suberbieville, sont actuellement très difficiles : indépendamment de la longueur du trajet (200 kilomètres), le service postal n'est pour ainsi dii-c pas eufore organise; le télégraphe électrique ne va que jusqu'à Marovoay el le terrain ne permet pas le fonctionnement des postes optiques. L'état-major ehercbe à organiser comme au Tonkin un service de Irama postaux, en utilisant les indigènes; mais leur recrutement offre de grandes diriicultcs. Les 200 kilomètres que nous venons de parcourir sont pour ainsi dire inhabités; les quelques hameaux que nous avons traversés sont eu majeure partie abandonnas par leur» habitants, qui ont fui dans la brousse. Gommenl dans do pareilles conditions i-ecruter le nombreux personnel nécessaire pour lo a^rvice des trama?
I 11 1. Le i-onimanJement veut accu- 'iniler fi Marololo de grands aplinivisionuemenls do loules sortes |iiiiir les conduire ensuite à dos de
lets jusiju'à Suberbieville. Le
ii'insporl par les voiluri's Lefebvra est toujours ti'ès lent. jL cause des obstacles do toute nature que ces voilures rencontrent à chaque in- -innt sur la route de terre. D'autre [iMi'l les canonnières fluviales sont l'urore peu nombreuses; elles s'é- L-lionetil fréquemment dans te haut • qu'un ebalund au lien de deux. Elles sont d'un
gouvernent mal dans un fleuve où la navigation est
Me qui se déplacent conlinuellement.
MAflAGASCMt.
14 juin. — Depuis noli-o ilii|inr[ di; Majunpi nous sommes comlamin'fi à ]« viiimln de bœuf, qw nous cominL'iii;ons à pii-ndre en horreur; les haricoln secs et les ieiilillw» ili- radminislratidu font prime îi 1» popoli-, pl rhairun de nous s'ingénie k Iruuvcr li' plat inédit ijui l'emplncci-n les légumes vrrLt. Nous avion» déjà )a salade df palmior ratia, qui n'est vrainienl pas trop muuvuisr quand on sait clioisir des rœurs do palmiers su^isammenl jeunes. Tout dernièrement nous avons inauguré la friture do bananes vertes : on prend les bananes aussi vertes ijue possiblejon les fuit bouillir à l'eau el ressuer; on les pèle, on les coupe en long comme des pommes paille et on les fait frire dans la gra.is3i.'. Ci» plat rappelle de loin les pommes de terre frites. La racine de manioc cuit« à l'eau et iwutée eu petits moiTeauK dans du la friture remplit le mi>me but; mais le 7iec plus ultra de celte cuisine spéciale est bien certainement la saiudcde pourpier. Accommodé au vinaigre, te pourpier rappelle le cresson; ipiaud nos cuisiniers en rencoulrenl dans les mares prés desquelles passe la colonne, c'est une véritable coui-sesu l'incliir pour savoir qui arrivera le premier et fera la plus ample pro
Alil si l'on pouvait cbasserl Le gibier court la brousse en telle abondance qu'on approvisionnerait facilement toutes les popotes; mais le général eu chef a défendu, avec juste raison, de tirer des coups de fusil, qui, dans le voisinage de l'ennemi, pourraient donner l'alarme et mettre toutes les troupes en rumeur. Il faut laisser courir fk deux pas de soi les pintades h joues bleues, les canarda sauvages, les perdrix et les pigeons verla. Un
-'ussi à abattre un pigeon d'un coup de son a été rôti séance tenante. Tout le monde B voulu en avoir sa part; il a fallu le parIngiT entre seize convives.
1 5 juin. — Nous partons de Marololo à 6 heures el demie du matin pour remonter vei-s Suberbîcville. Au soi-lir du camp, la colonne laisse A droiti^ des terrassemenlsasseïînléres.*wn1s construits par les Hûvas pour abriter uue do leurs batteries destinée à défendre un des coudes de l'Ikopa; elle s'engage ensuite dans un chemin accidenté qui cûloie pendant un certain temps la rivière, déjil tr('>8 n'irécie à ce niveau. La roule est bordée de chaque cfllé par de grandes l's plaines soûl
ouvertes d'une forél de roseaux hauts de 2 mètres dont les feuilles coupent comme des nisoira : elles sont habitées par des troupeaux de bœufs sauvages que nos hommes sont allés chasser les jours préeédenis pour nous réapprovisionner en viande fraîche.
La roule esl asw.'z diflicilo el les soldais de la Légion élning6re, échelonnés de distance en distance, sont occupés à l'arranger avec les seuls instruneuts qu'ils portent d'ordinaire sur le sac : la pelle à
68 LE\PEfilTlO\ Il h: MM>M,.\^r.\n.
manche court régloni en taire et la pulile s«rpi! donl on a poniTu au départ tous les soldais du Corps Expt-ditionnaire. A œi-rnute nous rencoolrons le camp dn la U^^on inslallH au milieu de la plainu dans un ordre admiruhie : les potilcs tcnles d<> troupe sont placées à k file suîvatil plusieurs lignes parallèlos tjni HL'iiibleal tracées au coi^ deaii. Devant ces lentes sont rangL'a les faisceaux d'armes; à droite et Jt gauclio du L'ampumeiil, les ilievaux el les muleLs, attachés b des piquets, broutent le» haute» herbes environnantes. Nous campons 6. BûiiLtsinianana, ^ 12 kilomètres environ de Maévalauana.
16 juin. — Au fur el à mesure que nous avançons, la campagne devient de plus eu plus laide el les arbres de plus en plus rahnugris. Nous approchons de Maévalanana el nous cuirons daus la région de l'or.
Bientôt nous traversons i. gué la Nandi'OJia, afiluent de droite de l'Ikopa : ses eaux claires et peu profondes coulent sur un lit de sable fin entre deux berges très basses. Dus cenlaines de Iroupiei'S en panlalons de treillis, li-s bran el le torse nus, le crâne couvert du masque ]}our se préserver du soleil, iuvenl, eu bavardant comme des pies, leur linge à la rivière : ce sont les soldats de la brigade d'avant-garde, chasseure, tirailleui-s algériens, artilleurs, donl les bataillons el les batteries sont provisoirement rassemblés à Suherbieville.
A 300 mèlres de la riviÈre, nous trouvons le grand village sakalave de Sakoa-Ué {le Gi'os Prunier). II est complètement désert; loulos les cases sont bouleversées, comme si les indigènes avaient fui précipitajiiment : des monceaux de paddy (riz non décortiqué) jonchent le sol ; dos tonneaux vides, des caisses évcnlrées sur lesquelles on lit encore la suscription Absinthe Suisse, uncomhnml les rues.
Le mode de conslroctiou des habitations n'est plus le mfime que dans le bas pays : les cloisons sont faites en nervures do ralia et la toiture est formée d'une épaisse couche d'hcrhe qui doit protéger très eflicaeement les habitants contre le soleil. Beaucoup de maisons sont munies de petites varangues au-dessous desquelles on remarque, à cfllé de la porte d'entrée, dont les dimensions sont toujours très exiguës, une sorte de lit de repos construit avec un claynnnage de joncs monté sur quatre pieux.
De Sakoa-Bé à Suherbieville, la roulo paraît interminable, tant les laceLs en soûl nombreux; à chaque détour dn sentier, Maévalanana, la ville militaire el eommerçanle construite au sommet d'une colline qui domine les environs, nous apparaît tellement rapprochée qu'il me semble que nous tournons autour d'elle.
Suberbioville est située au-dessous dons un pli de terrain limité pur de petits mamelons absolumeul dénudés, à environ 400 mètres de l'Ikopa et sur la rive droile de ce cours d'eau ; elle comprend une vingtaine de maisons couvertes de I6le avec varangues cireulaires; ces maisons étaient habitéos par les employés européens; elles sont dominées par une grande construction ft deux étages où logeait te directeur de l'exploita lion.
Au sud de Suberbieville se trouve une agglomération de petites paillotes qui servaient de logement aux mineurs indigènes employés à l'exploitation de l'or : c'est le village de Ranoumangasiaka (l'Eau Froide).
Le Génénil en chef et ses officiers d'ordonnance logent dan» la maison Suberbie ainsi que M, Ranchot, ancien Résident h Madagascar, envoyé par lu Ministère des affaires étrangères pour accompagner le général Duchesne et pour lui fournir les renseignenienls ipii lui permelironi, après la campagne, de commencer les
pourparlers diplomatiques avec les Hovas, Les postes, l'intendance, la 1'' ambulance, te général Melzinger et les différenls services sont installés dans le quartier européen ; une compagn ie de tirailleurs algériens est cantonnée dans le village des mineurs.
Suberbieville occupe une aorte de bas-fond, bordé & l'ouest par l'Ikopa, dont les e^ux s'étalent et forment de grands marécages couverts de fermé rd et à l'est de petits .eules dé-
nudés
les
plus voisins sont
occupas par rartillerio, le rôgimeiil d'AlpU-ii'. le train des équipuges, ([ui y ciimjHïnl; vus •[<■ Suberbievillu, ces campements iastallës sous leDlcs ou dans de petitoa huttes de feuilk^;!' font un effet Irèa pittoresque. A cause du voisinage di's marais de l'ikopn, leiidroil l'sl assez malBaiii. Heureusement en cclti; saison il souflle il peu prts coiisUminont une forte brise du »iul-esl qui Ijidaio les inanicages cl en disperse les miawniPS loin dfs rampi'nienla; quand celte briso eesse do si- ftiiri: si'iilir, tout le monde a la li^vre.
La flnili'ur est considi'rnhli! entre midi et trois heures du soir; le soleil tombe d'aplomb sur le sol argileux qui emmagasini' si>s rayons et qui s'échauffe li-llciiieiili(iri>i]ei'viJiins|inLnls
MAIlACASCMi.
ta miiiu peul h pi'im' eu supporler le coutHCl.
Avnul noire nn-ivée, Suberbieville et sa voisine Maévalane ou Maévalanana l'ialent occupée» par les (roupes bovaa, qui nvaienl élevé au sotomel des collines des ouvrages de défense en terre pour y loger leurs baltpi-ies: les officiers s'étaient installés sur les monticules avoisiuant la ville, dans de jolies maisons bien construitiw qu'occupent maintenant les directions du sei-vicc de santé, du génie et de l'artillerie.
L'ennemi en fuyant a emmené HALtE DAS5 L* nnuiissE. — CES91N DE sij»i. [(,[18 U's indigènes et Ics llOUl'-
jaiies de la Concession; toutes les petites maisons des mineurs nialgaclies sont vides, et partout dans les rues de Hanoumangnsiaka on se heurte à des vases brisés, à des malles défoncées, à des tas de riz décortiqué et aussi à des débris du viande de bœuf à demi décomposée qui dégagent une odeur affi-euse. La prévôté va faire enlen-er immédiatement tous ces détritus ainsi que les ([Uelques cadavres de bourjanes et de Hovas qui sont restés couchés dans les hautes herbes.
Les Malgaches n'ont aucune idée du l'hygiène la plus élémentaire : quand Us tuent un bœuf, ils en jellenl les viscères el les os i. demi dépouillés dans la brousse, à côté de leurs cases. Dans tous les campements hovas qui environnent la ville, il y a des monceaux de ces détritus en putréfaction. Certainement les indigènes vivaient à cOté sans se préoccuper le moins du monde de leur odeur; leur sens de l'odorat doilôtrc beaucoup moins perfectionné que le nAlre.
Au milieu du village des mineurs coule un ruisseau à demi desséché, qui traverse la route sous un pont formé de cinq ou six poutrelles branlantes, pour aller fk bOO mètres plus loin se jeter dans l'Ikopa. Près du pont s'élève une maisonnette qui ne comprend qu'un rez-diM' haussée, divisé en cinq on six comparlimenls de la dimension des cellules de moines. C'est lu que j'ai élu domicile dans deux cellules contiguës qui communiquent entre elles par une petite porte basse.
Les murs «ont faits d'argile comprimée; le toit en Irtie ondulée est doublé à l'intérieur d'un plafond de roseaux; le sol est en argile battue. Mon ordonnance, en fui-rtunt dans les cases abandonnées du villa^^e, m'a trouvé deux ou trois nattes qui me font un tapis convenable, Par deux étroites feni^tres fermanl Ik l'aide de deux volets pleins, j'ai vue sur la cjimpBgne. Au premier plan, un ravin profond dans lequel coule le petit ruisseau; au second, une plaine couverte d'herbe jaune brfllée par le sideil, avec de grandes places où l'on voit l'ai-gilf;
■ais d'Itopa onrluleut , couvertes de grands
?0 L'EXPHIHTION DE MAUAOASCAU.
semée de bioes âe granit ou Ae quartz, Toul hii fond les grands roseaux des immenses n sous la brise, el de l'aulre côté de la rivière une ligne ininterrompue de collines peu élevi arbi-es, ferme l'horizon.
Nous sommes à Suberbieville pour longtemps, pour un mois encore peul-étre; il faut que le Général en chef, iivanl de se remelire en roulp, rassemble ici les approvisionnemenls nécessaii'cs pour ravitailler les troupes qui poursuivroul k marche en avant. Fidèles à leur tactique, les Hovas font le vide partout; les villages que nous rencontrons sur notre roule sont à peu près di^rte; lo» bu.<ufs, que nous devions trouver, sur la foi di-s voyageurs, par troupeaux iniiombrabies, ont disparu. Heui-eusement rien n'est brfllé, mais qu'il y a loin de la situation actuelle aux prévisions d'anlau ! Avant que lu Corps Expéditionnaire ait quitté la France, les gens qui paraissaient le mieux iurormt^ sur Madagascar, ceux qui avaient couru le pays et mCmo h« fonctionnaires qui y avaient fait séjour, prétendaient que, d&s l'arrivée du gi'os des troupes à Marovoay et, à plus forte raison, à Suberbieville, les Hovas, voyant que nous sommes bien décidés k aller jusqu'au bout, demauderateut certainement à traiter. .Aucune de ces prévisions ne s'est réalisée; l'ennemi ne se défend pour ainsi dire pas, c'est vrai; aus-siUll que nous apparaissons sur un point, il se retire devant notre avant-garde, tirant à peine quelqu(s coups de fusil ; mais il compte toujours sur lu longueur Rt sur les difficultés de la i-oute, sur les rigueurs du climat. pour lasser noire patience. Évidemment nous irons jusqu'au bout, mais on se rendra loujount diflicilement compte en France des obataci^^s de toute nature qu'il aura fallu surmonter pour arriver au but.
•l'ai déjà écrit que, au début, la grosse difficulté a été la pénurie des moyens de débarquement et de transport; an lieu de conduire le gros des tronp<-s el tinil le nialérlet par eau jusqu'à Maévalane comme ou le croyait au départ, il a fallu les débarquer à Majunga, c'est-à-dire à 200 kilomètres plus bas, augmentant d'autant la route qu'il fallait faire par terre. Aujourd'hui, 19 juin, il reste encore en rade de Majunga une énorme quantité de matériel h débarquer, dont plusieurs hflpitaux de campagne, et tout un approvisionnement de réserve du service de santé, qui ne pourront èlre entièrement mis à terre que vers le 14 juillet. De plus, sur les douze canonnières fluviales envoyées de France, huit seulement sont montées; les quatre autres sont encore en chantier à l'beui-e actuelle. Ces canonnières sont de doux types : les grandes, qui calent 70 centimètres en charge, peuvent encore en celte saison remonter jusqu'à Ambato en remorquant deux chalands chargés chacun à 25 lonnes; les petites, i[ui calent 40 centimèti-es, étaient destinées en principe à transporter le matériel el les vivres d'Ambato jusqu'à Suberbieville; mais actuellement elles ne peuvent plus remonter que jusqu'à Marololo, à S5 kilomètres environ on deçà de Suberbieville, et encore avec un seul chaland, à cause de la baisse progressive des eaux. It faut même prévoir que, pour le m(>me motif, les transports fluviaux devront, d'ici à un mois ou deux, cesser complètement entre Ambalo et Marololo. Déjà, pour pai'er à cet inconvénient et aussi pour augmenter dès à présent le rendement de la navigation fluviale, le commandement, aidé par le service des renseiguements, a fait ressembler un certain nombre de grandes pirogues sakalaves se chargeant à 7 ou 8 tonnes, qui pourront en lous temps, avec des pilotes et des rameurs indigènes, faire le trajet enlre Ambato el Suberbieville,
On a fait venir de France pour les transports par voie de terre 5 000 voilures Lefebvre, attelées avec des mulets, mais j'ai déjà dit que pour utiliser ces véhicules dans un pays aussi accidenté, où il n'y a aucun chemin tracé, Il fallait créer une roule el aplanir les obstacles naturels; il est bien entendu qu'il ne s'agit pas d'une route comme celles de France, mais d'une pisle praùcable pour nos moyens de transport. Même avec cette restriclion le travail est gigantes({ue, puisqu'il y a 500 kilomèti-es de Majunga à Tananarive el que ce long parcours est semé do cours d'eau, de marais, de montagnes, au milieu desquels le génie devra exécuter des ponts, faii-e des déblais et des remblais. La main-d'œuvre indigène, sur laquelle on comptait peut-être pour établir celle route, a fait complètement défaut, et ce soûl nos soldats qui, aidés des troupes noires, ont dû quitter ie fusil pour prendre lu pioche, au prix de quelles (iitigues et de quels accès de lièvre, je le laisse^ penser,
f.i's irniain i\f \h T'uit". — Iji snrvice des tran»p«rts. — Organisation du pays d*J* ennqiiiB. — Le* mines d'or: iiiii' Ijiilliip; les differenles pliaites de l'exploitation Subertjie. — L'usine,
20 juin. — Le Général en chef a échelonné les troupes des deux brigades entre Majunga el Suberbieville et même au delà de ce dernier poste jusqu'à Tsamsoalra,' pour faire la roule. Chaque unité, balaillou, compagnie, aussi bien la troupe européenne que I» troupe indigène, a sa lâche fixée d'avance : un tronçon de plusieurs kilomètres à ouvrir el à terminer dans le minimum de temps possible. Tous tes hommes onl été pourvus (le pelles el de pioches; tous travaillent de leur mieux. Ils savent que cette corvée est indispensable pour arriver jusqu'à Tananarive, que c'est le seul moyen de faire parvenir à l'avant de quoi nourrir les hommes et les animaux. A partir de Suberbieville, il n'y a plus à compter sur les canonnières : elles n'arrivent môme pas actuellement à monter à elles seules jusqu'à Marololo toul le matériel el les vivres nécessaires aux troupes qu'il va falloir porter en avant. J'ai dit qu'à partir d'Ambalo, les petites canonnières et les pirogues du pays pouvaient
VEXPElJlTlO.y OK MAhAGASCAIi.
sciiIm DHvi^uer i-n rivière; «vi-c ces ujoyons réel u ils, ou ne peul faire moDler parcnu ik Marololo i\\w 2800 lotincs (If niHtpripl an Heu des 3 500 qui sont absolument iiécessBÎres pour ravilailU-r les Imgudesde l'oviiul ; le n-liqUHl. soil 500 OU 600 loniies, doil donc Sire transporté par voie de terre, c'esl-à-dii-e avec environ 700 voitures Lefebvre marclmnl vn trots étapes d'Ambato à Marololo. Mais co n'enl pas Marololo ^li conMiliie le c«Dlre de rtivitatllbriii'iiL lies i-olonnes, c'est Suberbievillc, plus élnignéu encore de deux étape», i[u'on ne peul [larcoiirir ipi'avec des voilures, el il faut 2 200 de ces voitures circulant entre Marololo cl SubcrbicvîHc pour rassembler dans ce dernier prisie tous les colis arrivés à la léte d'élnpc Huvitile h la fois par la route de lerre et par lo fleuve.
Cet aperçu sommaire donne une idée du mouvement rpil va se produire à l'arrivée dos colooneA pour iissiiriT leur ravilaillemenl; le sei-viee des trnnsporis se coin pli ([liera encore au fur et ik mesure (pio les troupes s'éloigneront davanliige de la cAle ; il n'y n pas il compter sur les ressources du pavs ; il faudra loul faire venir de notre base d'opérations de Majuuga.
C'est poiir(]uoi, avant de porter ses brigades en avant, le Commandant du Corps Expéditionnaire veut, sinon orpaniaer le vasle Icrriloire déjà conquis, du moins y assurer son autorité et la sécurilé des nombi-eux convois i[i[i vont si^ croiser continuellement par terre et par eau entre Majunga el Suberbie ville.
Aussitôt H|irès la concentration des deux brigades fi SuliiTlueville, mouvement (lui esl en cours d'exéculion, lu roule di' l'arrière si'im jalonnée pur d.-^ posl.'^ mililinivs élaMN h M;ijiinpii. Marovoay, Anknbouka. Ambato,
Marololo, ele., jusqu'à Andriba. Ces postes assureront le déchargement éventuel du matériel, la garde des magasins élablJH de dislance en dislance, celle des stations télégraphiques isolées, lia aumnl aussi dans leurs attributions la transmission des courriers et les soins & donner au\ malades et aux blessés dirigt^ vers l'arrière pour flre évacués sur la France ou sur le sanatorium de Nossi-Comba; à cet offol, il sera autant que possible placé auprès do chacun d'eux une formation sanitaire qui, suivanl l'imporlance du posle, sera une infirmerie-ambulance ou un hôpital de campagne. Les garnisons qui occuperont ces postes devront pouvoir se déplacer racilemenl: elle» feront de fréquentes reconnaissances aux environs, pour mninlenir l'ordre dans leur zone d'action; elles seront loules placées sous les ordn-s du colonel directeur des étapes qui, par délégalion spécialf, excrc<;ra sur cette vasle région tous les pouvoirs civils el politiques dévolus au général Duehesne.
Ces sages mesures, en organisant sur de/< bases solides les services importants de l'arriére, vont permettre au Général en chef de conceulrer toute son allention sur la roule rie Tananarive. Eu altendant qu'il puisse se porter en avant, il cherche par tous \\v, moyens possibles ft ramener dans leurs hameaux les Sakalaves île la région ijup. torroris^w par les Hovas, se sont enfuis dans la brousse et dans les marais qui bordoni l'Ikopa. Les Hovas ont réussi à leur inspirer une telle frayeur des soldais français, que beaucoup d'entre eux préfÊrenl se laisser mourir de faim plutôt que de venir demander des secours à nos avant-postes. 11 faut que nous arrivions k vaincre celte défiance : les Sakalaves sonl seuls capables de repeupler ces régions meurlrières du Boêni. Les habitants des plateaux centraux de l'Imerina ne peuvent y vivre longlemps; ils y gagnent la Givre aussi facilement que nos soldais; aussi n'y viennent-ils qu'avec répugnance el par ordre. Être envoyé dans l'Ouesl équivaut pour un natif de Tananarive à une sentence d'exil.
L'EXpEitfTioy m: mmiagascah.
2G juiu. — II pjirail tjue nous marelions sur l'or ; lus employés Je Ttisinc Suherbie, qui sont revenus ici, uous oui prouvé ijue dans t'hacuinj des moites de lerre ([ui nous euviroiiueni on peul trouver des paillolles de CQ précieux luélol. Uii des domestiques hovas qui les accompagnent a Tail pour nous une battée : c'est le terme qui Herl à diSsigner lopéralion de U recherche de l'or par lavage à la main. Le Hova a pris un grand plal en fop ayant à peu près la forme d'un bouclier renversé; il y a placé une ou deux poignées de terre ocreuse ramassée à deux pas de nous, et il s'est mis à laver cette terre dans la mare voisine en imprimant à son plal une série du mouvements circulaires ayant pour but de le débarrasser de la boue et de garder au l'oud tout ce qui est lourd. Au bout de quelques minut •* do ce manège, il restait dans le plal une demi-douzaine de cailloux et des fragments de gra\ier a i milieu desquels brillaient cinq ou six paillettes d'or, fines comme des pointes d'aiguille.
Il est évident qu a cl métier, l'ouvrier indigène n'aurait pas gagné une bonne journée, mais il doit y avoir di^s filons beaucoup plus riches, D'après les conlremalti-es de l'usine, la Goncession occupait au début pi'ès de 2 000 travailleurs hl res appartenant aux peuplades de la région ; ces indigènes pouvaient, par le procédé primitif de la batléc et grAce à leur connaissance des bons endroits, gagner do 3 & 5 francs par jour, ce qui pour les Sakalavea est une fortune. Le directeur de rexploîlalion, qui raohelail l'or trouvé par les indigènes, réalisait, lui aussi, un joli bénéfice. Malheureusement cet étal de choses ne dura pas : le premier minisire hova voulut se nu.-Ure de la partie; il fut entendu qu'il fournirait la main-d'œuvi-e el partagerait les bénéfices réalisés. Deux ou trois milliers de pauvres diables furent envoyés de force à Suberbievilie où ils devaient travailler pour ce qu'on appelait la Corvêv du la lieinc. Ils travaillèrent comme on les payait, c'est-à-dire fort mal, et les revenus des mines dor diminuèrent d'autant plus vite qu'un grand nombre d'entre eux se dérobèrent par la fuite. Le premier ministre, qui ne trouvait pas dans l'entreprise le gain qu'il comptait réaliser, se refroidit singulièi'ement. Les rapports qu'il entretenait avec le directeur de t'exploi talion devinrent de plus en plus tendus et les bras GnirenI par manquer presque complètement. M. Suberbie voulut alors remplacer les ouvriers par des machines, el il fil consirniro la grande usine que les Hovas ont respectée malgré la guerre et que nous avons trouvée inlacle II notre arrivée dans la i-égion. Cette usine est située sur le bord d'un étroit canal dans lequel les eaux de l'Ikopa ont été dérivées pour alimenter une turbine; la turbine fournil toute la force motrice nécessaire pour le broyage du minerai. L'usine comprend cinq ou six bâtiments, construits les uns en pisé, les autres simplement en planches; le plus grand abrite les madiines; dans les petits sont les services accessoires (forges, magasina, etc.).
L'usine Suberbie est très bien comprise el fort bien construite ; après avoir traversé l'immense désert qui s'étend entre Majunga el Suberbievilie, le voyageur, arrivant dans celle dernière bourgade, éprouve un sentimenl d'élonnement, presque d'udmiraliou, en voyant, dans ces régions si lointaines et si désolées, tous ces bAtimenls et ces machines élevés par lu volonté d'un seul liomme. Malhoun-uscment, s'ils ont coûté beaucoup de temps et de peine, ils ont nécessité aussi de grosses dépenses, qui ont englouti une grande partie des bénéfices de l'exploilalion. Celle-ci iinii'a-l-elle, aprè« la pacification du pays, par ropi-endre un nouvel essor; réalisei-a-l-elle les espérances (jue quelques Français enthousiastes font miroiter aux yeux des capitalistes en quête de bons placements? Je n'ai pas la compétence néccKwire pour me prononcer sur cette question. Il y a de l'or, c'est certain ; peul-Élre Irouvera-t-on des filons snflisammcnt rémunérateurs; mais il y a bien peu de bras indigènes pour exploiter la mine, c! la région est bien malsaine pour les ouvriers européens qui tenteraient de s'expatrier.
r.UAlMTllE Vil
— ]ji maison de llajnasomba!», — ■'«■iMiiiurL'' liovas, — Lo ti>iiilial <li; T'araMiali'n. MnrU au champ il'Iinnn'-iJr.
LE 28 Jui.v. — A deux ou Irois kilomttres il l'est do Siiberljiyville ne trouve la pelilc bourgade de Mi^vatanana (le Joli Village), ini-paitio hnva Gl mi-partie indienne; elle est perchée au Bommcl d'une colline qui domino tous les environs et (pii, luilléo presque h pic, c.ousliluc une des positions teti ptun fortes que nous ayons ronuontrées depuis noire départ du Majiinga. Les Hovas y avaieul («nslruil des ^pauleraenlH en terre avec des m eu ri lié l'es pour leurs canons; de là, les pièces d'artillerie |touvaienl battre toute la campagne environnante et même envoyer des projectiles sur les embarcations qui auraient tcnlii de gagner lo port de Subcrbicville en remontant l'Ikopa,
Le chemin qui conduit à MévaLaunna est difficile; il est semé de précipices et de crevasses; en certains endroits ses pentes di'passcnt 45 degn^, de sorte qu'il faut mettre pied à terre h chaque instant quand on y monte à cheval.
Au moment de l'arrivL'e de la brigade d'avanl-garde en vue de la place, les Hovas ont tenté un seiijblanl de résistance ; leurs balleries ont lancé qiii.'lquea projectiles qui sont arrivés jusque sur nos lignes; mais, aussitôt que nos troupes ont été sur les pentes, ils ont lâché pied et se sont enfuis par les ravins en abandonnant leur artillerie. En entrant dans la ville, les troupes de la l" brigade ont trouvé quelques canons en foule de très
modèles et trois hotchkis
1 excellent état,
I approvi-
sionnement de projectiles. Les Hovas avaient fabriqué des affûts de campagne pour leurs canons en fonte en utilisant les roues de plusieurs charrues appartenant à l'usine Suberbie.
Les maisons élaieiil presque toutes désertes; quelques Indiens, ii la mine sournoise, étaient roslés pour garder leurs magasins encore remplis de marchandises qu'ils n'avaient pas eu le temps d'emporter ; dans deux des plus misérables huiles, nos soldats ont trouvé une vingtaine de Sakalavcs de la région qui, blessés ou malades, n'avaient pu suivre les Hoviis dans leur fuile.
Quelques-uns de ces indigènes portaient un ornement assez original : c'est une large coquille plate et ronde, d'un blanc d'argent, qu'ils placent au milieu de leur front et qu'ils y retiennent k l'aide d'un cercle de perles de verre qui fait le tour de la Ifte.
Mévutanana n'a qu'une seule rue, qui s'élend du nord au sud sur une croupe élroile n allongée qu'elle
occiiiic loiil onlièrL'. Vers lo milieu, la nie esl eoiipét' par un profond ravin [{u'un Iraverse sur un [iinil linuiliiul. Au sud <li' ce ravin, c'esl la ville cominerçanle; au nord, la ville ofOcielle.
Im (juarlier tomuiurçanl est forme par une cinquanlaino de petites cases construites avec dts i-oseaiix el de l'herbe detisécliée, et par une dizaine de grandes maisons à. deux Plages dont les murs sont eu pisé et la toiture
en IVile. Ces dernièri'S étaient louées ^ '7'' "JiffgSpfeK " ..tfS^S^ " • în P"^' '■* fovaa aux commerçaiils indiens, qui y lenaieul lioiitiques d'élotïi's, depirerie, de liqueurs el de conserves. Il paraît que ce n'est pas de cea produils qu'ils liraient le plus clair de leurs bénéfices : ils s'enrichissai(-nl Rurlouleii achetant aux mineurs indigènes une partie de la poudri- d'or que ceux-ci récoltaient sur le terrain de la concession cl leur vendaient en conlrebande.
Les Indiens avaient des correspondants de leur ualionalité à Marovoay et même à Majunga; c'est par l'inlermédiaire de ces correspondants qu'ils pouvaient écouler l'or recelé. Ils vivaient en bonne intelligence avec les fonctionnaires hovas, qui sans doute prélevaient une dîme sur les bénéfices.
Plusieurs d'entre eux sont partis avec nos ennemis; ceux qui restent sont fortement tenus en suspicion par lo Général en chef. Il les laisse cependant en paix jusqu'à nouvel ordre pour éviter des difficultés diplomatiques, car ils sont sujets anglais et ils se réclament volontiers de leur consul, M. Knolt, Ce dernier habite Majunga; étant luim^rnu le repi-ésentant d'une grande maison do commerce anglaise, il devait avant la guerre entretenir avec eux surtout des relations d'aifaires.
Au nord de Mévatanana, à i'extrômc pointe de la falaise, se trouve nue grande maison à deux étages, construite en pisé, qu'une palissade faite en gros pieux de bois mal équarris entoure de toutes parts : c'esl là que demeurait Ramasombaza, te" Honneur, ancien gouverneur de ta province du Boéni. Dans une salle du re^^-de-chaussée qui servait pour les réceptions, on voit encore des lambeaux d'une cretonne à ramages qui formait K-s tentures des portes el des fenAlres, l'A^uH-ni I1.IVA. - i.^iMiLa l^i: Hi.ii,.r,i,.,i-iut- Au mur sont accrochés des cadres en
bois noir qui contiennent de mauvaises chroinolilliographies représentant la reine d'Angleterre, l'empei-eur et l'impératrice des Français, etc.
Dans une petite pièce latérale, le docteur Lauaze, ancien médecin de l'usine Suberbie, qui m'accompagne, trouve au fond d'une vieille malle des liasses de papiers divers, lettres officielles, cori'cspondance privée, vieux pas-seporls, elc. 11 parle couramment le llova el preud un grand plaisir & dépouiller tous ces griffon-
' ' nt bien mieux que de longues descriptions une
lié et h Iradui-tion mot à mol d'uu passeport li-l
nages. 11 y en a qui sont
raiment iutéi-essauLs et qui donni
idée des rapports officiels
entre Malgaches. Voici le far-sim
quo
LE^PEDJTJON [>!■: MAnACASCAn.
délivre lUns les bureaux du premier minisilre àTaiiaiiarivc; il i-si iiupriiné s
■ papier an^laifl rose clair.
- RANAVALOMANJAKA, Reine pe Madagascar.
1 TanHnarivp, 1 1 Hdijndj IHMO.
■■ Alt 10' Honneur A ndrianlsa lama, oirli' iln rnmp 'lu pi-i-mii-r niûiiulre, et iiux offieifirx, à Mrvalinifinn.
" Et voici ce que je ii>us dis : Voilà le immim- Rainîpatsa (/c Phv de la Chet'rette), aide de cnnifi ilr RiiboanHrnino, 13* Honneur, mon aide de cautp, tjui iv» vetultv dei nifiiTltfindigefi là-bas.
.. El on vmis fait savoir qu'il iip wyagi: juis mmn motifs et »il s'êrarle dr la roule qui lui t'K( permiHP, surtout it'il fait fie mauvain trafiai non nutorixéa par le gouvernement, s'il pjvnd rie forre le bien ifautrui, quoiqu'il porte un pameporl, >iaisia»ez-le, Ursule, faites-le monter à Taniinarive. El le tlêlni .> hri "rrnrdr ext lie un moin et demi; et lorxque son délai sera ej-piri}, ni j'MH" ne le fuites pnH n'ui'nilrr. iiin/s- i/m- i-nn" soyez coitlenls qu'il w'jounte là-btin, vous xrivz fautîfn.
■■ Veillez t.ieu nu »er>'l.;- <lr l„ n-hw: rirez: «.»/,■; I.rmril.r.
■ ■ llK :
HAINILAIARIVONY, ■I ['(■'■iiiicr iiiinisln' "-l romirimitiatit en ilii'r. .
Ces pnssi;]iorls wonl j,'i'i
s ,-,nvlo] .vUppes,
its liriihrées du aceitu de la reine et de eeliii du pnnul ji' ri'prnduis le far-sîmilé :
iV'./»/-ir : Trois.
Nomu : Ikosa.
Terme : A son retoui.
Affaire. : Rentre oliez lui.
-1» Gimvemeuv
de Mevalmian'
Les gouverneurs rie province onl (jualilé pour délivrer rio fiendjlaliles passeports, valables SL^ulemenl dan» IVtendue de la région qu'ils administrent. Souvent ces gouverneurs sont Irop ('■loigni^s du la capitale pour pouvoir faire fabriquer par les Anglais ou les auti-es Européens des cacbets perfectionnés : ils limbreot alors leurs pi^re» onicielles avec un morceau de bois grossièrement gravé.
29 juin. — Aujourd'hui les Hovas onl lente denlevei les avant-postes que non» avions poussés jusqu'à Tssrasoalra, \ environ kh kilomètres de Suberbieville, sur la route d'Andribe. Ils avaient reçu un millier d'hommes de renfoU venus de l'Imorina, el la reine, ajoutant foi aux rapports qui accusaient RamiisomliHza do manquer d'énergie, leur avait