‹ L'expédition de Madagascar: journal de campagneChapitre 6 sur 12 · V. Le gouTernemcnl · texte numérisé non relu

V. Le gouTernemcnl

a faisait ainsi d'une rre deux coups : re lalahy eal un trî-s iirhe banquier de Tanariarive, d'un caraeltro Irts énergique ; il était homme i\réussiruncoupdei ronlre nos troupes, el, s'il échouait, on pouvait, prétexte de haute trahison, mettre la main sur ses richesses, que l'on convoitait depuis long-

dlkl

f.'i:\i'f-:tiJTio\ m-: mmiacascah.

ti'iiijjs Unis iLiiltiuiam. d \\ RiiK TioinpL pur io-- L'spions Raman^aUhy se ligiimil i(uu nos aviml pottcs nelaÎL-iit gardes que par une tompagnie ou deux de lli'aillcuj-s nakalaiLH Lominundecs par uu pi til nombre d'Eiimpei ns il pensail en avoir faciltmtul rai'wn it, dans un kabar U-nu avec sis lieulmanls il kur avait déjà patlage les Hievaut dis ofiiciers françai'* lunl il 80 croyait sûr de la victoire

Encourages par la faibkswi numérique di. nos troupes les Hovas nous aLtaquerLUt avec assez d eniigio et ttnlutnl par des raouvLinents loiirnants de nous il-'border à droite tt à gaucbc II j i ul en certains points, InllH corps ft Lorps et thargi, à la baïonnette lia nous lui?rtnt dans nlle piLniieic jonrnte un officii'i-, Il hi-iitinanl Augo Dnfrisse il un inporal dt l's dans 1(

1 cent cadavres des

Dès que le g(?niîral Dnchesue eut connaissance à Subcrbievilli di 1 LOgagi ment de Tsarasoalra il dtpflcha immédiatement en avant le bataillon de chaaseui'S à pied bivouaque près de lui II était absoluinint indispensable d'envoyer sans le moindre délai du renfort aux avant-postis et malgrt une rhalinr lorridi le bataillon partit k midi pour aller coucher à 20 kilomètres plus loin, de façon à achever 11 lendemain matin il la pn mu re heure, les 30 kiloniËIres qui séparent Siiberbieville de Tsarasoutra

Ijes Hovas, nullement découragés par leur échec do la veilk s étaient reformes à 4 kilomètres à pi ine de l'ancien champ de bataille, sur une série do bauteura où ils avaient oiguoilkusement plante kurs Itnlis m facL de nos li^es. Dès l'arrivée des chasseurs, le général Muizinger, qui avait rtjoml ks avant postes depuis la viille lança ses troupes fi l'assaut pour culbuter les Hovas, Loin de fuir au premier coup de feu comme ils en avaient l'habitude, ceux-ci se rangèrent en bataille devant leur bivouac cl soutinrent assiz bravement le premiei ehoe mais, assaillis par nos soldais qui rhargeaienl vigoureusement à ta baïonnette ils se débandei-int bientflt dans les ravins, abandonnant deux tentes et deux pièces d'arlilicrie lioleltkiss Des centaines de chapeaux de paille la coiffure ordinaire des soldats hovas, jonchaient le sol le soir rie la bnlailli les ofhciera avaient m^mi laissi leurs filanzanes.

Les honneui-s de celte belle journée reviennent sans conlredil an btitullou de chasseurs apns avoir mardi sans presque s'arrêter sous un soleil de feu, il a, sans se reposer, enlcvL à labaionnilte ks lignes ennemies mais cet effort surhumain a épuisé les vaillants petits soldats; sous ce lenible climat des fatigues semblabks sont chèrement payées. J'ai bien peur que celte troupe si courageuse m soit dtcimee jusiju à ta (m de la campagne

!"■ juillet. ^ Ce soir, k 5 beui-es, tous les officiers réunis k bnberbievilk sont lonvoquis par le g n *nil Duchesne pour accompagner iia cimetière deux braves soldais morts )ionr h drapeau Obéissant k une nobk it

delieale pensée nos gene- 1 i\ ont voulu que les resl le ees deux viclimeii du

I V ir reposent sinon en t ire fiaiiçaisi du moins dans un poste qui sera loujouis gaidé de toute piofdinlion pal des Français.

Le funèbre i onvoi ai- 1 \ k bubtrbi ville vei-s 5 hiuns et demie du soir lu moment on le sokil d jà liés bas sui I horizon Uni M.S diinurs i-ajons

I I q les sur la roule pou- ] lise k long dt laqnelh I is sommes tous ranges

I MIS il recueillis La pri 1 I il civière sur laquelle 1 jelL uu doiraan de liiii 1 liant porte le eorps de M. Augty-Diifii -*i , un

L'EXPEDITION IlE MA [>\ GAfiCA R.

officier de Si ans, lils d'un gt'riénil, neveu d'un amiral; la sotonde est recouverte d'une veste en gros drap de Iroiipt^ dont les manches sont soulignées par deux niadi'sles galons de laine : c'esl celte du caporal de lirailleurs Sapin.

Les deux bi-aves que lu tnorl a faudiiîfl sur le mi^uif champ de bataille rcposeroul cAle à eâte; leur cercueil est le même : des planches emprunléea aux caisses des vivres fournis par l'inlcndance et, par-dessus, une natte grossière maintenue par des cordes. Les mcrcennires stJnégalals qui les ont port(% de Tsarasoaira jusqu'ici les disposent devant l'ambnlance, el, tandis que les officiera se diicouvronl silencieusement, que les chasseurs d'Afrique qui formunl l'escorte saluent du sabre, que la compagnie de tirailleurs algt'riens rangée le long do la chaiiss^e porte les armes, l'aumflnier nVile à voix haute les prières des morts.

Puis, lentement, par l'élroil chemin qui di^& disparaît dans la nuil envahissante, le cortège reprend sa le cpïp u marche vers le cimeti&re, ot pendant que sur les deux corps descendus dans les fosses béantes on rejette par pelletées la lerr attendant là-bas k's lettres de l'absent qui, hélas ! n'écrira plus jamais.

Les prisoaiiii'i's Je Tsarasiialra. — i presse h Suborbievillu. — \a rei Arbres. — Les convois navellPa. -

iiHlilutiuji (Ic6 HiiproiisiuiiriPineiils en viiiniif fralilK î ilu 14 Juillet. ^ l.'W[iiLal de Ilanoiuiiarii^iaka, - Les mollis B^rilsnka.

2 juillet. — Je viens de voir arriver à Suberbieville les prisonoieis hovas capturés pendant les journées de Tsarasoatra. Ils marcliaient à la file indienne, ntlaehés à une mi^me corde qui va de l'un à l'autre. VPtus de loques, pieds et jambes nus, les cheveux rasés, l'air misérable, ils donnent une piètre idée de l'administration des troupes hovas.

Gi-s malheureux sont recrutés de force et choisis parmi ceux qui n'ont pas assez d'argent pour pajer leur liberté aux fonctionnaires envoyés par In cour afin de procéder aux enrfllemenls. Ils ne reçoivent aucune solde et sont obligés de pourvoir à leur nourriture et à leur habillement : c'est déjft difficile en temps de paix; c'est ù peu près impossible en temps de guerre, aussi un grand nombre d'euire eux déserleiit-ils. I-rw aitiri'H irouvenl à peine de quoi ne pas mourir do faim ; beaucoup ne restent à l'armée et ne se battent que par peur :

on leur a dit que s'ils désertaient, s'ils abandonnaient les fusils conliés par la reine, ils seraient brûlés vifs à Tananarive.

D'autre part, ou a fait circuler dans leurs rangs des fables absurdes sui' la cruauté des Prançiiis; aussi, en arrivant à Sii- Lerbieville, les prisonniei-^ onl-ils l'air hébété il abattu de gens qui s'attendent à un supplice horrible. L'un d'eux n'a méini' pas voulu aller josque-lfi; il a préféré mourir tout de suite; il s'est couché dans un fossé de la route et il

L'i:\pt'iHTio.\ Ht: MAnACAscAii.

a fait ta nourde oreille à loiito» les sommations. Avant d'ftrc conduite chez le général en chef qui voulait ]m interroger, les prisonniers se figuraient que leur dernière heure élail venue. A leur grand étonncmcnl, on les mène bous une lente, on leur enlève leurs cordoa, on leur donne à manger du riz et de la viande, sur laquelle ils se jettent comme dos affamas. Convaincus eufin qu'au lieu des atroces tortures qu'on leur avait priidiles, ils seront bien traita, bien nourris, aslreiut.t seulement à des travaux faciles de voirie, ils passent subitement de l'affaissement le plus profond à la joie la plus vive,

7 juillet. — MaJgré tout ce qu'on nous avait dit, le pays ne se repeuple pas. Le Général eu chef avait preaeril de ne pas occuper le village de Ranoumangasiaka, comptant que les habitants reviendraient après la défaite des Hovas k Tsarasoatra : les cases sont reslt^s vides; deus ou trois bourjaues, quelques vieilles femmes, sont seuls i-evenus habiter les plus pauvres maisons. En revanche, les indigènes commencent à nous amener des bœufs. Tous les jours, des corvées de soldais et d'auxiliaires kabyles sont occupées k construire de grands enclos pour les loger. Ces ba'ufs arrivent par troupeaux de 100 à 150 têtes, conduits par quelques Sakalaves alléchés par le prix assez rémunérateur que leur paie l'intendance. La race du zébu de Madagascar est petite, mais elle est très résistante et elle se nourrit k peu de frais; d'ici à quelques jours, il va y avoir autour de Suberbieville de 1 500 i 2 000 l/ilcs de bétail. Les breufs ne rentrent au parc que la nuit; tous les malins, ou les fait sortir de l'enceiule pour les mener dans la brousse; ils trouvent à se imurrir parmi les herbes desséchées, dans les grandes plaines de roseaux durs et piquants qui environnent l'Ikopa. Nos bœufs de France ne résisteraient pas k ce régime.

Les troupeaux constituent une grosse partie du revenu des hauts fonctionnaires et des riches habitants de l'Imerina. (li'ux du premier ministre, qui comprennent des milliers de l"'*leS. étaient parqués dans Ks pâturages qui s'élendeut entre Suberbieville et Majunga' lorsque les Hovas se sont retires dtvant nos troupLS ils ont chasBi d<.\ant tux cis troupeaux mais un grand nombre de bœufs à demi sau- \agcs ont lie oublies dans In brousse li -, Sakalaves les chassent et nous les amènent pour nous lis lendre pour les rLionnaiIre chacun dis nouvtaiii propriétaires leur tailh dans les oreilles de profiiid s échancrures oiicntees 1 hflii-tntes fai,ons Le meil-

leur pourvoyeur de bœufs do l'intendance est un petit chef de district des environs qui porte le nom de Lehal>o.

11 juillet. — Les soldats, très dédaigneux au début des principes d'hygiène dont nous avions cherché par tous les moyens possibles fi leur faire comprendre l'impoilanc*, commencent à se rendre compte aujourd'hui de la nécessité qu'il y a de suivre k ce point de vue les conseils qu'on leur donne.

Ilhacuii d'eux prend bien l'égulièrement sa dose de quinine et cherche

L'EXPlinnUtS liE M.{hA<i.\srAU.

à so prfcwrvfr dos ^lonnalions du sol cl du n'froidisseinenl de lu.nnii en «f rnufll misant un gourbi et un lit de campagne. Quelques-uns de ces gourbis soni fails avec des feuilles ot dos roseaux ; d'aulres avec dfs nalles grossières qu'on Irouvo assez facilement dans le pays, d'autres avec do vieilles plaques de lûle ondulée dont il csistait un assez grand approvlsionncmenl à l'usine Suliurbic. Tous ces abris donnent aux bivouacs qui eulounint la ville lin Bspccl ■purieux cl original.

Les représentants de la presse sont venus nous rejoindre, les uns en canonnière, d'autres en filanzanes, d'autres h. dos de mulets. Ils m sont installés lout près de l'état-tnajor, dans un terrain vague od ils oui dressé leurs petites lentes. Le courrier est pi-oclie; ils travaillent en costume léger sous leurs porliÈres de toile relevées entre doux piquets; non loin de là, leurs boys affairés dressent sous un gros urbn> à demi desséché le couvert qui va servir pour le repas dû soir.

Id juillet. — Ce matin, le Général en chef a passé en revue toutes les troupes cantonnées it Suberbieville ; le soir, il y a eu grande l'éception sur la terrasse du la maison Suberbie, que le général Duclicsne habite avec son état-major particulier. On a bu à la Franco, au succès de l'expédition.

17 juillet. — La grande route praticable aux voitures Lefebyre est maintenant ouverte entre Majunga et Suberbievillc; ce sont nos soldats qui, h défaut de main-d'œuvre indigène, ont accompli ce travail colossal. Le génie a construit sur la Belsiboka, au conlUienl de l'ikopa, un pont do 400 mûlres sur lequel nos convois peuvent facilement circuler. Mais toutes ces fatigues, jointes aux ardeurs du soleil, aux miasmes paludéens, aux nuits sans HOmmeil passées à ehassi-r les moustiques, commencent à décimer les bataillons et à remplir nos formations sanitaires.

Noua avons déjà pi-ès de 3 000 hommes aux hôpitaux ; l'ambulance n" l installée à Subcrbieville a dû augmenter le nombre des places dont elle dispose en drossant à cAté des bâtiments qu'elle occupe de grandes lentes coniques qu'on a doublées à l'extérieur d'une couche de roseaux; les médecins et les infirmiers ont abandonné aux malades, toujours plus nombreux, les hangars qu'ils occupaient, pour coucher sous leui's petites tentes.

Le poison paludéen agit avec une telle violence sur ces organismes débilités que, dès le premier accès, beaucoup d'hommes atteints de gonllemont des jambes, d'œdèmo du poumon, sout incapables de reprendre du service jusqu'à la fin de la campagne. Très peu de malades rentrent à leur coi-ps en sortant des hôpitaux; la plupart doivent être évacués au fur et & mesure sur le sanatorium de Nossi-Comba et sur la France ; dans ces conditions, les formations saniuires ne désemplissent pas; le personnel médical paie, lui aussi, son Iribulau climat; il faut, malgré les vides, que le servi»! se fasse et chacun dépense sans compter son énergie et ses forces.

Nos auxiliaires sénégalais, somalis, kabyles, qui supportent des fatigues assez grandes, fournissent également l)eaucoup do malades, à cause do leur hygiène déplorable; il est impossible de les empocher de boire dans les ruisseaux tes plus vaseux, de manger les choses los plus invraisemblables, de coucher sur le sol au bord des marais. Ils sont décimés par le paludisme, les afl'eclions des voies digestives, les ulcères produits par les nombreuses piqûres de moustiques; ils emplissent nos infirmeries et il va falloir en rapatrier un grand nombre.

Chaque jour, ils viennent à l'ambulance par groupes nombreux qui se succèdent sur la route; ils se couchent sur l'herbe en attendanlleur tour d'être examinés, et les abords du bàtimeul où se passe la visite médicale

en sont encombrés pendant toute la matinée. A chaque visite, ils sont plusieurs ceutaiues : c'est une vraie cour des miracles. Vêtus de loques rapiécées, de vieux burnous, quelquefois emballés dans une grande couverture rouge, ils arrivent clopin-clopant, soutenus par un camarade plus valide, ou appuyés sur un bâton ; ceux qui ne peuvent plus marcher du tout sont montés sur un mulet qu'un ami complaisant conduit par ta bride. Tous reçoivent des soins, des médicaments, et reparlent un peu réconfortés el plus coulents. Us onl une confiance absolue dans le médecin et n'bési-

L'EXPÉllITIOS

MAfiAGASr.ill.

teDt P&8 a nsaignor ii ses drcigi

En prévision du st-jour sur les hauts plateaux, le Géuî-ral en chef a demandé par d^pGeho au minisin' de la giici-n;, pour loua ces pauvres diables à di'ini iius, di-s panlalons et des IjIouses de drap, qui soûl arrivés à. Majunga et qu'on va leur motilur au plus vile jusqu'ii'i. Mal lie 11 ri! ust- m Bill le service des transports amène b peine de quoi nourrir li;a hommes, el il est bien difficile d'obtenir de lui quelqueH voilures pour transpoi-tar les objels

les plus indispensables aux autres serviei?a. Les otiieiers et les soldais qui, pour ne pas sui'cIiargLT les eonvois, sont partis de Majunga presque sans vêlements ut sans linge, ne peuvent pas se i-^approvlsionner; j'ai vu à la revue du 14 Juillet uu conimandanl qui, ayant perdu ses bottes dans un incendie, s'en ^tait confeclionnd de nouvelles avec un sac h distribution de l'intendance el des morceaux do vieux cuir provenant d'un sac de soldat.

Le labac est introuvable; les soldais en sont réduits à fumer du l'herbe desséchée et hachée ou di's feuilles de tamarinier; j'ai vu vendre 8 francs un paquet de tabac de cantine, Heureusemenl, un enlreposîlairi' envoyé par le ministère des finances, sur la proposition du Générai en chef, avec un gros approvisionnement de tabac français, remonte la Betsiboka el arrivera incessamment à Suberbieville. Il est atlendu comme le Messie par les troupes d'Afrique, pour lesquelles le taiac est presque aussi nécessaire que le biscuit.

A cause de l'insuffisance des moyens de transport, les médecins de régiment onl reçu l'ordre de laisser en roule une partie de leurs approvisionnements médicaux, et le service de santé a eu mille peines pour faire arriver jusqu'à Suberbieville un hôpital de campagne destiné à relever la première ambulance, déjà trop encombrée. Le choix d'un emplacement convenable pour une formation sanitaire de celte importance n'était pas facile h faire.

On ne pouvait songera utiliser les anciens bâtiments de la coucession Suberbie; ils sont tellement éloignés les uns des autres que le service u'auraît pas été possible. L'habitation du directeur du l'exploitation ne pouvait non plus convenir; ses planchers se seraient effondrés sous le poids des malades. Le Général en chef nous a donné les cases du village de Ranoumangasiaka, toujours sans habitants. Dans chacune de ces cases nous avons placé cinq ou sis malades. Ils y sont fort bien, couchés sur leurs lits-brancards garnis de moustiquaires, à l'abri du soleil, gricu aux épaisses couvertures d'herbe desséchée qui forment la toiture des maisons.

Si l'étal sanitaire des hommes laisse k désirer, celui des chevaux el des mulets csl au contraire excellent; c'est heureux, car sans ces utiles auxiliaii-es il serait impossible de tenir la campagne. Ils sont cependant assez mal nourris : 3 kilogrammes d'oi'ge, 1 kilogramme de paddy, voilà ce dont ils doivent se contenter chaque jour. De plus, ils sont dévorés par dos quantités innombrables de mouches, plates comme des punaises, qui se logent par nombreux essaims sous leurs queues et qui, une fois fixées, ne veulent plus lâcher prise.

19 juillet. — Je viens de voir passer devant une case le convoi d'un malheureux Kabyle que l'on conduisait au cimeliêre; le coips, cousu dans un grand linceul blanc, était porté sur un brancard par quatre camarades du défunt, qui allaient à toute vitesse. Les coreligionnaires (convoyeurs séi égaliiis, tirailleurs algériens) qui foi'maienl le cortège, couraient derrière en hurlant je ne sais quelle plainte lugubre.

21 juillet. — Les prisonniers hovas qui sont employés il faire des corvées autour du camp jouissent d'une liberté relative : très souvent on les envoie, au nombre de cinq ou six, sous la conduite d'un seul gendarme, chercher dans des villages éloignés, à 8 ou 10 kilomètroH do noire cantonnement, le paddy qui sert k nourrir nos chevaux el nos mulets. Ils auraient beau jeu pour s'échapper, et cependant ils ne l'ont pas lente; ils ne se soucient pas d'aller retrouver leurs officiers; ils croient qu'ils seraient mis à morl parce qu'ils ne pourraient pas présenter les fusils qui leur ont ét^ confiés par la reine.

Los généraux vaincus, eux-mêmes, n'oseraient pas retourner à Tananarive, certains qu'on leur ferait un mauvais parti. A chaque défaite que nous infligeons aux Hovas, le chef qui s'est laissé battre est R-mplacé, à la léle des troupes, par \\n autre commandant venant directement de la capitale. Les généraux ainsi dépossédés restent quand mCmc à l'armée, oi*! ils sont beaucoup plus en sûreté que dans leure propres maisons.

82 LKXPKDinOS }>E M AU \G .\S<: ATt.

A la suite des troupes que nous avons devanl nnua, il y a Ramosnmhaza, ancien gouverneur de Boéni, el le 13° Honneur qui eommandnil à Taarasoatra; ils ne reviendroiil en Imerina qu'avec l'armée hovu, qui se relire lentement devant nous, el s'ils rentrent à Tananarive, ce sera la veille de notre arrivée dans la place, sachant bien qu'à ee moment le gouvernemenl de la reine aura de trop séi-ieunefl occupations pour leur demander des comptes.

Lea grades dans l'armi^e hova portent le nom do vohhrtt, que nous avons traduit par le mot honiipur, mais ipii veut dire litléralement » la Heur de l'herbe ". L'étymologie de ee mot est assez eurieuso : Radama I", le Napoléon hova, récompensait rliaque aclion d'éclat de ses guerriers en leur offrant de sa main royale un brin d'herbe cueilli sur le champ de bataille. Ce présent était remplacé plus lard par des dignités l'i des honneurs d'autant plus importants que le tilukirt\ avait recueilli plus de brins d'herbe. Depuis lu 1" Honneur, qui est caporal, jusqu'au 16= Honneur, qui est maréchal, la hiérarchie des grades dans l'armée hova ae poursuit à peu pri^s [■omme dans la ndtre.

22 juillet. — ■ Les convois de voitures Lefehvre se succMcul sans interruption sur la mute de Suberbieville : chaque véhicule amène 200 kilos de vivres et de matériel; des pirogues indipi-nes chargées à couler, des «halands el mfimc de petites canonnières arrivent & chaque instant à Port-Taria, le porl de Suberbieville; ils déchargent sur la bei^e des amas énormes de sacs et de caisses, que de longues files de mulets de bâts ou du voilures transportent ensuite jusqu'au magasin des subsistances. Les conserves, les pains de guerre s'y entassent en piles aussi hautes que des maisons; sept fours de campagne cuisent jour et nuit le pain destiné ft la brigade d'avanlgardo massée vers Tsarasoatra et prèle à se porter eu avant au pi-emier signal.

Malheureusemenl les convois qui vont conduire h l'avant les vivres des troupes ne reviennent pas vides; ils ramènent des cenlaines de malades qui, après s'être n'posés un jour ou deux à l'hôpital de Suberbieville, s'en vont, les plus valides à dos de mulpts, les plus atteints en voilures Lefehvre, s'embarquer il Port-Tafia pour rejoindre par eau les hôpitaux d'Ankabouka et de Majunga.

24 juillet. — La 1'* brigade est tout entière portée en avant; la brigade des troupes do la marine a fait aujourd'hui son entrée à Suberbieville. Les lirailleurs haoussas et sakalaves ont fort bon air; ils ont l'allure tout il fait martiale el manoeuvrent aus.si bien que des bataillons européens. Presque tons ces noirs sont mariés et quelques-unes de leurs femmes lea ont suivis; elles marchent à un très court intervalle derrière les compagnies; la plupart portent d'énormes paquets sur la tête; quelques-unes ont des petits enfants fixés derrière leur dos dans un pli du laniba.

27 juillet. — L'élat-major part demain pour l'avant; je quille avec joie Suberbieville, un pays malsain

3 difficuliés pour préparer mon

dont la réputation a été bien surfaite par les journaux de France; mais que i bagage!

Nous allons voyager pendant doux mois environ, eoucher dans la brousse et sous la tenle; je ne puis emmener qu'une seule cantine, el les besoins de la route sont nombreux et variés. Toute la journée se passe en combinaisons multiples pour faire tenir le plus grand nombre d'objets dans le moins de place possible.

28 juillet. — C'est dimaoebe; avant de nous metli-e en route, noua assistons tous à la messe dite par le Père Bardon, aumônier de l'hôpital n" 3, sur un petit aulel portatif qui ne le quitte jamais et sous un grand hangar recouvert de paille.

Le soleil n'est pas encore levé; une largo bande rouge so montre seulement à l'horizon, à la limite du ciel el des montagnes. Les auditeurs sont debout, aussi recueillis que le permet le brouhaha environnant : les voitures arrivent pour charger les bagages, et au milieu d'un nuage de poussière s'agitent les conducteurs sénégalais, qui ne comprennent pas un mot de français, el les soldats du train, qui s'époumonent en vain pour leur dooner des ordres. Les mulets qu'on nous n réservés viennent d'arriver il Madagascar; ils n'ont pas encore été allelés

el ils protestent violemmenl entre leurs brancards.

Nous partons avec le Général en chef, laissant le renvoi & la garde de nos ordonnances chargées de faire ;,iiivri> les bagages. La roule enlre Suberbieville et Beliananii cour! d'abord entre de petits mamelons pelés; mis chevaux soulèvent des tourbillona de poussière ronge sur la nouvelle voie traci'e par nos soldats.

Vers 9 heures, la colonne fait halte au lieu dit AnLsanlina, où, à cMé de deux pauvres casi-s malgaches, se trouve un immense parc de voitures Lefebvre, gardé par des soldats du train. A chaque pas, sur le bord du chemin, nous rencontrons une ou

deux de ces voilures cassés, tous au mèi verse d'ai'rière.

abiiudoi le nidro

' les brancards

La 2" anibulaiice eu marche sur Tsarasoitlra s'rsI massue daos l;i brousm.' pour nous laisser passer : les muIeU lout clisi'gi'S, In bride sur II! cou, lirouletil l'herbe sèche; lea hommes grigiiolenl une galelle lUpain de guerre qu'ils Irempeul dnus leur quai-t rempli do café. Ce pain do guerre réalise un réel progrès sur rancici) biscuit, lequel moins saigueusemiinl pii^paré, élatt plus indigcslo el contenait du nomhnmsi's larves d'inseclea. L'iulendunco le transporte dans de petites caisses quadrangulHiros on fer-blanc soudé, qui no se laissent pas pénétrer par l'hu- rïMvm suvani h cotu»«g.

midit^ et qui sont très commodes pour le cliargemeDl k dos de nuilels.

Nous altcignons, vers 11 heures, le camp dit des Grands Arbi-es, où nous devons installer notre bivouac. Ce camp doit son nom à dos bouquets de licus et do tamariniers qui poussent près do Ik nu liurd d'un petit ruisseau; c'est la seule verdure qu'on aperçoive nu milieu des hautes herhos desséi-hées qui ri'couvi-enl la plaine el les collines aussi loin que s'étend la vue.

29 juillet. — Départ à 6 h. 1/2 du malin : le soleil est à peiae levé ol il fait unu jolio lirisi.- fruiche. La route se déroule au milieu d'un véritable désert, sans un passant, sans une maison.

Voici Behanana, hameau composé de six ou sept gourbis perchés sur un mamelon dénudé; ils sont habités par un poste de cavalerie qui garde la route. Je n'ai rien vu encore d'aussi mélancolique. " Si seulement on mu donnait un arbre pour mo distraire ! " me crie en passant le chef de poste.

La roule moule en lacets nombi-eux et nous gravissons des peutus raidos pour arriver jusqu'à Tsarasoatra (" Au.i Bons Souhaits »), où l'ou s'est battu il y a un mois. Dans ce village est campée une compagnie de chasseurs il pied .

Plus loin, sur un autre mamelon séparé du premier par une coupuii^ profonde, se trouve le grand parc aux voitures du relais d'étapes.

Nous arrivons vers 10 heures du matin au camp du Ponceau, ainsi nommé parce que le génie a jeté un petit punt sur le ruisselet qui coule au fond du ravin. L'emplacement sur lequel nous devons établir nos lonlos est couvert de grandes herbes saches qu'une section de lirailleuj-s baoussas, sous les ordi'es d'un sergent, est en train de faucher pour nous periiiellre do bivouaquer.

Nous ne sommes pas saus inquiétude sur le sort de uos bagages; la roule est bien accidentée el bien diflicile pour les voilures Lefebvre qui portent nos tentes; debout dans la brousse, nous regardons d'un œil mélancolique le long ruban rouge que nous venons de parcounr el sur lequel uous no voyons poindre aucune trace du convoi. Le soleil nous crible de ses rayons et il n'y a d'autre abri aux environs que deux pauvres gourbis d'herbes si'ches dont les dimousions sont dos plus exiguës. Le Général en chef en prend un et nous nous empilons dans l'anli-e.

L'après-midi se passe lentement à regarder de temps eu temps si nos ordonnances arrivent; ils nous rejoignent enfin vei-s les 5 heures du soir, ruisselants de sueur el absolument fourbus, pour avoir poussé toute la journée aux roues des voitures dans les passages difliciles. Nous leur donnerons un jour de repos demain ; sans cela, gare à la fièvre I

30 juillet. — Nous sommes au pied dos monts Bérilsoka. Le malm i[uaud j ou\n, ma lente le coup d'reil est joli. Au premier plan, notre camp avec ses petites maisons on loile blanche puis le ravin piofond dans lequel coule le ruisselet aux eaux claires dont le coure est marqué par um ligni d arbres xeris \u d-dà, à liane de coteau, le magasin des vivres avec ses lentes coniques, ses piles de (.aissLS ut dt lonueau\ plus loin encore, sur

L'EXPEl)rno^ de madagascah.

la croupe de deux ou li-ois monticules qui se succMunl, soiil les gourbis <Ies tirailleurs sakalaves, los lentes en bonnol do police d'une ballerie d'arlîllfiric dool les canons découpent sur le ciel leui-s silhouettes noires, enfin la inasfie sombre des mulels ot des voitures du train. Comme fond, les grandes montagnes du Bérilsoka, aux flanrs desquelles se dessine la route qui semble escalader le eiel.

31 juillet, — Au jour, nous commençons à gravir les pentes du Bérilsoka ; ces pentes sont raidoa, et il faut aider les pauvres mulets, qui a'ari'filenl de temps & autre, malgré les coups de fouet el les cris.

Vers 9 heures, nous nommes au sommet du massif et de là j'embrasse une étendue considérable : des montagnes dénudées, coupées de vallées profondes, s'entassent les unes sur les autres, donnant absolumonl l'aspect d'une mer en fureur dont les vafpies se seraient solidifiées tout !i conp. Pas un village dans cet immense chao» montagneux; à peine, au creux de quelques ravins, nn ou deux maigres bouquets d'arbres. Le spectacle est grandiose, mais pi-ofondèment triste.

Quel parti pourrons-nous donc tirer de ces immenses déserts remplis d'herbe sèche où nulle jwrt n'existe une trace dn la présence de l'homme*

Au sommet du Béritsoka, à 500 mètres d'altitude, une ambulance est installée, mi-parlic sons des lentes doublées de feuillage, mi-partie dans des gourbis assoi confortablement construits. Si des malades atteints de lièvre et d'anémie doivent se rétablir dans ce pays, c'est bien au sommet du ces hautes cimes constamment layées par les vents qui viennent des montagnes.

3 aoflt. — Le service des étapes par route vient d'fitre modifié pour obtenir le maximum de rendement avec minimum d'elfort possible.

Le nombre des gtles d'étapes a été augmenté de façon qu'ils ne soient pas écartés de plus de 25 kilomètres in de l'autre.

Chaque gîte est poun'u de deux échelons de voitures qui assurent la correspondance do la façon suivante : lous les matins, los deux échelons de chaque poste partent en sons contraire : l'un, chargé, vers l'avant; l'autre, idc, vers l'arrière; ils s'arrêtent à mi-route entre les deux gîtes el trouvent, l'un l'échelon précédent, l'anln! 'échelon suivant, qui viennent do la même façon à leur reneonlre. Les conducteurs d'échelons détellent leurs animaux, échangent entre eux leura voitures et reviennent à leur« giles d'étapes respectifs. Il résulte de ce procédé une sorte de mouvement de navelle entre les échelons, qui si'mble devoir diminuer beaucoup la fatigue dos allolagcs et des conducteurs.

Les malheureux convoyeurs kabyles el somalis commencent à ne plus tenir debout. Le métier qu'ils font est particulièrement pénible ot ils s'étiolent de plus en plus. Seuls les Sénégalais tiennent bon. Ce sont des hommes superbes, travaillant comme des nègres qu'ils soûl, toujours contents el prPts à tout. Ah ! si nous en avions davantage ! je suis sur que le commandement aurait moins do préoccupations. Son grand souci, c'est la voiture Lefehvre; malin cl soir elle est l'objet de conversations interminables entre officiers. Ira-t-elle jusqu'au bout malgré les difficultés du terrain, qui s'accentuent de plus en plusï Je croîs que le Général en chef commence à nu plus trop y compter.

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