‹ L'expédition de Rome en 1849, avec pièces justificatives et documents inéditsChapitre 10 sur 33 · UIS.T01KK · texte numérisé non relu

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lettre pour vos triumvirs ; j'y réclame le renvoi des deux cent cinqua'nte hommes qui ont imprudemment pénétré dans la ville. J'exige en outre qu'on mette immédiatement en liberté le lieutenant-colonel Leblanc et le capitaine Boissonet, qui ont été arrêtés à Rome, quoique parlementaires. Si ma réclamation n'était pas accueillie, je me verrais contraint d’user de rigueur envers les prisonniers tombés hier en mon pouvoir et envers la garnison romaine de Civita-Veccbia, que j’ai dû faire désarmer. » Quelques jours après, le demi-balaillon du commandant Picard, après avoir résisté aux mauvais traitements et aux séductions pour demeurer fidèle au drapeau, rentrait tout entier au camp, et le général Oudinol croyait devoir renvoyer à son tour aux Romains le bataillon bolonais de Mellara, qui ne s’était pas opposé à notre débarquement à Civila-Vecchia.

En résumé, lié par de telles instructions et mis en face de difficultés imprévues, le duc de Reggio fit ce qu’il put et ce qu’il devait. On lui avait dit qu’il s’agissait d’épargner aux Romains, par l’arbitrage de 1a France, le double désastre d’une explosion révolutionnaire annoncée comme imminente et d’une intervention absolutiste qui campait déjà à Albaiio ; il vint déployer ses baïonnettes en vue de la ville, et ce n’est pas sa faute si l’allié intérieur, sur lequel on lui avait donné le droit de compter, n’osa pas se montrer. On a vu que, de Gaëte comme de Rome, les informations et les conseils s’accordaient à le pousser vers le but de l’expédition. Ce but manqué, les uns lui ont reproché le temps perdu à Civita-Veccbia, les autres

DE L EXPÉDITION DE ROME EN IS itt. 185 une détermination précipitée. Que n’aurait-on pas dil si le général français eût reculé devant le déciTl de r.\ssemblée romaine qui mettait nos troupes hors la loi? Les instructions furent suivies à la lettre. Dès que l’on se crut appelé à Rome, on se mit en marche. Ac- «ueillie à coups de canon, notre armée pouvait-elle répondre en tournant le dos? Elle rendit bravement coup pour coup, comme si elle était là pour un siège, et se maintint toute la journée sous les remparts, malgré le désavantage de la position et l’insuflisancedes moyens d’attaque. Le soir venu, et le général en chef ayant ordonné de cesser le feu, notre petite colonne coucha sur le terrain du combat sans que l’ennemi eût osé faire mine d'aller la troubler, et revenait le lendemain matin établir ses avant-postes à Castel di Guido, qu’elle avait quitté vingt-quatre heures auparavant.

Ce campement, situé à trois lieues de Rome et à égale distance du petit port de Palo, qui fut mis en état de défense, offrait un double avantage ; d’une part, on pouvait espérer y attirer l’armée de Garibaldi et mettre lin à la campagne par un facile combat; de l'autre, on restait en communication assurée avec la mer pour attendre renforts et matériel, s’il fallait se résigner à entreprendre un siège en i*ègle.

CHA1MTRI-: V

Aflreuse situation de ritalie au printemps de 1840. — Impression produiir en France par la première nouvelle de la journée du 30 avril. — Derniers jours de la Constituante. — Attitude du gouvernement, ferme devani réroeule,embarrasséedevantl’Asscmblée. — RapiHu'ldeM. Senard. — Yole de blâme du 7 mai. — Graves incidents de» jours suivants. — lettre du président de la République au général Oudinol. — Ordre du jour du général Changarnier à l’armée de Paris. — Heureux effet de celle initiative de Louis-Napoléon, qui donne un chef au parti de l'ordre et relève le moral de l’armée. — Elle fut en même Icm^)» une première victoire d’opinion publique du président sur l’Assemblée. — I/approclie des élections du 13 mai déride le ministère à rester aux alTaîres malgré le vote du 7. — Envoi de M. de Lesseps à Rome. — Ses conférences avant de partir avec H. Odilon Barrot, le président de la République et M. Drouyn de Lhuys. — Ses instructions. — Son entrée à Rome. — Ses premières impressions favorables au parti de la résistance. — Armistice. — Premier projet d’arrangement non présenté. — Second projet repoussé par les triumvirs avec des lenteurs calculées. — Impatience de l’armée. — Arrivée au camp des généraux Vaillant et Thiry, désignés pour commander le génie et l'artillerie. — Conseil de guerre où Ton décide de ne pas accorder à M. de Lesseps la prolongation d’armistice qu’il demandait. — Instances du général Vaillant auprès du général en chef pour qu’il rom|>e tout ménagement vis-à-vis de cet envoyé. — Chargé d'aller porter luimême ces conseils à M. de Lesseps, le général Vaillant se rend à Rome sous le nom du docteur Finot, et avoue, en revenant, qu'au lieu d’avoir gagne . ce plénipotentiaire à son opinion, il craint d'avoir paru s’ôtre laissé gagner à la sienne. — Lettres à ce sujet entre le général Oudinot et M. de Lesseps. — Illusions prolongées de ce dernier. ~ Scène avec Mazztni au sujet des paquets de cigares envoyés à nos soldats, qui renfermaient de> proclamations incendiaires. — Jugement de M. de Lesseps sur Mazzini et sur l'état de Rome pendant sa mission. — Dernière tentative de M. de

IIISTOIKE DE l/EXI'ÉniTIO.N DE ROME EN 1840. 187

f^ssrps, acciieiiiic |>or In Consiiiuanlc romaine, rc|H>u$si'e avec iiuiignalion par le (^«'néral Oudinot. — Rappel cl désaveu de cel egent. — Ce qu’\^ faut pemer de sa rnissiml et de sa ronduilo- '

ConféroïKCs dç (laotc. — l'reniitiro séance, via .TOmarç, où la restaiirntior» du P*|)C est résolue cutu* la France, l’Cspagno, l'Aulriclic et Naples. — deuxième séance, du ü avril, ou la Fronre eliercho à se fsirc autbrisn* à agir seule. — Troisième séanctj le 15, où MM. d’Harcourt cl Rayncval déclarent ne |>as s’opposci û tVnlrèe du roi de Naples dans )4>s Élats'dirÉglise. — Quatrième séance, le ‘i7, sur In nouvelle de notre déliwqiie ment à (jvita-Yecchia. — Lecture d'un projet de tnanit'esie du Pape à se> sujets. — Cinquième sèawe. le 28, où l’on décide que le l*apC ne fér.« de proidamalion que lorsqu’il verra son autorité rélaLlIe. partout où au-, raient pénétré les armes éirangèrt*.'^. — Sixième séance, le '20 mai. — Vives réclamai ions des piiissniices contre la mission de M. de f^essepa.''

Nouvelle Assemblée et nouveau ministère en France. — - M. <le Corcclli* envoyé au camp avec pleins pouvoirs. — Positions «occupées par l*arnuM‘ fran<;aise. — Korlir»cati«*ns de Rome. — Noble résolution d’atlnqner la vüle par le côté le plus fort. — Travaux du siège. — Prise du Monte- Mnrio et de la villa Corsini. — Ridlctiu ridicule et bidique maladroite du général Garilwldi. — Dernière tentative du général Oudinot auprès du président de b Cousliluanle romaine pour épargner à Rome les calamités de b guerre. — Rrèclie dans les bastions 0 et 7 et b courtine qui les relie. — .Vssaiil sans coup férir dans la nuit du '21 au 22 juin. Rome n’a pas été bombardée. — Priisc «In bastion ii* H le 30. — î^a phtee demande à capituler.

I.e printemps de t849 mérite de rester marqué d<‘ noir dans rhistoirc de la Péninsule italienne. Partout, à l'es-sor généreux de 1817, à la fièvre guerrière de 1848 avait succédé le règne sinistre de la Révolution ou le Iriomplic implacable de la réaction, (le n’était pas assez du Piémont abattu à Novare, de Gènes en révolte bombardée par Victor-Emmanuel, de Brescia décimée par llapau, des duchés envahis et livrés aux conseils de guerre de rAutriche, de la Sicile à feu et à sang, de l'héroïque Venise bloquée sans espoir dans scs lagunes, de Rome enfin découronnée de la tiare et coiffée du bonnet phrygien; ce n’était pas assez pour la mallieureuse Italie

HISTOIRE

de se voir écrasée par rAIlemagne, menacée par la Russie, abandonnée par l’Anglelerre, il lui manquait d’attirer sur elle les armes de la France. Grâce à M. Mazzini, ce comble de l’infortune ne devait pas longtemps lui faire défaut. La résistance qu’il avait seul voulue et l’insuccès de notre première tentative posaient carrément la question. La guerre a toutes les fatalités d’un grand duel; il n’est pas rare de ne pouvoir l’éviter sans honte après l’avoir provoquée sans intention.

On ne connut d’abord en France les détails de la journée du ^0 avril que par les vanteries des corresjiondances romaines. Commentées avec un patriotique empressement par toute la presse révolutionnaire, elles formèrent irrémédiablement le fonds de l’opinion. En dépit des rapports officiels qui vinrent trop tard rendre aux faits leur portée véritable, le sentiment national resta profondément humilié. Des Français, s’écriait-on, battus par des Italiens, et pour une cause cléricale! Et l’on cherchait sur qui se venger de cette honte chimérique. Les élections générales étaient proches : des départements entiers votèrent d'indignation pour les candidats les plus ennemis du gouvernement, c’est-à-dire pour les socialistes. La majorité des voix de l’armée s’égara elle-même sur des noms indignes d’elle. Paris vécut, pendant deux ou trois semaines, dans les angoisses d’une bataille révolutionnaire qu’on voyait inévitable*. Criée

^ On SC fera une idée de in confiisioii de Tespril public pendant ceite première qiiinz:\ine du mois de mai 18i0, en relisant les noms des vin^t'huil représenlanls élus à Paris par le scrutin du 15. Les voici par ordre de

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à tous les coins de rue par les journaux, l’émeute se tenait en permanence dans les grands rassemblements d’ouvriers qui obstruaient l’avenue des faubourgs. Vingt fois elle marqua elle-même le jour et le terrain de la lutte, vingt fois elle rencontra l’épée tendue du général Changarnier, qui ne lui laissait d’autre alternative que de s’enferrer ou de s’avouer vaincue sans combattre.

La Constituante, il faut le reconnaître, était loin de venir en aide au gouvernement dans cette glorieus<“ défense de la société. Les derniers jours de cette assemblée ont fait tort à sa mémoire. Naïvement républicaine jusqu’alors, et socialiste sans le savoir comme la République elle-même, elle avait vu avec dépit le pays s’éloigner d’elle depuis le 10 décembre, et mettre autant d’ardeur à provoquer sa chute qu’il en avait mis un an avant à saluer son arrivée. Blessée de cet abandon qu’elle taxait d’ingratitude, la Constituante parut, en finissant, plus soucieuse de prouver son omnipotence que son patriotisme, et d’entraver 1e gouvernement que de décourager l’insurrection. Outre la masse des esprits honnêtes mais aigris contre la nouvelle présidence qu’elle renfermait, il y avait dans son sein une minorité démagogique qui visait à relever par elle le socialisme qu’elle

lufTrages obtenus : MM. Lucien Mural, Ledru-Roliin, Lagrange, sergent Boichot, Bedeau, Lamoricière, Dul'aure, Moreau, H. Passy, Victor Hugo, Félix Pyut, Yaviii, Lamennais, Bixio, Odilon Barrot, Tli. Bac, Ca^aignac, Wolowski, sergent Rallier, Coquerel, Considérant, Pierre Lcroui, Peupin, Garnon, Roger (du Nord), F. de Lasteyrie, Perdiguier, Rapatel. Le prince Murat, qui ouvre la liste, avait eu 134, ÏÎ25 voix; le général Rapatel. qui la termine, 107,825,

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avait vaincu et à remplacer les clubs qu'elle avait fermés.

Iæs dernieire événements d’Italie fournirent à ces deux fractions l’occasion de se réunir contre le ministère. A peine furent-ils connus à Paris que M. Jules Favre, rapporteur de la commission du 17 avril, vint se plaindre à grand bruit de l’expédition dont les crédits avaient été votés sur sa demande. L’Assemblée, suivant lui, avait été jouée. On avait promis que la République romaine ne serait pas attaquée par nos troupes, et le sang français venait de couler à flots sous les murs de Rome avec le sang italien. On avait dit que nous n’allious à Civita-Vecchia que pour nous opposer à l’invasion des États' romains par les Autrichiens, et nous venions de tenter par nous-mêmes, à notre plus gi-ande honte, l’œuvre de l’Autriche. Les détails propagés dans le public sur l’échec du 30 avril, donnaient à l’éloquence artistemenl courroucéè de l’orateur républicain un tragique retentissement. L’attitude embarrassée du gouvernement qui demandait , le temps de recevoir scs dépêches officielles, tandis que les correspondances privées circulaient de mains en mains sur les bancs de la gauche, assurait à l’opposition une facile victoire. Une commission fut aussitôt nommée pour aller au fond de ce grave débat, obtenir communication des instructions données au général Oudinot, et proposer une résolution à l’Assemblée. Les mêmes membres, à quelques exceptions près, qui avaient été désignés par les bureaux le 1 7 avril, le furent encore le 7 mai. Parmi les exclus figu-

DE LEXPÉDITION DE ROME EN 18 il». l'Jl rèrenl cependant M. Thiers, dont on avait appris à redouter la franchise à tout dire, et M. Jules Favre, dont le rapport allait servir de pièce principale à l’accusation.

Cette commission, qui se trouvait en grahde majorité composée de membres du tiers-parti, choisit pour son rapporteur M. Senard*. L’habileté normande de cet ancien ministre du général Cavaignac devait être d’aillcura bien autrement dangereuse pour le ministère que les ■colères extrêmes de la Montagne. Tandis qu’empruntant le plus mauvais langage de 95, on proposait de ce côté de tenir pour suspects tous les agents du pouvoir en lætte affaire, et d’envoyer des représentants du peuple en mission auprès du général Oudinot, le nouveau rapport se contentait d’inviter le gouvernement « à prendre sans délai les mesures nécessaires pour que l’expédition d’Italie ne fût pas plus longtemps détournée du but qui lui avait été assigné. ■ Ces résolutions moyennes sont de celles qui vont au tempérament des assemblées et qu’elle se plaisent à adopter. Faites pour délibérer, il est naturel qu’elles se prononcent, quand on les provotiue à agir, pour les actes qui se rapprochent le plus du ca> ractère indécis et changeant de la délibération. Que voulait dire cet ordre du jour de la commission? Quelle conséquence pratique entrainait-il? Allait-on prendre parti

' Les membres de la commission du 7 mai étaient MM. Freslon. (îrévy, Uouin, de Lamoricière, Dupont de Bussac, Lanjiiinais, Ro^er du Loiret], le général Suberrie, Chavoix, Coquerel, Diibodan, Svhœlcher, l'inmli baux, Alem-Roussean, Senard.

HISTOIRE

ouveiTeiiicnt pour une République qu’on avait eu le torl de vouloir renverser ’ Fallait-il abandonner toute idée d’intervention et se rembarquer sans venger l’injure faite à notre drapeau? M. Senard n'avait garde de rien conseiller : c’était au gouvernement à voir ce que sa responsabilité lui permettait de décider. En attendant, on le laissait dans cette cruelle alternative, de ne pouvoir ni faire avancer les troupes sans fouler aux pieds l'autorité de l’Assemblée ni les retirer sans affront pour notre honnedr militaire.

Toute cette discussion ne fut qu’une longue et perlide équivoque sur le vote du 17 avril. On oublia les incidents les plus significatifs du débat pour se rappeler seulement que M. lîarrot avait promis de n’aller à Rome que comme arbitre demandé. On oublia, par exemple, que M. Thiers, parlant après le président du conseil, avait dit hardiment aux membres de la commission : « Voyons ! voulez-vous la vérité? Êtes-vous capable de l’entendre? Eh bien, oui, nous allons à Rome ; oui, nous allons rétablir le gouveinement libéral de Pie IX. Préférez-vous que ce soient les Autrichiens qui s’en chargent ? Aimezvous mieux les pantalons bleus que les pantalons rouges? Voulez-vous voir vos amis traqués, fusillés, pendus ou bien placés sous notre sauvegarde et protégés dans leurs personnes et dans leurs biens? Pensez-vous qu’il y ait autre chose à faire que de ramener le Pape à Rome? El quoi, par exemple? la guerre pour soutenir la République romaine ? Venez le demander à la tribune ! je vous en défie ; vous n’avez pas même osé nous proposer

DE L'EXI'ÉDITIO.N DE HOME EN I84f». I93

de reconnaître ce gouvernement , tant vous le sentez impossible et perdu ! » On jugea plus opportun de ne rappeler de ce qui s’était passé dans la commission que les paroles arracdiéesau chef du ministère et consignées dans celte phrase du rapport ; « La pensée du gouvernement n’est pas de concourir au renversement de la j épuhlique qui subsiste actuellement à Rome. » En vain M. Barrot fit-il remarquer pour sa défense que l’autorisation qu’on lui avait donnée de débarquer de vive force à Civila-Vecchia ne prouvait pas que l’on tint pour inviolables ni le territoire ni le droit du gouvernement romain. En vain essaya-t-il de prétendre qu’il était assez naturel de conclure de cette première ville on l’on avait été si bien reçu, à la capitale où nous nous savions appelés par la population. En vain M. Flocon avait-il trahi le secret de la défense de Rome, lorsqu’il s’était laissé malhabilement entraîner à lire à la tribune celle phrase d’un de ses correspondants : Rome est occupée par des aventuriers de toute sorte qui pourraient bien prolonger la résistance '. Et cette république d’aventuriers, avionsnous jamais reçu ses envoyés, avions-nous congédié le nonce du Pape? Quand celle conduite avait été reprochée au gouvernement par M. Ledru-Rollin, l’Assemblée lui avait-elle demandé d’en changer? Étaient-ce donc là les

* Le correspondant du Timex, qui n’avait pas plus de raison que celui de M. Flacon pour se prononcer en faveur de l'intervention française, écrivait aussi le 12 mai : < C’est Garibaldi qui a voulu et engagé la résistance, malgré deux triumvirs. Sa violence a prévalu sur leur influence et leur bon sens. Le condottiere, posté i San Antonio, à un mille de Rome, fit îeu sur la colonne française et se retira tirant toujours, a

MIS roi l\ K'

termes ordiiuiires d’une stricte neutralité, et la cuiiimission pensait-elle (lu'il fiU possible de rester tiu jour de plus dans les Étals de l’Église où nous étions entrés par oixlVe de l’Assemblée, sans prendre fait et cause pour ou contre la république romaine? Tant de bonnes i-aisoiis devaient rester sans prise aucune sur une majorité prévenue. Pour s’étre donné par timidité les torts de la dissimulation, le gouvernement allait subir le blâme non-seulement de ses adversaires naturels, mais d’une foule d’esprits sincères et modérés qu’il eut ralliés par sa franchise. Trois cent (luarahte-buit voix contre deux cent quarante et une adoptèrent l’ordre du jour de la commission. La Montagne accueillit au cri de Vive la Hépuhliqite! ce vole de défiance, qu’elle eut voulu changer dès le soir même en vote d’insunection.

Les séances des jours suivants ne tirent qu’aggraver nue situation déjà si mauvaise. Les incidents naissaient les uns des autres comme les complications dans les maladies (jui doivent mal finir. Coup sur coup on vint dénoncer à la tribune une lettre du Président de la République angénéralÜudinot,oùil était difficile dene pas voir nn défi aux résolutions de l’Assemblée, puis un refus du général en chef de l’année de Paris de déférer aux réquisitions militaires de la questure, puis une proclamation de ce même général mettant la lettre de Louis-Napoléon à l’ordre du jour de sa division.

C’est de celte lettre à la fois hardie comme une provocation et habile comme un calcul, qu’on s’est longtemps autorisé pour prétendre que le Président de la République

IIK L’KXI’KDlïlON llK HU.MK K.X UÜt.

jivaif décidé rexpédilioii do Rome en dépit de l'Assem- Idée. Confusion. sans doute involontaire et qu'il appai’ liondi'ait précisément à ceux qui la propagent de rectilicr il'autorifé ! « Si l'Assemblée législative ne voulait point le rétablissement du Pape, disait hier encore le rapporteur de la première adresse votée par le Corps législatif, le Président de la République le voulait, son ministère le voulait aussi, et je le rappelle à l’iionneur de l’un et de ràutre! » Il y a beaucoup d’erreur pour un peu de vérité dans cette tranchante a flirmalion. Ce que le gouvernement du Prince-Président a fait il y a douze ans en Italie, c’est à l'Iiistoirc contemporaine à le dire,. sauf à l’avenir à déciilersi cette politique avait alors ses intentions comme elle a aujourd'Inii ses conséquences.

Arrivé au pouvoir dans les premici’s joiii’s de la fuite du Pape à Gaëte, Louis-Na|>o!éon ne pouvait songer iii à soutenir à Rome le parti démagogi(|ue, qu’il avait mission de combattre en France, ni à cordinuer 1 expédition du général Cavaignac cx)ntre laquelle il avait voté le •jO novembre. Le règlement des affaires italiennes par le l’iémont lui parut, ainsi qu’à la majorité de son conseil, la meilleure et la plus française des solutions. Après Xovare, qui mettait le Piémont hors de cause du moins |KHir quelques années, il demanda personnellement que la guerre contre l’Autriche fût reprise par la République française au prolit de la monarchie sarde. Enlin, lorsque les diplomates de Gaëte eurent définitivement engagé

' yimiUeur Un ‘22 mars 1861. Discours de M. Granier de Ciissaemic.

HISTOIRI-:

les puissances catholiques contre le gouvernernenl de

Mazzini, l'opinion qui prévalut dans les conseils de l’Ê-

— lysée fut que la France devait se luUer d’aller* occuper les Étals de l'Église avant les Autrichiens. «Tôt ou tard,

-j fut-il dit, nous aurons à combattre l'Autriche en Italie; toutes les positions que nous lui laisserions prendre aujourd'hui seraient donc prises contre nous, et à reprendre un jour. Allons nous en emparer avant elle ! Fiie fois établis à Civita-Vecchia,nous dominerons l'Italie centrale, et rien ne se passera à Rome sans notre agrément.»

Sans doute on aurait tort de prétendre que la pensée de la restauration duPape fiilabsenle de ces divers plans.

moins (ie se prononcer pour le triumvirat, il n'y avait pas en ce moment d’autre solution possible de la question romaine; mais elle n’apparaissait qu’en seconde ligne,

-f' comme un dénouement imposé et qu’on se réservait d'ailleurs d’entourer de conditions et de restrictions dont on ne prenait aucun souci de dissimuler par avance les formules impérieuses.

11 était clair que le vote de l’Assemblée qui interdisait (le donner suite à l’attaque du 50 avril, mettait à néant tout projet d'intervention. En outre, nos soldats venaient d’étre reçus en ennemis , noire honneur militaire était en jeu, et le Président avait raison de déclarer qu’il ne souffrirait pas qu'on lui portôt la moindre atteinte. On loua unanimement ce vif mouvement de susceptibilité

— patriotique qui fera toujours oublier au.\ Fratiçais le plus vulgaire souci des formes constitutionnelles'. C'était

^ Voir aux pièces celle lettre du Prince PréMdent au général Oudiiiut.

DE L’EXPf: DITION DE ROME EN 1 8 40. , h 7 l)îpn en effet coiilre la délib<^ralioii de l'Assemblée du 7 (|iie le Président de la République ne craignait pas d’engager le 8 son initiative personnelle. La force était en ce moment au pai ti de l'ordre : en lui prêtant un langage mâle et décidé, Louis-Napoléon se plaçait définitivement à sa télé. Du premier coup il venait de dépasser son ministère, qui n’avait pas osé parler, et de venger le sentiment national, qui n’est jamais distinct en France du sentiment militaire. « Celte lettre, disait l'ordre du jour du général Changarnier à la garnison de Paris, doit fortifier rattachement de l’armée au chef de l'État, et elle contraste heureusement avec le langage de ces hommes qui à des soldats français placés sous le feu de l’ennemi voudraient envoyer pour tout encouragement, un désaveu. »

Aussi, lorsque M. Odilon Barrot, dansl’honnéte naïveté de ses habitudes parlementaires s’écriait que cet acte du Président, non revêtu du contre-seing ministériel, n’était pas même un document politique, on aurait pu lui répondre qu’il était au contraire très-politique, et d’une politique qui finirait par dominer la sienne. Entre la lettre au général Oudinotel la letli e au lieutenant-colonel Ney, -|qui devait la suivre à quatre mois d'intervalle, il est facile aujoui'd'hui de signaler tout à la fois une différence et une ressemblance. La différence, c’est que l’une servit courageusement la cause de l’intervention française en [ faveur du Pape, et que l’autre, hélas! la compromit irre- | médiablemeut. La ressemblance, c’est qu’elles marquèrent l’une et l’autre une victoire d’opinion publique rem-

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porlêe sur une Assemblée par le nom du héros de bi iimaire : en mai, contre une majorité révolutionnaire; eu septembre, contre une majorité conservatrice.

Si rapprochée qu elle fût de sa fin, la Constituante n eu restait pas moins investie d’un redoutable et légilinu* pouvoir. Les meneurs de la commission avaient espéré que. devant une manifestation décidément hostile, le clicl de l’ancienne opposition parlementaire, devenu ministre, ne saurait que se retirer. C’eût été en effet le seul parti à prendre si la session avait dû se prolonger au delà de quelques jours. Mais on était à la veille du 15, date fixée pour les élections de la Législative, et, malgré les objurgations de M. Jules Favre, qui trouvait la persistance tlii ministère à garder ses portefeuilles au moins aussi iaconstitutionnellc que l’attaque de Rome, M. üdilon Barrot comprit qu’il était de son devoir de ne pas abandonner le Président en face de cette grande épreuve. Tout permettait de présager qu’elle serait favorable à la cause de l’ordre. On se résigna donc à laisser dire et laisser faire une Assemblée déjà condamnée par le pays. Lui obéir strictement ne semblait d’ailleurs ni plus prudent ni même plus facile. Qu’avait-elle ordonné et que fallait-il essayer pour la contenter ? Fidèle à son invariable tactique, le tiers parti s’était borné à blâmer ce qu’on avait fait sans indiquer ce qu’il y avait à faiie, et comptait sr réserver pour l’avenir le bénéfice de celle commode sitnalion. L’armée devait-elle avancer? non; reculer? pas davantage! Quel parti prendre alors? Évidemment rester on place et négocier. Le gouveineinent vint donc an-

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iioiicci' à la Irilninc qu’il envoyait à llonio un jilénipo- Iciitiaire dont le nom seul était une garantie pour le.‘^ amis de la liberté;, et que M. Ferdinand de Lesseps emportait pour commentaire de ses instructions le Motiiteur du 8 mai.

Cet agent diplomatique paraissait heureusement choisi pour une mission où la fermeté devant des situations c.\trème risquait de n’être pas moins nécessaire que l'iiahi- Jetéà manier les hommes. Consul de France à Barcelone sous le dernier règne, M. de Lesseps s’était fait le plus grand honneur par son courageux dévouement à ses fonctions pendant le bombardement de celte ville, et avait mérité de compter parmi les principaux auteurs de l.i cluite d’FiSpartero. Le trouvant ainsi tout désigné par sa popularité non moins que par ses opinions de famille, le gouvernement provisoire l’avait nommé à l’ambassade de Madrid. On racontait aloi*s que M. de Lesseps, qui voulait bien la République en France mais non la propagande révolutionnaire en Europe, avait franchement expliqué, avant d’accepter, qu’il n’entendait servir auprès de la reine Isabelle que la politique consenatrice et modérée du général Narvaez. Remplacé à la cour d’Esjpagnc par le princé Napoléon, qui n’y parut quelques jours que poui se faire rappeler, il attendait à Paris le moment d’aller prendre possession de la légation de Berne qui lui avait été promise. On devait croire qu’une carrière diplomatique commencée à Lisbonne sous la Restauration et passée presque tout entière dans la péninsule ibérique, avait valu à l'ancien ettnsul de Barcelone l’expérience des

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révoliilions en même temps qu’une parfaite connaissance (les populations méridionales. Son empressement à se rendre au désir de M. Itarrot, auquel il offrit de partir dans deux heures, sembla justifier toutes les espérances que le chef du cabinet avait placées en lui. Le môme jour il voyait le Président, qui le priait de revenir à 1 Élysée quand il aurait reçu ses instructions de M. Drouyn de Lhuys. M. de Lesseps ne pouvait manquer de déférer à cette invitation. Dans ce second tête-à-téte, qui se prolongea fort avant dans la soirée, la question italienne, et notamment la question romaine, dut être traitée à fond entre les deux interlocuteurs. Les instructions écrites, que Louis-Napoléon trouva peu explicites ', furent naturellement élargies par les instructions verbales. La recommandation sur laquelle on insista principalement fut d’éviter à tout prix que nos troupes fissent dans aucun cas cause commune avec les troupes de l’Autriche, de l’Espagne et de Naples. Le ministre des affaires étrangères, qui attendait le nouvel envoyé extraordinaire au sortir de cette conférence, tenant à le voir lui-même monter en voiture, lui ayant demandé dans quel sens il se croyait autorisé à interpréter ces mots du président : A tout prix. « Dans leur sens le plus large, répondit M. de Lesseps, en attendant de nouvelles directions*!... »

Quoique trop peu explicites, comme l’avait justement remarqué le Président de la République, les instructions de ce nouvel envoyé marquaient un progrès sur celles du

' Mémoire pri'-entéau conseil .l'Él.il, par M île lesseps. (Voir anx pièces.)

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