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générai Oudinot. L’étal de la question était mieux exposé, letulà poursuivre moins\agucment indiqué. Soi/stroire/fs Etats de t Eglise à l'anarchie qui les désolait, n'était-ce pas condamner à mort la République romaine? Empêcher que le rétablissement d'un pouvoir régulier ne fût attristé et même compromis dans l'avenir par une aveugle réaction, n'était ce pas, en langage diplomatique, annoncer la restauration du Pape et en préparer les voies et moyens? D’ailleurs, si les dépêches remises à M. de Lesseps disaient mal ce qu’il avait à faire, elles disaient clairement ce qu’il avait à éviter. Deux écueils lui étaient signalés ; donner à croire au triumvirat qu’on le tenait pour un gouvernement accepté; laisser craindre au Saint-Siège qu’on ne fût disposé à faire bon marché de son autorité. Nous avons tout lieu de croire que ces heureuses modifications avaient été inspirées au ministre des affaires étrangères par nos diplomates de Gaële, qui ne pouvaient dissimuler dans leur correspondance le fâcheux effet produit | sur le Pape et sur la conférence par l’indécision de notre attitude et le vague de notre langageà Civita-Yecchia. Sans doute, le Prince-Président cédait à un sentiment tout patriotique en exigeant que noti-e action militaire ne fût en aucun cas confondue avec celle de l’Autriche, de l'Espagne ou de Naples, qui se portaient comme nous au secours du Pape; mais il nous semble que la recommandation écrite par .M. Drouyn de Lhuys, de ne rien faire qui pût prêter appui à la révolte et réveiller les susceptibilités de la cour pontificale allait plus au vif de la question. Après tout, nous siégions à Gaëte à côté de ces puissances, dont il
IIISTontK
fiillail éviter lo ((mlacf, et e'élail à rexécutioii d'une irsoliilion prise en commun que nous devions procéder isolément. Les instructions concluaient en lappelant à celui qui avait voulu s'en charger, que la bonne entente constante avec MM. d’Harcourt et de Itayneval non moins qu’avec le général en chef du corps expéditionnaire, lui était demandée comme absolument nécessaire au succès de l’eid reprise.
C’est avec cette mission (jue M. de Lesseps partait de Paris, dans la nuit du 8 mai. Le 15, il descendait au quartier général de Castel di Guido, conférait, en passant, avec le général Oudinol, et se mettait en route pour Rome, accompagné de M. de la Tour-d'Auvergne.L’entrw du plénipotentiaire français dans cetic ville qui avait repoussé nos soldats quelques jours avant, était faite I pour frapper une imagination moins excitable que la i sienne. En avant, comme dans l’intérieur de Rome, les chemins étaient coupés par des fossés, obstrués de barricades, jalonnés de poteaux où se lisait, au milieu de grossières imprécations contre notre gouvernement, l’aiticle 5 de la Constitution ; « La République française respecte la nationalité de tous les peuples. » A chaque instant des bandes armées arrêtaient la voilura et menaçaient de faire feu si elle persistait à voiiloii' avancer. Il fallait descendre, produire ses pièces, raisonner avec des forcenés et se protéger contre les coups de fusil en arborant dans les mains du cocher le drapeau blanc parlementaire. Le lendemain, une suspension d'armes ayant été - convenue, Garibaldi sortit de nuit par la porte Saint-Jean
ItK l/KXI'Klin u».\ liK riOMK EN I X l».
(Ii‘ Latruii, pour aller lui cer les Napolitains à rcpass»'i leurs frontières. Ce premier elTel de la mission de M. de Lesseps était déjà contraire à nos engagement, de Caëte. Que nous eussions refusé d'agir contre Mazzini de concert avec le roi de Naples, c’était l'ordre absolu du Pi'ésidaiti mais conclure,, gans l’en prévenir en temps utile, un armistice .avec l’ennemi commun et l’exposer ainsi à, se laisser surprendre par toute une armée qu’il devait croire retenue derrière les murs de la ville, c’était assurément moins d’un allié que d’un advei’saire Ce départ nocturnedes assiégés, que nous rendions libres pour- (|uelques joui’S, n’en fut pas moins une grande scène patriotique aux flambeaux, avec les cris de la foule, les bénédictions des moines, les transports frénétiques des femmes, à faii-e croire àM. de Lesseps qu'il se trouvait en face de toute une population debout et en armes contre l’étranger. Grâce à l'inaction forcée de nos soldats et à la haine traditionnelle des Romains pour les Napolitains, il y avait certainement autour du triuinvii'at plus d'entrain et plus de gens dispost's à se battre qu’axant le 50 avril. Ün peut dire que la ville éternelle était depuis ce jour à la République comme Paris l’avait été lui-méme au lendemain du 21 féviier. L’événement avait donné raison au parti de la violenœ, et la masse elfrayée
* « Le roi <k? Naples ne ra'o pas luissû ignoicr, iVrivail plus Uni le général liudinol en revcMiuil de Gaêtc, que la trêve conclue par M. de Lcssep> l'avail mis dans un grand cinlKtrras, en le laissant seul ex|H>sé uui efl'orts d'un ennemi commun. Tuulclois il n'a jamais accusé ni l’armée ni le goiiverncmciil français. Il sait toutes les diflicultés que nous avons eu à surmonter et applaudit au .-‘uccc’S obtenu devant Boiiie. b (l e eéiiénil Oiidiiioi an iritnistre des alfaires étrang» res. iO aoftl 1849 .
HISTOIRE
ou séduite ne songeait pas à lui défendre de s'intituler le peuple souverain et de régner en son nom. « La ville est en armes, lisons-nous dans les notes on M. de Lesseps consignait chaque jour ses impressions personnelles, des barricades et des moyens de défense partout, la résistance sera générale » Puis.il s’étayait de l'opinion
conforme de M. Freeborn, consul anglais, de lord Napier et d’un capitaine de bâtiment de guerre américain, sans paraître se douter qu’un représentant de la France chargé de soutenir les droits du Saint-Père aurait pu prendre ailleurs ses informations et ses conseils.
Notre envoyé extraordinaire était arrivé à Rome et peut être parti de Paris avec un projet d’arrangement ainsi conçu :
« Aiiticle enEMiER. .\ucune entrave ne sera plus apportée par l’armée française à la liberté des communications de Rome avec le reste des États romains.
v< Art. 2. Rome accueillera l’armée française comme une armée de frères.
« -Art. 3. Le pouvoir exécutif actuel cessera ses fonctions. 11 sera remplacé par un gouvernement provisoire composé de citoyens romains et nommé par l’Assemblée nationale romaine, jusqu’au moment où les populations, appelées à faire connaître leurs vœux, se seront prononcées sur la forme du gouvernement qui devra les régir et sur les garanties à consacrer en faveur du catholicisme et de la papauté. »
Cette rédaction, qui faisait si lai ge la part des concessions, puisqu'elle subordonnait l’avenir de la papauté
1»K L EXI-ÉItITION DE ROME EN 1849.
aux décisiuiis du suffrage universel romain, n'obtint pas même les honneurs de la discussion. La résolution manqua à notre chargé d’affaires pour dire en face à M. Mazzini qu’il fallait céder le pouvoir et même renoncer à le reprendre desitôt, puisque l'art. Savaiteu soin de restreindrt' le choix de l'Assemblée aux seuls citoyens romains. L’impossibilité de rien espérer de la population lui apparut en même temps que sa propre impuissance à rien obtenir du triumvirat. Au lieu de gens disposés à s’entendre avec une puissance bienveillante et désintéressée comme était la Krance, il ne voyait autour de lui que d’intraitables sectaires fanatisés par un premier succès et qui mettaient en avant, comme argument diplomatique d’une nouvelle espèce, la ruine prochaine, par l’émeute ou parles élections, du pouvoir qu’il venait représenter auprès d’eux.
Le prince deCanino avait même affecté, en pleine Assemblée, de l’isoler, lui républicain, d’un gouvernement réactionnaire et condamné à périr sous peu de jours.
Si telles étaient les dispositions que notre envoyé rencontrait à Rome, celles du camp n'étaient pas plus rassurantes. On n’y parlait que d’aller chercher au plus tôt sous les murs de la ville la revanche du 50 avril, et la mission pacificatrice de M. de Lesseps n’avait trouvé au quartier général que l’adhésion du devoir qui se résigne. Ainsi, des deux côtés, l’ancien consul de Barcelone se ^ sentait vaincu avant de combattre; mais nous regrettons — p d'avoir à ajouter qu’entre notre armée et la République romaine, l’une ayant son honneur à venger, l’autre son existence à défendre, il laissait voir dès le premier jour
III s Tl II 11 i;
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(|iTil peiicliait à se prononcer pour la seconde. Le piojel (jn’il avait apporté fut en effet modifié par lui-niôme en ces termes :
« AnTicLE PREMiEit. Lcs États romains réclamcnf la protection fraternelle de la République française.
« AiiT. 2. Les populations romaines auront le droit de se |irononcer librement sur la forme de leur gouvernement.
« Aht. 5. Rome accueillera l’armée française comme une armée amie. Les troupes frauçuises et romaines feront conjointement le service de la ville. Les autorités rcmain es fonctionneront suivant leurs attributions léfiales. »
L est avec une intention bien urrètée, écrivait en même temps M. de Lesseps à M. Drouin de Lhuys, que j’ai changé l’ai-licle 3 du projet d’arrangement... J’avais jugé, apres un mûr examen, qu’en maintenant cet article tel qu’il était d’abord, nous rendrions impossibles dès le début nos tentatives de conciliation *. »
Mais ces changements eux-inémes ne devaient pas faire avancer d'un pas une transaction qui offrait d’autanl moins de chances de réussirque nousnous montrions plus disposés à l’acheter par des concessions. Trois députés, MM. Sturbinétti, Audinot et .\gostini, avaient été chargés par la Lhamhre de se mettre en rapport avec notre envoyé. Les deux premiers ne semblaient pas devoir èire éloignés d’entrer dans nos vues, car ils avaient appartenu au parti constitutionnel qui s’était honoré en protestant conlre l’établissement de la République. M. Mamiani, leur
* M. tic il M. le ininislre «les tilTnirts clrangcre^t. I)cpci;ltc «lu
*J2 mai).
Dfc L EXI’ÉDITION bE HOME EN 18 il». 207 iiiicien clief démissionnaire, crut même l'occasion propice pour remonter en scène, et tenta de se rapprocliei’ de M. de Lesseps. Il ne parait pas que ces avances, fort timides toutefois, aient été accueillies comme elles auraient dû l’être. Leur inriportance présente était minime sans doute; celle que les événements pouvaient d’un jour à l’autre leur donner était à considérer. Assurément notre négociateur avait droit de répondre au ministre de Pie IX (jui avait précédé et suivi aux affaires l’infortuné Rossi ; « Je cherche ce qui représente la force de l’opinion publique; vous avouez ne pouvoir rien par vous-même en ce moment, je ne dois donc pas m’appuyer sur vous'. » Mais n’était-ce pas, d’autre part, se livrer sans alliés à la merci de ceux qui tyrannisaient l'opinion, et n'eût-il pus été plus habile, dans tous les cas, en gardant pour soi cette Irès-juste appréciation des hommes et de la situa-' (ion, de relever le courage d’un parti parlementaire rival de la faction dominante, et de tenir Mamiani eu réserve contre Mazzini’? ÎN’ous n’avions pas suivi d’ailleurs d’autre jKditique à Rome depuis que le duc d'Harcourt avajt rejoint le Pape à Gaëte. M. .Mercier, envoyé aux constitutionnels romains quelques jours avant notre descente à (avita-Vecchia, était parvenu à s’entendre avec eux sur tout un programme de gouvernement pontitical restauré, sauf deux articles qui lui avaient paru inacceptahles : le jury en matière de délit de presse, et l’alliance offensive et défensive de la papauté avec tous les États de la Pé-
* Képuusû <le M. üo Lesseps nu miiiislèrc el nu coiisuil irFàlitl, p. I-K
ninsule. U y a\ail doue de ce côté, sinon beaucoup à espérer, du moins quelque chose à essayer.
M. Mazzini n’ignorait rien de ces négociations (|ui le menaçaient personnellement, et n’était pas sans avoir pris ses précautions contre les délégués qu’il avait laissé nommer. Ces délégués ne pouvaient rien accepter, rien refuser, rien proposer. Leur mandat se bornait simplement à prendre note des ouvertures qui leur seraient faites, et à venir en référer à l’Assemblée. Ainsi, en face d’un négociateur chargé des pleins pouvoirs du gouvernement français, la République romaine ne mettait que des commis aux écritures. Au lieu de traiter directe- I mentavcc l’autorité, M. de Lesseps était condamné à per- — dre ses paroles dans un porte-voix dont Mazzini tenait
' l’autre bout, et qui ne transmettait la réponse qu’aprés des délais toujours calculés. C’est ainsi qu’on ne refusait que le 19 rarrangement proposé le 10, et qu’on annonçait le môme jour une autre proposition immédiate, qui n’était pas encore formulée le 2‘2.
Cependant, l’impatience de l’armée croissant d’heure en heure, le général Oudinot pressait .M. de Les.seps de ne pas se laisser jouer plus longtemps et d'en finir par un «/fimalum à court terme. Une dépêche • télégraphique, partie de Paris le 10 mai, après avoir renouvelé au général en chef la défense de combiner ses mouvements avec ceux des Autrichiens et des Napolitains, ajoutait :
« Tâchez d’entrer à Rome d’accord avec les habitants, ou. si vous ôtes contraint d’attaquer, que ce soit avec les chances de succès les plus positives. » Le 19, les généraux
Vaillant et Tliiry, désignés pour prendre le couiinandeiiient du génie et de l’artillerie, arrivaient au camp. L’envoi de ces deux officiers généraux, renommés dans leur arme, prouvait assez que le gouvernement français comptait sur un siège plutôt que sur un accommodement. Un conseil de guerre, foriiié de tous les chefs de corps, avait décidé à l’unanimité que l’armistice accordé aux instances de M. de Lesseps ne devait pas, comme il le demandait, être prolongé jusqu’au retour de M. de Latourd’.Viivergne, qu’il venait d’envoyer en France. Il importait, en effet, à la dignité et au moral de l’année qu’elle reprit de suite sa liberté d’action.
Un incident peu connu jusqu’à ce jour vint confirmer le duc de Heggio dans sa résolution de s’en tenir à l'avis du conseil de guerre sans plus écouler aucune proposition. Le général Vaillant, parti de Paris plusieurs jours après le vote du 7 mai, était venu le prévenir que les — idées du gouvernement s’étaient sensiblement modifiées, et qu’une plus longue condescendance pour les essais de transaction de M. de Lesseps, perdrait à coup sûr le chef qui ne craindrait pas d’en prendre la responsabilité. L’opinion du commandant en chef du génie aurait eu en toute circonstance une grande valeur aux yeux du général Oudinot; nous savons depuis le décret du H décembre 1851, qu’elle en avait une toute particulière aux yeux de M. Vaillant lui-mème qui était nanti de pouvoirs secrets pour remplacer celui auquel il portait de si pressants conseils*. Pour toute réponse, le général en chef lut à son
’ Voir.iux pièces le ilécrcl dii 11 ilèicmbre I8.M, qui ii révélé ^exi^lellcc
compagnon d’armes une lettre écrite à M. de Lesscps au sortir du conseil de guerre et dans laquelle il lui faisait savoir qu’il fallait immédiatement à l’armée ou une satisfaction à l’amiable ou le droit de la chercher par les armes : « Vos paroles, ajouta-t-il, ne pourraient que compléter heureusement l’effet de cette déclaration, et vous rendriez un vrai service au corps expéditionnaire si vous alliez répéter à M. de Lesseps ce que vous êtes venu me dire. » Le général Vaillant ayant objecté qu’il n’était pas facile d’entrer à Rome, et que le général Oudinot le savait mieux que personne, celui-ci n’hésita plus à donner à son subordonné l’ordre de se rendre de suite auprès de M. de Lesseps, afin de confirmer énergiquement le contenu de sa lettre du matin. Justement, une voiture du quartier général était attelée pour ramener à Rome le docteur Finot, autorisé, comme chef du service médical de l’expédition, à visiter nos blessés dans les hôpitaux de la ville. L’envoyé du général en chef y monta, habillé en bourgeois, avec la lettre de passe du docteur, et partit sans désemparer.
Que se passa-t-il pendant cette nuit entre le général Vaillant et M. de Lesseps? Nous l’ignorons; mais il est à ' croire que lé soldat se laissa influencer par le diplomate, et qu’il ne sut pas parler à Rome comme il avait parlé dans le camp. C’est du moins ce qu’il faut conclure dé la lettre suivante, que le général Oudinot écrivait le lendemain sous les yeux deM. Vaillant, empressé de revenir sur
de celle pièce, la réponse du général Oudinot, datée de la prison du M. nl- Valérien, el une IcUre deM, Odilon Barrot.
ses concessions de la nuit : « Vous êtes, monsieur, très- séduisant; personne ne lésait mieux que moi. Le général Vaillant a, lui aussi, été sous le charme en tous écoutant. Mais, à la réflexion, il reste très-convaincu que le statu quo auquel nous nous condamnons est funeste et porte la plus grave atteinte à la dignité et aux intérêts de la France, non moins qu’à l’honneur militaire... En résumé, déclarez aux triumvirs que puisqu’ils n’ont point adopté les bases de votre proposition, la suspension des hostilités est rompue. A’oilà ce que, dans votre intérêt, dans l’intérêt de l’armée, dans l’intérêt de la France, BOUS vous prions de faire sans plus de retard. Le général Vaillant craint de ne vous l'avoir pas dit assez; mais en ce moment je suis son interprète et celui de tous mes compagnons d’armes. »
M. de Lesseps, au comble de l’étonnement, répondait ^ aussitôt : « Aujourd’hui j’ai envoyé à Paris par M. de Latour-d' Auvergne un rapport général que j’avais discuté avec vous hier et contre lequel en définitive vous ne m’avez pas fait d’objections. Le général Vaillant ne m’a pas plus fait d'objections que vous-même lorsqu’il est venu conférer ' aveemoide votre part, et vraiment je ne comprendrais pas pourquoi il y aurait d’hier à aujourd’hui un changement de front aussi complet que celui que m’annoncent vos lettres successives... ‘
.Vinsi, M. de Lesseps avait commencé par obtenir du général en chef que la suspension d’armes serait pro-
' M. Je Leueps au général Oudini>(. 23 mai 1849. (Mémoire au conseil d'État, p. 36],
üli IIISTUIRK
longée de tout le temps nécessaire pour recevoir du gouvernement la réponse à son rapport. Éclairé par hi discussion du conseil de guerre et provoqué, à rompre tout pourparler par les insistances du général Vaillant, ,1e duc de Reggio avait chargé cet officier général lui-même d’aller répéter à M. de Lesseps que le terrne extrême des concessions était atteint et qu’il n’y avait plus quà dénoncer la fin de l'armistice. Or, M. Vaillant venait de rentrer au camp, forcé d’avouer qu’il n'avait rien fait, el regrettant amèrement de n'avoir rien dit J. ,
M. de Lesseps ne tarda pas à y transporter lui-méroe sa l'ésidence. Le séjour’de Rome n’était plus ni convenable ni sur pour notre envoyé. On l'avait menacé jusque dans son palais du sort de Rossi. Voyant un soir sa voiture arrêtée parla populace qui hurlait des cris de mort, il avait dû mettre pied à terre avec son secrétaire et- rentrer chez lui le pistolet au poing. La terreur inspirée pai' les aventuriei-s accourus depuis le 50 avril de tous les points de l’Italie, tenait lieu d ordre public dans celle malheureuse ville, où régnaient, d’après les triumvirs, la sécurité la plus parfaite, le gouvernement le plus accepté, la République la plus unanime. Le consul anglais lui-même, qui ne cessait d écrire a lord Palmerston
' *NüUs voyons cepemitml, par un rapport du gonérnl VnillaWt nu ministre de in guerre, du 2 juin, que celle visite à Rome ne fut^pa* complètement imilile nu corps expéditionnaire. I/linbilc commandant du génie avait pu s'assurer que la seconde enceinte, dite Aurélienné, avait été mise en étsl de défense. On assure même que ce fut une occasion de rapporter au camp un plan complet de la ville, qui, chose inouïe, aurait manqué Jusque-là aqx op'rations de rnrniée assiégeante.
n’avait jamais vu Rome plus tranquille cl mieux admirtislrêe, ne dissimulail pas plus que M. de Lesseps ses craintes de pillage et d’assassinat. Un de nos olïiciers d’élàt-major en mission à l'ambassade française, ayani été un jour lui rendre visite, trouva le grand escalier de son hôtel barricadé < omme les rues. Assurément ces barricades-là n’étaient pas destinées à repousser rennemi qui campait sous les remparts! En outre, les tableaux, les statues* les tentures, l’argenterie, tout avait été enlevé et mis en lieu sûr; et nous nous plaisons à croire que ce n’était pas contre nos soldats que M. Frcebom prenait de si outrageantes précautions.
L’anarchie en était venue à prendre si naïvement ses ébats que le triumvirat avait du rappeler auxRomains que l’état de guerre ne donne point aux particuliers le droit de voler, de détruire les propriétés , de faire des visites domiciliaires, des arrestations, des réquisitions, des assassinats. La garde nationale avait étésomméede défendre non-seulement l’existence mais l’honneur de la République, et un conseil de guerre avait été institué pour jugeren permanence les attentats contre les personnes et les propriétés. Une autre fois il avait fallu ordonner de rapporter dans les églises les confessionnaux que les soldats de Garibaldi traînaient par les rues et dont ils se servaient pour d’odieuses parades. « De ces confessionnaux, disait M. Mazzini, d’on ne sortirentque trop souvent la violation dCs ordres du Christ, des insinuations de corruption et de servitude, sort aussi la parole qui va consoler les vieilles mères de ceux qui se Iwttent pour la
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République. «Or, les vieilles femmes qui ne pouvaient -i se passer du confessionnal , c’étaient les soldats de la * légion lombarde qui avaient menacé de tourner leurs armes contre les misérables qui outrageaient publiquement leur foi.
On conçoit diflicilement que de pareils faits n’aient pas suffi pour ouvrir les yeux à M. de Lesseps et lui montrer à quel genre de gouvernement il avait affaire. Convaincu qu’il n’avait été envoyé à Rome que pour nous gagner l’amitié des Romains, il prodiguait dans ses relations officielles ou privées cette séduction toute française de franchise et d'aménité qui avait si bien réussi auprès de nos généraux et qui devait rester si parfaitement inefficace auprès des Italiens. « Soyez tranquille, disait-il souvent à nos officiers, fiez-vous à moij tout s’arrangera par de bons procédés, et je vous ferai entrer à ^Rome sous une pluie de fleurs! » Nous inclinons à croire, pour l’excuse de M. de Lesseps, qu'il confondait les deux péninsules et qu’il supposait aux fils de la louve quelque chose de la grandeur et de la générosité espagnole. Toujours est-il qu’aucune épreuve ne put décourager sa confiance ni dissiper ses illusions. Par ses conseils, l’armée assiégeante et la ville assiégée en étaient venues à échanger des cadeaux au lieu de coups de canon. Un de nos caissons d’ambulance ayant été offert aux hôpitaux de Rome, dont le service laissait tout à désirer, le triumvirat, touché de ce trait d’humanité, y répondit par l’envoi de cinquante mille cigares destinés à nos soldats. Rien de plus fraternel en apparence! Seulement,
on découvrit, en crevant les ballots, qu’ils étaient remplis de proclamations provoquant nos troupes à l’indiscipline et à la désertion. Les loustics de régiment allumèrent leurs cigares avec ces feuilles volantes en remerciant les Romains d’avoir songé à tout ; mais le fait parut indigne à la loyauté du général Oudinot, qui chargea M. de Lcsseps d’aller s’en plaindre comme d’une trahison. Notre représentant trouva Mazzini dans une grande salle du palais du Monte-Ci lorio, devenu le siège du gouvernement. Le dictateur, assis devant une table encombrée d’armes et de papiers, donnait audience publique à ses amis. Il accueillit avec indignation la communication confidentielle de M. de Lesseps , disant qu’il avait peine à croire à un abus de confiance si odieux, et qu’en tout cas le triumvirat n’y était pour rien et ferait rechercher les coupables. Or, comme il se détournait à ce moment pour répondre à quelque demande pressée faite de l’autre côté, M. de Lesseps aperçut sous sa^main un paquet des proclamations qu’il déclarait ne pas connaître. « Vous voyez bien, fit-il en les montrant au dictateur, que vous continuez au gouvernement vos habitudes de conspirateur et que vous conspirez en ce moment contre vous-même !... »
a Cet homme, écrivait notre chargé d’affaires probablement apiès cette scène qui nous a été racontée par un témoin oculaire, n’est, enfin de compte, qu’un ambitieux vulgaire. Inspiré par le génie de la conspiration , il n'a pas compris l’utilité qu’il y aurait eu pour lui à s!appuyer sur l’élément conservateur du parti modéré de la popu-
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latioii. AiTÎvé au pouvoir, il a continué scs trames ténébreuses et infernales. Vingt-cinq ans de séjour dans les prisons d’Europe et dans l’exil l'erapéchent d’ouvrir les yeux à la lumière et font de lui un ennemi mortel de la société Il voudrait régénérer les hommes en passant sur des ruines et des cadavres. Je regarde l'occupatioi^ amiable Je Rome comme un danger , parce qu’elb* nous engagerait dans les questions d'administration romaine plus que nous ne voudrions, qu'ellq nous ferait recueillir une partie, de l’héritage du pouvoir , actuel, dont lechef opprime, terrifie et ruine les habitants et se trouve déjà placé en face du déficit et de la banqueroute. J’ai fait d’abord connaître à M. de Rayneval les moyens que j’ai enplpyés pour arraclier le masque du Néron moderne et soustraire la population romaine à sa domination *... »
Voilà certes le éri de la vérité sur Mazzini et sur l’état de Rome pendant les négociations de M. de LessepsI Comment comprendre après cela l’obstination de ce diplomate à traiter avec un tel gouvernement en dépit de ' l’armée et de ses propres instructions? Les triumvu-s, ou plutôt le dictateur Mazzini, semblaient d’ailleurs ne pas en mettre moins à rendre toute transaction impraticable"’.
* 51. ,le Ije^seps {turaitdti se hornei' à parler Hes Uaip;ucs aiinëps d'exil ilr Mazzini; car, an dire de ses amis, ce chcl' de lu Révolution européenne a clé toujours assez liahilc ponr éviter la prison en Italie et aillein-s.
* M. de Lesseps à M, le ministre des alTaires étraneères. (Dépêches des 25 et 28 mai.)
* Rappelant les divers plans d’accomiiiodemeiit mis en avant par M. de l.esscps. M Torrens ajoute avec sincérité : « I.’as.senibléu romaine, alors son-
iis demandaient d’une part que la République romaine fiit reconnue par la République française, de l’autre que les portes > de Rome' restassent fermées pour nos troupes avant copine après l’accommodement. Or, de ces deux prétentions^! la première était- formellement repoussée par les instructions de notre envoyé extraordinairej la seconde par le plus Aiulgaire sentiment de l’honneur militaire. On ci-ut se i-approcher en diminuant de part et d'autre des èxigences' inconciliables. La République romaine.consentit à ne- pas figurer en nom dans le traité^ mais à la condition expresse qu’elle pourrait compter sur nos armes pour défendre son territoire contre toute invasion étrangère; voilà ce que Mazzini appelait sra concessiotu. Nos troupes n’occuperaient que des cantonnements extérieurs à la ville. Voilà ce qui faisait dire à M. de Lesseps : « Le résultat que j’espérais a été atteint* ! »
Triste résultat! car ce projet nous constituait d’une part en étal d’alliance défensive avec un gouvernement que nous avions, jusque-là, refusé de reconnaitre, et de l’autre en état de guerre imminente avec les puissances qui avaient décidé, de concert avec nous, le rétablissement du Pape. Adopté aussitôt à runanimilé moins trois voix par la Constituante romaine, il fut rejeté avec indignation par le duc de Reggio, qui déclara qu’il ne cousenliraiti^mais à placer l’armée française en senti-
le charme de Mnzzini, mirait suivi docilement tous scs conseils. C'est dom â lui que remonte la i-csponsaliililc du refus dont elle accueillit les pro^îositions de M. de Lesseps. » (Den.r ans de révolution en Italie, p. 98.)
* M. de Lesseps à M. le ministre des affaires étrangères. (Dét»édie <lu I"juin
nelle d’honneur à la porle de M. Mazzini. La veille, le général avait, de guerre lasse, souscrit à un ultimatum que M. de Lesseps lui proposait comme le dernier elTort de sa mission conciliatrice et qui, du moins, ne laissait pas nos soldats hors des murs de Rome Éclairé par un changement si soudain, il jugea que' le moment était venu de l’ompre toute relation avec l’envoyé extraordinaire, et le lui fit savoir par la lettre suivante : a Vous avez^ monsieur, depuis le 1 7 de ce mois, paralysé tous les mouvements du corps expéditionnaire sous mes ordres. Vous m’aviez demandé avec insistance que la trêve promise verbalement par vous aux troupes romaines fût prorogée jusqu’à ce que le ministère pût faire connaître sa réponse aux dépêches dont M. de Latour d’Auvergne était porteur. Bien que ce retard fût, dans ma conviction, très préjudi- (îiable aux opérations militaires, j’ai souscrit à votre désir afin d’éviter jusqu’aux apparences d’un dissentiment entre nous... Vous avez proposé, le 29 de ce mois, aux autorités romaines un ultimatum dont j’ai accepté les termes, bien que certaines conditions qui y sont stipulées fussent loin de me donner une entière satisfaction. Dans la journée même, vous m’avez écrit de Rome que cet ultimatum allait, selon toute probabilité, être accepté le soir, et, contrairement à toute-prévision, vous me déclarez que vous avez signé avec la République romaine des conventions auxquelles vous espérez que j’apposerai ma signature... Non- seulement je ne leur donnerai pas mon
' Voir ces pièces à la lin du yolunic.
assentiment, tnais je les considère comme non avenues, et, je suis forcé de le déclarer aux autorités romaines... J’ai le regret d’ôtre dans l’impossibilité de concerter désormais mon action politique avec la vôtre'... »
Peu d’heures après que cette rupture, si honorable pour le commandant en chef de l’armée, était signifiée à M. de Lesseps, et comme celui-ci s’apprêtait à partir pour aller porter ce grave différend devant le ministère, une dépêche télégraphique apportait de Paris le rappel de l’envoyé extraoi'dinairc. La même dépêche disait au général Oudinot : « Tout retard serait désormais funeste à l’approche de la saison des fièvres. La voie des négociations est épuisée. La mission de M. de Lesseps est terminée. Concentrez vos troupes et entrez dans Rome aussitôt que l’attaque vous présentera la presque certitude du succès*... »
Que s’était-il donc passé en France pour que le langage officiel se fût modifié à ce point? L’approche de la saison des fièvres était certes une raison déterminante mais non pas une raison nouvelle; il eût été facile de la prévoir quinze jours plus tôt, lorsqu’on rédigeait les instnictions de M. de Lesseps. Ce diplomate avait même eu soin de la réfuter par avance en obtenant pour nos troupes le droit de porter leurs cantonnements sur les coteaux salubres de Frascati et d’Albano, où la noblesse romaine va passer les mois les plus chauds. Le vrai motif de ce changement de politique devait donc se chercher ailleuis que dans
' Le général Oudinot à M. de Lesaeps. (Lettre du ôl mai 1849.
* Partie de Paris le 29 mai.
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les variations de l'almanach : il était, tout entier, dans lo chan^'einent dp la majorité législative. Pendant que M. de Lesseps essayait de tous les moyens pour faire exécuter le vote du 7 mai, l’Assemblée qui l’avait émis disparaissait de la scène, et les élections du 15 mai donnaient à la France une Chambre animée d’un tout autre esprit. Quand l’ambassadeur de la Constituante revint à Paris, il trouva l’opinion déchaînée contre elle, et contre lui. Peu de jours après, un décret déférait l’examen de ses actes au conseil d’État, dont le rapport devait être publié. Ce tribunal politique, après avoir entendu sa défense, ren- • dit contre lui une sorte de déclaration comme d’abus fondée sur deux faits principaux: 1° l’opposition absolue entre les instructions de M. de Lesseps et raj)plication qu’il en avait faite ; 2“ la signature d’une convention contraire aux intérêts de la France et à sa dignité '.
Le même rapport réservait en toute équité la bonne foi de notre envoyé extraordinaire, qu’aucun élément de l’affaire ne permettait de révoquer en doute. Sans manquer à la plus stricte justice et sans sacrifier aucune règle de gouvernement, l’histoire peut faire plus large encore la part de l’atténuation et des considérations personnelles. Pourquoi ne le reconnaîtrait-on pas aujourd’hui? Dans cel impuissant plénipotentiaire, livré par ses instructions mômes à d’inextricables embarras et laissé sans nouvelles de son gouvernement pendant toute la durée de sa mission, on est plus tenté de voir une victime qu’un cou-
* Voir « la lin du volume le rapport de MM. Vivien et Bouiay de U Meurthe.
1>K L'KXI'KnmOM DE HOME E.\ I8i!l.
pable. Ce u’esl pas absolument la faute de M, de Lesseps s'il avait pris ses pleins pouvoirs au sérieux, et s’il n’avait pas compris qu'il n’était qu’un diplomate pour gagner du temps. Sa mission en elle-même n’était pas moins hérissée •le contradictions et d'iinpossibités que celle qui avait valu au général Oudinot l’insuccès du ÔO avril. A quoi Iwn aller à Rome si l’on ne devait ni reconnaitiv la République ni rappeler le Saint-I'ère? Que répondre à Mazzini quand il nous prouvait que notre intervention, protectrice en apparence, était mortelle à l’État romain, puisqu’elle retenait son armée derrière les remparts pendant que les Autrichiens bombaidaient Bologne et que les Espagnols débarquaient à Terracine? Que répondre au raprésentanl du Saint-Siège quand il nous reprochait de n’avoir aflirmé encore par aucun acte les droits du Pape et le caractère de notre expédition? l/envoi d'un diplomate à une armée en campagne fut presque toujours d’ailleurs une source de malentendus et de conflits. l>es représentants en mission de la première République n'avaient au moins qu'une politique : aller à l'ennemi ! Celle de M. de Lesseps avait au contrairi' |K)ur mol d’ordre ; éviter l’ennemi! Se figure-l-on plus piteuse situation que celle d'un agent civil qui à toute une armée frémissante du désir d’une revanche, à tout un état-major mettant en avant les plus graves raisons de stratégie et de prudence, ne peut opposer que des rédactions entortillées, des arrangements impossibles, des concessions inavouables? Les débats du conseil du guerre, où assistait M. de Lesseps, furent troublés, une fois entre
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autres par de regrettables violences. Heureusement pour notre envoyé extraordinaire que son caractère était plus droit que sa mission, et qu’il sut faire preuve, en une situation évidemment sacrifiée, de toutes les qualités qui assurent l'estime à défaut de l’adhésion, et qui vaudront de nos jours à l’Europe le succès de l’entrepi'ise co- I lossale à laquelle son nom restera glorieusement attaché.
« Je ne terminerai pas cet écrit, lui mandait RJ. de Rayneval, après l’avoir vigoureusement réfuté, sans rendre hommage à votre zèle et à vos intentions, sans vous prier de ne voir dans mon extrême franchise qu’une preuve de confiance en votre caractère, une preuve d’affection déjà ancienne. » Ajoutons que M. de Lesseps sut se montrer homme de devoir lorsqu'il refusa de livrer aucune pièce de sa mission aux représentants de la Montagne qui venaient lui demander des armes pour le défendre et pour accabler le gouvernement.
Le plus grave inconvénient peut-être des tergiversations de notre politique, c’était de rendre l’intervention de notre diplomatie, dans les conférences de Gaëte, non moins inefficace et difficile que l’intervention de notre armée sous les murs de Rome. « En vous unissant aux ennemis du Pape, avait écrit M. de. Rayneval à M. de — Lesseps, vous le rejetterez forcément et plus que jamais sous l'influence exclusive de l’Autriche. » Pour n’avoir pas osé avouer dés le premier jour le but de notre expédition, nous en étions réduits à dissimuler devant l’Assemblée nos engagements de Gaëte et à contredire à Gaëte nos explications parlementaires. Quatre chargés de
pouvoirs, le duc d’Harcourl el M. de Raj-neval, le général Oudinot et M. de Lesseps nous représentaient en même temps sur le théâtre des événements. Le concert préalable dans le conseil et l’entente- parfaite dans l’exécution leur étaient naturellement recommandés en première ligne : or, tandis que les deux premiers signaient à Gaéte l'engagement d'associer la France au rétablissement du Pape, le général Oudinot, maître de Civita-Vecchia, lançait une proclamation, rédigée par le ministère, où les droits du Pape n’étaient pas môme mentionnés, et M. de Lesseps venait exécuter à Rome un vote de blâme contre l'attaque du 50 avril, qui semblait un vote d'adhésion pour le gouvernement do Mazzini. Il ne faut donc pas trop s’étonner si la cour romaine hésitait à reporter sur nous toute la confiance que nous disputaient, par ' des déclarations positives et par des services réels, les autres puissances catholiques. Pendant que nous refusions de recevoir à Civita-Vecchia les délégués et même le drapeau du Saint-Père, pendant que nous garantissions aux Romains dominés par la faction mazzinienne la liberté de se choisir un gouvernement à leur guise, les Autrichiens s’emparaient de Bologne et y rétablissaient l’autorité pontificale, les Napolitains la ramenaient jusqu'aux portes ' de Rome, les Espagnols abordaient à Terracine aux cris ' répétés par la population dq : Vive Pie IX!
Ce fut le 30 mars, le jour même où la Constituante française était saisie de la question italienne, si compromise à Novare, que s'ouvraient les conférences .de Gaële. Le duc d'Harcourt et le comte de Rayneval, pour la
Kranc«: le comte Eslerhazy, pour l'Autriche; le comte de liUdorf, pour les Deux-Siciles; M. Martinez de la Rosa, pour l’Espagne, se déclarèrent chargés par leurs gouvernements respectifs de répondre à-l’appel qui leur avait été adressé par le Saint-Père dans son manifeste du 18 février précédent. Il fut décidé à l'unanimité qu.’il y avait lieu de s'entendre à quatre sur les moyens les plus prompts de rétablir le pouvoir temporel du Saint-Père, reconnu comme indispensable au libre et impartial exercice de son pouvoir spirituel. Le cardinal Antonelli, pro-secrétaire d'État, que nous avions vainement essayé d'écarter de’la conférence, non-seulement y assistait, mais en avait la ])résidence. Pai' compensation peut-être, M. de Rayneval fut chargé de la rédaction des procès-verbaux. 11 s'agissait tout d’abord de , dresser le plan d’une intervention commune dans les États de l’Église. Rien de plus aisé que d'y pénétrer, mais à qui confier le mandai d'aller frapper la République au cœur, c’est-à-dire à Rome? 11 était trop évident que l'occupetion de celte vHle par les quatre armées combinées ne mettrait lin aux difficultés existantes que pour en faire surgir de nouvelles. I/hypothèse de laisser les légations aux Autrichiens, les Marches aux Napolitains, les provinces du Nord-Ouest à la France, celle du Sud-Ouest, y compris Rome, à l’Espagne, parut sourire à la majorité. Cette division se présentait en effet comme naturelle, géographique, et facilitant l’administration des pays repris à la révolte, parce qu’elle respectait les circonscriptions en vigueur. Mais on comptait trop vite sans la France, obli-
gée, par sa politique séculaire, de ne laisser à aucune autre puissance l'honneur de rouvrir au Pape les portes de la ville éternelle! Nos diplomates se bornèrent donc à répoudre qu’ils avaient besoin d’en référer à leur gouvernement.
A la réunion suivante, qui n’eut lieu que quinze jours après, le duc d’Harcourt, tout en regrettant, disait-il, de n'avoir reçu aucune instruction sur ce point capital, soutint que le plus court et le meilleur moyen d’en finir serait de laisser la France intervenir seule, l.es populations en seraient moins blessées, et le gouvernement restauré en éprouverait plus tard moins d’embarras et de reproches. Ou devine que cette prétention toute française n’avait pas la moindre chance d’ètre adoptée. L’Autriche se hâta d’objecter que l’apparition de nos soldats sans les siens suffirait pour soulever contre elle toute l'Italie encore frémissante. M. Martinez de la Rosa s’effraya, pour le Saint-Père et la catholicité, des exigences politiques que nous ne manquerions pas d’apporter au bout de nus baïonnettes. Enfin le cardinal Antonelli fit remarquer que si la France, autorisée par la conférence à pourvoir seule au rétablissement de l’ordre dans le domaine de l’Église, était cependant obligée de laisser prendre à l’Autriche une garantie territoriale, les susceptibilités qu’on voulait ménager ne seraient pas moins soulevées que par la franche et complète action à quatre. Était-il d’ailleurs si naturel, lorsque toutes les puissances catholiques était monarchiquement constituées, que l’Église voulût choisir pour unique appui
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celle-là seulement qui faisait depuis quelques mois l’expérience de la république?
Ce fut au milieu de cette discussion que vint tomber la nouvelle de notre débarquement à Civita-Vecchia. La surprise, et, nous devons l’avouer, les inquiétudes furent extrêmes. Cette brusque invasion de la France laissait
— trop deviner à l’Autriche qu’en définitive, c’était contre ' elle qu’on prenait position. « La France voyait avec doüleur, avait écrit M. Drouyn de Lhuys à M. de Lacour, notre ambassadeur à Vienne, que l'Autriche, après avoir acquis une grande influence dans la Péninsule par les victoires remportées sur le Piémont et par l’occupation d’une grande partie de la haute Italie, cherchât, comme elle le disait, une nouvelle garantie en occupant l’État romain. Par conséquent, on avait résolu d’envoyer un corps de troupes à Civita-Vecchia, afin de conserver à la France cette part d’influence qui lui revenait légitimement dans l’arrangement des affaires de l’Italie centrale'. »
Quant au Saint-Père, on conviendra que la perspeclive de voir ses États, sa souveraineté, son indépendance future, livrés au bon plaisir d’un gouvernement sorti hier des hasards d’une émeute légitimée par les hasards (lu scrutin, n’était point de nature à le rassurer entièrement. Ce fut lui cependant qui se montra le moins effrayé. Comme notre ambassadeur lui demandait un manifeste puisé dans les inspirations des premiers temps
< Dé^^iiedii 16 avril 1849.
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(le son règne : « Soyez tranquille, avait répondu le Saint-Père, Pie IX restera Pie IX. Mais ma triste expérienœ ne doit-elle servir à rien ? Ne faudra-t-il pas museler la presse, fermer les clubs, comme vous avez clé forcé de le faire en France, revoir les institutions concédées trop vite, mieux défendre, en un mol, celte autorité spiriluelle toujours menacée à travers l’autre, et la seule dont je doive compte au monde catholique? » De son passé Pie IX semblait tout accepter sans hésiter, jusqu’à la consulte. Au delà, c’est-à-dire à partir de la promulgation du Statut, il avouait volontiers qu’il avait cédé aux nécessités du temps. « Le monde, disait-il, parait s’acheminer à grands pas vers l’ère des gouvernements représentatifs. Mais le peuple romain pouvait-il y être introduit de plain-pied, sans ménagements, sans transition? N’était-ce pas encore une grave question que de savoir si l’ingérence journalière des Chambres dans les affaires de l'État est compatible avec la nature mixte des pouvoirs déférés à la papauté? Sans doute, les laïques devaient être admis à toutes les fonctions, aux ministères, aux délégations, aux préfectures, aux tribunaux qui n’ont pas juridiction ecclésiastique, mais fallait-il se priver d’employer des prêtres quand il s'en rencontrerait de capables de bien servir? La secrélaircrie d’État, par exemple, qui n'a à traiter avec les autres puissances que des questions ecclésiastiques, pourrait-elle jamais être remise aux mains d’un laïque? » Le manifeste n’en fut pas moins promis. On conclut même formellement de donner pour base à cette nouvelle constitution les libertés municipales
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élargies et le rétablissement d’un conseil électif dont le» membres auraient \oix délibérative pour le budget et voix consultative sur tout le reste. Le gouvernement pontifical avait compris, disent les rapports de nos ambassadeurs, qu’en insistant sur cette demande, la Franan’affichait point une prétention, mais obéissait à une nécessité.
La conférence se réunit de nouveau le vingt-sept avril.
Le projet de manifeste lui fut lu ; il annonçait l’envoi d’une commission gouvcrncmciitale à Rome aussitôt que le régime actuel aurait cessé d’exister et parlait « de re- 4- chercher dans les institutions renversées par les factieux
' quellcsétaienl celles qui pourraicntle mieux répondre aux
vœux légitimes de la nation. » C’était, comme on le voit, promettre de maintenir, tout en se réservant de choisir entre elles, les principales réformes décrétées par PiclX.
11 fut reconnu en même temps que le Saint-Père ayant nominativement appelé quatre puissances catholiques à son aide, l’initiative prise par une seule d’entre elles ne pouvait empêcher les trois autres d’agir à leur tour. Nos plénipotentiaires n’avaient jamais songé à contester ce ' principe. .4,vant que notre expédition n’eiit quitté le port de Marseille, le roi de Naples avait déjà franchi la fron- > liére romaine à la tête de quinze mille hommes, et 1 on n’ignorait pas que le corps autrichien du général M impfen était entré dans les Romagnes. Les choses marchaient donc à Gacte dans un bon accord, au moins apparent, quand les premiers actes de notre occupation vinrent réveiller toutes les méfiances et donner prétexte à toutes les
DK I/EM'ÉDtTlON DE HOME EN 1849. -J-29
jalousies. Nos pioclamalions ne se faisaient faute, il est vrai, de proinettie l’ordre et la félicité aux populations romaines, mais s’abstenaient absolument de leur annoncer le rétablissement du pouvoir légitime. De quel droit, dès lors, étions-nous débarqués dans les États de l'Église? Que venions-nous y faire? l*ouvait-il nous êire permis d'occuper Civila-Veceliia à tilre de ville conquise? Duis le contraste, qu’on ne cessait de mettre sous nos yeux, de la conduite de nos alliés des conférences, accusait éloquemment notre silence ou l'ambiguïté de nos déclarations. En se présentant devant Bologne, où il entrait par capitulation après une vaine tentative de résistance, le commandant des forces autriebiennes avait dit : « Je viens relever parmi vous, de concert avec le commissaire de Sa Sainteté, le gouvernement légitime (lu Saint-Père Pie IX, renversé par une faction impie, et rétablir la sécurité publique et privcT, si gravement compi-omise jusqu’à ce jour. » Voilà qui s’appelait parler ! « (luelle différence, s’écriait-on, entre ce langage et celui (lu gouvernement fran^'ais! »Eu tout cas, puisqu’il nous avait convenu de prendre la parole les premiers et sans nous être mis d'accord avec le Saint-Père, il ne pouvait convenir au Saint Père de cbcrcbcr, par de publiques concessions, à se mettre d'accord avec nous. Le projet (le manifeste fut donc retiré et ajourné jus(|ii’au moment oi'i la France aurait franchement avoué le motif de son expédition.
Dès ce jour, tout fut obstacles et déceptions pour nos représentants à Gacte. On devine que les débats de la
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Constituante du 7 niai et !a mission de M. de Lesseps n êlaient point faits pour rien aplanir ni rien apaiser. M. Martinez de la Rosa avait demandé, avec le plus vif mécontentement, si tes conférences ne devaient pas être considérées comme dissoutes. Les prélats de l’entourage du Pape ne parlaient que de prendre un parti extrême contre un système d’intimidation diplomatique appuyé sur des baïonnettes. Les uns lui proposaient dt^ se retirer en Amérique, les autres d’aller restaurer son autorité à Bologne, sous la garde sûre de l’Autriche. C’en était fait de l’influence de nos diplomates, et l’insuccès de notre politique d'ateimoiement n’était pas moins complet à Gaéte qu’à Rome et à Rome qu’à Paris. Forcé de parler à la fois pour l’Assemblée, à qui l’on avait cru devoir promettre de ne point abattre la République romaine ; pour le peuple des Étals de l’Église, que l’on voulait assurer contre les abus de l’administration cléricale; et pour les puissances catholiques, avec qui l’on avait décidé purement et simplement la restauration du Saint-Père, le gouvernement français ne laissait pas que de se sentir embarrassé. La Constituante l’avait blâmé; les Romains avaient repoussé notre protection à coups de fusil, et Pie IX nous regardant comme suspects, retenait sur ses lèvres, parce que nous étions là pour en prendre acte, des promesses de réformes déjà consenties et formulées. Le triple but assigné à notre expédition : l’indépendance garantie au chef de l’Église, la liberté garantie à ses Étals, la paix garantie à l’Éurope, tout cela était manqué, faussé, remis en question
[)E L’EXPÉllITION DE RO' E EN 18i0. 2SI par les négocialions de M. de Lesseps. Aussi M. de Rayneval, après des prodiges d’habileté et de temporisation, fut-il heureux de répondre un jour aux accablantes objections de ses collègues, en leur mettant sous les yeux le rappel de cet agent diplomatique et la liste des députés que la France venait de se donner.
Avec une Assemblée nouvelle, un ministère presque nouveau était arrivé aux affaires. Seulement à des élections extrêmes avait correspondu un remaniement gouvernemental dans le sens du tiers parti. Depuis longtemps, •M. Barrot se plaignait d'être trop seul ou trop en vue dans le ministère qu’il présidait. C'était à lui que s’adressaient invariablement les interpellations de tribune comme les invectives de la presse. Toujours attaqué, il était toujours sur la brèche ; mais ce rôle, si grand et si glorieux qu’il fût, lui semblait difficile à continuer devant une majorité composée en partie d’hommes nouveaux, et il éprouvait le désir bien naturel de partager la responsabilité du présent avec des collègues qui, tout en lui apportant un précieux renfort oratoire, ne fussent point étrangers à son passé parlementaire. On avait pris, trop aisément d’ailleurs l’habitude de compter, dans tous les cas difficiles, sur l’appui de sa vieille expérience et de sa renommée libérale. « Quand le temps se couvre, disait plaisamment M. Drouyn de Lhuys, nous nous réfugions en toute hâte sous notre vaste parapluie de famille!... » Une autre fois, comme il se plaignait au général Changarnier d’avoir failli être décrété d’accusation pour son ordre du jour à l'armée de Paris après le vote du 7 mai : «Bah!
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répliquait l'énergique défenseur de l’ordre, il y a plaisir à vous mettre dans l’embarras, vous vous en tirez si bienl... » Cette situation avait fini par déplaire à M. Barrot, qui s’était promis de profiter du scrutin qui allait s'ouvrir, pour se présenter avec d’autres collègues devant la nouvelle Assemblée. C’est ainsi qu’au ministre des affaires étrangères du 20 décembre, dt*signé pour l’ambassade de Londres, avait succédé M. de Tocqueville; à M. Léon Faucher, M. Dufaurc; à M. Buffet, M. Lanjuinais.
Quant à l’Assemblée législative, sur les sept cciit cinquante membres dont elle se composait, plus de cinq cents étaient ardemment et avant tout dévoués à l’ordre, mais les autres appartenaient de cœur à la République. Dans le -i- camp de l’ordre, les légitimistes dominaient et formaient comme la majorité de la majorité ; dans le camp de la République, les Montagnards écrasaient de leur bruit et de leur influence sur le peuple les quelques amis du général Cavaignac qui avaient échappé à l’ostracisme du scrutin. Dès la seconde séance, quand on vit se lever à l’extrême gauche une centaine de représentants dont plu- -h sieurs affectaient le costume de 93, au cri de Vive la république démocratique et sociale! on put deviner que cette Chambre était destinée à décréter la fin de la République ou à périr elle-même sous un coup d’au- V. torité.
Il était clair, en effet, que la France tiendrait toujours davantage à son existence, insolemment mise en question, qu’au maintien d’une constitution votée depuis
riE L’EXPÊKlTlOiN DE ROME EN 1849.
quelques mois. Qui, du Président ou de la majorité, allait se faire le représentant énergique et désintéressé du parti de la résistance'.' L’accord entre ces deux forces, l’une collective et trop probablement divisée contre ellemême, l’autre personnelle et fondée sur un grand nom, pouvait-il durer longtemps*' S’il venait à se rompre, laquelle avait la chance de dominer l’antre’' Louis-Napoléon valait-il mieux que son passé de prétendant*' Le plus grand nombre l’affirmaient, quelques-uns ne le croyaient pas. Était-il ambitieux? Bien que les souvenirs toujours rappelés de Strasbourg et de Boulogne ne fussent ni d’un Washington ni d’un la Fayette, on le disait loyalement rallié à la République. Sa itart d'influence dans le gouvernement réduite à peu de chose, il est vrai, était d’ailleurs •comptée pour moins encore. Sauf sa lettre au général Oudinot, que tout le parti de l’ordre avait applaudie, on ne savait rien et on ne songeait guère à s’informer de ses intentions ni de' ses actes. On ignorait, par exemple, qu’en face d’une Assemblée qu’il tenait à contenter de suite, le Président de la République avait essayé, comme le président du conseil, de renouveler son ministère. Seulement, pendant que >1. Barrot songeait à une combinaison ultra-parlementaire, Louis-Napoléon aurait pensé à se donner un cabinet presque militaire sous la main du maréchal Bugeaud, et dans lequel plusieurs places eussent été réservées aux amis de M. de Falloiix. Le rare éclat de courage et d’éloquence qui avait rejailli sur ce nom dans les derniers orages de la Constituante, ne permettait pas d’essayer d’une combinaison où il n’aurait
pas figure'*. Mais le duc d’isly, qui pci'sistait à voir dans l’honnêje popularité de M. Barrot le plus sûr bouclier de la société menacée, n’avait voulu se prêter à aucune ouverture. De son côté, le jeune ministre de l’instruction publique et des cultes aya'nt répondu qu’il ne se souciait pas d’être le Polignac de nouvelles journées de juin ou de juillet, il fallut renoncer à former le cabinet de la majorité du 13 mai. Dès lors M. Odilon Barrot resta maître de rendre le sien à la fois plus homogène dans le conseil et plus fort à la tribune . C'est dans ce double but, comme nous l’avons expliqué, qu’avait eu lieu l’adjonction de trois de ses amis, hommes de talent, d'expérience et de haute probité.
Mais il faut reconnaître que ces nouveaux venus n’apportaient aucun renfort à la cause de l’intervention en faveur du Pape. M. de Tocqueville, notamment, chargé du portefeuille des affaires étrangères, s’y montrait pins opposé que favorable. Sans préjuger cette question de politique religieuse par aucun parti pris indigne de son grand esprit, l’historien de la démocratie répugnait l’emploi de la force contre une application même erronée et coupable du principe de la souveraineté populaire. Désigné pour représenter la France dans ces conférences de Bruxelles qui ne parvinrent pas à se réunir, M. de Tocqueville s’était préparé à y défendre la cause du Piémont et avait probablement étudié sous cette préoccupation les récents événements de la Péninsule. Pour lui faire accepter les faits accomplis du côté de Rome, il ne fallut rien moins que son extrême désir de mainte-
nir i’unilé du cabinet, puis l'influence bientôt officielle de la vieille amitié de M. deCorcelles. . . •
Ce fut en effet cet ancien plénipotentiaire du général Cavaignac auprès de Pie IX qui fut chargé d’aller mettre fin à cette difficile question, déjà manquée par nos armes et par notre diplomatie. Cette fois, il ne s’agissait plus, («rnnie au mois de novembre, de sauvegarder seulement la sécurité personnelle du souverdiii pontife; ni, comme apréî le vote du 7 mai, de traiter avec le triumvirat et les populations : il n’y avait plus, au contraire, qu’à rejeter tout moyen terme et à déclarer que notre but était de • rendre au Saint-Père sa pleine souveraineté. Le 5 juin,
•M. de Corcelles quittait Paris muni des pouvoirs secrets les plus étendus pour régler soit la capitulàtion de Rome, soit le gouvernement provisoire de la ville conquise, soit les conditions de la rentrée du Pape. A peine arrivé au camp, il débuta par demander de son chef un renfort de cinq mille hommes qui furent rendus en cinq jours.
Malgré l’armistice, le temps écoulé depuis le 30 avril n’avait pas été entièrement perdu pour le développement de nos opérations militaires. Le quartier général n'était plus à Palo, mais à la villa Sântucci, située à quinze cents mètres des remparts. Rome était complètement investie. Les routes d’Ancône, de Florence, d’Albano, étaient coupées par nos troupes. Les deux rives du Tibre, reliées à Santa Passera par un pont de bateaux, nous livraient le cours du fleuve jusqu’à la mer, i|ui était ainsi fermée aux assiégés. Un redan fortifié, assez vaste pour contenir tout un bataillon, assurait contre
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toute surprise notre établissement sur ce point. Entre la villa Sanlucci et le pont de bateaux avait été installé le parc de siège ; mais il était loin d’être armé comme il aurait dû l’être. On ne voudrait pas croire, si les étals officiels n’en faisaient foi, que jusqu’au 9 juin nos artilleurs n’eurent à leur disposition, que quatre canons de 24, six de 10, (luatre obusiers et quatre mortiers de vingtdeux centimètres*. Ouelqucs pièces de gros calibre furent bientôt envoyées, mais elles arrivèrent sans leui’s affûts, qu il fallut attendre jusqu’aux derniers joui’s de la tranebée. Et cependant nos arsenaux faisaient de leur mieux pour parer aux exigences de ce siège inattendu, et la marine à vapeur préludait par son activité aux grands services qu’elle devait rendre quelques années après dans les campagnes de Crimée et de Lombardie. Évidemment M. Tliiers n’avait pas eu tort de prétendre que nous n’étions pas prêts pour la grande guerre!
Nos soldats ne se montraient pas moins dignes de la faire et nos généraux de la commander. Le 50 mai, loiv que l armistice fut dénoncé, notre armée se composait de trois divisions sous les généraux Régnault de Saint- I Jean-d’Angély, de Rostolan et Guesvillers, formant un effectif de vingt-deux à vingt-trois mille hommes. Elle décrivait, à l’ouest de la ville, un arc de cercle allant du Monte Mario à la basilique Saint-Paul. Le Monte Maiio,
* Le plus grand nombre de pièces que nous ayons pu nicltre en batterie. ^ et cela seulement dans les derniers jours du si^e, est de huit canons de vingt-quatre, dix-liuit de seize, quatre obusiers de vingt-deux centimètres et quatorze mortiers; en tout qusirnntc-six bouches à feu. La place disposait de cent dix-neuf pièces bien montées et admirnblcinenl servies.
silué au nord du Vatican, est undeS points les plus élevés de cette série de coteaux qui courent sur la rive droite du Tibre, les uns hors des remparts, comme le Monte Mario, le Monte Verde et Santa Passera ; les autres en dedans, comme le Janicule et le Vatican. Celle forte position avait été occupée par notre aile gauche, aussitôt que tout espoir d’arrangement pacifique s’était évanoui*. Elle inr terceptail de là aux assiégés le Ponte Molle et les deux chemins qni aboutissent, par la droite et la gauche du Tibre, à la porte Angclica et à la porte du Peuple. En outre, les deux régiments de la brigade Sauvan avaient été jetés en éclaireurs jusqu’à Aqua Traversa pour suixeillcr les routes d’Ancône et de Florence, par où l’armée autrichienne aurait pu se montrer’. Le centre, où se trouvait la villa Sanlucci, était établi sur le Monte Verde et faisait face à l’enceinte bastionnée depuis les murs de clôture de la villa Pamphili jusqu’à la porte Portèse. La droite tenait le passage du Tibre à Santa Passera, et, retranchée sur la rive gauche dans la basilique Saint-Paul, menaçait la porte du môme nom.
Dans un conseil de guerre où assistaient les généraux Vaillant et Thiry, il avait été décidé que la ville serait attaquée par le côté de la rive droite du Tibre. Cette réso- ^ lution, contraire en apparence à l’inlérôt des assiégeants, ' a eu de nombreux et compétents détracteurs. L’impa-
* Voir aux pirecs le rapport du général Oudinot au ministre de la guerre,
du 31 niai. ' ,
* Voir à la Tin du volume la lettre du général Oudinot au général autrichien.
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tience française, qui a pris l’habitude d’être vile servie, surtout en fait de succès militaires, lui a attribué la longueur inattendue de la résistance. 11 est probable en effet que le siège eût fini plus têt si nous eussions dressé nos batteries sur l’autre rive du Tibre; mais les motifs qui ont déterminé le choix du point d'attaque honorent trop ^ hautement notre armée et notre politique pour que nous regardions comme inutile de les rappeler.
Rome ne mérite pas assurément d’étre comptée comme ^ place forte, mais n’est pas non plus une ville ouverte.' Outre les avantages qu’assurent à la défense ses collines intérieures, qui se commandent les unes les autres comme des forteresses naturelles, elle est entourée d’une ligne fortifiée qui ne comprend pas moins de vingt-trois kilomètres de développement, dont quinze à seize sur la rive gauche, qui sont attribués à l’empereur Aurélien, et sept à huit d’un tracé moderne, comme nous l’avons déjà dit, qui enveloppent le château Saint-Ange, le Vatican et le Transtevére. L’enceinte aurélienne consiste en un mur de dix à quatorze mètres de hauteur sur un à trois mètres d’épaisseur, flanqué de tours formant saillies ' et séparées entre elles par des intervalles égaux d’une trentaine de pas. Une roule de ceinture qui contourne les fortifications à l’extérieur est limitée d’ùn côté an pied du rempart, de l’autre à des propriétés particulières dont les murs de clôture forment une contrescarpe continue. A l’intérieur, outre des étages d’arceaux dont les voûtes offrent d’excellents abris, les assiégés avaient appliqué des échafaudages soutenant un chemin de ronde
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<•11 cliarpente, et couronné le dessus du mur avec un parapet de sacs à terre. De distance en distance, et particulièrement près des portes, des embrasures et des <‘paulemcnts étaient préparés pour recevoir l'artillerie.
-Au dehors, les arbres, les maisons, tout ce qui pouvait gêner les feux de la pl^ce ou fournir des abris à l’assiégeant, avait été abattu. Au dedans, les bâtiments les plus rapprochés du mur de masque avaient été percés de meurtrières et crénelées. Des barricades s’élevaient dans toutes les rues, sous la direction aussi intelligente (ju’exaltée d’aventuriers qui avaient pratiqué cette triste ^ guerre dans plusieurs capitales de l’Kurope, et qui s’é- taient juré d’illustrer la défense de Rome par la ruine de ses monuments.
Les mêmes dispositions avaient été prises sur la rive droite. Mais de ce côté, Rome présente à l'agresseur un front redoutable ; car l’enceinte aurélienne et l’enceinte moderne forment un double retranchement autour du .lanicule qui domine de haut toutes les collines de la ville <>t du dehors. C’est cependant en face de cette position fortitiée par la nature et par l’art que notre génie vint creuser ses tranchées et dresser ses batteries. Sans doute notre armée, dépourvue du matériel d'artillerie et des approvisionnements nécessaires pour un siège, était con- <laninée à ne pas s’éloigner du cours du lleuve, afin de rester en communication avec la mer; mais cette raison n’était pas déterminante pour la direction à donner au siège, car il ne semblait pas plus difficile de se garder sur la live droite en attaquant par la rive gauche qu’il
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ne le fùl de se g;mler sur la rive gauche en allaquant pai la rive droite. La brèche eût été bientôt ouverte et l’assaut promptement donné entre deux tours. Mais la bréclic une fois franchie, nos troupes auraient dû s’emparer de chaque maison, de, chaque jardin, de chaque place, inarcherde barricade en barricade jusqu'au centre de la ville, commencer en un mot une alfreuse série de combats de mes qui exaspère le soldat et qui eût exposé Rome à toutes les horreurs d’une ville prise d’assaut. En outre, qui pouvait répondre que cette partie de la ville une fois conquise, on n’allait pas se trouver forcé de passer le Tibre, dont les ponts auraient été coupés, en face de l’armée romaine retranchée dans les fortes positions de la rive droite'.’
On préféra se rendre maître de la ville par une attaque marchant pied à pied, ne livrant rien au hasard, concentrant tons ses efforts sur un seul point, le plus diflicile à prendre, il est vrai, mais qui, une fois pris, rendait partout ailleurs la prolongation de la résistance impossible. Ce point ne pouvait être que la colline du Janicule, qui s’élève de cent quarante-neuf pieds au-dessus du Capitole, et qui, par le contre-fort de San Pietro in Montorio, pénétre au cœur même de la place. Il fut donc irrévocablement arrêté sur le rapport du général Vaillant :
1° Qu’on pénétrerait dans l’enceinte baslionnée duJanicule par le front qui forme saillie entre les portes Portèse et Saint-Pancrace ;
2". Qu’on gagnerait ensuite, par un mouvement de con-
version à gauche, le point où l’enceinte Aurélienne va se souder à l'enceinte moderne, près de la porte Saint-Pancrace, et qu’on occuperait de suite le contre-fort de San Pietro in Montorio;
5“ Qu’une fois notre artillerie établie dans cette position dominante, on attendrait les résolutions ultérieures de la défense.
Aucun fait d’armes, aucun succès, si brillant et rapide qu’il fût, ne vaudrait, pour l’honneur de notre drapeau, une telle délibération prise en face d’un ennemi acharné et poursuivie avec une héroïque patience pendant vingtsix jours de travaux et de combats. Attaquer une ville par le seul côté d’où elle peut se défendre, et cela ' parce que cette ville s’appelle Rome et qu’on veut ménager sa population innocente et ses monuments où vit l’histoire; subir un retard dans la victoire pour la rendre moins dommageable à l’assiégé; sacrifier son sang et la gloire d’un prompt succès aux plus délicates susceptibilités de la civilisation et de l’humanité; nous ne craignons pas de le dire, et le monde entier le reconnut alors, cela ne pouvait s’attendre que d'une armée française ‘ 1
Ce fut dans la nuit du 4 au 5 juin que la tranchée fut ouverte par les travailleurs du génie à environ trois cents mètres des bastions 6 et 7, situés entre les portes Portése et Saint-Pancrace, en numérotant les bastions à partir de la première de ces deux portes. Une première pa-
• Voir aux pièces justilicatives la lettre du général Vaillant au ministre de la guerre annonçant celle détermination.
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rallèle fut tracée et creusée sans que l’ennemi se fût douté de rien. Le lendemain, une fausse attaque dirigée de l'église de Saint-Pancrace, où nous avions un poste, (X)nlre la porte du môme nom, continua à donner le change aux assiégés, qui ne s’aperçurent qu’au jour naissant du progrès de nos travaux. Leurs Laiteries de Saint- Alexis et du mont Testaccio, situées sur la rive gauche (lu lleuve, tournèrent dés lors leurs feux de ce côté, et lie cessèrent jusqu’à la reddition de la place de contrarier MOS approches.
Sans le hardi coup de main qui avait livré, deux jours avant, la villa Pamphili à la brigade Levaillant, ces opérations n’auraient pu être entamées, et le siège auraitdù prendre une autre direction. Assisesur un plateau qui serelieà la ville par une série de bâtiments et de mui-s crénelés, la villa Pamphili, quoique située hors du corps de la place, lorme un véritable ouvrage avancé d’où l’ennemi eût dominé nos tranchées dans tout le parcours de la porte Gava llcgicri à la porte Saint-Pancrace. Cette importante position avait été enlevée presque sans résistance dans la matinée du 7i juin : mais il n’en fut pas de môme des villas Valcnlini cl Corsini, qui sont à portée de canon des remparts. Ouatre fois prises et perdues' sous un feu meurtrier qui venait tantiit de la ville et tantôt de nos batteries, elles finirent par être abandonnées comme inbabilablcç par les doux partis. A la fin de cette journée, les assiégés lie possédaient plus en dehors des murs que le Vascello ou villa Giraud, grande bâtisse à trois étages, située sous la porte .'^aint-Pancrace, et nous occupions irrévocable-
DE L’EXPÉDITION DE DOME EN 1849. -ii.N mont la villa Pamphili, qui avait été jusqu’alors en leur pouvoir'.
Ce résultat, qui diminuait si notablement les forces de la résistance et qui permettait à l’attaque de se déployer librement sur le terrain qu’elle avait choisi, n’en fut pas moins célébré à Rome comme une victoire. Garibnldi se vanta dans son bulletin de nous avoir battus ; « L’ennemi, dit-il, dut s’enfuir à grande course de la villa Corsini après y avoir mis le feu... Tout le jour le combat fut soutenu avec acharnement et toujours avec avantage par les nôtres, qui purent repousser l’ennemi bien au delà de la villa Corsini... L’ennemi fut battu sur tous les points. Les nôtres, et spécialement les bersagliers de Manara et la légion italienne, le chargèrent plusieurs fois poitrine (X»ntre poitrine*. » La vérité est que, dans cette chaude journée où tout le monde fit vaillamment son devoir, Garibaldi se montra non moins brave soldat que pitoyable général. Au lieu de se porter avec une masse respectable .sur un seul point stratégique où le succès eût été possible, il envoya son armée se faire battre en détail, vingt hommes par vingt hommes, sur tous les points où nos soldats se montraient. C’est ainsi que ce chef de bandes acheta par des pertes énormes quelques avantages d’un instant et qu’en définitive il perdit la journée. Les vrais
' Voir aux pièces le rapport du general Oudinol sur ce fait d’armes.
* « L' artiglieria fulminô Villa Corsini a segno clic il neniico dovete fuggirsene a gran corsa dopo averri posto il fuoco... TuUo il giorno duro il com- Datlimenlo accaiiitissimo sempre con vantaggio dei iioslri, clie polcraiio anche una accunda voila caricare il nemico fmoltrc villa Corsini... Il iiemico lu ballulo su tuUi i piinli. 1 nostri e specialmente i bersaglieri Manara el lopione ilaliana andarono più voila a caricare petto a petto il neniico. r
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mililaircs de la garnison, dé|)lorant rinsiiftisancc de Guribaldi pour une guerre de ce genre et contre des soldais comme les nôtres, regrettaient tout haut que le général en chef Roselli, qui passait pour plus capable, ne fût pas écouté plutôt que le t'amcux condottieri.
Assuré désormais de n’être pas inquiété sur la gauche de ses travaux, le génie poursuivait chaque nuit son œuvre patiente et sûre. Dés le 12 juin, nos cheminements étaient poussés jusqu’à soixante mètres des remparts, et six batteries de brèche étaient prêtes à ouvrir le feu. Avant d'en venir à cette extrémité, le général Oudinot 4~ adressa cette noble lettre au président de l’Assemblée romaine : « Nous ne venions pas vous apporter la guerre; nous venions affermir chez vous l’ordre et la liberté. Les intentions de notre gouvernement ont été méconnues. Les travaux de siège nous ont amené devant vos remparts. Jusqu’à présent nous n’avons voulu répondie qu’à de rares intervalles au fpu de vos batteries. Nous louchons à l’instant suprême où les nécessités de la guerre éclatent en terribles calamités. Évilez-les à une cité remplie de tant de glorieux souvenirs. Si vous per sistez à nous repousser, à vous seul appartiendra la responsabilité d’irréparables désastres... » Le président Galletti se contenta de répondre que la République romaine ne considérant pas comme légalement arrivé à son terme l’armistice de quinze jours consenti par M. de Lesseps, se défendrait à outrance contre une attaque faite en violation du droit des gens. L’esprit formaliste et sul>til du chef de la République se reconnaissait dans celle
réponse. A qui espérait-on persuader qu’une convention conclue avec un agent diplomatique désavoué pour avoir outrepassé ses pouvoirs, devait sun'ivre à la notification officielle de ce désaveu?
11 n’y avait plus à hésiter : ce jour-là même notre artillerie se mit à battre la place. Une deuxième et une troisième parallèle, habilement reliées entre elles par des boyaux exécutés tantèt à la sape pleine, tantôt à la sape volante, ne tardèrent pas à amener nos travailleurs au pied de l’escarpe. Aussitôt, une batterie de cinq pièces fut dressée pour prendre d’écharpe les défenses de la porte Saint-Pancrace et du VasceUo qui nous faisaient le pFus de mal. Le 19 au matin, le tir en brèche commençait contre la courtine 6-7 et les deux bastions adjacents. Les trois brèches ayant été jugées praticables, au bout de quarante-huit heures, l’assaut fut décidé pour la nuit du 21 au 22. Les colonnes d’attaque, composées chacune de deux compagnies d’élite et d’une brigade de sapeurs, furent disposées le soir dans les cheminements à proximité des ouvertures par où elles devaient monter. A onze heures le signal était donné. Nos soldats, dont les travaux d’approche touchaient littéralement aux remparts, enlevèrent de leur premier élan les sentinelles, les avant-postes et les logements intérieurs (|u’on avait fortifiés pour protéger les bastions menacés. En moins d’une demi -heure ils étaient maîtres de tout le front 6-7, qu’ils avaient attaqué. Ce fut d’ailleurs moins un assaut qu’un simple relèvement de garde dans les divers postes occupés par les Romains. Ceux ci, surpris
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pendant leur sommeil, atterrés devant un ennemi qui sortait réellement de dessous terre, ne surent que prendre la fuite en criant à la trahison. Pas un coup de fusil ne fut tiré, pas une goutte de sang répandue. Le ^cond bataillon du régiment de VUnione, qui gardait les remparts cette nuit-là, n’essaya pas un seul moment de défendre ses positions. Un lieutenant-colonel Rossi, qui revenait de faire sa ronde du côté de la porte Portèse, arrêté prés de la brèche par le Qui vive? d’une sentinelle, crut avoir affaire à l’un des soldats qu’il avaitlaissés là peu d instants avant, et s’approchait sans défiance pour lui donner le mot d’ordre de la place, lorsqu’il se vit entouré et fait prisonnier. ‘
Oràce à cette panique de la garnison, qui n’osa pas revenir immédiatement sur nous, et malgré le feu ti-ésvif de l’artillerie du Montorio, qui nous forcèrent à abandonner le bastion 6, le génie parvint à consolider notre établissement sur la brèche. Dés la nuit suivante, une batterie de quatre pièces, couronnant la courtine dont nous restions maîtres, ouvrait le feu sur le bastion II” 8, que battait sur son flanc gauclie d’autres pièces dressées au pied du saillant du bastion n* 7. En même temps, et suivant le plan adopté en conseil de guerre le 50 mai, une quatrième parallèle conduisait lentement nos hommes vers le point, où l’enceinte aurélienne vient se souder à la première enceinte. Cette fois, ce n’était pas sans une vive résistance, sinon de toute l’armée assiégée,
' l.es senlinclles lornaii e< avaient pris le halte! et le qui vive* des sciilinolles franraises.
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qui était visiblement démoralisée depuis notre assaut du 22, du moins de son artillerie, à qui doit rester sans conteste 1 honneur de la défense de Rome. Servie avec autant d'habileté que de courage, elle sut utiliser jusqu'au dernier moment toutes ses pièces, et tira certainement trois fois autant que nous.
Quoi qu’en aient dit les historiens italiens, et malgré la protestation mensongère dictée par Mazzini à quelques consuls étrangers, qui n’osaient pas sortir de chez eux pour aller vérifier les faits, il est incontestable que la ville ne fut point bombardée. Si nous en avions agi ave<‘ elle comme Victor-Emmanuel venait d’en agir avec Gènes et les Autrichiens avec Bologne, nul doute que l’ennemi n’eût pas tenu vingt-quatre heures après noire premier succès*. En tout cas, il n’eùl certainement pas fallu huit jours pour passer du bastion n° 7 au bastion n“ 8. Mais on poussa peut-être jusqu’à l’abus un système de ménagement qui consistait à épargner les monuments de Rome au détriment de nos soldats.'Le Vascelto , ou villa Giraud, qui écrasa sous ses décombres une partie de ses
* Il faut lire dans li's journaux républicains de ce lemps le récil des horreurs vraies ou prétendues commises le 10 avril 1849 par les Piémontiiis dans les Tauboiirgs de Gènes. 'Ce qui nous parait plus curieux i relever, ce soûl les termes dans lesquels l’organe olîiciel de Turin annonçait celte révolte : a Bien qu il nous soit douloureux île parler de nos discordes inleslines, disait la Gazzelta piemontese du 7 avril 1849, nous allons informer nos lecteurs de ce que nous avons appris sur les derniers événements de Gênes. î'ne pensée nous console, c'esi que l'enthousiasme des insurgés n'a pas son fojer dans 1a population génoise, mais bien dans une poignée d'aventuriers de tous les pays qui infestent cette ville et qui, par la violence, cherchent h intimider les citoyens honnêtes, et à les contraindre à s’associer à leurs criminels desseins. » Ne croirait-on pas lire quelque discoure d'un de nos ministres de 1849 parlant de l’ex|)édition de Rome?
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valeureux défenseurs; la villa Savorelli, où (laribaldi avait son quartier général ; l’église de San Pietro in Moni- torio, d’où l’artillerie romaine foudroyait nos batteries * sur les remparts ; le palais Corsini et-quelques maisons adjacentes, furent les seuls points maltraités par nos projectiles.
La brèche étant enfin ouverte dans le flanc gauche du bastion n“ 8, l’assaut fut donné pendant la nuit du 29 au 50 juin. Trois compagnies du 53“' et trente sapeui-s, sous le commandement d’un chef de bataillon, y pénétrèrent par une ouverture juste assez large pour laisser passer deux hommes de front. Les assiégés, enfermés dans un petit casino octogonal voisin du bastion, tiraient à coup sûr dans cet étroit défilé, où tombèrent tour à tour 1e chef de bataillon Lefebvre et le commcàn- ‘ dant du génie Durlort. Nos hommes ne franchirent pas moins la brèche; mais une fois de l’autre coté, au lieu d’appuyer sur la gauche pour gagner vers la porte Saint- Pancrace, ils se jetèrent à droite dans une tranchée creusée par les Romains qui remontait en zig-zag jusqu’aux batteries du Montorio. Une colonne de soutien, débouchant alors des logements du bastion n° 7, enleva une à une toutes les positions occupées par l’ennemi, soit en avant de la gorge de ce bastion, soit 1e long de la courtine 7-8, franchit le mur aurélien,'rejoignit la 1" colonne dans la tranchée ennemie, et revint cerner les Lombards, qui se défendaient héroïquement dans le bastion n“ 8. Cette affaire, qui fut la plus chaude de tout le , siège, nouscoûtaen tout un officier etdix-huit soldats tués
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surplace, sept officiers et quatre-vingt-dix soldats blessés.
La seconde enceinte du Janicule étant ainsi forcée ou fournée, et les batteries de Saint-.Uexis et du Montorio ayant été contraintes au silence, toute résistance devenait inutile. Dans la journée du 50 juin, l’ennemi cessa son l'eu et proposa d’entrer en accommodements avec les Français. C’est par là qu’on eut commencé, il y avait juste deux -jmois, si la volonté de la garde nationale, de deux des triumvirs, de la population presque entière, avait pu prévaloir sur la résolution de Mazzini servie par l’audace de Garibaldi.