CHAPITRE VI
Dc^rnim jours de la République romaine. État de Rome et dc« provinces Une fois la brècbo couronnée de nos canons, la ville ne pouvait plus étro >auvée. — Mazzini veut continuer la résistance pour infliger à l armcc française la honte de détruire les monuments de Rome. ~ DifTérends en> Ire Garibaldi et Hosellt, général en chef en remplacement d’Avezzann. — I.cUre de Mazzini au chef d'état-major Hnnam, dans laquelle le diclateiii' prend parti pour Roselli. — Devant l’anarchie déchaînée dans les rues et les menaces de Iwmbardement, l’Aseemblée se décide à traiter. — M. de Corcelle use <ie ses pleins pouvoirs pour repousser tout projet de capitulatiou. — l>a municipalité rend la ville sans conditions. — I.e 3 jiiillcl l'armée française onire à Rome. — Accueil de la population. — Licenciement et réorganisation de l’armée romaine, qui ne comptait pas moins de dix-neul mille cinq cents hommes. Une partie reste au service du nouveau gouvernement.— Le siénéral de Rostolan nommé gouverneur de Rome. — Désarmement général. — La CoosUluanle et les cercles politiques sont fermés. — Le peuple détruit lui-même les barricades qu'il devait défendre. — Extrême modération de l’autorité lî*unçnise vis-à-vis des personnages les plus compromis. — Le consul anglais, M. Freeborn. — Le colonel du génie Nid envoyé à Rome dès le i*' juillet pour remellrc au Pape les clefs de la ville.
— Lettre du Pape au général Uudinot. » Le drapeau pontifical est relevé et l’autorité légitime du Saint-Père rétablie. — Le 15 juillet. Te Deifm à Saint-Pierre. — Enthousiasme des Romains. — Proclamation du Pape.
Interpellations du M. Arnaud (de TAriége] sur les affaires de Rome, le 6 août. — Ré(K>nse de M. de Tocqueville, — Discours de M. Jules Favre.
— Réponse de M. de Falloux. — L’ordre du jour pur et simple est volé par Î2S voix contre 17G.
Diltîcultés croissantes à Gaêle et à Rome.— Le Pape confie le gouvernement de ses Etats à une commission de trois cardinaux. — Manifeste du ce gouvemeinenl provisoire, qui mécoiileiite l’armée française en iiicllaiiL scs services sur la même ligne que ceux des autres puissances catholiques. — Motifs de celle
iiijuslice. — Le général Oudinol se rend 4 Gaële cl supplie le l’ape de rentrer dans sa capitale, — Raisons qn’on opposait à cc retour. — Le Pape lui proinel de venir à , Castel-Gandolpho au milieu de l’nrmée française.
“ Les premières mesures prises par la commission provisoire susc'itent
le mécontentement des Romains et du gouvernement français. M. de
Tocf|ueville écrit au général Oudinot de ne pas oublier que nous étions des conseillers ayant l’épée au côté. — Embams du général en chef aux prises avec les tendances réactionnaires du parti que nous avions. délivré de l'oppres.sion révolutionnaire. — Il essaye de retenir, pour l’autorité française, la direction de la police. — Gonseil de censure créé par les trois cardinaux, pour examiner la conduite des divers employés publics depuis le 16 novembre 1848. — Nombreux émigrés des États romains. — Mauvais effet de cette mesure eu France et eu Europe. — Le général Oudinot e>l rappelé. — Honneurs qui lui sont reinlus avant son tiéparl parla municipalité romaine. — Rap|iort d’une comniis.*.ion d’aiiisU^ et de .«avants sur les dt^ats occasionnés par le siège.
Les derniers jours de la République romaine lurent agités et mornes comme l’avaient été les premiers. Les illusions s’en étaient allées l’une après l’autre. On ne pouvait plus compter ni sur les engagements de M. de Lesseps, ni sur le triomphe de l’insurrection à Paris, ni ^ sur l’épée d’un nouveau Camille forçant les Gaulois à -e" lever le siège du Capitole. Chacun sentait venir la fin d’un régime impossible et condamné par l’Europe. Seul,
.M. Mazzini, qui avait voulu commencer la guerre contre toute raison, voulut la prolonger contre tout espoir.
Jamais le nom de République ne reçut en face un plus insolent démenti ; jamais un peuple, un gouvernement, une ville ne furent plus absolument livrés à la passion d’un seul homme. Une fois nos soldats établis sur les remparts, il était visible qu’aucun effort ne les en délogerait, et que la place n’avait plus qu’à se rendre. Cette opinion n’était pas seulement celle des habitants menacés des horreurs d’un bombardement, elle était
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aussi celle de l’armée qui se battait pmir les triumvirs. « (Jue Dieu pardonne, a écrit un brave qui a donné son sang et la vie de ses meilleurs amis à la défense de Rome, que Dieu pardonne à ceux qui furent cause de ce carnage inutile! Ils ont d’autant plus besoin du pardon de Dieu que, convaincus par l’attestation des plus intrépides militaires de l'inefTicacité de toute résistance, ils s’obstinèrent à la continuer contre fonte conscience et toute humanité, pour le seul orgueil de pouvoir (lire : Nous n'avoiis pas cédé. Je sais bien que le vulgaire applaudit et appelle gloire de l’Ilalie ('ette détermination de gens qui, loin de tout danger, tranquilles sur leur siège et munis de saufs-conduits, ne s’exposaient après tout qu’à partir pour aller reprendre les habitudes de leur riche exil. {Il consueto agiatissimo esilio.) Et je sais aussi que pour célébrer ceux-là, on oubliera bientét jusqu’aux noms de ceux qui ont noblement sacrifié leur vie à leur devoir*. »
Le rêve de Mazzini était, en effet, de recommencer Saragosse et d’infliger aux armes françaises la honte qui revient dans l’histoire aux saccageurs de Rome, depuis Totila jusqu’au connétable de Bourbon. Rien n’avait été épargné pour exalter les courages. Les nouvelles les plus ridicules, les proclamations les plus insensées se succédaient sans interruption; tantôt c’étaient d’affreuses maladies qui décimaient notre camp, tantôt l’Angleterre
' I voluntari ed ibersaglieri lombardi. (p. 175). Voir lo r&il ilnlien .le la jourm'e du 50 juin aux pièces juslificatiTes.
qui envoyait à l’arisdes notes menaçantes, tantôt la (lotte des Etats Unis qui venait faire la loi dans la Méditerranée. Un décret ofliciel osait dire à un peuple qui n’a pas besoin d'être provoqué à la guerre au couteau que la férocité est un droit et môme un devoir de la nature. Un autre recommandait aux femmes romaines d'entasser — des pierres dans leurs maisons, « pierres inexorables, disait-on, pierres précieuses si elles frappent quelque séide de la tyrannie. » Tant de supercheries et de violences de la part du gouvernement suffiraient peut-être à prouver que le sentiment public ne se prêtait pas de lui-même à l’idée de combattre les Français.
Les historiens italiens se montrent avares de détails sur le régime intérieur de Rome pendant la péi iode du siège. Nous surprenons cependant une séance de la Constituante du 6 juin, où le député Filopanti se plaint qu’il n’y ait guère que cinquante hommes travaillant aux barricades, tandis que cinq cents ou mille ne seraient pas de trop*. On convenait en même temps que les volontaires, pour la défense des rues et des maisons, ne se hâtaient pas d'accourir, et que, malgré la fougueuse éloquence des prédicateurs de carrefours nommés par l’Assemblée, les listes d’enrôlement restaient en blanc au pied de leurs tréteaux. Dans onze quartiers sur quatorze, la fameuse légion des Sept-Collines n’avait pu parvenir à s’organiser. Quelques jours après, Mazziui lui-mème dé-
' Voir aux pièces juslilicalives un .n|<|)cl des triumvirs à la Iwurpeoisie ivmaine pour qii’eic vint suppléer au manque de liras.
mSTOlUE
plorait que personne ne vînt travailler aux fortifications : « Si votre esprit vous suggère quelque moyen pour échauffer la population, hâtez-vous de l’adopter ! » s'écriait le triumvir*. En même temps, un mystérieux décret interdisait d’employer les paysans à la construction des barricades, « attendu la convenance de rendre les bras nécessaires à l’agriculture dans cette saison. » Ce beau zèle pour l’agriculture au moment où le salut public était la suprême loi, pouvait -il être pris au sérieux? Il se manifestait en tout cas avec une vivacité exceptionnelle, car en vertu du môme décret, tout habitant de la campagne trouvé à Rome vingt-quatre heures après sa promulgation devait être arrêté et reconduit dans sa localité. Serait-il bien téméraire de supposer que ces braves gens des campagnes, qui de nos jours encore restent religieusement attachés au Saint-Siège, ne se montraient rien moins que favorables au gouvernement de Mazzini?
Les provinces ne manifestaient pas de plus sympathiques dispositions pour la nouvelle République que les habitants de la campagne romaine. On avait bien publié en un gros volume les adresses d’adhésion des municipalités, mais on n’avait pas vu accourir les innombrables volontaires qu’elles annonçaient. A la faveur de l’armistice conclu par M. de Lesseps, deux mille Romagnols seulement, chassés de Bologne par les Autrichiens, avaient pénétré dans la ville sous les ordres du colonel Masi-
Séance de la Constituante romaine du 9 juin '
Kflrayées de l’anarchie qui avait succédé partout à la proclamation du nouveau gouvernement, les populations des Étals romains regrettaient le régime déchu et se montraient indifférentes au danger de la capitale. Sur plus d'un point même, notamment dans les provinces de Pesai o et d'Ascoli, elles s’étaient armées et tenaient la cam- "j' [tagne au cri de Vivent Pie IX et la Madone ! De toutes ports le triumvirat faisait jeter en prison des évériucs, des moines et de notables citoyens soupçonnés de prêter la main à des complots réactionnaires. Ailleurs, c'était la Révolution qui avait pris le dessus et qui régnait, suivant son invariable coutume, par la terreur. Une bande qui s’intitulait justement infernale, ensanglantait de ses meurtres les villes de la Marche d'Ancône. Mnce- V rata, Osimo, Sinigaglia, où résidait la famille du Saint- Père, Imola son ancien archevêché, virent des scènes ^ dignes des siècles les plus barbares. La correspondance du consul anglais Moores cite parmi les victimes de ces misérables ; le chevalier Baldelli, les marquis Nembrini et Censolini, le capitaine del Pinto, le chanoine Specchi et d’autres, dénoncés comme déshonnêtes et immoraux, eome inonesti ed immorali.
Mais rien ne peut se comparer à la tyrannie que cette secte homicide faisait peser sur Ancône. « Que dirai-je -jd’Ancône, s’écrie avec douleur l’historien Farini, où l’on ^ tuait en plein midi sur les places, dans les maisons, dans les cafés, en présence de la milice qui laissait faire! Que dirai-je de ces agents de police qui, à la fois sbires, juges et Iwurreaux, assassinaient lescitoyensqu’ils avaient mission
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de protéger I Heureux qui pouvait avec de l’or racheter sa vie et le droit de fuir' I «Mis en demeure par les dénonciations publiques des consuls étrangers, Mazzini avait d’abord envoyé dans cette malheureuse cité un commissaire choisi de sa main; c’était un prêtre apostat nommé dair Ongaro, qui n’avait fait que compromettre plus odieu^ sement laRépubliqueentraitantlâchementaVeclepartides assassins. Un capitaine d’aventures, énergique et bien intentionné, représentant de Forli à l'Assemblée romaine, lui fut donné pour successeur et parvint, en quelques semaines d’impitoyable répression à calmer cette ébullition de sang. « La justice doit avoir son libre cours, dit-il en arrivant, et le gouvernement de la République est prêt à succomber plutôt qu’à permettre que le crime 'et la barbarie restent impunis. » On ne peut lire sans frémir au bas de cette belle déclaration, un nom qui s’est inscrit lui-même quelques années après dans rhistoirc* du crime avec le sang de huit morts et de cent cinquantesix blessés, le nom de Félix Orsini * !
Le principal espoir de la faction était dans les nouvelles de France. Aussi avait-on soigneusement caché aux troupes et à la population la débâcle de M. Le-
• IjO StalO romano, t. 111. — Tous les historiens itnliens n’éprouvent pas la même indignation d'honnête homme. Il s'en trouve même qui accusent niaisement les partisans du Pape de s'étre entre-tués pour mieux dilTamer la République. Qui eêt dit alors à H. Farini qu’il devait lui-même, dix ans après, ayant les pleins pouvoirs du roi Victor-Euim,inuel dans l’Éniilie, voir massacrer à Parme le colonel Anviti, sans l'aire justice des assassins?
' Ce sont les chilTrcs donnés par l'acte d'accusation dans le procès qui suivit l’attentat du 14 janvier 1858. (Voir à la rin du volume le décret d'Orsini mettant la ville d’Ancône en état de siège.)
dru-Rollin le 13 juin. Ce jour-là le général Changarnier était venu efficacement en aide au général Oudinot Tout espoir de voir revenir M. de Lesseps s’évanouit, et l’on comprit qu’il ne fallait plus compter que sur ses propres forces. Or, de ce côté non plus il n’y avait pas lieu de garder longtemps la moindre illusion. Malgré les vanteries de Garibaldi, les moins habiles jugeaient que scs sorties avaient peu de succès, puisqu’on n’osait plus en tenter de nouvelles. Les divisions de ce héros populaire de la défense avec Roselli, promu depuis peu en remplamcnt d’Avezzana au commandement général de l’armée romaine, n’étaient un mystère pour personne*. La courte campagne contre les Napolitains pendant l’armistice accordé par M. de Lesseps, qui n’avait mis en relief que l’audace insubordonnée du chef de bande, avait révélé une certaine capacité militaire chez celui qu’il regardait comme un rival indigne de lui. Roselli avait conçu le plan de couper la retraite au roi Ferdinand, en allant occuper avant lui divers points de la frontière de ses États. Garibaldi refusa d’obéir et faillit se faire écraser en attaquant de front l’armée royale à Velletri. Après cette inutile échau ffourée, que les garibald iens célébren t encore comme une victoire, le général en chef, ayant délivré le sol de la
‘ Gel Avcizana, non moins incapable ministre que ridicule général, osait écrire aux triumvirs on remettant son commandement : « Appelé par vous au ministère de la guerre et au commandement de l'armée romaine, j’ai agi de manière que les Français et les Napolitains ont été défaits par les valeurreux soldats de la République. » Et les triumvirs déclaraient que le général Avezzana, qui avait si bien mérité de Rome, restait ministre de la guerre et de la marine. (Décret du 14 mai 1849.)
Oj» lIlSïOlUE,
Républi(iue de l’invasion napoUlaine, voulut ramener son armée dans la capitale pour travailler aux fortilications en attendant la fin prochaine de l’armistice. Mais Garibaldi entraîna sa division dans une incursion sans but sur le territoire de Naples, qu’il fut obligé d’évacuer peu de jours après pour voler au secours de Rome. Enfin, lorsque dans la nuit du 21 au 22 juin, deux bastions furent tombés en notre pouvoir, Roselli, comprenant de suite que tout était perdu si on laissait nos soldats s’établir sur la brèche, avait donné l’ordre de la reprendre aussitôt par un assaut désespéré; mais, soit jalousie, soit connaissance plus exacte de l'esprit' des troupes romaines, démoralisées par le succès de nos armes, Garibaldi fut d’avis de différer l’attaque. Ce fut le coup de grâce de la République. Mazzini le sentit, et s’en exprimait en termes curieux à connaître dans une lettre qu’il adressait au commandant de la légion lombarde, attaché à Roselli comme chef d’état-major général :
* i'i juin, à ü heures et demie de l’api'ès-midi.
« Citoyen colonel,
« J'appi-ends la résolution du général Garibaldi de ne pas réaliser l’attaque promise pour cinq heures. Je dé plore hautement cette décision, et je la crois funeste au pays. 11 fallait attaquer cette nuit, une demi-heure après la brèche franchie par les Français. Si cela ne se pouvait pas, si le moral de nos troupes ne le permettait pas
ItE LEXPÉDITIO.N DE ROME E.N 1 84‘J. 2ùD la nuit môme, il fallait maintenir l’accord convenu avec Uoselli d’attaquer à cinq heures et demie du matin.
« Et du moment où l’on avait commis la faute de ne pas attaquer à l’heure fixée, il fallait au moins attaquer à cinq heures de l’après-midi, comme on l’avait de nouveau promis.
« Demain matin nos efforts seront inutiles : l'artillerie ennemie sera placée. Notre système de défense est donc entièrement changé, et, permettez-moi de le dire, ruiné. Dans notre position, on ne se défend qu’en attaquant. Ce matin on a fait battre le rappel, on a excité le peuple, puis on a tout aiTêté pour tomber dans un jésuitisme d’explications qui tue l’enthousiasme. Cette après-midi, le peuple avait été fanatisé, deux mille bourgeois étaient prêts à se ivunir à nos forces, déjà numériqueineul suffisantes pour reprendre le Casino. Une autre immense multitude venait en seconde ligne.
« Déçu une seconde fois, le peuple se persuadera que nous avôns peur et aura peur aussi ; le parti hostile s’en prévaudra, une municipalité quelconque surgira à la première menace sérieuse, et nous referons Milan.
« Vous n'avez en ce moment ni travailleurs ni matériel; quarante jours de fatigue ont épmsé l’activité laborieuse de la population. Nous n’aurons bientôt plus ni viande, ni poudre, ni farine. Je cmisidère Rome comme tombée. Dieu veuille que l’ennemi ose nous attaquer de suite! Nous aurons encore, si c’est bientôt, une belle défense populaire derrière les barricades où nous accourrons tous : plus tard nous n’aurons pas môme celle-là.
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« J ’ai l'âme oppressée d’amertume de ne pouvoir m'expliquer. Tant de valeur, tant d’héro'isme perdus!
« J’ai votre rapport ; je ne m'en prends pas à vous : je vous estime et je commence à vous aimer. Je jure que vous pensez comme je pense, et avec vous Roselli, tant calomnié de divers côtés, et tous les braves de l’état-major.
« Il me restera la stérile satisfaction de ne pas apposer mon nom à une capitulation que je prévois comme infaillible. Mais qu’importe de moi '? ce qui importe, c’est Rome et l’Italie.
« Votre Joseph Mazzini.
« P. S. Montrez cette lettre au général. »
L’agonie de ce violent régime fut elle-même le comble de la violence. Rome, surveillée par nos canons braqués sur ses remparts, couvait la guerre civile dans ses rues. • En attendant la défense des barricades par le peuple, que rêvait en vain le fanatisme de Mazzini, la garde civique, qui jugeait plus opportun de penser à une capitulation honorable, faillit être exterminée par les aventuriers de Garibaldi. Sterbini, criait par les rues la trahison de Roselli, qui désespérait du succès depuis qu’on avait refusé d’exécuter ses ordres, et osa demander à Mazzini lui-même de se démettre de son pouvoir afin de laisser la dictature civile et militaire au héros de Velletri. Le triumvir, peu endurant quand il s’agissait de son pouvoir, jeta littéralement à la porte du palais de Monte- Citorio le président du cercle populaire.
t)E L’EXPÉDITION DE ROME EN 1849. 261
So voyant ainsi menacé à la fois pàr les modérés, qui voulaient traiter, et par les exaltés qui se servaient contre lui du nom de Garibaldi, le dictateur s’était francliemeni rangé dans le camp du général en clief, bien qu’il ne parût pas ignorer que les sympathies de l'armée régulière ne lui fussent pas moins refusées que celles de la population.
Un simulacre de bombardement, qui défonça tjuelqucs toits du Transtevère vint mal à propos peut-être arrêter la révolution en train de se châtier elle -même' et faire comprendre aux Romains qu’ils étaient en notre pouvoir*. Effrayée du danger intérieur plus encore que de nos obus, l’Assemblée' décida que toute résistance était inutile et devait cesser. Mazzini, qui avait inutilement demandé aux députés de sortir de la ville et d’aller transporter ailleurs la République, donna sa démission. Un nouveau triumvirat fut nommé par l’Assemblée; il se composait de Salicelti, président de 1a Constituante, Mariani et Calendrelli, qui s’étaient distingués dans la défense. En même temps la municipalité, suivie des consuls étrangers résidant à Rome, se rendit à la villa Santucci pour demander un armistice. Le duc de Reggio se montra comme toujours ennemi courtois et bienveillant, et se bâta de prévenir M. de Corccllcs, qui venail de quitter le camp pour ramener à Civita-Vecchia 31. de Rayneval retournant à Gaëte. Cet envoyé extraordi-
' a Je puis vous dire avec ccrliliulc, écrivail le 7 juillet M, de Gorcelles, que cent à cent cinquante obus ou boulets sont tumbés dans Vcnccintc de la ville, qui a cinq lieues de circonrérence. Ou n'en voit de traces nulle part, p
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naire n’hésita pas à user de ses pleins pouveirs pour repousser tout projet de capitulation. Il lui semblait que la générosité française, qui n’a pas besoin d’être stipulée, était une suffisante garantie et la seule qu’il nous fût permis d’offrir à des ennemis comme ceux que nous venions de combattre. La municipalité ayant répondu qu’elle n’avait plus qu’à céder à la force, trois des principales portes de la ville furent livrées à nos soldats pendant la nuit suivante.
Le lendemain, 3 juillet, le général Oudinot faisait son • entrée dans Rome à la tète d’un brillant cortège. Pour se rendre de la porte Portèse au palais Colonna, résidence du représentant de la France, il fallait traverser la ville presque d’un bout à l’autre en diagonale. Ce parcouisi n’avait point été tracé au hasard ; il était utile de montrer nos forces et de passer une première revue de l’opinion publique. Au dire de tous ceux qui faisaient partie de la colonne du général en chef et qui remplissent encore lés cadres de notre armée, l’accueil de la population fut excellent et même enthousiaste dans les quartiers popu- I laires. Les cris de Vivent les Français! Fimit nos libéra- 'yteurs! se croisèrent avec le cri de Fire Pie JX/ Mais, parvenus à la hauteur du Corso, nos hommes s’aperçurent que les rues étaient désertes et les magasins fermés. Évidemment un mot d’ordre avait passé par là. On en eut la révélation devant le café des Beaux-Arts, rendea-vous ordinaire du club central, d’où sortirent des cris malveillants et des sifflets. Justice fut faite en quelques coups de cravache de cette audacieuse manifestation. Quelques
forcenés qui venaient insulter nos soldats jusque dans les rangs, furent arrêtés, et leur drapeau, coiffé du bonnet rouge, fut abattu. Le soir de cette journée, qui eut plus d’émotions et d’enseignements qu’un simple triomphe militaire, le général français qui venait de vaincre la démagogie romaine, prenait possession du palais Colonna, d’où notre ambassadeur était sorti six mois avant pour se dévouer de sa personne au salut de Pie IX'.
Tout n’était pas fini cependant parce que nous étions maîtres de Rome; si l’honneur de nos armes était vengé, la question politique restait tout entière. Une armée victorieuse de trente-deux mille hommes se trouvait en présence d’une armée vaincue qui ne comptait pas moins, d’après les derniers états officiels, de dix-neuf mille cinq cents hommes. Cotte première difficulté était à elle seule grosse de périls. Que faire de tant de soldats qui venaient de nous combattre et qui étaient livrés à notre charge plutôt qu’à notre merci par la reddition d(> la place sans capitulation? Quatre mille avaient fui la
' Voici duos qoclt termes une dépêche de H. de Corcellet, du lendemain, ncontail celte journée : « Les Translérérins nous ont témoigné beaucoup de bienveillance ; le quartier du Corso a été froid ; l’action des clubs et des étrangers s'y exerçait. J'ai tu le chef de la commission des barricades, Ccrnusclii, qui excitait lui-même ses bandes à des clameurs au moment où nous passions devant le club des Deaux Arts. Le général Oudinot a fort énergiquement réprimé ce petit tapage, dont il ne faut pas s'exagérer la portée.
€ Pondant le défilé, j’ai proposé au général Oudinot d’aller délivrer les pri- .«onniers politiqnes. Le général m'a fait accompagner par trois gendarmes Ir.inçais, et je me suis très-aisément acquitté de ma mission. J'ai fait déUvrer des malheureux qui figuraient sur les registres de la prison pour délit d'adhésion aux Français et refus de construire les barricades. Le fort Saint- Ange, occu))é pur les troupes de la Constituante, est à deux pas; on n'a pas hésité à m'obéir. r> (Rome, 4 juillet 1849.1
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veille avec Garibaldi par la porte Sainl-Jean-de-Latraii, pour aller, disait-on, soulever les provinces. Un pareil nombre, parmi lesquels figurait en première ligne le œrps des carabiniers, s’étaient hâtés de faire leur soumission. A les entendre, ils n’avaient jamais cessé de regretter le Pape ; l’esprit de corps, la honte de passer à l’ennemi au moment du danger, les avaient seuls retenus du côté de Mazzini. Mais le général Roselli' gardait encore un noyau respectable autour de son quartier général, affectant de donner des ordres et même de préparer une expédition contre les Autrichiens, comme si la République avait pu survivre à la prise de la ville. Une lettre énergique du général Oudinol mit fin à cette dangereuse anarchie militaire. Vingt-quatre heures furent données aux troupes romaines pour imiter l’exemple des carabiniers ou aller attendre leui' licenciement dans des cantonnements désignés. Aucune pièce de canon, aucune munition de guerre ne devaient les suivre. Les corps composés de Polonais, de Français, d’Allemands ou d’Italiens étrangers aux États romains qui n’étaient pas partis avec Garibaldi, furent dissous. Tout le reste des défenseurs de Rome se rallia avec empressement à notre drapeau. Un général et des officiers supérieurs français leur furent donnés. Cette réorganisation marcha si bien, qu’au bout de peu de jours le duc de Reggio, jaloux d’iionorer et de gagner plus encore nos ennemis de la veille, voulut confier toute une nuit à un régiment romaia la garde du palais Colonna.
En même temps le général de Rostolan, ferme et vail-
lanl soldat qui allait rendre à l'intérieur autant de services qu’il en avait rendus comme commandant du corps de siège, était nommé gouverneur de Rome ; l’Assemblée, qui s’était donné le plaisir de proclamer sa constitution du haut du Capitole lorsque déjà la ville était à nous, fut renvoyée ; les cercles, les cafés séditieux furent fermés, la presse soumise à l’état de siège, et un ordre de désarmement, promptement exécuté, fit renti’er dans les arsenaux près de trente-cinq mille fusils encore noircis des coups qu’ils avaient tirés contre nos soldats. Ces mesures de vigueur, qui ne coûtèrent pas une goutte de sang commencèrent à rassurer la population. Ceux des partisans de Pie IX que les nombreux assassinats commis par les mazziniens pendant les premiers jours de l'occupation , delà ville par les Français, avaient décidé à rentrer dans leurs caves, osèrent en sortir de nouveau. Les fonctionnaires d’avant le 16 novembre, les capi di rione ou chefs de quartier, se hasardèrent à revenir à leurs postes. Les notables citoyens que M. de Rayneval avait inutilement pressés jusque-là de laisser inscrire leurs noms sur la liste de la commission municipale, ne lui demandèrent plus comme une faveur d’être conduits {lar les gendarmes à la salle des délibérations*. On se retrouva papiste dès qu’on put croire n’avoir plus rien à craindre de la République. Toute cette foule honnête et misérable, plus nombreuse^’
* « Nous voulons bien nous dévouer au rûtablissement de l’ordre, disaienlils, mais envoyez-nous prendre eu plein jour par des gendarmes, afin qu’on puisse croire que nous cédons à la contrainte ! » (Dépêche de M. de Rayneval à M. de Tocqueville.
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en Italie que partout ailleurs, qui s’appelle la masse ei qui n’est pas plus la société que le lest n’est le navire, se sentit attirée de notre côté, aussitôt que l’autorité eut levé son bras sur les terroristes. Si l’on eut pris fantaisie en ce moment de revenir aux arrangements, de M. de* Lesseps et de livrer au suffrage universel la question du gouvernement de Rome, la papauté pourrait montreiaujourd’hui un titre moderne à côté des titres plus sérieux que le temps lui a transmis. Sur l’invitation du général en chef, le peuple s’était porté avec ardeur à faire disparaître les bairicades qu’il avait mis si peu d’empressement à construire. Elles avaient coûté, nous en trouvâmes la preuve, près de trois millions à la République ; elles furent détruites gratuitement, malgré la mauvaise humeur du sénateur Sturbinelti qui prétendait empêcher les démolisseurs, de s’en approprier les débris. La misère » était extrême. Une souscription ouverte dans l’armée vint généreusement en aide aux classes nécessiteuses, et des milliers de Transtévérins furent employés au lieu de nos soldats, à combler les tranchées que notre génie avait creusées de la porte Cavallegieri à la porte Portèse.
Pendant que les amis de Mazzini vociféraient partout que les Français usaient de leur victoire comme des Autrichiens, on les voyait profiter à Rome de l’heureuse différence de nos procédés. Tandis qu’on fusillait à Bologne et qu’on pendait sans miséricorde à Livourne, l’autorité française ne prenait aucune mesure contre les plus dangereux ennemis de l’autorité pontificale. Mazzini lui-
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DE LEXPÉDITIO DE ROME EN 1849. 2ü7
mùme put rester plusieurs jours en \ille sous la protection d’un passe-port anglais.
Ce sauf-conduit fut pi-odigué aux amis du triumvirat, , par le consul britannique, au point d’embarrasser la politique du cabinet de Saint-James, qui, dans le môme ‘ moment, soutenait à Venise la cause des Autrichiens'. Dénoncé au Parlement, M. Freeborn fut chaudement défendu par le chef du Foreign-Office. La vie des patriotes italiens était en danger, fut-il dit, et l’agent de la Reine n’avait fait que son devoir en les couvrant de la protection de sa nation. Nous \’oudrions croire, en effet, que •M. Freeborn ne cédait qu’à un sentiment toujours louable d’humanité, naais pouvait-il ignorer que les \-aincus auraient trouvé des protecteurs plutôt que des persécuteurs dans notre généreuse armée? Puis nous regrettons (l’avoir à signaler le même M. Freeborn pour avoir, après la journée du 50 avril, refusé asile dans son palais à des Français domiciliés à Rome et menacés de mort par la populace. Est-ce là ce que lord Palmerston appelait.
* Voir, dans les documents publiés par M. Planai do la Faye, les nombreuses pltintes de Manin contre le consul général Clinton Dawkins. < Quant é ce qui concerne, avait répondu à Hanin lord Palmerston lui-méme, le voeu exprimé parvos concitoyens que Venise cesse d’appartenir â l’Autriebe, le gouvernement de Sa Majesté peut vous dire seulement que le traité de Vienne, dans lequel la Grande-Bretagne est intervenue comme partie contractante, désigne Venise comme faisant partie de l'empire d’Aulriebe, cl que les points proposés en août dernier au gouvernement impérial par les gouvernements anglais et frangais comme bases des négociations, n’avaient pas pour but d’altérer sous ce rapport le traité de Vienne: Vu changement quelconque dans la poiition politique de VeiiiH ne peut s'opérer qu'avec Vaesentiment et le concours du gouvernement impérial; et ce gouremement a déjà annoncé sm inlention à cet égard. » (Dépéclie du 20 avril 1819.)
HISTOIRE
devant la Chambre des lords, ne pas compromeUre le I darum ac venerabile nomen de l’Angleterre?
Des poursuites furent dirigées seulement contre M. Cernusclii, chefde la commission des barricades, dont on avait trouvé le nom au bas d'un placard qui provoquait à l’assassinat de nos soldats. Ce député, embarqué d’abord à Civita-Vecchia comme valet de chambre du prince Canino, et signalé au ministre de la justice en France, fut ramené à Rome quelque temps après, pour répondre de ses actes devant le conseil de guerre. Mais il se défendit en alléguant que sa signature avait été mise sans son consentement au bas d’une proclamation qui n’était pas son œuvre, et fut acquitté. D’autiW patriotes, dénoncés par l’indignation publique pour avoir fusillé le curé de • la Minerve et plusieurs autres ecclésiastiques dans le cloître de Saiiite-Calixte, durent aussi être recherchés. Les corps des victimes furent retrouvés, mais non les meurtriers. On avait eu le tort de se fier, pour celte mission, à l’officier supérieur romain qui avait trahi le Pape le 16 novembre précédent, à la tête de ses carabiniei-s.
Nous no pouvions donc user avec plus de modération d’une victoire si chèrement achetée. En outre, si le colonel Niel, chef d’étal-major du génie, n’eùl été envoyé à Gaëtc, dés le 1" juillet, pour remettre au Pape les clefs de sa capitale, on aurait pu se demander dans quel but nous étions à Rome. Les proclamations, les documents 1 officiels semblaient s’ôtre concertés en effet pour ne dire mot de la restauration du gouvernement légitime. Le Président de la République, en félicitant, dans une
DE L’EXPÉDITION DE ROME EX i0;>
letUv publique, le gtniéral Oudinot, d’avoir pris Rome, parlait du prestige maintenu à notre drapeau et de sou espoir de voir nos soldats rentrer bientôt en France avec honneur pour nos armes et bénéfice pour notre influence en Italie, mais ne faisait pas la plus légén> mention du Pape et du but, désormais atteint de notre expédition L’opposition sut profiter de cette omission du gouvernement après la victoire comme elle avait profité de ses hésitations avant le combat. Tous ceux qui avaient espéré que notre débarquement sur un point des États romains ne cachait qu’un commencement d'hostilité contre l’Autriche, s’empressaient d’excuser, pour ainsi dire, le siège de Rome, par la nécessité malheureuse de tirer une revanche de la journée du 50 avril.
Ce sentiment n’était pas sans écho dans l’armée expéditionnaire. On citait notamment, parmi ceux qui le partageaient, le général qui venait de diriger avec une science si sûre les travaux du génie. Suivant les paroles qu’on -lui prêtait, nous aurions dû couronner la brèche de nos canons, puis nous retirer, laissant les Romains libres de régler, comme ils l’entendraient, leur situation intérieure, mais non plus de révoquer en doute la supériorité de nos armes. Était-ce la peine vraiment d’être une nation calliolique et d’avoir désavoué M. de Lesseps ?
C’est sans doute à ces dispositions connues du général , Vaillant qu’on attribuait à Paris son refus de se servir des lettres secrétes de commandement qui lui avaient été confiées, le 9 mai précédent. Quand on vit qu’il ne
' Vuir rette lettre aux pièces justificatives.
mSTOIllE
l'allait plus compter sur lui pour assutner la responsabilité de l’entreprise et que le siège traînait en longueur, on envoya le général Bedeau avec de nouveaux pleins pouvoirs diplomatiques et militaires. Cet honorable officier général, qui avait généreusement défendu le duc de Beggio contre les accusations de la tribune, apprit à Marseille la nouvelle de la reddition de Borne, et revint â son poste au bureau de l’Assemblée ' . Comme le Président de la Bépublique, le ministre de la guerre n’exprimait dans sa lettre oBicielle au général Oudinot qu’une satisfaction purement militaire. Seule l’Assemblée législative, en volant des remercîments â l’armée et à ses chefs, les loua d’avoir su concilier les devoirs de la guerre avec le respect dri à la capitale du monde chrétien. C’était peu sans doute, mais enfin ces simples mots étaient les seuls depuis notre entrée à Borne, d’où l’on put tirer une induction favorable au rétablissement du pouvoir temporel.
Cependant Pie IX avait reçu le colonel Niel à Gaéte, plutôt avec l’attendrissement d’un père qui a retrouvé son enfant qu’avec la joie d’un souverain à qui l’on rend ses Etats. Sa reconnaissance envers la France sétail épanchée en termes de la plus exquise sincérité : « Elle ne m’avait rien promis, dit le Pontife, et cependant c’est sur elle que j’ai toujours compté I Je sentais qu’au mo-
* On lit au Moniteur du 12 juillet ; « M. le général de division Bedeau e*t arrivé hier à Paris. La mission politique que cet oITicier général devait remplir auprès de M. le connnaiidant en chet du corps de la Méditerranée, devenait sans objet par suite de l’occupation par nos troupes de la ville de Home. O
liE L'EXPÉDITION DE ROME EN 1849. 271
ment opportun la France donnerait à l’Église ses trésors, son sang et, ce qui est peut-être plus difficile pour ses valeureux tils, ce courage contenu, cette patience persévérante à qui je suis redevable qu’on ait conservé intacte ma vUle de Rome, ce trésor du monde, cette cité si aimée, si éprouvée vers laquelle, pendant l’exil, mon cœur et mes regards pleins d’angoisses furent toujours tournés! » Puis, après avoir comblé l’envoyé de l’année française des marques particulières de sa bienveillance, le Saint-Père lui remettait cette lettre pour le commandant en chef :
« .Monsieur le général,
« La valeur bien connue des armes françaises , soutenue par la justice de la cause qu’elles défendaient, a recueilli le fruit dû à de telles armes : la victoire. Acceptez, monsieur le général, mes félicitations pour la part principale qui vous est due dans cet événement; félicitations, non pas pour le sang répandu, ce que mon cœur abhorre, mais pour le triomphe de l’ordre sur l’anarchie, pour la liberté rendue aux personnes honnêtes et chrétiennes,pour lesquelles ce ne sera plus désormais un crime de jouir des biens que Dieu leur a départis, et de l’adorer avec la pompe religieuse du culte, sans courir le danger de perdre la vie ou la liberté.
« Sur les graves difficultés qui pourront se rencontrer [)ar la suite, je me confie dans la protection divine. Je crois qu’il ne sera pas inutile à l’armée française de connaître l’histoire des événements qui se sont succédés
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pendant mon pontificat; ils sont retracés dans mon allocution dont vous avez connaissance, monsieur le général, mais dont je vous remets néanmoins un certain nombre d'exemplaires, pour qu’elle puisse être lue de ceux à qui vous jugerez utile de la faire connaitre. Cette pièce prouvera suffisamment que le triomphe de l’armée française est remporté sur les ennemis de la société humaine, et ce triomphe devra, par cela même, éveiller des sentiments de gratitude dans tout ce qu’il y a d’hommes honnêtes en Europe et dans le monde entier.
« M. le colonel Niel, qui, avec votre dépêche très-honorée, m’a présenté les clefs d une des portes de Rome, vous remettra la présente. C’est avec beaucoup de satisfaction que je profite de cet intermédiaire pour vous exprimer mes sentiments d'affection palernelle, et l’assurance des prières que j’adresse continuellement au Seigneur pour vous, pour l’armée française, pour le gouvernement et pour toute la France.
« Recevez la bénédiction apostolique que je vous donne de cœur.
B Donné à Gaëte, le 5 juillet 1849.
« Signé ; PUIS P. P. IX. »
On voit qu’éludant sans les nier les difficultés dont il ne lui convenait pas d’aborder le détail en cette occasion, le Saint-Père se bornait à demander que la situation fût jugée toutd’abord dans son ensemble, d’après un document émané de sa propre initiative. Ce document n’était autre qu’une allocution consistoriale prononcée à
Gaëte, le 20 avril précédent, qui retraçait, par la bouche même de Pie IX, la longue histoire de ses intentions, de ses entreprises et de ses malheurs depuis le premier jour de son règne*. Comme s’il eût prévu les cyniques aveux X' réservés à d'autres temps, le Pape, après avoir démon- ' Iré qu'il n’avait refusé aucune des réformes civiles et politiques qu’on lui avait demandé, concluait en ces termes : « Ce n’étaient donc ni des institutions plus libérales, ni une meilleure administration, ni de plu» sages réglements que voulaient ces hommes, mais la destruction absolue de la puissance temporelle du Saint-Siège. »
.Xu nombre des résolutions à prendre de suite et qui ne laissaient pas que d’avoir leurs périls, figurait en première ligne le choix dn drapeau. Le nôtre ne pouvait flotter seul plus longtemps sur les monuments de Rome. Devions-nous garder les couleurs italiennes? Sans doute elles avaient été acceptées par le Pape, lorsqu’il avait béni les volontaires du général Durando partant pour aller défendre les frontières du Pô. Mais elles n’en étaient pas moins devenues un drapeau de guerre contre l’Autriche, et c’était pour la paix de Rome et de l’Italie que nous venions de combattre. Les duchés, la Toscane et les Deux-Siciles avaient repris, avec leurs anciens souverains, tous les emblèmes do leur nationalité distincte. En Piémont môme, un parti nombreux et puissant n’avait pas encore renoncé, pour les Carignan, il la glorieuse bannière de la maison de Savoie. Enfin, le
* Voir cette pièce importante dans le Itecueil des Actes de Pie IX, traduits et publiés en 1850 par les soins du comité catholique.
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hideux bonnet rouge, coiffure sinistre de l’étendard de Muzzini, semblait une provocation à nos soldats, qui l’avaientabattu dans plus d’une grande ville de France avant de 1e rencontrer sur les barricades de Rome. Ordre fut donc donné, après huit jours d’hésitation, de faire disparaître les insignes de la République. Le ministère français avait senti le premier la juste convenance de cette mesure. « Nous attachons le plus grand prix, écrivait >1. de Tocqueville, avant la reddition de la ville, à ce que la bannière du Pape soit relevée par des mains romaines et à la suite d’une manifestation locale. Cela est néce.ssaire pour conservera notre expédition le caractère que lui a donné l'Assemblée nationale et que le gouvernement veuf lui maintenir'. » Cétait là sans aucun doute de la bonne lactique parlementaire, mais nous tenons pour plus élevée la pensée qui séduisit un moment M. de Corcelles de symboliser dans le triomphe de la France le triomphe dn inonde chrétien tout entier. D’après son plan, auquel s’étaient ralliés avec empressement le commandant en < hef et le contre-amiral Tréhouart, le drapeau pontifical devait surgir au soininet du fort Saint-Ange, entouré, comme d’un faisceau, des pavillons de tous les peuples. Mais on recula au dernier moment devant la crainte de susciter les réclamations de l’Angleterre et des Élâts- I nis qui étaient représentés en ce moment à Rome par des affidés de Mazzini. N’aurait-on pu tout au moins associer à notre victoire toutes les puissances catho-
* >1. de Tocqueville au général Oudinot. (20 juin 18i9.)
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ht: LEXPÉDITION DE HÜ»E EN 18 13. -.TS liques? Aucune évidemment n'eùt songé à s’en plaindre, ^ pas même le Piémont, qui faisait, à quelque temps de là, — ^ arrêter à Chiavari le général Garibaldi, et voulait l'expulser des États sardes comme ayant perdu sa qualité ■de citoyen en se mettant au service de la République a'omaine ' .
Cependant, des adresses demandant le rétablissement <ie l’autorité du Saint-Père et couvertes de nombreuses signatures ayant été présentées au général en chef, on décida que le 15 juillet serait le jour fixé pour cette imposante solennité. Dès le matin, nos Iroupes, quittant leurs différents postes, s’acheminaient en grande tenue vers .Saint-Pierre, où devait être chanté le Te Detim. Malgré l’intimidation répandue par les volontaires licenciés qui infestaient encore la ville, le peuple entier se mit de la fêle. Le cri d'Evviva Pio uono! retentissait de toutes parts comme aux plus beaux jours de 1847. Nos soldats, ' formant la haie depuis le fort Saint-Ange jusqu'à la 4X)lonnade du Bernin, voyaient pleuvoir les fleurs autour d'eux au lieu des balles qu’on leur avait promises. Gar- <laat le silence sous les armes, suivant le noble usage — qui ne s’était point encore perdu, beaucoup ne parvenaient qu’avec peine à dissimuler une émotion qui répondait à celle du peuple. Les troupes romaines, placées par une loyale confiance autour de la basilique, unis-
' Séance de lu chambre des députés de Turin du 10 septembre 1849. Cari- -f' lialdi avait déjà été conduit prisonnier à Gènes. Le ministre Pinelli soutint l.-!
< onstilutionnalité de la mesure : mais la Cbandjre, sur la motion du député ■vénitien Tecchio, refusa de s’y associer.
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saient leurs acclamations à celles de la foule. Cent coups de canon et d’innombrables applaudissements saluèrent l’étendard des clefs flottant au sommet du fort Saint- Ange. A son entrée sur la place, le général Oudinot, séparé malgré lui de son cortège, fut enlevé de dessus son -4- cheval et porté à bras jusque sous la grande porte de * Saint-Pierre. L’immense nef elle-même, pleine de peuple et de soldats, retentissait comme la rue de vivat dominés par la voix des officiers et le roulement des tambours. Le silence se fit lorsque le général en chef, placé sur une estrade, entre MM. de Corcelles et de Rayneval, se leva pour répondre aux félicitations que venait de lui adresser le vénérable cardinal Tosti.
I A lui doit rester, avec l’honneur de la victoire de Rome, l’honneur d’avoir le premier fait entendre, au nom de la France, une parole vraiment catholique: comme si la vraie politique de notre expédition eût attendu, pour s’avouer, de se trouver en face du tombeau des apôtres ! « Le rétablissement du pouvoir temporel du Souverain Pontife est l’œuvre de toute la I France, s'écria le duc de Reggio; nous, soldats, nous n’avons été que les instruments d’une cause généreuse et sainte. C’est à notre gouvernement que doit être renvoyé tout le mérite de cette entreprise; c’est à la Providence que nous devons en attribuer le succès! » « L’œuvre de la Providence, répondait-il encore à une députation populaire, se voit sensiblement dans le rétablissement du gouvernement pontifical, et je suis fier que la • France lui ait servi d’instrument. Si les Romains se
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glorifient (J'être les fils de la religion et vrais catholiques, les Français ne le sont pas moins ! » Le soir, une de ces illuminations dont Rome seule a le secret, vint prolonger bien avant dans la nuit l’enthousiasme de la journée.
Ah I si dans ces lieures trop rapides, où l’âme de son peuple lui était rendue. Pie IX eût pu venir faire à ses sujets l’heureuse surprise de son retour; si le bruit sc fût répandu tout à coup que le cortège pontifical se présentait à la porte du Latran, et que le Pape rentrait dans sa capitale, couvrant de ses bénédictions toutes les fautes, effaçant de son sourire tous les malheurs; ah! sans doute, l’œuvre de restauration eût été plus complète, la trace dans les cœurs plus durable, et le trône de saint Pierre pourrait se vanter aujourd’hui d’une acclamation nationale devant laquelle pâliraient les triomphes tant célébrés des scrutins les plus unanimes! Mais il s’en faut, à Rome surtout, que les choses aillent de ce train. La sagesse romaine, entre toutes, se méfie de l’imprévu, et, comme la vérité dont elle a mission d’ôtre l’interprète, elle attend tout du temps, et par delà le temps, de l’éternité. Les conseillci’s de Gaëtc, qui, malgré les instances de nos ambassadeurs, tenaient à tout réparer et à tout préparer avant de laisser revenir le Pape, auraient été mieux inspirés de comprendre que son seul retour était une réparation qui contenait toutes les autres. Ce peuple, hiimilié tour à tour par ses oppresseurs et ses libérateurs, ne demandait évidemment qu’à saisir avec reconnaissance l’occasion de saluer un maître qui ne fût ni un
démagogue, ni un général étranger. Quant aux exigences de notre gouvernement, le vrai moyen d’en éviter la ma* festation publique, qui devait être si fatale', n’eût-il pas été d’abréger la durée d’une administration provisoiiv toujours précaire et peu respectée?
En attendant qu’il revînt, le Saint-Père répondit par une éloquente proclamation aux transports de la journée du 15. Il annonçait l’envoi immédiat de commissaires chargés de pleins pouvoirs, et se disait impatient de se retrouver au milieu de ses bien-aimés sujets, « afin d’appliquer des remèdes difficiles à des maux très-graves...»
Il était impossible qu'un fait aussi considérable que le rétablissement du pouvoir temporel du Pape par nos armes, ne fournît l’occasion d’un grand débat à la tribune française. Le 12 juin précédent, l’Assemblée législative avait entendu parler pour la première fois de la question romaine, lorsque M. Ledru-Rollin était venu décréter d’accusation le gouvernement qui avait rappelé M. de Lesseps et donné l’ordre de reprendre les hostilités. Triste séance, qui s’ouvrit par l’annonce de la mort du maréchal Bugeaud, et se termina par l’appel aux armes du chef de la Montagne! Ce moyen désespéré n’ayant eu, comme on sait, aucun succès, les ennemis de l’expédition, romaine poussèrent en avant cette fois un démocrate - catholique, sincère dans ces deux croyances, qui vint reprocher au ministère d’avoir compromis à Rome la double cause du catholicisme et de la démocratie. Ce n’était plus le moment pour l’opposition de chercher à mettre un terme à une entreprise mal engagée ni de fixer le
sens d'un vole équivoque. La situation était on ne peut plus nette : nous étions vainqueurs, maîtres de la ville éteinelle, nous avions renversé la République et rele\é le gouvernement papal. Il n’y avait plus qu'à demaikder compte au pouvoir' d’actes accomplis, de faits irrécusables. M. Arnaud (de l’Ariége) s’acquitta de cette lâche avec le plus honnête dévouement aux convictions de toute sa vie. 11 n’eut pas de peine à démontrer que notre intervention était difïicilement conciliable avec le principe de la souveraineté du peuple, tel que la France l'avait entendu et pratiqué depuis sa Révolution. Puis, disant ce que le gouvernement avait en le fort de ne pas oser dire, et fournissant ainsi la réplique à son premiei argument, il établit que la question était religieuse bien plus que politique. Pourquoi, en effet, avions-nous été à Rome? Apparemment pour y défendre autre chose qu’une .souveraineté temporelle ; car on n’avait vu nos soldats ni à Vienne ni à Florence, ni dans ancune des capitales européennes où cependant l’anarchie s’était donné carrière. Entre M. de Montalembeil, que l’orateur accusait de ne pas admettre le grand principe démocratique de la libre possession des peuples par eux-mêmes, et M. Pierre Leroux, qui proclamait ce principe comme l’arrêt d(> mort de la religion catholique, M. Arnaud (de l’Ariége) S(. prononçait à la fois pour le principe et pour la religion, défendant comme catholique, le gouvernement spirituel de la Papauté, et lui supprimant comme démocrate, sou pouvoir temporel, sans se soucier d’ailleurs d'indiquei aucune autre garantie matérielle à son indépendance,
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Le discours de M. Arnaud (de l’Ariége), bien qu'ayant plus de ressemblance avec une thèse de faculté qu'avec une interpellation parlementaire, amena à la tribune M. de Tocqueville. C’était la raison de l’bomme d'État aux prises avec les spéculations -du philosophe. Sans doute, se hàtait-il de reconnaître, la question de Rome -i- est toute religieuse dans ses motifs et dans ses conséquences; mais elle est forcément politique dans ses moyens de solution. Quoi qu'on puisse rêver, la religion qui vient d’en haut est faite pour vivre ici-bas, avec nous, i au milieu du conflit de nos intérêts et de nos passions. Bien que son royaume ne soit pas de ce monde, suivant le mot si souvent répété de son divin fondateur, èlle n’en influe pas moins d’une manière directe et constante sur les événements du monde. 11 est donc de la plus extrême importance que le chef de la religion n’ait à subir la prépondérance d’aucune puissance : il y va de la liberté de nos âmes et de la tranquillité des États! Or jusqu'à présent on n’a su imaginer aucun autre moyen de garder le Pape indépendant que de lui laisser une souveraineté temporelle. « Je n’hésite donc pas à dire, concluait hardiment l’orateur publiciste, qu’un des premiers objets de notre expédition en Italie était de restituer au Saint- Père son indépendance, c’est-à-dire son royaume temporel. » Deux autres buts nous étaient assignés : relever la juste influence de la France au delà des monts, assurer aux populations des États romains le bienfait d’institutions libérales. On sait si le premier but avait été glorieusement atteint par la bravoure de nos soldats.
Quant aux réformes dans l’administration romaine, cette question, suivant le ministre, n’était pas mûre pour la discussion publique, puisqu’elle s’agitait, en ce moment même, entre les diplomates réunis à Gaëte.
Mais, si nous ne pouvions dire encore avec précision de quelles libertés seraient dotés les Romains, nous savions au moins de quel despotisme nous venions de les délivrer. Dans les premiers jours de notre occupation, la ville de Mazzini avait présenté, suivant les correspondances officielles lues par M. de Tocqueville, ce singulier spectacle que le vaincu y était plus redouté que le vainqueur. Aucun citoyen n’osait aborder nos soldats ; on leur envoyait de tacites adhésions, mais on craignait les poignards du gouvernement renversé. « Je puis résumer tous leurs discours en deux mots, » écrivait M. de Rayneval en parlant de ses conférences, non avec les partisans des vieux abus, mais avec les anciens chefs du libéralisme ; « 11 y a trois mois que nous ne sortons plus de chez nous. — Voulez-vous venir avec moi? disais-je. — Dieu nous en garde, nous serions assassinés ! Tous sans exception ne se sentent à l’abri qu’au fond de leurs maisons. Je ne me ^ figurais pas que la terreur pût arriver à ce point. » La terreur, tel était en effet le nom’ du régime que nous avions détruit à Rome.
Puis, donnant à son opinion, suivant ses habitudes d’écrivain, l’autorité du précepte et le ton de la prophétie, M. de Tocqueville ajoutait: «Je suis convaincu, pour mon compte, et je ne crains pas d’apporter celte prédiction à la tribune, je suis convaincu que si le Saint-Siège n’apporte
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pas dans la condition des États romains, dans leurs lois, dans leurs habitudes judiciaires, administratives, des réformes considérables; s’il n’y joint pas des institutions libérales compatibles avec la condition actuelle des peu pies , je suis convaincu, dis-je, que, quelle que soit la force qui s’attache à cette vieille institution du pouvoir temporel des Papes, quelle que soit la puissance des mains qui s’étendront d’un bout à l’autre de l’Europe pour le soutenir, ce pouvoir sera bientôt en grand péril, .l’en suis, quant à moi, profondément convaincu... J'ai une admiration profonde, plus grande que je ne pourrais le dire, pour cette admirable puissance morale, la plus grande qu’on vît jamais, qu’on appelle l’Église catholique. {Humeurs à gauche) . Je désire ardemment quelle conserve son pouvoir de gouvernement et d’expansion dans le monde. {Rumeurs à gauche). Pour cela, je suis convaincu qu'il n’y a qu’un moyen : c’est que l’Église ne s’écarte pas sans nécessité de l’esprit du siècle ; c’est que partout où le siècle présente des idées modérées et applicables, des faits qui se légitiment, des pensées qui peuvent être admises, partout où de telles choses se rencontrent, l’iiglise catholique, au lieu de s’en éloigner, s’en rapproche*... »
On sait si ces conseils allaient à la grande âme de Pie IX qui les avait devancés par ses exemples et si l’avenir pourra jamais les tourner en reproches contre le glorieux promoleur de la renaissance politique et religieuse de 18461
‘ iloHileiif du 7 .10ÛI 1849. .
Après ce discoui's, pris à la fois dans le vif et sur les hauteur de la, question,., la politique semblait avoir donné son dernier mot sur ce grave débat. Mais les passions n’ont pas de dernier mot, et M. Jules Favie le prouva surabondamment en traitant le même sujet pendant deux séances consécutives. Provoquer un juge* ment sur le passt’;, et demander à l’Assemblée , d’adopter un parti conforme à ce jugement, tel était le but que le Cicéron de la République, comme l’appelait M. Proudlion, assigna lui-mème à sa longue catilinaire. Toute l’histoire de nos relations avec l'Italie depuis février, et de noire intervention à Rome depuis le général Cavaignac, fut reprise et racontée comme si le pays pouvait en avoir rien oublié. Les dépêches, les instructions, les déclarations du ministère à la tribune, les ordres du jour de la Constituante, les proclamations du général en chef, tout fut habilement relu, groupé, commenté. En donnant, le 29 mai, l’ordre d’attaquer Rome, le ministère avait-il réellement violé l’article 5 de la Constitution, comme on le lui avait tant de fois reproché? Question dangereuse à traiter après le 13 juin, et qui ne pouvait aboutir qu’à un nouvel et ridicule essai de mise en accusation du Gouvernement devant l'Assemblée! Mais à coup sûr il avait méprisé le blâme de la Constituanl(‘ et enfreint sa défense formelle de ne pas donner suite à l’incident du 30 avril. Où avait-il puisé tant d’audace ? Comment la République, qui n’avait jamais voulu autre chose que l'indépendance de l’Italie et la résurrection do S.I nationalité, s’élait-elle vue conduite à s’allier avec l’Au-
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(riche pour frapper au cœur la liberté romaine? Quelle volonté secrète, quelle influence mystérieuse et persévérante avait inspiré, soutenu, dirigé le gouvernement dans une telle résolution ? Ce n'était pas à coup sûr la volonté ni l’influence de l’élu du 10 décembre. Suivant l’orateur
-i- républicain, les Bonaparte et le pouvoir temporel des ' Papes ne semblaient pas destinés à bien vivre ensemble. En 1809, l’empereur Napoléon décrétait que ce gouvernement était incompatible avec une saine administration. En 1851, deux neveux de Napoléon, dont l’un devait mourir pour la liberté italienne, et l’autre, contraste - étrange, restaurer le Pape par les armes de la République française, écrivaient à Grégoire XVI pour le supplier, au nom de ses sujets en révolte, de se contenter du royaume qui n’est pas de ce monde *. « Suivez les exemples puisés dans votre famille, s’écriait M. Jules Favre, qui sans 4- doute ne s’adressait plus à M. Odilon Barrot; souvenezvous de l’empereur Napoléon, dont vous citez quelquefois les leçons, et qu’il est bon en effet de citer, surtout lorsqu’elles sont glorieuses et nationales!... »
Mêlant ainsi à ses accusations contre le cabinet les insinuations de la plus adroite flatterie pour le Président, l’habile adversaire de l’expédition en faveur du Pape, cherchait à prouver par la longueur même du siège que la résistance des Romains avait été nationale. » Non, s’écriait-
* On a essaye en 1849 cl depuis, de rejeter sur le prince Cliarlcs-Napoliion seul l’entière responsabilité de cette lettre. Cette distinction entre deux frères engagés dans la même entreprise, n’a certainement rien de noble; iioas regrettons d'avoir à dire, d’après les fragments de In correspondance de Léopold Robert cités à la fin du volume, qu'elle n’a non plus rien de sérieux.
il, ce n’étail pas une poignée de factieux qui aurait pu retenir pendant \ingt-six jours dans les tranchées des soldats tels que les nôtres I Un peuple tout entier avait combattu pour sa République et sa nationalité contre l’armée de la République française! «Peut-être eût-il été plus digne de l’élo(]uence patriotique de M. Jules Favre de nous faire assister à cette séance du conseil de guerre où nos généraux avaient décidé que la ville serait attaquée par ses positions fortifiées de la rive droite du Tibre, sacrifiant -lainsi la certitude d’un prompt succès à la gloire de ménager le sang de ses habitants et les pierres de ses monuments. 11 aurait été juste aussi d’ajouter que Rome eût été emportée en vingt-quatre heures par une brèche ouverte dans le mur de la rive gauche, si nous avions pu nous douter que le peuple ne défendrait pas ses barricades et que les soldats de Garibaldi perdraient tout moral devant notre premier succès.
Mais l’argumentation de l’orateur dut sembler plus embarrassante lorsqu’il mit en contraste, d’un côté le résultat dont nous faisions honneur à nos armes d’avoir rendu au Pape son indépendance, de l’autre, notre pré- i tention de lui dicter les conditions de sa rentrée à Rome. ^ Sous ce rapport, il faut le reconnaître, la Montagne avait pleinement raison sur la politique que l’on prévoyait devoir être celle du gouvernement, et M. Favre parlait en homme d’État lorsqu’il s’écriait ; « Vous n’obtiendrez rien ! le Pape ne peut pas accepter vos conditions, il ne les acceptera pas. Le Pape voudra rentrer dans sa capi- h taie en maître souverain : U le voudra non pas au nom de
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^on Intérêt personnel, mais un norn île la catlioUcité, dont il est le représentant. » En tenninanl, l’orateur sommait le ministère de dégager la parole d’honneur de la Fraiias laissée en échec depuis les - engagements de Civila* Vecchia, et de consulter, comme on le leur avait promis, les populations romaines sur le gouvernement qui leur semblait préférable.
(i’est M. de Falloux qui voulut répondre; c’est lui, eu elTet, qui était provoqué. Les dénonciations de M. Jules Favre contre cette volonté occulte, persévérante, qui, dans le sein même du cabinet, s’était raillée de la Constituante, et, en dépit de tous les obstacles, avait décidé seule la restauration du Pape par la République française, -i. n'avaient d’autre but que de signaler aux préventions révolutionnaires la présence du parti clérical dans le gouvernement. Le ministre fit de suite trois parts dans le long discours qu’il allait réfuter : les injures pci'soiinelles, les arguments rétrospectifs et les arguments plus directs puisés dans les événements qui s’élaient passés depuis la réunion de l’Assemblée législative. On n’a pas oublié avec quel accent de fierté légitime il rappela à „ son adversaire que l’injure subit la loi des corps physiques et n’acquiert de gravité qu’en proportion de la hauteur d’où elle tombe. Quant à l’histoire de la Cou stituante, elle lui semblait close et jugée sans appel par le scrutin du 13 mai. Ce jour-là le pays avail montré par les représentants qu’il avait choisis comme par ceux qu’il avait écartés, quelle politique il entendait suivre et quelle il entendait proscrire. Prétendre que
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l’épée de la France avait été livrée aux mains de F.Au- Iriche, c’était une calomnie indigne de trouver un écho à la tribune française ; mais dire que cette noble épée avait été refusée à Mazzini, aux mains qui avaient tenu ou sanctionné le poignard, c’était la pure et glorieuse vérité 1 La vraie cause de la résistance inattendue que nous avions rencontrée, M. de Falloux la lit connaître de suite en lisant de précieux extraits des lettres de M. de Morcelles à M. de Tocqueville, qui nous laissent regretter que cette correspondance n’ait pas été publiée tout entière. « Il n’y a jusqu’à présent, » écrivait peu de jours après son arrivée au camp l’envoyé extraordinaire qui avait remplacé M. de Lesseps, « aucune prise, ni par les négociations ni par l’intimidation, sur les Romains dominés par la terreur immédiate des bandes étrangères qui se sont successivement accumulées dans cette malheureuse ville. 11 est possible que quelques milliers de Romains mettent du zèle à soutenir la faction étrangère, que la populace soit passagèrement, et par suite de là prolongation des hostilités, plus ou moins excitée contre nous; m-àis tenez pour cerlain que le principal ennemi nest pas Romain, il est socialiste. Presque tous les prisonniers sont Lombards, Génois, etc. Personne ici ne doute que toute cette résistance ne soit étran* gère à la très-grande majorité de la population romaine. Nous n’avons affaire qu’aux débris de toutes les révolutions italiennes, polonaises, à des réfugiés de tous les pays, qui considèrent Rome comme leur dernière forteresse. »
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Eludant ensuite habilement la question impossible à porter encore à la tribune des négociations poursuivies à Gaëte, M. de Falloux prouva par d’éloquentes digressions dans le domaine de l’histoire qu’en délivrant les Romains de la République et en leur rendant la papauté, nous avions été les vrais gardiens des intérêts et de la grandeur de Rome. « Pourquoi, demandait-il, entendons-nous ses ennemis eux-mémes réserver pour elle seule la glorieuse appellation de ville éternelle? Paris est la capilalede l’intelligence et des arts; Londres est la tête du plus grand mouvement commercial et maritime qui existe au monde, et cependant personne n’a jamais -r songé à qualifier Londres ou Paris de ville éternelle. Ce sont les Papes et les Papes seuls qui valent à la cité d’Aii- ' guste de régner encore sur le monde. Sans parler de l’époque où le Saint-Siège était transféré à Avignon, ‘ époque que les historiens italiens appellent sans hésiter la captivité de Bahylone, a-t-on pu oublier que Pie VU, après cinq ans d’absence et malgré les bienfaits de l’administration française, trouva la population réduite à soixante-dix-sept mille habitants et que, dès 1830, elle était remontée à cent soixante-dix mille? Comment les hommes de progrès osent-ils parler de senitude et d’abrutissement à propos du grand pouvoir moral qui a relevé le monde de la servitude et de l’abrutissement des Césars? Qu’oii se reporte aux origines du catholicisme, à la scission politique et religieuse qui, laissant Rome à la papauté, maintint sous le joug des empereurs l’Église des Basile et des Athanase ; qu'on remonte dans
l liistoire ces deux grandes lignes parallèles, d’un côté ] l'empire infidèle de Conslanlinople et de Moscou, de l’au- Ire l’empire orthodoxe de Charlemagne, et qu’on dise de quel côté sont l’immobililé et la décrépitude, de quel côté la civilisation, la lumière, la liberté I « Ce sont les siècles « qui ont fait cela et ils ont bien fait, a dit Napoléon, en « parlant du pouvoir temporel des Papes, ce pouvoir est « pour le gouvernement des âmes, la meilleure, la plus « bienfaisante institution qu’on puisse imaginer. »
Sans doute le ministère avait à se reprocher plus d’une faute dans la conduite de l’expédition de Rome. La première, suivant M. de Falloux, c’était de ne pas l’avoir continuée le 20 décembre telle qu’on la recevait des "[ mains du général Cavaignac. Si nous avions eu le courage de faire sentir l’action efficace de la France dans les États de l’Église, alors que la République n’était pas encore proclamée et que la ville de Pie IX, n’avait pas subi la domination des étrangers, tout se fut borné à des négociations de quelques jours, et nous eussions évité le malheur du siège de Rome et le malheur plus grand de Novare. Mais on avait reculé à cette époque devant les arguments invoqués aujourd’hui par M. Jules Favre. Au lieu de faire, comme Richelieu, Mazarin et Louis XVI, de la politique hardiment française, on avait hésité à secourir le Pape parce qu’il était Pape, comme le ministère du gé- ‘ néral Cavaignac avait refusé de venir en aide à Charles- Albert parce qu’il était roi. Ainsi la question de Rome et de l’Italie s’était vTie deux fois sacrifiée aux mesquines préventions d’un parti. Pour le moment, les événements,
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plus forts que les répugnances, avaient prononcé, et il no restait plus à la France qu’à savoir tirer le meilleur parti d’une victoire si digne d’elle !
Ce discours, plusieurs fois interrompu par les murmures de la Montagne et par les applaudissements de la majorité, mit fin à la discussion. Tous les ordres du jour motivés furent écartés par l’ordre du jour pur et simple, et quatre cent vingt-huit représentants contre cent soixante-seize associèrent le pays entier au résultat de notre expédition de Rome. Cette fois il semblait diillcile de prétendre que l’Assemblée n’avait pas compris la portée de son vote, et que la France n’avait pas voulu le ""rétablissement du pouvoir temporel.
Malheureusement les difficultés ne s’aplanissaient pas ailleurs qu’à l’.\ssemblée législative, devant le charme de l’éloquence et l'ascendant du caractère. AGaëteetà Rome, nos diplomates et nos généraux luttaient du mieux qu’ils pouvaient contre les passions des partis extrêmes et contre l’incurable inertie des masses. Dès qu’il avait été question dans les conférences de l’envoi d’une commission gouvernementale, M. de Rayneval s’était opposé à la désignation du cardinal Bernetti, qui avait laissé un nom odieux aux libéraux pour avoir réprimé le mouvement de 1831. « Quand les gouvernants ne s’expliquent pas, écrivait à ce sujet notre ambassadeur, les noms disent tout. » Nous n’affirmerons pas que Pie IX, qui songeait alors à confier ses pleins pouvoirs à un aller ego, ne pût faire un choix plus heureux que l’ancien secrétaire d’État de Grégoire XVI; mais nous
DE L'EXPÉDITION DE ROME EN 1849. 29f
croyons que cette combinaison d’un commissaire unique ' lîOt été plus favorable à notre influence que celle d’une commission de trois membres. En outre, M. de Rayneval s’effraya trop, croyons-nous, du nom du cardinal Bemetti. S’il fut le ministre d’une répression devenue nécessaire, il avait été le ministre des édits de réforme, et avait dii quitter le pouvoir en 1832, devant l’animadversion de M . de Metternich, qui l’accusait d’incliner du côté de la France. Le cardinal Marini fut proposé à sa place ; mais, bien que signalé à juste titre comme un des amis tes plus éclairés de Pie IX, ce prélat avait encouru aussi, dans les débuts du règne, l'animosité du parti avancé. A dire vrai, l’embarras de nos diplomates était extrême, car ils ne voyaient personne autour du Saint- Père qui leur parût de taille à se mesurer avec les périls delà situation. Peuplé de doctes et pieux prélats pendant le long r^ne de Grégoire XVI, le Sacré Collège n’avait pu se recruter dans la même proportion de personnages politiques. Le Pape se décida enfin pour les trois cardinaux Délia Genga, Âltieri et Vannicelli. Le premier, neveu de Léon XII et retiré des emplois depuis le pontificat de son oncle, passait pour l’homme le plus important de ce nouveau triumvirat.
Arrivés à Rome le 51 juillet, les trois cardinaux dataient le lendemain du Quirinal, une notification qui annonçait un nouveau ministère et diverses, mesures réparatrices, « pendant qu’au fond de son âme véritablement bienfaisante, ajoutaient-ils, le Saint-Père s’occupe ^ie pourvoir aux améliorations et aux institutions qui
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sont compatil)les avec sa dignité, avec la haute puissance du Souverain Pontife, avec la nature de cet État dont la conservation intéresse tout le monde catholique, et avec les besoins réels de ses bien-aimés sujets. »
Ce manifeste, on le remarqua de suite, vantait le brm invindble et glorieux des armées catholiques qui venaient d'arracher à l’anarchie les peuples de tous les États pontificaux, mais ne remerciait pas autrement l’armée française. C’était une faute comme toute injustice. Sansdou te, quatre nations catholiques avaient signé à Gaëte l’engagement de ramener Pie IX dans sa capitale; sans doute, l’Autriche avait rendu à son autorité Bologne et toutes les Légations; l'Espagne et Naples avaient mis des troupes sur pied et occupé divers points du territoire pontitical ; mais la France seule avait pris Rome, la France seule s’étail imposée plus de sacrifices que les trois autres puissances réunies. Pourquoi donclui refuser une place à part dans la reconnaissance du gouvernement restauré? Les cardinaux répondaient, il est vrai, que cette place lui avait été faite par le Saint Père lui-méme dans ses lettres au général Oudinot, et qu’ils avaient à parler, quant à eux, non pour la capitale seulement, mais pour l’État pontifical tout entier, dont ils venaient prendre le gouvernement . La vérité, qu ils n étaient pas tenus à dire, c’est que l’on craignait de confirmer, par un hommage public, une influence dont on croyait avoir à se méfier. Remercier les Autrichiens qui étaient dans les Romagnes, les Napolitains qui étaient rentrés chez eux, et les Espagnols, qui n’avaient jamais dépassé Spolète, cela ne risquait pas
(le compromcUre l’indépendance du nouveau pouvoir; mais exalter les services des Français, maîtres de Rome et hier encore maîtres de l’autorité tout entière, n’étail-ce pas s e désarmer par avance en face de leurs prétentions? C’est à ces raisons de politique secondaire que cédaient les trois cardinaux, peu disposés, comme la plupart des Italiens, à comprendre que la reconnaissance publiquement manifestée put devenir la meilleure protection des faibles visà-vis des généreux
Ayant remis les pouvoirs civils aux délégués du souverain légitime, le duc de Reggio se hâta de se rendre à Gaëte, où le Saint-Père avait plus d’une fois manifesté l’intention de le recevoir. On devine que le but de ce ' voyage n’était pas seulement d’apporter des hommages et moins encore d’aller chercher des remercîments. Le général voyait mieux que personne combien il importait -rque le Pape se décidât à rentrer au plus tôt dans sa capitale. La population se montrait blessée de ce retard, la France n’en pouvait être satisfaite. Tout devenait plus difficile au dedans et au dehors, à mesure que se prolongeait une situation sans franchise et sans, stabilité. Les seuls ennemis de Pie IX, absolutistes et révolutionnaires, en triomphaient : les uns, qui s’étaient montrés hostiles à ses premières réformes, osaient se dire justifiés par son repentir; les autres, que nous venions de vaincre, narguaient notre victoire et prédisaient que nous serions bientôt forcés de venir les relever comme alliés. Sans
* Voir aux pièces la IcUre nJresstîc au pcntTpl par les Iruis cnnUnaux,
«iês que l'on «e fut aj^erru «lu mauvais elTcl tic la proclamation «lu 1*' août*
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prévoir jusqu’où pourrait se laisser entraîner la commission provisoire, le général voyait s'agiter autour d’elle la tourbe famélique des réactionnaires, d'autant plus ardents après le danger qu’ils avaient été plus couards pendant la lutte. Ces héros assiégeaient déjà les avenues du Quirinal, se vantant comme de hauts faits d’avoir fui ou de s’étre tenus cachés pendant la tyrannie de Mazzini, et prenant volontiers, en ce moment, leurs dénonciations pour des services. Quelle déception pour le peuple romain, qui de l’ancien gouvernement n’aimait que Pie IX, si nous allions lui rendre l’ancien gouvernement moins le Pie IX qu’il aimait toujours! Et quelle leçon dangereuse à donner à une puissance comme la France!
Malgré la force apparente de ces raisonnements, il était > trop facile de voir, que le Saint-Père ne se souciait pas d’aller rétablir, en face de la Révolution toujours menaçante, un gouvernement en butte aux exigences de l’étranger. Trop d’inquiétudes, il faut le reconnaître, étaient venues troubler sa reconnaissance. Avant, pendant et après l’expédition, c’est à peine, on le sait, s’il avait été question de lui dans nos actes officiels. Son droit légitime n’avait jamais été publiquement aifirmé avant la fête du 15 juillet; son drapeau n’avait été relevé qu’après une longue hésitation, et ses ennemis circulaient librement dans les rues de Rome, n’attendant même pas sa rentrée pour recommencer leurs machinations. Aussi les Italiens, qui ne comprennent pas le triomphe sans la vengeance, voyaient-ils en nous les complaisants plutôt que les vainqueurs de la République. Où fallait-il chercher nos vraies
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intentions? Etait-ce dans le langage du gouvernement? Mais lequel ? celyi qu’il avait tenu devant la Constituante ou celui qu’il tenait devant la Législative? En tout cas, il dépendait donc d’une majorité de le forcer à changer ; dès lors, sur quelles bases traiter avec nous, et quelle confiance accorder à une politique mobile comme les résolutions d’une assemblée unique cl souveraine? En même temps, nos ennemis, et nous en avions à Gaëte, nous accusaient de vouloir nous faire payer par le Pape, en concessions libérales, l’appui toujours nécessaire de nos armes contre des dangers dont nous n'avions pas voulu l'affranchir entièrement. Plus d’un prélat, cédant à une irritation non moins imprudente qu’injustifiable, parlait de ramener le Pape dans ses États par Ancône et Bologne, qui étaient occupées alors par les Autrichiens. Le général Oudinot n’ayant pas caché qu’il ne verrait dans cette préférence rien moins qu’un affront pour notre drapeau, le Saint-Père protesta vivement et lui demanda si l’armée française serait satisfaite qu’il vint se placer pour quelques jours sous sa garde à Castel-Gandolfo'. Celte offre fut immédiatement acceptée, le duc de Reggio pensant avec raison qu’aprés avoir ainsi honoré tout particulièrement nos soldats, Pie IX céderait aux cris de son peuple et se laisseraitentrainer jusqu’au Vatican. En résumé, le général en ehefreyint à Rome charmé d’avoir pu tout dire, et plein d'espoir dans les bonnes paroles qu'il avait obtenues.
Pendant son absence, le ministre des affaires étran-'
' Castel-Gandolfo, résidence d’été des popes, prés du lac d'Albano, i quatorze milles de Rome.
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gères avait écrit pour se plaindre de certains actes de la commission provisoire, dénoncés par la presse. On avait relevé, assure-t-on, des institutions frappées de la réprobation de l’Europe civilisée, telles que l'inquisition et la juridiction du cardinal -vicaire. On avait persécuté et chassé de la ville des hommes qui non-seulement n’avaient pas pris part aux excès de la République, mais qui s’étaient opposés à son avènement, tels que Ma- / miani, Pantaleoni et leurs amis. L’intérêt moral de notre armée, l’honneur même de notre gouvernement ne nous permettaient pas de rester spectateurs impassibles de semblables faits. Sans avoir d’ordres à donner aux autorités pontificales, nous ne devions pas leur ménager nos fermes avis. « Nous sommes des conseillers qui avons l’épée au côté, ajoutait la dépêche, qu’on ne l’oublie pas* !... »
Paroles déplorables dont l’âme élevée de M. de Tocqueville ne voulait certainement pas les conséquences, et le contraire précisément de celles qu’il aurait fallu faire entendre à Gaëte ! Qu’espérer de la violence vis-àvis d’une autorité toute morale, qui échappe par sa nature même à toute pression, et que le ministre des affaires étrangères, mieux inspiré par la tribune, devait appeler, deux mois plus tard, immatérielle, incompressible, intan- (jible‘! A quoi bon une épée à côté du Pape, si ce n’est pour ^ le défendre? Qu’on soit la plus grande des nations catholiques ou la dernière des nations civilisées, on doit com-
* Voir celte lettre du \ noAt à )n fin du volume.
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prendre que s’il est une puissance au monde qu'il est honteux de menacer et inutile de vouloir contraindre, c’est celle qui règne au nom de Dieu sur les consciences.
Tout n’était pas cependant exagération et faux rapports dans les plaintes du ministre ; elles avaient un fond trop réel de vérité. Ce n’est pas assurément que l'inquisition eût essayé de brûler personne ! 11 était même plaisant de remarqu'er qu’au moment où les têtes se montaient ainsi à Paris, un bataillon français campait dans la salle ~ d’audience de ce redoutable tribunal dispersé par la proscription et chargé depuis des siècles de distribuer des dispenses de jeûne, d’autoriser les mariages mixtes, de rectifier les infractions à la discipline ecclésiastique.
Mais on ne pouvait nier que divers personnages politiques n’eussent été poursuivis pour cause non de délits, mais d’opinions, et c’est là ce dont nous avions droit de nous plaindre. « Soyez tranquille, avait dit le cardinal Délia Genga à M. de Rayneval en quittant Gaëte, j’ai l’intention de regarder de très-près au présent, mais de jeter un voile sur le pas.séM Ces bonnes intentions étaient sincères, et nous les avons connues à tous les gouvernements que nous avons vus succéder à des périodes de trouble. Malheureusement le sentiment la réaction, naturel au cœur de l’homme comme tous les mauvais sentiments, finit trop souvent par l’emporter sur les inspirations d’une politique plus généreuse, et l’on en vient, de la meilleure foi du monde, à considérer comme des criminels indignes de pitié
* Voir à la fin du volume la lettre de M. de Rayneval, annonçant au général Ondinot le départ de Gaëte des troia cardinaux.
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d'anciens adversaires souvent dignes d’estime, et, dans tous les cas, toujours dignes d’égards comme vaincus.
On sait qu’en Italie ce sentiment, qui s’appelle de son vi-ai nom k vengeance, a eu de tout temps la violence et la légitimité d’une passion nationale. Que la commission provisoire remit pn place tous les employés d'avant le 16 novembre, qu’elle abolit toutes les lois de la République, qu’elle liquidât la situation financière en faisant perdre 55 pour 100 aux porleuis d’assignats', c'étaient là des mesures administratives d'une opportunité plus ou moins contestable, mais où, comme l’avait écrit M. de Rayneval, nous n’avions rien à voii-, car elles rentraient absolument dans la compétence de la commission gouvernementale. Mais il en était tout autrement des mesures prises contre les personnes, car celles-là affectaient' directement l'ordre public, toujours placé sous la sauvegarde de notre épée. S’agissait-il de délits communs tels que vols et assassinats? Notre concoyrs était tout acquis à l’autorité pontificale pour les rechercher et les punir. S'agissait-il au contraire de poursuites politiques? On ne devait rien entreprendre sans s’étre concerté avec nous, et nous avions sur ce terrain droit de surveillance et même d’opposition. Seulement, cette surveillance, comment la faire accepter? cette opposition,
‘ Le gouvernemeni provisoire avait émis, de décembre en février, pour 600,000 piastres en assignats, et le triumvirat pour 3 millions 700 mille. C'était donc à la charge de l'État une dette chirographaire de ^ millions 300 mille piastres. Cette somme fut réduite à 05 pour 100 de sa valeur nominale. (Voir à la fin du volume un article du Journal de Rome, du 11 août 1849, qui s’autorise des mesures analogues prises par la France depuis l.a Révolution.)
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comment la produire? Sans doute, l'état de siège avait été maintenu, les troupes romaines et françaises obéissaient encore au même commandement; Rome restait sous la main énergique de son gouverneur, le général Rostolan, et la police dans la paain vigilante d’un officier supérieur de notre armée : mais la départition de l’autorité entre les agents de deux pouvoirs, l’un, protecteur exigeant, l’autre, protégé jaloux de reconquérir son indépendance,
' n’en était pas moins une question pratique de la plus insoluble difficulté.
Le duc de Reggio, livré à peu près à lui-mème depuis que M. de Corcelles était retenu à Gaëte par une grave maladie, ne pouvait plus tenir tête à la situation. Il avait d’abord essayé de réclamer la direction exclusive de la police politique, puis s’était réduit à déclarer qu’il entendait rester absolument irresponsable des faits et gestes de la police des cardinaux*. En dépit de ses efforts, la réaction se faisait toute seule et sortait de partout comme un produit du sol et du caractère national. Un décret du 14 août vint enfin lui donner une sanction longtemps désirée. La commission des trois cardinaux créait un conseil central de censure « chargé de prendre d’exactes informations sur les qualités et la conduite de tous les fonctionnaires civUs, politiques, judiciaires, administratifs, de police et de finance,
. quels que fussent leur rang et leur condition, qui, dans les dernières convulsions politiques, se seraient rendus
' Voir aux pièces deux lettres du général Oudinot è la conunisaion gouxerneinenlale des 12 et 16 aoAt.
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dignes de punitions. » Comme de juste, les provinces n’étaient point privées du bénéfice de cette généreuse institution, et chacune d’elles avait sa consulta di censura, correspondant avec le conseil central.
On devine tout le parti qu’une polémique malveillante sut tirer de ce comité de dix censeurs qui ne s’appela plus dès lors que le Conseil des Dix. A lire les journaux anglais et français, il ne s’agissait de rien moins, pour les cardinaux, que de remplir les prisons de suspects et de retremper leur pourpre dans le sang des échafauds. Est-il nécessaire de dire que personne ne fut ni supplicié ni même incarcéré? Ce décret, si effrayant par le vague de ses énumérations, si regrettable par l'encouragement public qu’il donnait à la délation, n’était qu’un ingénieux moyen de distribuer des passeports à l’étranger aux ennemis du gouvernement pontifical, qui pouvaient avoir à se métier des recherches rétrospectives auxquelles on allait se livrer!
Le général Oudinol refusa nettement de prêter des soldats français pour cette besogne par trop italienne. Mais 1 ’intimidation fut générale dans les États romains, et de nombreux émigrés, venant débarquer à Marseille et à Malte, remplirent l’Europe de plaintes fondées et de récits extravagants. L’opinion s’exaltait dangereusement : les partisans de l’expédition romaine attribuant euxmêmes aux mesures ordonnées par les trois cardinaux plus de sérieux qu’elles n’en devaient avoir, déploraient de voir ainsi déserter la politique de conciliation et de prudence qu’ils n’avaient cessé de conseiller; ceux qui
DE L’EXPÉDITION DE ROME EN IN49. ôül avaient mal auguré de notre intervention demandaient ironiquement si leurs prédiclions n’étaient pas assez justifiées. Iji Chambre venait heureusement de se voler des vacances de quelques semaines, laissant à Paris une commission de permanence. Mais l’impression des nouvelles de Rome n'en fut pas moins déplorable dans le monde politique comme dans la rue. A l’Élysée surtout, on s’emportait outre mesure contre le triumvirat rouge des car- dinaux, qu’on ne distinguait plus du triumvirat de la République. Le Président, plus retenu que son entou-'; rage, subissait comme autant d’injures personnelles les ' invectives de l’émigration italienne contre la politique \ de son gouvernement. Froissé au plus profond du cœur \ d’avoir été entraîné par la fatalité des événements à une entreprise absolument contraire aux sentiments de toute sa vie, il disait un jour à l’un de ses plus illustres conseillers : « Ah ! monsieur Molé, dans quelles galères vous m’avez mis là ! »
Nos ambassadeurs, de leur côté, nous transmettaient le jugement de l’Europe. Ue Londres, de Florence, de Turin, de Berlin, de Saint-Pétersbourg, ils écrivaient soit au ministère, soit à l'Élysée, qu’on nous reprochait de nous montrer si peu libéraux à Gaële et si peu résolus a Rome. Les uns proposaient de retirer nos troupes à Civita-Vecchia, un autre sur le mont Avenlin : plusieurs ouvraient l’avis de renvoyer la commission des cardinaux, et de gouverner nous-mêmes l’Etat pontifical au nom du Pape et malgré lui. Être maîtres de la situation et ne pouvoir SC faire écouler, avoir la force et laisser à d au-
1res l’influence, c’était avouer que nous étions vaincus dans notre victoire et prêter à rire aux chancelleries comme aux journaux.
Un moment le Prince-Président songea à désavouer, 1 par une note au Moniteur, tous les agents diplomati({ues et militaires qui avaient été. mêlés à la direction des affaires de Rome ; mais on dut reculer devant la pensée de rompre par un easus belli officiel avec les puissances qui étaient réunies en conférence à Gaëte. Le général Oudinot, plus directement responsable, fut seul sacrifié. Sous le prétexte honorable que l’armée d’occupation allait être considérablement diminuée, le vainqueur de Rome reçut à la fin du mois d’août l’ordre de remettre le commandement au plus ancien de ses généraux de division, et de rentrer en France.
Les plus éclatants honneurs furent rendus par la municipalité au général qui allait quitter Rome après l’avoir : remise intacte et pacifiée aux mains de son souverain.
Iæ duc de Reggio, nommé citoyen romain, vit son nom V inscrit au Capitole à côté de ceux dont la ville éternelle garde la mémoire '. Bien que glorifiant l’armée entière dans son chef, ces témoignages ne lui semblèrent pas
' La plaque de iiiarbro placée au Capitole porte l'inscription suivante :
XII. K*L. septeubh. *s. V. c. M>. Dell. PII IX. P. *. nu. IX cDinvs câpiroiiM- XX. VIRI. CVmTOIlES VRBIS. CVII COXVEIII.SSEXT. VEIIB» FaCTÀ STNT DE VICTOBF. OVDIXOTIO. IIIIEGII DVCE. QTI CVB. PRÆFECTVS. EXCERCITVI. CXILOBVII ITAUCO. POXTIFICIÆ. POTESTATIS. ET PVBLIC.E LIUERTATIS. IIESTITVFND.C CAVSA. ATI'E- XISSET. STRE.XVE. SAPIEXTER. FEUCITERO. RE». OESSIT SVA . mUTVIIQlE. TIR VTF. ITVIVR ANIEOS. SIÜI. IIETIXXIT. EA DE RE PLAtVIT. CVIlI. NVMISIIA. SIOSITA» IPSIVS. DVCIS. IR, CIME. QVOD POPVLI RORASI. VOI.VMATKR. AVCTORI. PACI« SERVATORI. TETEP.VR MONVREXTOBVR TBSTARETVR.
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UE L'EXPÉniTIOlS DE ROME EN 1849. 305
une réponse suffisante aux calomnies propagées en Europe sur le prétendu bombardement de Rome par les Français. On répétait chaque j6ur que d'irréparables dégâts avaient été commis, et qu’à la honte d’avoir porlé les armes contre la liberté d’un peuple, nos soldats joindraient Celle d’avoir dévasté le sanctuaire de la religion, de l’histoire et des arts. La lettre au bas de laquelle Mazzini avait obtenu les noms de quelques consuls étrangers complaisants ou terrifiés, avait donné à ces inventions une déplorable apparence de réalité officielle. D'une première enquête, faite aussitôt après la prise de la ville, il était résulté la preuve que le dommage causé aux monuments par notre artillerie avait été de fort peu d’importance. Mis en face de cette constatation matérielle du mensonge qu'ils avaient autorisé de leurs noms, les consuls, signataires de la protestation publiée quelques jours avant au Moniteur romtin, s’étaient retranchés dans les plus piteuses explications. « Plusieurs de ces me.ssicurs ont déclaré, écrivait M. Charles Baudin, secrétaire de l’ambassade française, dans son rapport au général Oudinot, que, retenus dans leurs maisons pendant le siège et hors d’état de juger par eux-mômes l'étendue réelle des prétendus désastres dont on leuiparlait, ils avaient laissé surprendre leur bdlme foi et leur signature. L’un d’entre eux a reconnu, dans un écrit que j’ai sous les yeux, que sa signature apposée au bas de la lettre collective à vous adressée le 24 juin lui avait été « commandée par la terreur sous l’impression de laquelle on vivait alors, » et l’appréhension où il était « qu'un
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refus de sa part n'eûl pu compromettre la sécurité de ses nationaux' . »
Craignant de n’avoir pas fait encore assez pour anéantir une imputation qui avait pris place dans tous les récits el retenti à toutes les tribunes de l’Europe, le général Ou- \ dinol avait nommé une commission d’artistes etd’archéo- I logues italiens et français pour vérifier et compléter le rapport sommaire de M. Ch. Baudin. Après un lent el minutieux examen de quatre-vingts monuments ou objets d’art, qu’on avait dit abinvés par notre artillerie, la commission mixte concluait en ces termes : « La commission ne craint pas d’assurer que pas un seul des remarquables monuments atteints par le feu des batteries françaises n'a été détruit, et que, parmi ceux d'un intérêt secondaire, aucun n’est tellement endommagé qu'on puisse le considérer comme étant enlevé pour toujours aux amateurs de l'antiquité et des beaux-arts. Celle déclaration est franche, el la commission a le droit et le devoir de la rendre publique, surtout lorsqu’elle se rappelle les calomnies publiées pendant le siège de Rome dans le journal officiel et dans les autres feuilles qui lui servaient d’écho... Les démolitions, les ruines accumulées dans la campagne de Rome entre la porte du Peuple et la porte Saint-Paul, par ordre du gouvernement romain, sous le prétexte de la défense,
I étaient de véritables actes d’inintelligence et de vandalisme, puisqu'ils ne furent commencés qu’aprés que la tranchée eut été ouverte du côté de la porte Saint-Pan-
* Rapport de M. Charles Baudin, du li juilletlSiO. (Voir à la fin du volume une currcs}>ondauce du Timet cl diverses autres pièces sur le même sujt l.)
crace... Le chiffre des dommages occasionnés par les défenseurs est infiniment plus élevé que celui des* pertes causées par les assiégeants ; et cependant il est de beaucoup inférieur à ce qu’il serait, si l’on y ajoutait l’enlèvement des métaux précieux opéré par ordre du gouvernement*. »
Laissant ainsi l’armée vengée d’un outrage sous lequel ses ennemis romains ou autres avaient voulu déshonorer sa victoire, le général Oudinot quittait Rome au moment où un officier d’ordonnance du Président y arrivait, porteur de dépêches pour son successeur.
' Rapport de la committion mixte instituée à Rome pour constater les dégâts occasionnés aux monuments et élablisfemenls artistiques par les armées belligérantes pendant le siège de celte vitle. Paris, imprimerie nationale, 1850.
-Cette commission se composait de HM. Alaux, directeur de l’Académie de France i Rome; le commandeur Campana, archéologue; Durantini, professeur à l’Académie de Saint-Luc ; de Fabris, directeur général des galeries et et musées pontificaux ; Kolb, consul général du Wurtemberg; Leblanc, lieutenant-colonel du génie français ; le chevalier Lemoyne, de l’Académie de Saint-Luc; le chevalier Hagrini, attaché honoraire à la légation des Pays- Bas; Orioli (François], archéologue; le commandeur Saivi, professeur i l’Académie de Saint-Luc; le comte Vespignani, architecte; le commandeur Visconti. commissaire des antiquités de Rome. Son travail, remis le 15 août au général en chef, forme un beau et curieux volume publié par le minisiére des affaires étrangères.