RÉPONSE A LA LETTRE DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
12 août 1849.
Voire lellrc du i août vient de m’arriver par un courrier extraordinaire, qui se dit attaché à votre ministère, et qui est reparti immédiatement pour Gaële. Déjà j’avais reçu, en date du ôrt juillet, une lettre dans le sens de celle-ci. Je me suis empressé d’y répondre le 10 août, sous le n” 177.
Permettez-moi d’abord de vous faire remarquer, monsieur le Ministre, que ces instructions sont les premières que vous m’avez fait parvenir depuis l’arrivée de M. de Gorcelles en Italie; c’est entre lui et MM. d'Harcourt et de Rayneval que se trouve concentrée toute la correspondance diplomatique.
Cependant, à dater de la prise de Rome, j’ai compris que le rôle de commandant en chef devenait à la fois militaire et politique. Les complications étaient graves, le désordre existait <lans toutes les administrations; tout était incertitude et chaos; plus de vingt mille Romains (soldats) étaient encore dans la , ville; la garde nationale avait trente mille hommes à nousopposei' ; les provinces étaient généralement hostiles au retour du gouvernement pontifical ; elles avaient, elles aussi, des armes qui pouvaient être tournées contre nous. Aucun établissement n’était préparé pour recevoir nos troupes. Rome était le réceptacle des réfugiés et des aventuriers de tous les pays. Les liûpitaux étaient encombrés de blessés romains, cl nous avions à faire face à toutes ces difficultés au moment même où les maladies se présentaient avec la violence habituelle à celle contrée. Tous les hommes intelligents des États pontjficaux l'el’usaienl leur concours à la nouvelle administration. Les Iri- Inmaux républicains étaient fermés depuis deux mois ; les tribunaux pontificaux avaient cessé d’exister. Les finances étaient <lans un état effrayant. La direction supérieure du gouverneimmt français tTic manquait. C’est dans de telles circonstances <pi’a dû être proclamée la restauration temporelle du Pape. Cet
<!vénemenl s’est accompli avec un bonheur qui a dépassé toutes les espérances.
Pour sortir de cette situation, il ne fallait rien moins qu'un dévouement infatigable et une armée aussi admirable par sa discipline que par son courage.
Il fallait aussi l’accord le plus parfait entre le commandement militaire et la diplomatie. Par un bonheur providentiel, ces éléments de succès se sont trouvés réunis. L’armée française est partout aimée et respectée ; partout elle a rétabli l’ordre matériel, elle a prévenu la réaction et proclamé les idées généreuses.
Cependant le général n’a pu, à lui tout seul, étouffer les tendances du gouvernement pontifical, ni empêcher toutes les mesures dont l’initiative venait de Gaëte. C’était là surtout le rôle de la diplomatie ; elle était en rapport habituel avec vous, monsieur le Ministre, et c’est par elle seulement que vos instructions m’étaient communiquées. Je dois ajouter qu’au point de vue libéral, j’ai toujours été on avant des indications que je recueillais.
Le rapport que j’ai eu l’honneur de vous adresser sur mon séjour à Gaëte vous aura prouvé, j’espère, monsieur le Ministre, que je suis réso'u à ne rien faire qui soit de nature à mettre notre .sécurité en péril, à diminuer noire influence en Italie, à compromettre notre honneur.
A l’aide d’une volonté inébranlable, j’ai déjà fait adopter bien des idées généreuses, vaincu bien des résistances. Je ne me flatte pas de surmonter tous les obstacles, de déraciner tous les abus, mais quand le gouvernement m’aura fait connailre sa volonté, m’aura tracé des règles fixes, quand j’aurai enfin des bases positives, certaines difficultés s’applaniront <’t ma mission sera moins difficile.
Maisje vous prie, monsieur le Ministre, de n’accorder qu’une confiance très-limitée aux journaux ou aux lettres particulières; ce serait la source de beaucoup de malentendus. Je ne laisse ignorer au cabinet aucun événement de quelque importance, et si je n’ai pas toujours rendu compte avec détail des faits purement politiques, c’est que MM. de Corcelle et de Rayneval,
avec lesquels j’ai constamment été en parfaite intelligence, se sont réservés jusqu’ici, vous le save.z, la correspondance diplomatique.
Je suis, etc.