‹ L'expédition de Rome en 1849, avec pièces justificatives et documents inéditsChapitre 25 sur 33 · BOMBARDEMENT DE ROME PAR L’ARMÉE FRA.NÇAISE · texte numérisé non relu

BOMBARDEMENT DE ROME PAR L’ARMÉE FRA.NÇAISE

EXTRAIT d’c.NE CORRESPO.MIANCE DB liJILS DB 20 JUILLET.

La première chose que j’ai faite à mon arrivée a été de prendre une voiture et un guide, dans l’intention d’examiner le.s

l'IKCKS ILSTIFICATIVKS.

ruines des maisons et des œuvres d'm l qui avaienl été décrites avec tant de sensibililé dans le mémoire rédigé par les consuls et présenté comme le résultat d'un bombardemcut ordonné par le général Oudiiiot. J'étais accompagné par un ami qui croyait fermement que la ville avait été labourée par des obus, car il n'avait pas l'expérience de ce qu’est un bombardement, et il avait vu, en plusieurs endroits, les traces de ces terribles messagers ; mais quoique j’aie mis deux heures à sa disposition, nous n'avons rien vu qui méritât une lurnie, et tout le dommage pourra aisément être réparé au prix de 500 livres sterling.

Ma pri'mière visite a été pour le palais Rospigliosi, où se trouve la célébré Aurore du Guide, car j'avais entendu dire par diverses personnes que cet inestimable joyau avait été sérieusement endommagé. Pasun trait du tableau n’a été louché, pas un cheveu d’aucune des figures n’a été dérangé; il est, de même que les autres chefs-d’œuvre qui illustrent cette galerie, sain et .sauf.

J’ai exploré ensuite les ruelles classiques du Transtevére, Tout le monde sait que le bon peuple de ce quartier a la prétention d’être seul la race des vrais Romains; et de même (lue Swift a dit que les porteurs de charbon sur les quais de Dublin étaient les descendants des rois d’Irlande, de môme le.>^ porteurs et les petits marchands du Transtevére disent qu’ils sont la postérité des Scipions et des Gracques. C’est une population âpre au travail et si fermement attachée aux traditions, que la présence des Français l'a, dit-on, très-péniblement affectée. Cependant les troupes auxquelles ces quartiers ont été assignés n’ont aucune raison de seplaiiidre, et j’ai entendu hier un officier général dire que rien ne pouvait être plus conciliant que lu conduite de cette excellente population. C’est elle qui a supporté tout le poids des malin urs de la guerre. Les habitants de ce faubourg ont été contraints, en premier lieu, par le triumvirat, de travailler aux tranchées et aux fortifications, Pt, lorsque les bombes ont été lancées, toutes celles qui tombaient au delà des postes occupés par la garnison jetaient le désordre dans leurs maisons... Les pauvres

riKCKS JISTIFICATIVKS.

liiibiliial» uni eu bcnucoup à soulTrir duii!> les endroits où leurs maisons, qui gênaient pour la défense, ont été démolies. Leur dénùment a si viveinenl ému les soldats français, dont le cœur est excellent, qu’un régiment caserne sur ce point a réuni par souscription un millier de francs pour le distribuer, et le général Oudinot, instruit de ce fait, ordonna que les malheureux iiabilants fussent employés à la démolition des barricades et à beaucoup d autres travaux qui auraient pu ôlie exécutés plus économiquement par ses troupes.

La conduite des officiers et des soldats français est admira ble, aussi d'aucun côté n'arrive-t-il aucune plainte contre eux. Les officiers de l’état-major du général Oudinot et les secrétaires de la légation française ne prennent de repos ni jour ni nuit; pendant ce temps de forte chaleur, tout le monde dort. La commission des barricades et de défense de la ville a fait beaucoup plus de mal à Rome que les boulets français. Autour de la villa Borghèse, que de dévastations commises au préjudice du prince, au préjudice du peuple, qui avait là de délicieuses promenades toujours ouvertes au public! La commission des barricades a fait jeter à bas des arbreséculaires ; elle a fait niveler des maisons, soi-disant, pour assurer le jeu du canon du Pincio. Ces dévastations, en réalité, n'ëlaient pas nécessaires, même pour la défense de la ville. Le triumvirat (c’est une justice à lui rendre) a exigé que la ville, ainsi que les galeries et les précieux monuments des arts fussent respectés. Les villas lu’inciéres, les musons bourgeoises en grand nombre sont tombées sous les coups de ces démolisseurs. Le chiffre de la perte est énonne. Le président et plusieurs membres de l ancienne municipalité, ainsi que quelques persnnies recommandables, ont reçu le conseil de quitter Rome, leurs noms formant une exception à l’amnistie que le Pape veut proclamer avant sa rentrée. M. Sturbinetli aurait dû être rayé du livre noir à cause de la participation qu’il a eue à la reddition de Rome. Il serait à regretter que l’esprit réactionnaire agit à Rome. Le Pape peut être miséricordieux avec trente mille baïonnettes françaises à sa disposition, des garuisous aulri-

diieiiiios à Bologne elà Ancône. On ne doule pas ici ijne (îaiibaldi ne rôde anloiir de la côle dans l’intention de s'eniliarqner.

KÉrÈCIIE AORKSSÉF, DE ClVIiA-VECCHIA SODS 1.V DATE Dü 16 JUIL- LET 18i9, AU Ml-TISTRE DE LA MARINE, PAR LE CÜNTRE-AMIRW.

TRÉIIOUART.

Monsieur le Ministre,

Depuis que j’ai eu l’honnenr de vous adresser un dernier rapport, j’ai cru devoir me rendre à Rome, afin d’y prendre les ordres du génôràl coinmandant en chef, et le féliciter sur l'entrée de l’armée dans ses murs. Lorsque j’y suis arrivé, l’occupation ne datait que de trois jours, et dans les quarantehuit heures que j'y ai passées, j'ai été à même de. m’apercevoir d’un grand changement dans les dispositions de la population, changement qui semblait devoir aplanir rapidement les liraillemenls et les diffîciillés ((ui résultent nécessairement d’une occupation faite sans convention préalable. Depuis lors, les rapports f|ui me parviennent me prouvent que la confiance reliait progressiveiiienl, et j’attribue avec juste raison cet heureux résultat ù radmirable discipline et à l’excellent esprit qu’a montré tout d'abord notre brave année dans cette ville, où elle a iiarii entrer plutôt en ami ([ii’en vainqueur.

■Je crois inutile, monsieur le .Ministre, de réruter de la manière la plus énergique la note adres.sée par plusieurs consuls an général üudinot, relativement aux dégâts produits par le ■ prétendu bombardement de Itoine. J’ai visité et parcoiini toute la ville, et, à l’exception de quel(|ues projectiles qui se sont égarés dans le Transtevére, j’ai pu constater que ni les inouuineiits ni les maisons particulières ne portaient aucune trace de nos boulets. Les seuls dégâts sont ceux qui ont été ordonnés par les triumvirs, sous prétexte de la défense de la ville.

Hier au soir, à l'iii italion de ce qui a dû se passer <à Rouie, un Te Deivm a été chanté à Civita-Yeceliia, pour me

l'IÈCES JUSTIFIC.VT1\ES. i'j7

servir des propres termes du général en chef, en léinoignagc d'actions de grâces pour le succès des armes françaises en Italie et pour le rétablissement de l'autorité pontificale.

Celte cérémonie, à laquelle j’assistais à la tête des étalsmajors des bâtiments sous mes ordres, s’est passée avec le j)lus grand calme, lin grand nombre de fenêtres étaient pavoisées et le soir l’illnminalinn des maisons particulières était presijue complète. Cette démonstration m’a paru d’autant plus sincère que la présence d'un millier de soldats romains congédiés, qui attendaient ici l’occasion de passer â l’étranger, inspire àla population des craintes qui, jusqu’àce jour, avaient arrêté toute manifestation e.vtérieure. L’agglomération de ces soldats congédiés, composée d’hommes de toutes les nations, est une circonstance embarrassante à cause de la difficulté de les faire sortir des États romains, presque toutes les villes du littoral de la Méditerranée se refusent maintenant à les recevoir.

J’ai été informé hier, par le général de cavalerie Morris, qui se trouve à Viterbe à la tête d’une colonne mobile partie de Rome, il y a plusieurs jours, que Garibaldi et sa bande s’étalent montrés dans les environs de Montalto, gros bourg situé à une lieue environ de la mer et à sept ou huit lieues dans le nord de Civita-Vecchia, et, à la prière du général, j’ai envoyé sur les lieux une frégate pour empêcher l'évasion de Garibaldi par mer, et l’arrêter s’il était parvenu à s'embarquer.

Veuillez, etc.

En même temps le poète Méry publiait dans les journaux une lettre qui démontre, d’une manière à la fois péremptoire et pittoresque, le soin que l’expédition française avait pris de i diriger ses attaques de manière à éviter de détruire les monu- — • ments ;

« Rome, disait M. Méry, est une reliipie chrétienne ou une médaille païenne que le sage Aurélien a entourée d’un cordon

l'IÈCKS JUSTIFICATIVES.

(lu vingt lieues de circonférence. Il s'agissait malheureuseinenl de lancer toutes les pluies de la guerre sur ce double trésor. Il s’agissait de faire ce- que n’ont pas même fait Àlaric et Genséric, car les ruines n’ont été amoncelées dans cette ville qu’au siège de ir)27, par le connétable de Bourbon .. besGollis, les Huns, les Gèpides n'avaient rien détruit.

« En 1527, le connétable de Bourbon, d’après le rapport du marquis Bonaparte, témoin oculaire, ouvrit la première tranchée devant le pan du mur Aurélien qui avoisine le tombeau de Cæcilia Metella. Ce monument, (]uc Chateaubriand appelle avec raison un chef-d’œuvre de grandeur et d'élégance, était alors intact comme au temps de Crassus le crétois. Il fermait la voie des tombeaux, cette magnifique succession des sépulcres que Pironèse a rebâtis, et qui commençaità la pyramide de Gains Sextus, près la porte actuelle de Saint-Sébastien.

a Ainsi pointée fatalement dans la direction de cette partie de la voie Appienne, l’artillerie du connétable découronna le tombeau de Cæcilia Metella, détruisit la petite église de Saiiit- Pacdme, dont on voit encore les ruines vis-à-vis, saccagea le grand cirque de Uomnlus, aujourd’hui propriété de Torlonia le ljan(|uier, anéantit les sépulcres sur les deux lignes, mutila l’église Saint-Nérée et Saint- Nqiiilée, les tombeaux des Scipions et les Ibermes d’Antonin. La désolation que le connétable a répandue sur ce reliquaire immense est encore saisissante aujourd'hui.

< Si notre brave artillerie, la première artillerie du monde, avait lancé ses boulets dans le même sillon, elle aurait pris Rome en vingt-quatre heures ; mais elle aurait achevé aussi l’œuvre du connétable. En 1527, on avait mis les monuments en ruine; un 1849, on aurait mis ces mines en poussière. C’était complet.

« On pouvait aussi engager l’attaque à la porte Saint-Jean de l.atran, et pénétrer dans Rome de ce côté, sans faire de longs travau.v de parallèles ; mais, pour peu qu’on eût trouvé de la résistance, il aurait fallu recourir aux obus et aux boulets, iiéce.ssité fatale qui eût entrainé de grands désastres sur cette direction.

MKCES JUSTIFICATIVES.

(' Derrière Saint-Jean de Latran, s'amoncellent, jusqu'au mur du Tabiilarium, au pied du Capitole, Sainte-Marie-Majeure, deux obélisques égyptiens, le Colisée, les ruines du temple de Vénus et celles de la basilique do Conslautin, la Meta-Sudans, l’arc de Titus, l'église Sainte-Françoise, le temple d’Antonin et de Faustinc, les colonnes dePhocas, de Jupiter-Statur, de Jupiter-Tonnant, le temple de la Concorde, les ruines du Palatin, l'arc de Septimo-Sévère, le Capitole, les musées capitolins, la colonne rostrale de Caius-Duilius, la carte granitique de la vieille Rome, la statue équestre d'Adrien, le théâtre de Marcelliis, l’Ara-Cœli, les reliques de tous les héros, de tous les saints, de tous les dieux, de tous les grands hommes : le double héritage d’Homère et de Jésus-Cheist.

(( Une attaque sur la rive gauche, entre les ruines des thermes d'Antonin Caracalla et le Tibre, menaçait la rotonde de Vesla, le temple de la Fortune virile, l’arc des Orfèvres, le Quadrifont, l'arc de Constantin, le grand cirque; du côté de In place du Pcu|)le, le tir des batteries et le caprice des obus menaçaient la villa Borghèse, l’obélisque de Sésosiris, les palais du Corso, la basilique d'Antonin le Pieux, le panthéon d’Agrippa, les colonnes Trajaiie etAntonine, le loruin de Trajan, la place Navoue, Sainte-Marie des Anges, merveille de Buouarotli, et une foule d’églises qui sont les musées de la religion, de l’art et de la foi.

( Du côté du Monte Mario, c’était le monde entier de l’art qui pouvait s’écrouler : le Vatican et Saint-Pierre! on effaçait à coups d’obusiers Jules U, Léon X, Bramante, Berniiii, Micbel- Ange, Raphaël, Dominiquin, Paul Borghèse, Adrien, le travail de deux siècles, le poème écrit en marbre, en jaspe, en porphyre, par tous ceux qui furent grands dans l’univers.

« Rome n’est forte que sur un seul point et c’est précisément celui que nous avons choisi. En suspendant nos menaci s sur le sommet du Janicule, nous avons provoqué une capitulation inévitable, et s’il eût fallu recourir à des nécessités fatales, nous aurions attaqué celte partie du quartier transtéveriii qui descend de la fontaine Pauline au pont Sixte; il n’y a de ce cdlé qu’un seul monument, l’église de Saint-Pierre in Montorio,

:,UÜ PIÈCES JUSTIFICATIVES.

où Raphaël peignit et suspendit son tableau de la Transmitration pour les religieuses carmélites. I.Æ chef d'œuvre a depuis changé de place ; il est aujourd’hui dans le petit musée du Vatican.

(iRoine a toujours porté malheur à ceux qui n’ont pas rospeclé ses reliques. Au commencement du cinquième siècle, Alaric, après avoir saccagé Rome, allait quitter l’ilalie; mais l’Italie le retint par le pied et il mourut violemment à Caserte, où son tombeau même a été détruit. Le connétable de Bourbon a été lué sur la brèche du tnur Aurélien, et jamais balle mieux méritée ne frappa un front plus maudit. Cette fois, grâce à üiou, la France a respecté Rome. »

(Page SSS.)

I.F.TTIIE DU CÉaÉRAL DE KOSTOLAN A H. ODILON BARROT, PRÉSIDE.M DC CORSBIL DES MINISTRES.

Home, 24 septembre 1849.

Monsieur le Président du Conseil,

J’ai reçu avec un profond sentiment de gratitude la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m’adresser au nom du Conseil des ministres et qui est l’approbation d’une conduite que le cabinet désirerait me voir continuer en Italie. Cette lettre sera pour moi le témoignage le plus honorable et le plus pré- (àeux des services que j’aurai pu rendre à la France dans le cours de ma longue et laborieuse cairière.

Depuis plus de quarante ans je suis soldat de l’ordre et de la société; j’ai eu le bonheur de donner plus d’une fois des preuves de mon dévoilement à celte noble cause, et j’ai demandé à la servir encore en Italie. La confiance du gouvernement, en m'appelant au commandement de l’armée, m’a per-

mis de Ift faire avec plus d’autorité, cl j’ai usé de mon pouvoir dans l’intérêt de la France en même temps que dans celui des Étals romains.

Les égard.s, la prudence, la fermeté que me recommandait M. te miirstres des affaires étrangères ont été les guides de ma conduite. J’ai la certitude qu’elle a" valu à l’aianée le respect de tous les partis, et à moi-même, je ne crains pas de le dire, l’estime et la considération du gouvernement pontifical.

Pendant la durée de mes fonctions comme gouverneur de Home, mes rapports de tous les instants avec la population, avec les hommes d’opinions diverses, m’avaient permis d’apprécier les véritables besoins, les vœux sincères du peuple des Étals romains. Exiger du gouvernement pontifical les réformes, les concessions compatibles avec le degré d’avancement du peuple, mai'clier progressivement dans celte voie; mais user avec la plus grande prudence de la liberté et do la modération dans un moment où la licence et l’anarcbie venaient d’être vaincues mais non délruiles; montrer une inflexible sévérité envers tous ceux qui se foraient les fauteurs de troubles et de désordre, en accordant à tous la même protection; voilà comme je résumai la politique de la France, le rôle de l’armée ; voilà le point de départ d’une conduite qui n’a pas été sans résultat.

La publication d’un document qui a eu un immense reten-'\ tissement, son aiiparition dans les colonnes du Moniteur, qui ] lui a donné un caractère que je m’étais efforcé d’atténuer ici, j la netteté de la politique qu'il expose et que je devrais dé- | fendre, m’ont mis en contradiction avec mes paroles, avec v mes actes même. Los auxiliaires que la France trouvera dans les États romains pour servir celte politique, seront les hommes que j’ai combattus, non pas seulement en Italie, mais en France à de tristes et calamiteuses époques. Ma conscience ne peut se plier à une pareille contradiction. Jamais je ne serai l’appui, ni le compagnon de pareils hommes.

Il a fallu des motifs aussi puissants pour me déterminer à abandonner le commandement d’une armée qui est devenue la gloire et l’orgueil do la France et qui avait confiance en son

PIKCES JÜSTIFICATIVKS.

chef. Ce sont aujourd’hui les mêmes raisons qui m’empêchent de répondre par l’acceptation aux instances du Cabinet.

F.,es dimciiltés de la situation seront beaucoup moindres pour mon successeur que pour moi; l’armée, si admirable par sa conduite et sa discipline, ne lui fera défaut en aucune circonstance; les populations sont accoutumées à notre présence, à notre protection, et bien qu’elles ne nous soient pas al fectionnèes, leur froideur ne saurait dégénérer eh inimitié, ni nous inspirer aucune crainte. La commission gouvcrueinentalc restera d’ailleurs à son poste, aujourd’hui que le Saint- Père a publié l’édit des institutions.

Le nouveau général en chef, ii’étanl pas lié par son passé, aura bien plus de pouvoir que moi pour aider aux négociations diplomatiques qui vont être la suite du manifeste.

Je vous supplie donc instammenl, monsieur le Président du Conseil, de faire agréer ma démission au Cabinet et d'envoyer le plus tôt possible le général qui doit me remplacer.

Perinettez-moi de vous adresser de nouveau l’expression de ma vive reconnaissance pour les sentiments personnels qu'il vous a plu de me manifester, et veuillez agréer l’hommage du respect avec lequel je suis, etc.

Le (jênéral en chef, Dk Rostol.xx.

( Pase *•». )

KAprOBT DE ». LE COMTE DE IIATSEVAL, E.XVOïÉ FPASÇ.VIS A HOME, A M. LE COMTE WALEWSKI, MINISTIIE DES AFEAIIIES ETnANCÈllES DF.

fka.xce'. (Extrait du Daily- News.)

Hume. 14 niui 1856.

Monsieur le comte,

La situation des États pontificaux préoccupe en ce nioineiil plus que jamais les différents cabinets de l’Europe, et en par-

* Celte tlcfense du {çouverncmcnl ponliticnl p«ir un ériiiiiciit diplomate, à i quelle oii ii’a pu opposer encore que des pnmphlels, oft h plus aulorisce i« is

ticulier le gouvernement de l’Empereur, au double point de vue des intérêts du catholicisme et de la protection armée que la France et l’Autriche prêtent au Saint-Siège. Celle question

non la seule des pièces de ce genre qu'il nous jetait facile de cUer. Nous trouvons entre autres, dans le savant traité de la Souveratnettf pontificale selon le droit catholique et le droit européen, par Mgr l'évéque d’Orléans, d’admirables paroles prononcées par H. Thiei's pour défendre son rap^iort au sein de la commission parlementaire du mois d’oc tobre 1849.

a Vous êtes républicains, disait l’éloquent riqqiortcm' nux membres de la minorité hostiles à l’expédition; vous voulez une république. Eh bien, soit! JJais le gouvernement papal, c’en est une, et la meilleure! Oui, la meilleure; car c’est la plus ancienne, la plus sincère, la plus bienfaisante, la plus inoffensive. La plus ancienne : elle a dix-huit siècles! En connnissrz-vous qui aient duré autant que cela? Non, ni dans l’antiquité ni dans les tcnip3 modetnes! Nommez-cn une, si vous pouvez, une seule, purnii les pliH puissantes, les plus florissantes; je ne dis pas seulement Pisc. Florence, mais (féiies, mais Venise, ces grandes dominatrices des mers, où sont-elles aujourd’hui? Rome est toujours là avec ses Papes. D'où vient celle étonnante vitalité?

«C'est aussi la république la plus sincère ; ces souverains, qui les fait? l’élection , Péleclion par les capables. Où les prcnd-cllc? où elle veut; dans le peuple, dans la liourgcoisie comme dans rarislocrulic ; des lits d’artisan, des lils de pâtre ont été Papes. Vous leur reprochez le né|>olismc. Ln religion f)eul le leur reprocher; vous, vous ne le pouvez pas. Qu*esl-ce que le népotisnie des Papes? C'est la démocratie qui s'élève Quand le Pape sort du peuple, c’est une famille plébéienne qui monte avec lui. qui entre dans cette ai i>locralic romaine, fille de la dciiiocraiie. Ces princes romains, savez-vous d'où ils sont sortis? Remontoz à l’origine, vous trouvez souvent une fanullc populaire élevée par la papauté. Mais vous, démocrates, quand vous parvenez, qu’esl-cc que vous faites? Vous faites comme les Paries, quand vous le {louvez. 'Quel père par\’ciiu n’aime et n’élève sa famille? C’est dans la nature. Les Papes ont fait comme vous, et puis, d’ailleurs, ils ont eu, ils ont élevé, pour ( honneur do l’humanité, d’autres neveux! Ces hommes, qui fc nomment Michel-Ange, Raphaël et tant d’autres, ce furent là encore les protégés des Papes ; voulez-vous les leur reprocher?

« C'e^t 1.1 république la plus bienfaisante. 11 y a quelques popes qu’on vous abandonne. . Combien sur deux cent soixante-quinze ! Mais la papauté, c’est elle qui, à l’époque des invasions, a sauvé Rome des barbares; qui, au moyen tige, a sauvé la civilisation; qui a inspiré le goût des lettres à Charlemagne, qui a fait copier les manuscrits, qui nous a conservé les anciens, les arts, les sciences; vous le savez bien. Et vous ne voulez pas lui en tenir compte!

« C’est la république la plus inoffensive. Le Pape ne veut jias, iic peut pas, ne doit pas faire lo guerre C’est le père commun des fidèles. Par goût et par nécessité, il est pacifique, bienfaisant. Il est prêtre. Qui peut-il avoir intérêt à attaquer? et comment atlaquerail-il? Il ne peut pas même sc défendre. Ce ijui lui manque an dehors et même au dedans, c'est la force. J’entends la force moltTiclIc; car il en a une autre, plus forte que vous, sa force morale ; eette force morale qui lui donne un point d’appui dans les consciences de deux

bOA

est onvisagée sous tant d’aspects divers, elle est tellement dénaturée par l’esprit de parti, elle excite en sens contraire de si violentes passions, qu’une revue véridique et impartiale des’ faits ne semble pas hors de propos.

bien que les accusations poilèes contre le gouvernement pontifical paraissent être grandement exagérées, il est certain que ce gouvernement est vulnéi'able sur un point; son territoire est occupé par des troupes étrangères, et il est douteux qu'il puisse se passer de cet appui. Tout État indépendant doit être en mesure de se suffire A lui-inôinc et d’assurer sa tranquillité intérieure par ses propres forces. On reproche à la cour de Home de manquer à cette condition ; on s’enquiert des causes de sa faiblesse, et on l’attribue généralement au mécontentement que causent parmi les sujets les vices de l’administration.

La cause réelle de la faiblesse du gouvernement pontifical est beaucoup moins simple. Elle se rattache à un ordre d’idées tout différent. Mais se plaindre de l’administration est, pour arriver à une conclusion, une manière plus commode et plus expéditive que d’inlerrogcr laborieusement l’bisloire et les tendances de la raci* italienne. Le malaise et le mécontentement des popidations naissent plus particulièrement de ce fait que le rôle de l’Italie dans le monde n’est pas en rapport avec ses visées et ses aspirations. Ce sentiment national s’est manifesté avec une vivacité égale à toutes les époques, et le pou-

cenls millions de chrétiens, cl celle-là, vous aurez heau faire, vous ii’y pourrez rien.

« II y en a une aulre encore qui vous detie; car, enfin, voyons, nous sommes à Rome. Eh bien ! (|iic vouicz-vous qu'on dise cl qn’on fasse au Pape? Voiilczvous qu'on lui fasse violence? Iinpussible. Pourquoi? pane qu'il est fort? Non. niais, nu conlraire. parce qu'il est faible C'est ra faiblesse qui fait sa force contre vous; c’est une faiblesse invincilde. Savez-vous ce que vous seriez si vous faisiez violence au Pape? Vous ne seriez pas seulement un soldai battant un preirc, ce qui est lâche cl vil, vous seriez un homme battant une femme, et il n’y a pas de nom pour celle indipnilé-Iâ. »

« M. de Montalemberl était présent à ces belles paroles, ajonle Mgr Uupanloup, son âme d’orateur on dut être frappép : il les recueillit cl Pou sait avec quel .accent il Ie'< porta à la tribune. »

De fa Souvera 'netf^ pontificale^ p. '254.)

voir temporel du P:ipe a été constamment regardé comme le principal obstacle à sa satisfaction.

bans le coure des deux derniers siècles, la prospérité génél’ale de l’établissement pontifical et les ressources abondantes quiafduaient à Rome de toutes les parties du monde, imposaient silence aux plaintes. Mais les grands changements accomplis on Europe dans les cinquante années qui viennent de s’écouler ont tari la source de la prospérité romaine. F,’Église a été contrainte de se contenter des revenus qu’elle tire exclusivement de son territoire. De là un malaise qui, croissant d’année en année, pousse par une pente aisée les esprits à discuter et à attaquer les actes du gouvernement.

La papauté, protégée jusqu ici par un grand prestige, commence à perdre dans l’esprit du peuple. Les dernières trace."; des anciennes souverainetés ecclésiastiques ont disparu dans le reste de l’Europe. Nos pères, accoutumés à la vue de ces souverainetés, n’y voyaient rien d’extraordinaire. Aux yeux de la nouvelle génération, un gouvernement de cette espèce, resté seul debout dans le monde, devient une anomalie à laquelle on prodigue les critiques. En même temps, le système constilutionnel, qui séduit aisément les peuples, s’est insensiblement implanté dans le plus grand nombre des Etats.

On se demande s’il est conforme à l’esprit du siècle, s’d est convenable d’obéir à un prêtre et de perpétuer un système de libertés publiques et de libre discussion en présence d’un pouvoir qui revendique l’infaillibilité en matière spirituelle, cl s’appuie exclusivement sur le principe d'autorité? Comment organiser une Italie puissante aussi longtemps que la Pénin- .sule est divisée en deux parlies distinctes par un État neutre ' par la nécessité de sa nature, et isolé de tous les conflits européens? Comment l’Italie jouerait-elle un grand rôle, quand sa partie centrale est en possession d’un souverain qui ne porte pas d’épée? D'autres causes, non moins puissantes, ont encouragé ces tendances hostiles.

L’Italie avait toujours tenu le sceptre, sinon de la guerre ou de la politique, qui ne sont pas exactement de son ressort, an moins de la civilisation, de la science et de l’art. Tous ont

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IMKCKS JtSTIKICATIVES.

senti que ce sceptre édiappait à ses mains. Les mille voix de la presse apprenaient chaque jour aux Italiens les progrès de leurs voisins, et leur faisaient sentir qu’ils étaient devancés sui' une foule de points Si, grâce à ravcuglement de l'amourpropre national, ce sentiment n’est pas encore devenu universel, il n’en est pas moins vrai qu’une grande partie de la population s'est sentie menacée jusque dans les derniei s retranchements de son légitime orgueil ; nouveau grief terrible à porter au compte des gouvernants. Kn même temps, la tolérance hautement avouée de plusieurs cabinets pour les plaintes des populations n’était pas, il faut l’avouer, un de leurs moindres engagements.

Sur un terrain ainsi préparé, les insurrections et les révolutions ne peuvent manquer de germer avec facilité. Klles ont mis le pays sens dessus dessous cl ont laissé des traces profondes de leur passage. La victoire momentanée obtenue sur la papauté l’avait complètement dépouillée de tout prestige, t'e n'était plus l'arche sainte contre laquelle aucun effort humain ne pouvait prévaloir. Kn vain elle ai^cumulait concession sur concession : le principe même de son exisltmce était mis on question. On s’habituait à l’idée de voir cesser cette existence. Les passions hostiles puisidcnl de nouvelles forces dans la conscience d’un succès probable là où tonte espèce de succès avait dès longtemps paru impossible ; et plus que jamais la vanité nationale attribuait scs blessures à une administration que sa nature même, toute spèciale, offrait en butte aux attaques. Les préjugés contre ce qu’on appelle un gonverneirent de prêtres étaient parvenus à leur point culminant.

Ici il devient nécessaire de présenter quelques observations sur le ca»ractère particulier des Italiens. Le trait saillant de ci^ ■ caractère est l’intelligence, la pénétration, la conception vive de toutes choses. Ces dons précieux que la Providence a répandus sur ritalie avec plus de profusion que partout ailleurs et qui brillent encore de tout leur lustre antique, sont chèrement rachetés, sauf quelques remarquables exceptions, par le ''"manque total d’autres qualités, telles que l’énergie, la force d’âme et le vrai courage civil. Il est rare de voir les Italiens

l'eriÉieinenl unis entre eux. Toujours en suspicion les uns à l’égard des autres, ils vivent constamment séparés. Chacun n’a de confiance qu’en soi-niéme et reste isolé. De là vient qu ils n’ont ni associations commerciales ou manufacturières, ni entente commune, ni combinaisons pour les affaires privées ou publiques. Avec de pareilles dispositions, ils sont dépourvus de l’élément essentiel du pouvoir public; la force organisée leur manque totalement.

Les années, qui ne tiennent ensemble que par la confiance réciproque des soldats et l’obéissance envers le général, sont impossibles. Les rangs sont au complet à la parade, mais à l’heure du danger, les chefs sont accusés de trahison et les soldats ne peuvent compter les uns sur les autres. Ce défunt d'équilibre entre l'intelligence et le caractère, chez les Italiens, donne la clef de toute l’histoire et explique l’état d’infirmité politique où ils sont restés vis-à-vis des autres peuples de l’Kurope.

Livrés à cux-niômes, ils n’ont jamais su faire autre chose que disputer sur la place publique, donner la victoire i>n définitive aux partis extrêmes, se consumer en agitations stériles, se diviser et se subdiviser à l’infini, et livrer leur pays au premier occupant, aux Français, aux Espagnols, aux Allemands. Chaque nation porte la peine de ses défauts; mais comment parvenir à lui faire comprendre que son inl'ériorité doit être attribuée à elle-même cl non à son gouvernement?

Il est de mode de prendre les Piémontais [lour les Italiens et de les montrer comme un exemple de ce qui peut être attendu des populations italiennes.

C’est une grande erreur. Les Piémontais sont une nation intermédiaire contenant plus d'éléments français et suisses que d’éléments italiens. Un fait suffit pour me convaincre de cela, c’est qu’ils possèdent ce. véritable esprit guerrier et monarchique qui est inconnu au leste de l’Italie

L’esprit italien, quant à la politique et à l’administration, est par sa nature porté vers les moyens termes, les accommodements. L’interprétation est considérée comme au-dessus de la loi elle-même. Suivant religieusement les traditions de l’an-

.'.ns PIÈCES JUSTIFICATIVES.

cicnne Rome , la jiirispruilonce est un principe gouverneinenlal.

On rencontre celle tendance partout. Elle exerce une trê.sheureuse inllupnce sur le progrès des affaires, mais, dans la pratique, elle laisse an gouvernement une Irès-grande latitude et enlève de son autorité à la loi, encourageant ainsi les gouvernés à se soustraire à l'application rigoureuse de ses prescriptions; une loi inflexible leur serait odieuse; une adniinistratioM s'attachant stricleinent à la loi, sans compromis, leur paraîtrait insupporlablemonl dure.

Examinons les désirs et les tendances possibles en ce moment des populations. Elles formulent leurs plaintes beaucoup plus que leurs plans. Quant à leurs plans, on peut dire qu'il y en a autant que d'individirs. Dans les dernières profondeurs de la socièt'', le carbonarisme existe; il continue à faire des recrues : le poignard est toujours là en bonneur; le but poursuivi est le renversement de tout ordre social.

Les adeptes de Mazzini forment déjà une classe de quelques degrés au-dessus de la dernière. La réiiublique universelle, rnnité de l'Italie, le gouvernement constitutionnel, la guerre contre l'Autriche, tel est leur programme.

Ils disent qu'ils sont un corps considérable et prêt à agir, mais jamais ils n’ont tenu parole. Dirigés par les comités de Londres et de Genève, leur mot d'ordre est la tranquillité et l’inaction poiir le moment, jusqu’au retour de leurs chefs par suite d’une amnistie, cl jusqu’à ce que le départ des troupes étrangères leur donne l'occasion d'opérer avec quelque chance de succès. Celte section s’étend à une certaine poi lion de la classe moyenne. Celte classe et les classes plus élevées en général sont tourmentées du désir de prendre part aux affaires publiques.

L’exemple du Piémont leur tourne la tète. Une constitution à l’anglaise est à leurs yeux merveilleusement adaptée (‘1 à leui's mœurs et aux besoins du pays. Ils désirent pour eux et pour leur patrie une grande étendue d’action. Ils se regarden* comme déshérités. Convaincus que la présence du Pape est un obstac'e invincible à 'a réalisation de leurs projets, ils désirent

ardeinineni la destruction du pouvoir pontifical. La majeure partie des membres de ce parti s’est ralliée aux partisans de Mazzini, laissant au pays le soin de décider entre les deux partis après que la victoire aura été obtenue. Uefusant d’aller aussi loin qu'une constitution anglaise, il y a un certain nombre d’individus qui professent de l'attachement au trône pontifical et eu même temps l'accablent de leurs attaques, prétendant que leurs désirs sont limités à l’obleutiou d’une meilleure administration. Us sont incapables de définir ce qu’ils entendent par là.

A leurs yeux tout est du ressort du gouvernement, même l’entretien de leurs propres maisons et de leurs propres affaires. Si les entreprises réservées à l’industrie privée ne sont pas développées dans les Ltals romains, la faute en est aux entraves que suscite le gouvernement. Attribuant tous les actes de l’administration à des motifs exclusivement personnels et basés sur des intérêts de la pire espèce, ils croient que les affaires publiques et le bénéfice qui en provient sont entre les mains d’un petit nombre de monopoliseurs qui épuisent les ressources de leur pays à leur propre profit. Ils ne rêvent que déslioiiuêteté et collusion. Ayant à supporter des impôts plus légers qu'aucun pays en Europe, ils se plaignent d’être écrasés par le poids des charges fiscales. En même temps, ils se plaignent que l’État n’entreprenne pas de grands travaux qu’il serait de leur devoir d’entreprendre eux-mêmes. Ignorant les premiers principes de l’économie politique et de l’administration, ils produisent des systèmes complètement opposés aux leçons de l’expérience, quand ils sont obligés de formuler un projet. Finalement, ils prétendent avoir une grande crainte des mazziniens, et en même temps ils leur ouvrent la porte.

Enfin, il y a un parti qui attribue tout le mal à l’abandon des anciens errements. Si nous pouvions retourner, disent-ils, au régime ecclésiastique pur et simple comme il existait jadis, l'excitation serait apaisée et toute difficulté disparaîtrait.

Entre ces partis, il y a une fou'e trés-nombriuse de gens indifférents à toute chose autre que leur propre prospérité,

aimant assurément h murmurer, mais amis de l'ordre et vivant en bons termes avec le gouvernement pontifical. Partout ailleurs un parti semblable roiimirait au gouvernement un bon appui; mais dans un pays dans lequel l'esprit d’entreprise et l’énergie nécessaire pour une résistance quelconque sont complètement inconnus ; où la régie générale est de laisser faire, en se réservant le droit de se plaindre une fois la chose faite, plutôt qu’avant; comnient compter sur de pareils amis, comment les destinées de l’Klat pourraient-elles être placées en de telles mains? Là est la grande difficulté. Aucun gouvernement ne peut se dispenser d’accorder l’appui matériel, et celte condition ne peut pas être remplie dans les États romains. Quel que soif celui de tous ces partis qui viendrait à avoir la chance de triompher, ce (>arti verrait, le fait est indubitable, se former autour de lui la même somme de plaintes qui sont adressées au gouvernement actuel.

La môme difficulté que le gouvernement existant éprouve à trouver des points d’appui dans un pays incapable de les produire, sera éprouvée par n’importe quel parti qui arrivera au pouvoir. Le parti qui limite ses vœux à des réformes quand il est inhabile à se défendre lui-même, parce que personne ne veut se compromettre dans sa défense, fera place à un parti constitutionnel; celui-ci à son tour cédera aux mazziniens qui, grâce aux mesures de violence d’un côté et d’indifférence d’un autre, resteront définitivement maîtres de la situation. Telle sera inévitablement la marche des événements si l’équilibre actuel est troublé de nouveau

Je ne pense pas, concluait M. de Rayneval, que toutes les questions qui surgissent en ce monde doivent arriver nécessairement à une solution définitive. Selon moi il n’en existe pas pour la question romaine. Tout ce que nous pouvons faire, c’est d'écarter, à l’aide d'une protection bienveillante et attentive, les dangers d'une catastrophe, et de prolonger l'élat de choses provisoire, qui a tout au moins le grand mérite de mettre l’Europe à l’abri de maux innombrables.

Toute antre marche ne ferait que précipiter les événements. Si le gouvernement de Su Majesté, par des motifs aisés à com-

|ji’cnilrc, débirail inellru mi terme à l'occupation des États romains par les Français dans un délai plus au moins long, il vaudrait mieux livrer les écluses à l’impulsion du torrent que de préparer soit par de/t avertissements publiqiumenl donnés, soit par des combinaisons forcées, le coup de grâce du jiouvoir temporel des Papes.

En présence de l’agitation qui existe dans les esprits en Italie et de la vive émotion causée par la publication des protocoles, il est impossible de se défendre d’un profond sentiment d’inquiétude au sujet de l’avenir de la papauté. Si l’on n’y prend garde, l’Europe vei ra le problème se présenter sous une face terrible en réalité, parce qu’il se rattache aux passions les plus profondes el les plus ardentes du cœur humain.

Les paroles que Votre Excellence a prononcées au sein de la Conférence, l’assurance donnée par elle que le gouvernement de l’Empereur ne cesserait de s’intéresser au salut de la puissance pontificale, sont autant de preuves certaines que les intérêts réels de l’Église ne sont pas en danger au milieu de la crise actuelle. Avec un pareil programme les dangers les plus imminents peuvent être écartés et la catasirophe ajournée. C’est tout ce que peut atteindre en ce moment la sagesse bnmaine.

Continuons de faire profiter la papauté des effets de notre proteclion. Ne nous décidons qu’avec mûre délibération, et après des diminutions d’effectif successives, à une évacuation complète, et seulement quand nous serons assurés que cette mesure est possible. IjC calme renailra graduellement. En définitive, si la tranquillité politique et religitnise de l’Italie, peutêtre même de l’Europe, semblait dépendre uniquement de la présence à Civila-Vecchia et à Ancône de quelques compagnies de soldats prêtant un appui plus mural que matériel, mais en tout cas suffisant, au drapeau et au gouvernement pontifical, n’est il pas mille fois préférable de recourir à ce remède d’un effet certain que de poursuivre le même but par des moyens pleins de périls ? Que si, dans telles circonstances, le pouvoir temporel du Pape venait à être menacé de nouveau, et si, en dépit de nos efforts, de graves complications surgissaient, la responsabilité serait du moins imputable entièrement aux évé-

PIECES JL'STIEICATIVES.

nements, souvent plus loris que les hommes, et nous n’aui ions pas à nous reprocher d’avoir contribué à un si fatal résultat.

J'ai pensé remplir un devoir en soumettant à la haute appréciation de Votre Excellence les résultats de mon expérience assez longue et d’une élude suivie. La courtoisie avec laquelle vous avez accueilli et encouragé la proposition que je vous faisais d’exposer devant vous ma manière de voir m’ont enhardi à le faire sans réserve.

J’invoque l'indulgence de Votre Excellence pour revoir mes travaux, et la prie d'accepter l’assurance réitérée de ma haute considération.

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