‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 11 sur 34 · IIISTOIRK · texte numérisé non relu

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révolutions en même temps qu'une parfaite connaissance des populations méridionales. Son empressement à se rendre au désir de M. Barrot, auquel il offrit de partir dans deux heures, sembla justifier toutes les espérances que le chef du cabinet avait placées en lui. Le même jour il voyait le Président, qui le priait de revenir à l Élyséc quand il aurait reçu ses insli uctions de M. Brouyn de Lhuys. M. de Lesseps ne pouvait manquer de déférer à cette invitation. Dans ce second tête-à-tête, qui se prolongea fort avant dans la soirée, la question italienne, et notamment la question romaine, dut être traitée à fond entre les deux interlocuteurs. Les instructions écrites, que Louis-Napoléon tiouva peu explicites’, furent naturellement élargies par les instructions verbales. La recommandation sur laquelle on insista principalement fut d'éviter à tout prix que nos troupes fissent dans aucun cas cause commune avec les troupes de l’Autriche, de l’Espagne et de Naples. Le ministre des affaires étrangères, qui attendait le nouvel envoyé extraordinaire au sortir de cette conférence, tenant à le voir lui-même monter en voiture, lui ayant demandé dans quel sens il se croyait autorisé à interpréter ces mots du président : à tout prix. « Dans leur sens le plus large, répondit M. de Lesseps, en attendant de nouvelles directions’!... »

Quoique trop peu explicites, comme l’avait justement remarqué le Président de la République, les instructions de ce nouvel envoyé marquaient un progrès sur celles du

' Mémoire pri'-cnlé au conseil il’Élal, par J1 île Lesseps. (Voir ani pièces.)

* Ibùl.

général Outlinof. L’élat de la question était mieux exposé, lebulàpoursuivreinoinsvagncnienl indiqué. Soes/reire /es Etats (le l'E(jlise à l'anarchie qui les tiésolail, n'était-ce pas condamner à mort la République romaine? Empêcher que le rétablissement d'un pouvoir régulier ne fût attristé et même compromis dans l'avenir par une aveugle réaction, n’était ce pas, en langage diplomatique, annoncer la restauration du Pape et en prépaicr les voies et moyens? D’ailleurs, si les dépêches remises 5 M. de Lesseps disaient mal ce qu’il avait à faire, elles disaient clairement ce qu'il avait à éviter. Deux écueils lui étaient signalés : donner à croire au triumvirat qu'on le tenait |iour un gouvernement accepté; laisser craindre au Saint-Siège qu'on ne fût disposé à faire bon marché de son autorité. Nous avons tout lieu de croire que ces heureuses modifie.ations avaient été inspirées au ministre des affaires étrangères par nos diplomates de Gaële, qui ne pouvaient dissimuler dans leur correspondance le fâcheux effet produit sur le Pape et sur la conférence par l’indécision de notre attitude et le vague de notre langage à Civita-Yecchia. Sans " doute, le Prince-Président cédait à un sentiment tout patriotique en exigeant que notre action militaire ne fût en aucun cas confondue avec celle de l'Autriche, de l'Espagne ou de Naples, qui se portaient comme nous au secours du Pape; mais il nous semble que la recommandation écrite par M. Drouyn de l.huys, de ne rien faire qui pût prêter appui à la révolte et réveiller les susceptibilités de la cour pontificale allait plus au vif de la question. Après tout, nous siégions à Gaëte à côté de ces puissances, dont il

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(allait é\ilor lo niiitarl,ct c'était à rcxécutioii ifuiio résoliiliüti prise en commun que nous devions procéder isolément. Les instructions concluaient en lappclanl à celui qui avait voulu s'eu cliarger, que la bonne entente (a)iistante avec .MM. d'Harcourt et de Rayneval non moins qu'avec le général en chef du corps expéditionnaire, lui était demandée comme absolument nécessaire au succès de r ont reprise.

C’est avec cette mission que M. de Ix'sst'ps partait di' Paris, dans la nuit du 8 mai. Le 15, il descendait nu quartier général de Castel di Guido, conférait, en passant, avec le général Oudinot, et se mettait en mute pour Home, accompagné de M. de la Tour-d'.\uvergne. L’entrée du plénipotentiaire français dans celle ville qui avait repoussé nos soldats quelques jours avant, était faite pour frapper une imagination moins excitable que la sienne. Eu avant, comme dans l’intérieur de Rome, les chemins étaient coupés par des fossés, obstrués de han icades, jalonnés de poteaux où se lisait, au milieu de gro.ssières imprécations contre notre gouvernement, l'article 5 de la Constitution ; « La République française respecte la nationalité de tous les peuples. » A chaque instant des bandes armées arrêtaient la voilure et menaçaient de faire feu si elle persistait à vouloir avancer. H fallait descendre, produire ses pièces, raisonner avec des forcenés et se protéger contre les coups de fusil en arborant dans les mains du cocher le drapeau blanc parlementaire. Le lendemain, une suspension d'armes ayant été convenue, Garibaldi çorlit de nuit par 1a porte Saint-Jean

i»i-; i/i;\i>ÉnmoN uk uomk kx isüi. yo:. (lo Lalrun, pour aller forcer les Napolitains à repassin leurs frontières. Ce premier cflel de la mission de M. de Lesseps était déjà contraire à nos engagements de (iaëte. Que nous eussions refusé d'agir contre Mazzini de concert avec le roi de Naples, c’était l’ordre absolu du Président; mais conclure, sans l’cn prévenir eu temps utile, un armistice avec l’ennemi commun et l’exposeiainsi à se laisser surprendre par toute une année qu’il devait croii-e retenue derrière les murs de la ville, c’était assurément moins d’un allié que d’un adversaire'. Ce départ nocturnedes assiégés, que nousrendions I ibres pour quelques joui-s, n’en fut pas moins une grande se.éne patriotique aux flambeaux, avec lescrisde la foule, les bénédictions des moines, les transports frénétiques des femmes, à faire croire à M. de Lesseps qu’il se trouvait en face de toute une population debout et en armes contre l’étranger. Grdce à l'inaction forcée de nos soldats et à la haine traditionnelle des Romains pour les Napolitains, il y avait certainement autour du triumvirat plus d'entrain et plus de gens dis|»osés à se battre qu’avant le 5(1 avril. Un peut dire que la ville éternelle était depuis ce jour à la République comme Paris l'avait été lui-métne au lendemain du ‘2i février. L’événement avait donné raison an parti de la violence, et la masse ell'tayée

* « Lf roi df NapIpîJ no iii’n pas laiss** igiioicr. cciivnil plus inn! le ^onc*nil Oudiool Cil rcvemiiil de Gaole, que in Irdvc conclue par M. de Lossops t'avail mis dans un grand embarras, cii le laissant seul ex|tuM; aux cn'oii« d'un <Yinemi romniun. Toiitolois il n’n jamais accuse ni rarin^ ni le goa> vunicmcut rnmçais. Il t^il loiites les diflicultos (|ue nous avons eu à surmonter et applaudit an suctô.s olrtenu di vanl Home, n (l e géiiéritl Oudinol au iiiinisli'C dos afi'aires otningi lOh, 10 août lëftO).

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ou séduite ne songeait pas à lui défendre de s’intituler le peuple souverain et de régner en son nom. « La ville est en armes, lisons-nous dans les notes où M. de Lcsseps consignait chaque jour ses impressions pei-sonnelles, des barricades et des moyens de défense partout, la résistance sera générale .... » Puis il s'étayait de l'opinion conforme doM. Freeborn, consul anglais, de lord Napier et d’un capitaine de bâtiment de guerre américain, sans paraître se douter qu'un représentant de la France chargé de soutenir les droits du Saint-Pére aurait pu prendre ailleurs ses informations et ses conseils.

Notre envoyé extraordinaire était arrivé à Rome et peut être parti de Paris avec un projet d’arrangement ainsi conçu :

« Akticle piiemier. .Aucune entrave ne sera plus apportée par l’armée française à la liberté des communications de Rome avec le reste des États romains.

« Art. ‘2. Rome accueillera l’armée française comme une armée de frères.

« Art. 3. Le pouvoir exécutif actuel cessera ses fonctions. Il sera remplacé par un gouvernement provisoire composé de citoyens romains et nommé par l’Assemblée nationale romaine, jus(iu’au moment où les populations, appelées à faire connaître leurs væux, se seront prononcées sur la forme du gouvernement qui devra les régir et sur les garanties à consacrer en faveur du catholicisme et de la papauté. »

Cette rédaction, qui faisait si laige la part des concessions, puisqu'elle subordonnait l’avenir de la papauté.

DE L'EXPÉDITION DE ROME EN 18 il». 205 aux décisions du suflVago universel romain, n’oblinl pas même les honneurs de la discussion. La résolulion manqua à notre chargé d'affaires poui- dire en face à M. Maz- . zini qu'il fallait céder le pouvoir et meme renoncer à le reprendre de sitôt, puisque l'art. Savait eu soin de restreindre le choix de l'Assemblée aux seuls citoyens romains. L'impossibilité de rien espérer de la population lui apparut en môme temps que sa propre impuissance à rien obtenir du triumvirat. Au lieu de gens disposés à s’entendre avec une puissance bienveillante et désintéressée comme était la l'rance, il ne voyait autour de lui que d'intraitables sectaires fanatisés par un premier succès et qui mettaient en avant, comme argument diplomatique d’une nouvelle espece, la ruine prochaine, par l’émeute ou par les élections, du pouvoir qu'il venait représenter a»iprés d’eux. -Le prince de Canino avait même affecté, en pleine Assemblée, de l'isoler, lui républicain, d'un gouvernement réacti(u»naire et condamné à périr sous peu de jours.

Si telles étaient les dispositions que notre envoyé rencontrait à Kome, celles du camp n’étaient pas plus rassurantes. On n’y parlait que d'aller chercher au plus tôt sous les murs de la ville la revanche du r>0 avril, et la mission pacificatrice de M. de Lesseps n'avait trouvé au quartier général que l’adhésion du devoir qui se résigne.' Ainsi, des deux côtés, l’ancien consul de Barcelone se sentait vaincu avant de combattre; mais nous regrettons d’avoir à ajouter qu’entre notre armée et la République romaine, l’une ayant son honneur à venger, l'autre son existence à défendre, il laissait voir dés le premier jour

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qu’il pciicliait à se pionoïKi'r pour la seconde. I.e piojel qu’il avait apporté iiit en effet modilié par Ini-niéme en ces termes ;

« .ViiTicLE riîEMiEn. I.es États romains réclament la protection fraternelle de la République française.

« Akt. 2. Les populations romaines auront le droit de se prononcer librement sur la fm nie de leur gouvernement.

« Aut. ô. Rome accueillera l’armée française comme une aimée amie. Les troupes françaises et romaines feront conjointement le service de la ville. Les autorités rcmaines fonctionneront suivant leurs attributions léijnles. »

C'est avec une intention bien arrêtée, éci ivail en même temjis .M. de Ixisseps à M. Di oiiin de Lhuys, que j’ai changé l’article 5 du projel d’arrangement... J’avais jugé, après un mdr examen, qu’en maintenant cet article tel qu’il était d’aboid, nous rendrions impossibles dés le début nos tentatives de conciliation'. »

Mais ces cliangcments eux-mêmes ne devaient pas faire avancer d'un pas une transaction qui offrait d'autant moinsde chances de réussir que nousnous montrions plus disposés à l’acheter par des concessions. Trois députés, MM. Sturbinetti, .\ndinot et Agostini, avaient été chargés par la Chambre de sc mettre en rapport avec nolie envoyé. Les deux premiers ne "semblaient pas devoir être éloignés d’entrer dans nos vues, car ils avaient appartenu au parti constitutionnel qui s’était honoré en protestant conlre l’établissement de la République. M.Mamiani, leur

* M. lA'ssops A M. le maiistre des alTiires élrangcres. du

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I)i: L KXl'ÊIIITION II K HO. MK K N I8l;i. îiitcien chef démissionnaire, crut même l'occasion propice pour remonter en scène, et tenta de se rapproclier de M. de Lesseps. Il ne parait pas que ces avances, fort timides toutefois, aient été accueillies comme elles auraient dû l'étre. Leur importance présente était minime sans doute; celle que les événements pouvaient d’un jour à 1 autre leur donner était à considérer. Assurément notre négociateur avait droit de répondre au ministre de l'ie IX qui avait précédé et suivi aux affaires l'infortuné Rossi : « Je cherche ce qui représente la force de l’opinion publique; vous avouez ne pouvoir rien par vous-méme en ce moment, je ne dois donc pas m'appuyer sur vous » Mais n’était-ce pas, d'autre part, se livrer sans alliés à la merci de ceux qui tyrannisaient l’opinion, et n’eût-il pas été plus habile, dans tous les cas, en gardant pour soi cette très-juste appréciation des homnnis et de la situation, de relever le courage d'un parti parlementaire rival de la faction dominante, et de tenir Mamiani en réserve contre Mazzini? Nous n’avions pas suivi d’ailleurs d’autre politique à Rome depuis que le duc d’Harcourt avait rejoint le Pape à Gaëte. M. Mercier, envoyé aux constitutionnels romains quelques jours avant notre (h'scente à (avila-Vecchia, était parvenu à s’entendre avec eux sur tout un programme de gouvernement pnntilical restauré, sauf deux articles qui lui avaient paru inacceptahles : le jury en matière de délit de presse, et l’alliance offensive et défensive de la papauté avec tous les Étals de la l'é-

* fti'lxMise «U* M. ilo liCfscps au ministùi'o oi au coiitirt) «rKlat, p.

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niiisulc. 11 y iivail doue de ce côté, sinon beaucoup à espérer, du moins quelque chose à essayer.

.M. Mazzini n’ignorail rien de ces négociations qui le menaçaient personnellement, et n’était pas sans avoir pris ses précautions contre les délégués qu'il avait laissé nommer. Ces délégués ne pouvaient rien accepter, rien refuser, rien proposer. Leur mandat se bornait simplement à prendre note des ouvertures qui leur seraient faites, et à venir en référer à l’Assemblée. Ainsi, en face d’un négociateur chargé des pleins pouvoirs du gouvernement français, la République romaine ne mettait que des commis aux écritures. Au lieu de traiter directement avec l’autorité, M.de Lesseps était condamné à perdre ses paroles dans un porte-voix dont Mazzini tenait l'autre bout, et qui ne transmettait la réponse qu'aprés des délais toujours calculés. C’est ainsi qu’on ne refusait que le lit l’arrangement proposé le Iti, et qu’on annonçait le même jour une autre proposition immédiate, qui n’était pas encore formulée le ‘2‘2.

Cependant, l'impatieucc de l'armée croissant d'heure eu heure, le général Oudinol pressait M. de Lesseps de ne pas se laisser jouer plus longtemps et d’en finir par un uUimaium à court terme. Une dépêche télégraphique, partie de Paris le 10 mai, après avoir renouvelé ' au général en chef la défense decombinerses mouvements avec ceux des Autrichiens et des Napolitains, ajoutait :

« TAcliez d'entrer à Rome d'accord avec les habitants, ou. si vous êtes contraint d'attaquer, que ce soit avec les chances de succès les plus positives. » IjC 19, les généraux

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liE L-EXI'KDITIO.N HE HOME EX I 8 i !» Jil!» Vaillant ol Tliiry, (U'sisrnés pour pmulrc le comiiiandcinenl du ^n>nie et de rarlilleric, arrivaient an eainp. L’envoi de ces deux ofliciers généraux, rcnoniinés dans leur arme, prouvait assez que le gouvernement rraii(;ais comptait sur un sit'ge plutôt que sur un accommodement. Un conseil de guerre, l'ormé de tous les chefs de corps, avait décidé à l’unaniinitô que l’armistice accordé aux iiislan- <-es de M. de Lesseps ne devait pas, comme il le demandait, être prolongé jusqu'au retour de M. de Latourd’Auvergnc, qu'il venait d’envoyer en France. Il importait, en effet, à la dignité et au moral de l'armée qu’elle , reprit de suite sa liberté d’action.

Un incident peu connu jusqu’à ce jour vint confirmer le duc de Reggio dans sa résolution de s’en tenir à l'avis du conseil de guerre sans plus écouler aucune proposition. Le général Vaillant, parti de Paris plusieurs jours ajirès le vote du 7 mai, était venu le prévenir que les idées du gouvernement .s’étaient sensiblement imnlitiées, et qu’une plus longue conde.scendance pour les e.s.sais de transaction de M. de Lesseps, perdrait à coup sûr le « befqni ne craindrait pas d’en prendre la responsabilité. L’opinion du coinmandaiit eu chef du génie aurait eu en toute circonstance une grande valeur aux yeux du général Oudinot; nous savons depuis le décret du H décembre 1851, qu’elle en avait une toute particulière aux yeux de M. Vaillant lui-méme qui était nanti de pouvoirs secrets pour remplacer celui auquel il portait de si pressants conseils*. Pour toute réponse, le général en chef lut à son

* Voir :!UV |ii*îrV9 Ir .lécrol du II drrcintirc ÏS.VJ, tjut ü rrvêli* I ovi'f.‘*in‘i'

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cumpagiion d'armes une lettre écrite à M. de Lesscps au soi tir du conseil de guerre et dans laquelle il lui faisait savoir qu’il fallait iiuiuédiateiuent à l'arniée ou une satisfaction à l’ainiahle ou le droit de la clierclicr par les armes : « Vos paroles, ajouta-t-il, ne pourraient que compléter lieureusement l’effet de celle déclaration, et, vous rendriez un vrai service au corps expéditionnaire si vous alliez répéter à M. de Lesseps ce que vous êtes venu me dire. » Le général Vaillant ayant objecté qu’il n'était pas facile d’entrer à Rome, et que le général Oudinot le savait mieux que pei-sonne, celui-ci n'Iiésila plus à donner à son subordonné l’ordre de se rendie de suite auprès de M. de Lesseps, afin de confirmer énergiquement le contenu de sa lettre du malin. Justement, une voiture du quartier général était attelée pour ramener à Rome le docteur l'inot, autorisé, comme chef du service médical de l'expédition, à visiter nos blessés dans les hôpitaux de la ville. L’envoyé du général en dief y monta, babillé en bourgeois, avec la lettre de passe du docteur, et partit sans désemparer.

(Jue se passa-t-il pendant cette nuit entre le général Vaillant et M. de Lesseps'.’ Nous l’ignorons; mais il est à croire que le soldat se laissa influencer par le diplomate, et qu’il ne sut pas parler à Rome comme il avait parlé dans le camp. C’est du moins ce qu’il faut conclure de la lettre suivante, que le général Oudinot écrivait le lendemain sous les yeux deM. Vaillant, empressé de revenir sur

Je CfUc piicc, Il réponse ilu général Oudinot, datée do la prison du Munl- V.iléricn, et iii.c lettre de M. Üdiloii liorrot.

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ses concessions de la nuit : « Vous êtes, monsieur, trèsséduisant; personne ne lésait mieux que moi. Le général Vaillant a, lui aussi, été sons le charme en vous écoutant. Mais, a la réflexion, il reste très-convaincu que le statu quo auquel nous nous condamnons est funeste et porte la plus grave atteinte à la dignité et aux intérêts de la France, non moins qu'à riionncnr militaire... En résumé, déclarez aux triumvirs que puisqu’ils n’ont poiut adopté les bases de votre proposition, la suspension des hostilités est rompue. Voilà ce que, dans votre intéi-êl, dans l’intérêt do l’armée, <lans rinlérêl de la France, nous vous prions de faiie sans plus de retard. Le (lénéral Vaillant oaint de ne vous l'avoir pas dit assez; mais en ce moment je suis son interprète et celui de tous mes compagnons d’armes. »

M. de Lesseps, an comble de l’étonnement, répondait aussitôt : « Aujourd'hui j’ai envoyé à Paris par M. de Latour-d'Auvergne un rapport général quo j’avais discuté avec vous hier et contre lequel en définitive vous ne m’avez pas fait d'objections. Le ijénéral Vaillant ne m'a pas plus fait d'objections que vous-même lorsqu'il est venu conférer avec moide votre part, et vraiment je ne comprendrai.s pas pourquoi il y aurait d'hier à aujourd’hui un changement de front aussi complet que celui que m’annoncent vos lettres successives... '

Ainsi, M. de Lesseps avait commencé par obtenir du général en chef que la suspension d’armes serait pro-

* M. ilü f.cs$0|>& AU général Oudinol. iiiaî IS^VI. ^Méniuire au conseil il'Êlal, P .’jti;.

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longi‘e de tout le temps nécessaire pour rece\oirdii gouvrriicmcnl la réponse à son i-apporl. Éclaiié par la discussion du conseil de guerre et provoqué à rompre tout pourparler par les insistances du général Vaillant, le duc de Reggio avait chargé cet officier général lui-méme d aller répéter à M. de Lesseps que le terme extrême des concessions ôtait atteint et qu’il n'y avait plus (|u'à dénoncer la fin de larmistice. Or, M. Vaillant venait de rentrer au camp, forcé d'avouer (ju'il n’avait rien fait, et regrettant ainérenienl de n’avoir rien dit M. de Lesseps ne tarda pas à y transporter lui-méme sa résidence. Le séjour de Rome n’était plus ni convenable ni sur pour notre envoyé. Ün l’avait menacé jusque dans son palais du sort de Rossi. Voyant un soir sa voiture ariétée par la populace qui hurlait des cris de mort, il avait du mettre pied à terre avec son secrétaire et rentrer chez lui le pistolet au ])oing. La terreur inspirée par les aventuriei’S acconrns dcjtuis le 50 aviil de tous les points de l’Italie, tenait lieu d ordre public dans cette malheurense ville, où régnaient, d’après les triumvirs, la sécurité la plus parfaite, le gouvernement le plus accepté, la République la plus unanime. Le consul anglais lui-méme, qui ne cessait d écrirea lord l’alincrston

' .Nuu* voyou» cc|)OUii»iU, par un rapport tlu général Vaîllnnl an ministre «le la gui'iTc. «lu ‘2 juin» que rcUc visite h Home ne fut pas complélcmcnl imilile nu cor|>s ci[HS(liiiomiaire. !/ii.ibiic i-oimiiandant du gt^nie avait pu s assuix'r que la seconde enceinte, dite Aun'lieime, avait été nii>e en étal de dofeiise ttn assure mt^mc que ce fut une occasion de rapporter au camp un plan cnuplel «le in ville, qui. chose inouïe, aurait manqu<^ ju«quc-là aux of/rnli«»n< de l'orrm^c as^iégeonle.

DE L'EXPÉDlTlOiN DE HOME EN 18 SD. ‘Jir. qu'il n'avait jamais vu Rome plus Iranqiiille et mieux administrée, ne dissimulait pas plus que M. de Lesseps ses craintes de pillage et d'as.sassinal. l'n de nos oflicieis d'état-major en .mission à l'ambassade française, avani été un jour lui rendre visite, trouva le grand escalier de son hôtel barricadé comme les rues. Assurément ces barricades-là n étaient pas destinées à repousser rcimemi (pii campait sous les remparts! En outre, les tableaux, les statues, les tentures, l’argenterie, tout avait été enlevé el mis en lieu sûr; el nous nous plaisons à croire que ce n'était pas contre nos soldats que M. Ereeborn prenait de si outrageantes pi écaulions.

L’anarchie en était venue à prendre si na'ivemenl ses ébats que le triumvirat avaitdu rappeler aux Romains que l'état de guerre ne donne point aux particuliers le droit de voler, de détruire les propriétés, de faire des visites domiciliaires, des arrestations, des réquisitions, des assassinats. La garde nationale avait étésomméede défendre non-seulement l’existence mais l’honneur de la République, el un conseil de guerre avait été institué poui jugeren permanence les allcnlats contre les personnes el les propriétés. Une autre fois il avait fallu ordonner de rapporter dans les églises les confessionnaux que les soldats de Garibaldi traînaient par les rues el dont ils sc servaient pour d’odieuses parades. « De ces confessionnaux, disait M. Mazzini, d’où ne sortirentqueirop souvent la violation des ordres du Christ , dos insinuations de corruption et de servitude, sort aussi la parole qui va consoler les vieilles mères de ceux qui se battent pour la

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République. «Or, les vieilles femmes qui ne pouvaient se passer du confessionnal , c'étaient les soldats de la légion lombarde qui avaient menacé de tourner leurs armes contre les misérables qui outrageaient publiquement leur foi.

On conçoit difiicilement que de pareils faits n'aient pas sufli pour ouvrir les yeux à M. de Lesseps et lui montrer à quel genre de gouvernement il avait affaire Convaincu qu’il n’avait été envoyé à Rome que pour nous gagner l’amitié des Romains, il prodiguait dans ses relations oflicielles ou privées cette séduction toute française de franchise et d'aménité qui avait si bien réussi auprès de nos généraux et qui devait rester si parfaitement incllicace auprès des Italiens. « Soyez tranquille, disait-il souvent à nos ofliciers, fiez-vous à moi, tout s'arrangera par de bons procédés, et je vous ferai entrer à Rome sous une pluie de Heurs! » Nous inclinons à croire, pour l'excuse de M. de Lesseps, qu'il confondait les deux péninsules et qu'il supposait aux lils de la louve quelque chose de la grandeur et de la générosité espagnole. Toujours est-il qu'aucune épreuve ne put décourager sa confiance ni dissiper ses illusions. Par ses conseils, l’armée assiégeante et la ville assiégée en étaient venues à échanger des cadeaux au lieu de coups de canon. Un de nos caissons d’ambulance ayant été offert aux hôpitaux de Rome, dont le service laissait tout à désirer, le triumvirat, touché de ce trait d’humanité, y répondit par l’envoi de cinquante mille cigares destinés à nos soldats. Rien de plus fraternel en apparence! Seulement,

liE 1/EXPÉrtlTIO.N DE ROME EN 18 i9. ‘Jlîi on découvriJ, ciicrevaiil les ballots, qu’ils élaienlrpinplis de prodanialions provoquant nos troupes à l'indiscipline et à la désertion. Les loustics de régiment allumèrent leurs cigares avec ces feuilles volantes en remeiviant les lloinains d’avoir songé à tout ; mais le fait parut indigne à la loyauté du général Oudinot, qui chargea M. de Lesseps d'aller s’en plaindre comme d’une trahison. Notre représentant li ouva Mazzini dans une grande salle du palais du Monte-Cilorio, devenu le siège du gouvernement. Le dictateur, assis devant une table enroinbrée d’arrties et de papiers, donnait audience publique à ses amis. 11 accueillit avec indignation la coniinunication contidcntiellc de M. de Lesseps, disant qn’il avait peine à croire à un abus de confiance si odieux, et qu’en tout cas le triumvirat n'y était pour rien et ferait rechercher les coupables. Or, comme il se détournait à ce moment pour répondre à quelque demande pressée faite de l'autre coté, M. de Lesseps aperçut sous sa main un paquet des proclamations qu'il déclarait ne pas connaitre. « Vous voyez bien, lit-il en les montrant au dictateur, que vous continuez au gouvernement vos habitudes de conspirateur et que vous conspirez en ce moment contre vons-méme !...»

« Cet bomme , écrivait notre chargé d’affaires probablement après cette scène qui nous a été racontée par un témoin oculaire, n’est, enfin de compte, qu’un ambitieux vulgaire. Inspiré par le génie de la conspiration , jl n’a pas compris l'utilité qu’il y auraiteu pour lui à s’appuyer sui- l’élément conservateur du parti modéré de la popu-

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Iiitioii. Arrivé au pouvoir, il a contiuuo «îs trames ténébreuses et infernales. Vingt-cinq ans de séjour dans les pi isons d'Europe et dans l'exil l'empêchent d’ouvrir les yeux à la luinicre et font de lui un cniiemi mortel de la société'. Il voudrait régénérer les hommes en passant sur des ruines et des cadavres. Je regarde l'occupation amiable de Home comme un danger, parce qu'elle nous engagerait dans les questions d'administration romaine plus que nous ne voudrions, qu elle nous ferait recueillir une partie de l'héritage du pouvoir actuel, dont le chef opprime, tcrrilie et ruine les lial)itants et se litnive déjà |tiacé on face du déficit et de la banqueroute. J'ai fait d'abord connaître à M. de Hayneval les moyens que j'ai enployés pour arracher le masque du jNéron moderne et soustraire la population romaine à sa domination*... »

Voilà certes le cri de la vérité sur Mazzini et sur l'étal de Rome pendant les négociations de .M. de l.esseps'l Comment comprendre après cela l'obstination de ce tliploniate à traiter avec un tel gouvernement en dépit de l’armée et de ses propres instructions? Les triumyii-s, on plutôt le dictateur .Mazzini, scnnblaient d'ailleurs ne pa.s eu mettre moins à rendre toute transaction impraticable''.

^ M. f\c aiirail dû bornci’ à pnilrr dc^ longues amiâ'!» «l'eitil

Mazzini ; car. au dire de scs aniir*, ce cdiel de lu Hévolulioii européenne a été toui«'itrs as‘C*z haltile ponr tVilor la prison en Italie cl (tilli iirs.

* M. de l.etiseps à M. le luinislic des affairos êlraiipères. ([)éi»0tht*s de*» et 28 mai.)

^ liappelant ic^ divers )>iana d'arcoiiiiuodenieiit nii.« en avant par M. de Ie«seps M rorreif^ ü|(»iile avec sinoM'ilé : « I/ns.‘end»!éc roinaioo, alors fOie^

IiE l.'F.Xl'ÉlilTION ItE ItU.MK E.\ 1810 ‘217

Ils (lorniindaienl d’une part que la Hépul)liqu(‘ romaine fiU reconnue par la République française, de l’autre que les poi’lcs de Rome restassent fermées pour nos troupes avant comme après l’accomimMlement. Or, de ces deux prétentions, la piemiére était formellement repoussée par les instructions de notre envoyé extraordinaire, la seconde par le plus vulgaire sentiment de riionneur militaire. On ciTil se l■approcber en diminuant de part et d’autre des exigences inconciliables. La République romaine consentit à ne pas figurer en nom dans le traité, mais à la condition expresse qu’elle pourrait compter sui' nos armes pour défendre son territoire contre toute invasion étrangère; voilà ce que .Mazzini appelait ses concessions. Nos troupes n’occuperaient que des cantonnements extérieurs à la ville. Voilà ce qui faisait dire à M. de Lesseps ; « Le résultat que j’espérais a été atteint* ! »

Triste résultat I car ce projet nous constituait d’une part en état d’alliance défensive avec uti gouvernement que nous avions, jusque-là, refu.sé de reconnaitre, et de l’autre en état de guerre imminente avec les puissances qui avaient décidé, de concert avec nous, le rétablissement du Pape. Adopté aussitôt à runaniinilé moins trois voix par la Constituante romaine, il fut rejeté avec indignation par le duc de Reggio, qui déclara qu’il ne consentirait jamais à placer l’armée française en senti-

le charme de siurnil ^uixi doeilonient toiii;! 5c$ conseils. C'e«t ihmc

a lui que remonte U ies|>oM!-nIiiiile tlu refus dont elle accueillit le» jiroi’m-ition» de M. de l/^seps. » [ÜenJ ann de révolution en Italie, p. UH.)

* M. de I.e»»rp« :i M. le niitit»tre des iff:»ire> clrao«rt*re?. [rtc|»<îclie du l"jiiin ISift/

HISTOIRE

'il8

iielle d'honneur à la jwrlc de M. Mazzini.La veille, le général avait, de guerre lasse, souscrit à un idl'mutum que M. de Lesseps lui proposait comme le dernier effort de sa mission conciliatrice et qui, du moins, ne laissait pas nos soldats hors des murs de Rome Éclairé par un changement si soudain, il jugea que le moment était venu de rompre toute relation avec l’envoyé extraordinaire, et le lui fit savoir par la lettre suivante : o Vous avez, monsieur, depuis le 17 de ce mois, paralysé tous les mouvements du corps expéditionnaire sous mes ordres. Vous m'aviez demandé avec insistance que la trêve promise verbalement par vous aux troupes romaines fût prorogée jusqu’à ce que le ministère pût faire connaître sa réponse aux dépêches dont àh. de Latour d'Auvergne était porteur. Bien que ce retard fût, dans ma conviction, très préjudiciable aux opérations militaires, j’ai souscrit à votre désir afin d'éviter jusqu’aux apparenc.es d’un dissentiment entre nous... Vous avez proposé, le 29 de ce mois, aux autorités romaines un ullimatum dont j’ai accepté les termes, bien que certaines conditions qui y sont stipulées fussent loin de me donner une entière satisfaction. Dans ‘ la journée même, vous m’avez écrit de Rome que cet ultimatum allait, selon toute probabilité, être accepté le soir, et, contrairement à toute prévision, vous me déclarez que vous avez signé avec la République romaine des conventions auxquelles vous espérez que j’apposerai ma signature... Non-seulement je ne leur donnerai pas mon

' Voir CCS pièces à la liii du volume

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assenliiiieiit, mais je les considère comme non avenues, et, je suis forcé de le déclarer aux autorités romaines... J’ai le regret d’étre dans l'impossibilité de concerter désormais mon actioiu politique avec la vôtre'... »

Peu d heures après que celte rupture, si honorable pour le commandant en chef de l'armée, était signiûtx; à ■M. de Lesseps, et comme celui-ci s’apprêtait à partir pour aller porter ce grave différend devant le ministère, une dépêche télégraphique apportait de Paris le rappel de l'envoyé extraordinaire. La même dépêche disait au général Oudinot : « Tout retard serait désormais funeste à l’approche de la saison des fièvres. La voie des négociations est épuisée. La mission de M. de Lesseps est terminée. Concentrez vos troupes et entrez dans Rome aussitôt que l'attaque vous présentera la presque certitude du succès*... »

Que s’élait-il donc passé en France pour que le langage officiel se fût modifié à ce point’.’ L'approche de la saison des fièvres était certes une raison déterminante mais non pas une raison nouvelle; il eût été facile de la prévoir quinze jours plus lût, loisqu'on rédigeait les instructions de .M. de Lesseps. Ce diplomate avait même eu soin de la réfuter par avance en obtenant pour nos troupes le droit de porter leurs cantonnements sur les coteaux salubres de Frascati et d’Albano, où la noblesse romaine va passer les mois les plus chauds. Le vrai motif de ce changement de politique devait donc se chercher ailleurs que dans

' Le général Oudinot à N. de Lesaepa. (Lettre du 51 mai 181(1.

* Partie de Paris le 20 mai.

iiiÿ.Toiit i:

les variations de l’almaiiacli : il était, tout enlier, dans le elianj;emenl de ta majorité législative. Pendant que M. de Lesseps essayait de tous les moyens pour faire exécuter le vole du 7 mai, r.Vsscmbléc qui l’avait émis disparaissail de la scène, et les élections du lü mai donnaient à la France une Chambre animée d'un tout autre esprit. Quand l'ambassadeur de la Constituante revint à Paris, it trouva l'opinion déchaînée contre elle et contre lui. Peu de joui'S après, un décret déférait l'eXanien de ses actes au conseil d’Klal, dont le rapport devait être publié. Ce tribunal politique, après avoir entendu sa défense, rendit contre lui une sorte de déclaration comme d’abus fondée sur deux faits principaux : 1“ l'opposition absolue entre les instructions de M. de Lesseps et l’application qu'il en avait faite ; 2“ la signature d’une convention cpntraire aux intérêts de la France et à sa dignité'.

Le même rapport réservait en toute équité la bonne foi de notre envoyé extraordinaire, qu’aucun élément de l’affaire ne permettait de révoquer en doute. Sans manquer à la plus stricte justice et sans sacrifier aucune règle de gouvernement, l’insloire peut faire plus large encore la part de l'atténuation et des considérations personnelles. Pourquoi ne le reconnaîtrait on pas aujourd'hui? Dans cet impuissant plénipotentiaire, livré par scs instructions mêmes à d’inextricables embarras et laissé sans nouvelles de son gouvernement pendant toute la durée de sa mission, on est plus tenté de voir une victime qu'un cou-

* Voir à la fin du roltime le rapport de MM. Vivien et Doulny de la Mciirthe.

liK L KXl'hDITION DK KO.MK K.\ I8i!t.

(.'c ii’esl pas absolument la faute de M. de I.esseps s’il avait pris ses pleins pouvoirs au sérieux, et s’il n’avait pas compris f|u’il n’était qu’un diplomate pour gagner du temps. Sa mission en elle-même n’était pas moins hérissée de contradictions et d'impossibités que celle qui avait \alu au général Ondinot l’insnccés du 50 avril. A quoi bon aller à Rome si l’on ne devait iti reconnaitie la République ui l'appeler le Saint-Père? Que répondri' à Mazzini quand il nous prouvait que notre intervention, protectrice en apparence, était mortelle à l'État l'omain, pnisqn’ellc retenait son armée derrière les rempaits pendant que les Autrichiens bombardaient Ifologne et que les Espagnols débarquaient à Tcrracine? t.bie répondre au représentant du Saint-Siège quand il ' nous reprochait de n’avoir affirmé encore par aucun acte les droits du Pape cl le caractère de notre expédition? I.'jcnvoi d'un diplomate à une année en campagne fut presque toujours d'ailleurs une source de malentendus et de conflits. Les représentants en mission de la première République n’avaient au moins qu’une politique : aller à l’ennemi ! Celle de M. de Lesseps avait au contraire pour mot d’ordre : éviter l’ennemi! Se figurc-t-on plus piteuse situation que celle d’un agent civil qui à toute une armée frémissante du désir d’une revanche, à tout un état-major mettant en avant les plus graves raisons de stratégie et de prudence, ne peut opposer que des rédactions entortillées, des arrangements impossibles, des concessions inavouables? Les débats du conseil du guerre, on assistait M. de Lesseps, furent troublés, une fois entre

lIlSTiiinE

autres par de regretta l)les violences. Heureusemeiit pour notre envoyé extraordinaire que son caractère était plus droit que sa mission, et qu’il sut faire preuve, en une situation évidemment sacrifiée, de toutes les qualités qui assurent l’estime à défaut de l’adhésion, et qui vaudinnl de nos jours à l liuropc le succès de renfrcprisc colossale à laquelle son nom restera glorieusement attaché.

« Je ne terminerai pas cet écrit, lui mandait M. de Rayneval , après l’avoir vigoureusement réfuté, sans rendre hommage è votre zèle et à vos intentions, sans vous prier de ne voir dans mon extrême franchise qu’une preuve de confiance en votre caractère, une preuve d’affection déjà ancienne. » .Vjoutons que M. de Lesseps sut se montrer homme de devoir lorsqu’il refusa de livrer aucune pièce de sa mis->ion aux représentanls de la Montagne qui venaient lui demander des armes pour le défendre et pour accahler le gouvernement.

Le plus grave inconvénient pi'ut-éire des fergivei'satious de notre politique, c’était de rendre l’intervention de notre diplomatie, dans les conférences de Gaëte, non moins ineflicace et dillicile que l’intervention de noire armée sous les murs de Home. « Kn vous unissant aux ennemis du l’ape, avait écrit M. de Rayneval à M. de I.i'sseps, vous le rejcltcrez forcément et plus <pie jamais .sons l’influence exclusive de l’-Vutriche. » Pour n’avoir pas osé avouer dès le premier jour le Lut de notre expédition, nous en étions réduits à dissimuler devant l’Assemblée nos engagements de Gaëte et à contredire *à Gaëte nos explications parlementaires. Quatre chargés de

DE L’E\l-ÉUITIO.\ IiE HOME EN 2ir.

pouvoii-s, le duc d’Harcourl et M. de Rayncval, le général Oudinot et M. de Lesseps nous représcnlaicnl en mC'ine temps sur le théâtre des événiernents. Le concert préalable dans le conseil et l’entente parfaite dans l’exécution leur étaient naturellement recommandés en première ligne : or, tandis que les deux premiei-s signaient à (iaëte l'engagement d'associer la France au rélablisst’inent du Pape, le général Oudinot, maître de Civita Vecchia, lançait une proclamation, rédigée par le ministère, où les droits du Pape n’étaient pas même mentionnés, et M. de Lesseps venait exécuter à Rome un vote de blâme contre l’attaque du 30 avril, qui semblait un vote d'adbésûm pour le gouvernement de Mazzini. Il ne faut donc pas trop s’étonner si la cour lomaine hésitait à reporter sui‘ nous toute la conliance que nous disputaient, par desdéclai ations positives et par des services réels, les autres puissances catholiques. Pendant que nous refusions de recevoir à Civita-Vecebia les délégués et môme le drapeau du Saint-Père, pendant que nous garantissions aux Romains dominés parla faction mazzinienne la liberté de se choisir un gouvernement à leur guise, les Autrichiens s’emparaient de llologne et y rétablissaient l’autorité ponliticale, les Napolitains la ramenaient jusqu’aux imi tes de Rome, les Espagnols abordaient à Terracinc aux cris répétés par la population de : Vii’t: Pie IX!

Ce fut le 30 mars, le jour même on la Constituante française était saisie de la question italienne, si compromise à N’ovare, que s’ouvraient les conférences de Gaëtc. Le duc d llarcourt et le comte de Rayncval, pour la

-IIISIOIIIK

haine; le comte Kslciiiazy, pour l'Autiiclje; le comte de Ludorf, pour les Deux-Siciles; M. Martinez do la llosa, poui' rKspa},me,sedéclarèreiilcliargés par leui-s gouveruemeiits l•espcctifs de répondre à l’appel qui leur avait été adressé par le Sainl-l’ère dans son manifeste du 18 février précédent. 11 fut décidé à rnnanimité qu'il y avait lieu de s entendre à quatre sur les moyens les plus prompts de rétablir le pouvoir temporel du Saint-lVue, reconnu comme indispensable au libie et impartial exercice de son pouvoii' spirituel. I.e cardinal Anlonelli, pro-secrétaire d’btat, que nous avions vainement essayé d'écarter de la conférence, non-seulement y assistait, mais en avait la présidence. Par compensation peut-être, M. de Itayneval tut chargé de la rédaction des procès-verbaux, il s'agissait tout d'abord de dresser le plan d’une intervention comnnine dans les Ktats de l’Église, liien de plus aisé que d’y pénétrer, mais à qui eontier le mandat d’aller frapper la République au cœur, c’est-ù-dire à Rome? Il était trop évident que l occujiation de cette ville par les quatre armées combinées ne mettrait lin aux dillicultés existantes que pour en faire surgir de nouvelles, l.'bypotliése de laisser les légations aux Autrichiens, les Marches aux A’apolitains, les provinces du .Nord-Ouest à la France, celle du Sud-Ouest, y compris Rome, à l'Espagne, parut sourire à la majorité. Cette division se présentait en clTet comme naturelle, géographique, et facilitant l’administration des |iays repris à la révolte, parce qu elle respectait les circonscriptions en vigueur. Maison comptait trop vile sans la France, obli-

DE 1/ EXPÉDITION DE ROME EN 18i9. 225

goo, par sa poliliipie séculaire, de ne laisser à aucune autre puissance l'honneur de rouvrir au Pape les portes de la ville éternelle! Nos diplomates se hornérent donc à répondre qu’ils avaient besoin d'en référer à Icnrgouveineinent.

A lu réunion suivante, qui n’eut lieu que quinze jours après, le duc d'ilarcourt, tout en regrettant, disait-il, de n’a\oir reçu aucune instruction sur ce point capital, soutint (pic le plus court et le nicilleur moyen d'en linir serait de laisser la France intervenir seule. I.cs populations en seraient moins blessées, et le gouvernement restauré en éprouverait plus tard moins d'embarras et de reproches. On devine que cette prétention toute française n'avait pas la moindre chance d'étre adoptée. 1,’Autriche se hâta d’objecter que l’apparition de nos soldats sans les siens suflirait pour soulever contre elle toute 1 Italie encore frémissante. M. Martinez de la Rosa s’elTraya, pour le Saint-Père et la catholicité, des exigences politiques que nous ne mam[ucrions pas d’apporter au bout de nos baïonnettes. Enlin le cardinal Antonelli fit remarquer que si la France, autorisée parla conférence à pourvoir seule au rétablissement de l’ordre dans le domaine de l'Église, était cependant obligée de lais.scr prendre à l’Autriche une garantie territoriale, les susceptibilités qu’on voulait ménager ne seraient pas moins soulevées que par la franche et complète action à quatre. Était-il d’ailleurs si naturel, lorsiiue toutes les puissances catholiques était monarchiquement constituées, que l’Église voulût choisir pour unique appui

lllSTOlUE

celle-là sculomenl qui faisait depuis quelques mois IVxpéi ience de la république"?

I> fut au milieu de celte discussion que vint tomber la nouvelle de notre débarquement à Civita-Vecebia. La sui prise, et, nous devons l'avouer, les inquiétudes furent extrêmes. Cette brusque invasion de la France laissait trop deviner à rAutriclic qu’en définitive, c’était contre elle (lu'ou prenait position. « La Fiancé voyait avec douleur, avait écrit M. Drouyn de Lhuys à M. de Larour, notre ambassadeur à Yieuue, que l’Autriche, après avoir acquis une grande inlluence dans la l’éninsule par les victoires remportées sur le Piémont et par l'occupation il'uiie grande partie de la haute Italie, cherchât, comme elle le disait, une nouvelle garantie en occupant l’Étal romain. Par conséquent, on avait résolu d'envoyer un ( orps de troupes à Civila-Vccchia, alin de conserver à la France celle part d'influence qui lui revenait légitimement dans l'arrangement des affaires de j'italie cen- Irale'. »

Ouant au Saint-Père, on conviendra que la perspeclivc de voir scs États, sa souveraineté, son indépendance l'ulure, livrés au bon plaisir d’un gouvernement sorti hier des hasards d'une émeute légitimée par les hasards (lu scrutin, n’était point de nature à le rassurer entièrement. Ce fat lui cependant qui se montra le moins effrayé. Comme notre ambassadeur lui demandait un manifeste puisé dans les inspirations des prcmiei's temps

' UriK,\lio (lu 10 avril 1819.

riK L'EXI'ÊOITIO.N FIE HOME EN I8i!t. -.'-JT

<le son rèj:ne : « Soyez Iranqtiille, aviiil lépoiuln le Saiiit-I’èi e, Pie IX restera Pie IX. Mais ma triste expél'ieiice ne doit-elle servir à rien? Ne l'andra-t-il pas museler la presse, fermer les clubs, comme vous avez été forcé de le faire en France, revoir les inslitutions concédées trop vite, mieux défendre, en un mol, celle autoi ilé spiri- Inelle toujours menacée à travers l’autre, et la seule dont je doive compte au monde catlioli(|ue? » De son passé Pie IX semblait tout accepter sans hésiter, jnsqu’à la consulte. Au delà, c’est-à-dire à partir de la promulgation du Statut, il avouait volontiers qu’il avait cédé aux nécessités du temps. « Le monde, disait-il, parait s’acheminer à grands pas vers l’ère des gouvernements représentatifs. Mais le peuple romain iiouvail-il y être introduit de plain-pied, sans ménagements, sans transition’.' N’élait-ce pas encore une grave question que de savoir si l'ingérence journalière des Chambres dans les affaires de l'État est compatible avec la nature mixte des pouvoirs déférés à la papauté? Sans doute, les laïques devaient être admis à toutes les fonctions, aux ministères, aux délégations, aux préfectures, aux tribunaux qui n’ont pas juridiction ecclésiastique, mais fallait-il se priver d’employer des prêtres quand il s’en rencontrei’ait de capables de bien servir? La secrétairerie d’État, par exemple, qui n'a à traiter avec les autres puissances que des questions ecclésiastiques, pourrait-elle jamais être leinisc aux mains d’un laïque? » Le manifeste n'en fut pas moins promis. On conclut même formellement de donner pour base à cette nouvelle constitution les libertés muiiici|)ales

HISTOlUK

élargies el lo rt'IaWisscnKMit il'iin coiisoil i'-L> lil (imil lü.meinhivs auraient voix (lélil)éralive pour le bndjrel et voix consultative sur tout le reste. I.e gouveriiciuenl ponlilical avait compris, disent les rapports de nos ambassadeurs, qu'en insistant sur cette demando, la Franco n'anicbail point une prétonlioii, mais obéissait à une nécessité.

La conférence se réunit de nouveau le vingt-sept avril. Le pi'ojet de manifeste lui fui lu; il aimom;ait l'envoi d'une commission gouvernemenlale à Home aussilôt que le régime actuel aurait cessé d'exister et pai lail « de recbcrcbcrdans les institutions renversées par les factieux quellesétaieni celles qui pourraient le mieux répondre aux vœux légitimes de la nation. » C'élail, comme on le voit, promettre de maintenir, tout en se réservant de eboisir entre elles, les principales réformes dé'crétées par l’ie IX. 11 fut reconnu en même temps que le Sainl-l'ére ayant nominativement appelé quatre puissances callioliques à son aide, l’initiative prise par une seule d'entre elles ne pouvait empécber les trois autres d'agir à leur tour. Nos plénipotentiaires n'avaient jatnais songé à contester ce principe. Avant que notre ex])édition n'eùl ipiitté le poil de Marseille, le roi de N'aples avait déjà franebi la fiontiére romaine à la tête de quinze mille bommes, et I on n'ignorait pas que le corps autriebien du général M'impfen était entré dans les Romagnes. Les clioses marebaient donc à Gaële dans un bon accord, au moins apparent, quand les premiers actes de notre occupation vinrent réveiller toutes les méfiances et donner prétexte à toutes les

DE LT.\ [‘ÉDITION DE HOME EN 1849, ‘jaD

jalousies. Nos proclainalions ne se Caisaicnt faute, il est Mai, de promcllro l’ordre et la lélicité aux populations romaines, mais s’abstenaient absolument de leur annoncer le rétablissement du pouvoir lépitime. Pc quel droit, dès lors, étions-nous débarqués dans les Étals de l'Église? Que venions-notis y faire? l'ouvait-il nous èlie permis d’occnper rivila-Vccebia à titre de ville conquise? Puis le conlraste, qu’on ne cessait de mettre sous nos yeux, de la conduite de nos alliés des conférences, accusait cln(|ncmment notre silence ou l'ambiguïté de nos déclarations. Kn se présentant devant Pologne, où il enlrait par capitulation après une vaine tentative de résistance, le commamlant des forces autriebiennes avait, dit : « Je viens relever parmi vous, de concert avec le commis-saire de Sa Sainteté, le gouvernement légitime du Saint-Père Pie 1\, renversé par une faction impie, et rétablir la sécurité publique et privée, si gravement compromise jusqu’à ce jour. » Voilà qui s’appelait parler ! « Quelle différence, s’écriait-on, entre ce langage et celui du gouvernement frau(;ais! «Eu tout cas, puisqu’il nous avait convenu de. prendre la parole les prcmiei-s et sans nous être mis d'accord avec le Saint-Père, il ne pouvait convenir au Saint Père de ebereber, par de publiques concessions, à se mettre d’accord avec nous. Le projet de manifeste fut donc retiré cl ajourné jusqu’au moment où la France auiait franchement avoué le motif de son expédition.

nés ce jour, tout fut obstacles et déceptions pour nos représentants à Gaëte. On devine que les débats de la

iiiï.'r(tiuK

'jôit

(ionsülnaiilo du 7 niai cl la mission de M. dp Losspps n'plaieiil point faits pour rien aplanir ni rien apaiser. M. Martinez de la Hosa a\ait demandé, avec le plus vif mécontenleinent, si les conférences ne devaient pas être considérées comme dissoutes. Les prélats de l’entourage du Pape ne parlaient que de prendre un parti extrême contre un système d’intimidation diplomatique appuyé sur des baïonnettes. Les uns lui proposaient de^ se retirei- en Amérique, les antres d’aller restaurer son autorité à lîologne, sons la garde sûre de l’Autrictie. C'en était fait de rinflnence de nos diplomates, et l’insiiccés de notre politique d’atermoiement n’élail pas moins complet à Gaéte qu’à Rome et à Rome qu’à Paris. Forcé de parler à la fois pour l’Assemblée, à qui l’on avait cru devoir promettre de ne point abattre la République romaine ; pour le peuple des Ktals.de l'Église, que l'on voulait assurer contre les abus de l’administration cléricale; et pour les puissances catholiques, avec qui l’on avait décidé purement et simplement la restauration du Saint-Père, le gouvernement fiançais ne laissait pas que de se sentir embarrassé. I.a Constituante l’avait blâmé; les Romains avaient repoussé notre protection à coups de fusil, et Pie IX nous regardant comme suspects, retenait sur ses lèvres, parce que nous étions là pour en prendreacte, des [irmnesses de réformes déjà consenties et formulées. Le triple but assigné à notre expédition : l’indépeudance garantie au chef de l’Kglise, la liberté garantie à ses Ftals, la paix garantie à l’Kurope, tout cela était manqué, faussé, remis en question

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DE L’EXPÉItlTIOX liE RO E EX ISi!>, 2.Î1

par les nô^'ocialioiis de M. de Losseps. Aussi M. de Raynevol, après des prodiges d'Iiabilelé et de lemporisalion, fui- il heureux de répondre un jour aux aceahlaulcs objections de ses eollègucs, en leur mcllanl sous les yeux le rappel de cel agent diplomatique et la listedes députés que la France venait de se donner.

Avec une Assemblée nouvelle, un ministère presque nouveau était arrivé aux affaires. Seulement à des élections extrêmes avait coirespondu un remaniement gouvernemental dans le sens du tiers parti. Depuis longtemps, M. Dai rot se plaignait d'élre trop seul ou lro|) en vue dans le miiiislèrc qu’il présidait. C'était à lui que s’adressaient invariablement les interpellations de tribune comme les invectives de la presse. Toujours attaqué, il était toujours sur la brèche; mais ce rôle, si grand et si glorieux (pi’il fût, lui semblait diflicile à continuer devant une. majorité compo.sée en partie d'hommes nouveaux, et il éprouvait le désir bien naturel de partager la responsabilité du présent avec des collègues qui, tout en lui apportant un précieux rcufoit oratoire, ne fussent point étrangers à son passé parlementaire. On avait pris, trop aisément d’ailleui-s riiabiludc décompter, dans tons les cas difficiles, sur l'appui de sa vieille expérience et de sa renommée libérale. « (jnand le temps se couvre, disait plaisamment M. Drouyn de Lbuys, nous nous réfugions on toute bille .sous notre vaste parapluie defamille!... » l ue autre fois, comme il se plaignait au général Changarnier d’avoir failli être décrété d’accusation pour son ordre du jour à Farinée de Paris après le vole du 7 mai : « Bab !

HISTOIRE

répliquait l’énergique défenseur de l’ordre, il y a plaisir à vous inellre dans l’embarras, vous vous en lirez si bien!... » Cette situation avait fini par déplaire à M. Barrot, qui s’était promis de profiter du scrutin qui allait s’ouvrir, pour se présenter avec d’autres collègues devant la nouvelle Assemblée. C’est ainsi qu’au ministre des afi'aires étrangères du 20 décembre, di'signé pour l’ambassade de Londres, avait succédé M. de Tocqueville; à M. Léon Faucher, M. Dufaurc; à M. Buffet, M. Lanjuinais.

Quant à l’As.semblée législative, sur les sept cent cinquante membres dontelle se composait, plus de cinq cents étaient ardemment et avant tout dévoués à l’ordre, mais les autres appartenaient de cœur à la Bépublique. Dans le camp de l’ordre, les légitimistes dominaient et formaient comme la majorité de la majorité ; dans le camp de la République, les Montagnards écrasaient de leur bruit et de leur influence sur le peuple les quelques amis du général Cavaignac qui avaient échappé à l’ostracisme du scrutin. Dés la seconde .séance, quand on vit se lever à l’extrême gauche une centaine de représentants dont plusieurs affectaient le costume de 93, au cri de Vive la réjmbliijue démocratique et sociale! on put deviner que cette Chambre était destinée à décréter la fin de la République ou à périr elle-même sous un coup d’autorité.

Il était clair, en effet, que la France tiendrait toujours davantage à son existence, insolemment mise en question, qu’au maintien d'une constitution votée depuis

quelques mois. Qui, du Présideiil ou de la majoritt;, allait se faire le représentant énergique et désintéressé du parti de la résistance? L’accord entre ces deux forces, l'une collective et trop probablement divisée contre ellemême, l’autre personnelle et fondée sur un grand nom, pouvait-il durer longtemps? S’il venait à se rompre, laquelle avait la chance de dominer l’autre? Louis-Napoléon valait-il mieux que son passé de prétendant? Le plus grand nombre raftirmaient, quelques-uns ne le croyaient pas. Était-il ambitieux? Bien que les souvenirs toujours rappelés de Strasbourg et de Boulogne ne fussent ni d’un Washington ni d’un la l’ayette, on le disait loyalement rallié à la République. Sa part d’influence dans le gouvernement réduite à peu de chose, il est vrai, était d’ailleurs comptée pour moins encore. Sauf sa lettre au général Oudinot, que tout le parti de l’ordre avait applaudie, on ne savait rien et on ne songeait guère à s’informer de ses intentions ni de ses actes. On ignorait, par exemple, qu’en face d’une Assemblée qu’il tetiait à contenter de suite, le Président de la République avait essayé, comme le président du consiîil, de l’onouvclcr son ministère. Seulement, pendant que M. Rarrot songeait à une combinaison ultra-parlementaire, Louis-Napoléon aurait pensé à se donner un cabinet presque militaire sous la main du maréchal Bugeaud, et dans lequel plusieurs places eussent été réservées aux amis de M. de Falloux. liC rare (’iclat de courage et d’éloquence qui avait rejailli sur ce nom dans les derniers orages de la Constituante, ne permettait pas d’essayer d’une combinaison où il n’aurait

IIISTOIIIE

|i;is Mills le duc d isly, qui poisistail à voir dans

riioiiutMc popularilé do M. Barrot le plus sûr Bouclier do la sociôlé inenacêe, n’avait voulu sc prêter à aucune ouverture. l'e sou côté, le jeune minisire de rinstrnetion puldique et des cultes ayant répondu qu'il ne se sou* riait pas d’être le l'oligiiac de nouvelles journées de juin ou de juillel, il fallut renoncer à former le cabinet de la majorité du 1 ô mai. Bês lors M. Odilon Barrot resta maitre de rcudi e le sien à la fois plus honiogèue dans le conseil et plus fort à la tribune. C esI dans ce double but, comme nous l’avons expliiiuê. qu’avait eu lieu l'adjonction de trois de ses amis, boiumes de talent, d'expérienci* et de haute probité.

Mais il faut recouuaiire que ces nouveaux venus n'apportaient aucun renfort à la cause de l’intervention en faveur du Pape. M. de Tocqueville, nolainmenî, chargé du portefeuille des aniiires étrangères, s’y montrait plus opposé (|ue favorable. Sans préjuger cette question de politique religieuse par aucun parti pris indigne de son grand esprit, riiistoricu de la démocratie rép\ignait à l’emploi de la force contre une application même erronée et coupable du principe de la souveraineté populaiic. Désigné pour représenter la France dans ces conférences de Bnixellcs qui ne parvinrent pas à se réunir, M. de Tocqueville s’était pré|)aré à y défendre la cause du Piémont et avait probablement étudié sous cette préoccupation les récents événements de la Péninsule. Pour lui faire accepter les faits accomplis du cédé de Rome, il ne fallut rien moins que son extrême désir de mainte-

Il R LKXPÊliITlON DE HOME EN 1819.

nir l'unité du caliinct, puis rinfluencc biontél olliriellide la vieille amitié de >1. deCorcelles.

Ce- l'ut en effet cet ancien plénipoleiitiaire du général Cavaignac auprès de Pie IX qui fut chargé d aller mettre lin à celte dillicile question, déjà manquée par nos armes et par notre diplomatie. Cette fois, il ne s'agis,sait plus, comme au mois de novembre, de sauvegarder seulement la .sécurité personnelle du souveiain pontife; ni, comme aprè< le vote du 7 mai, de traiter avec le triumvirat et les populations : il n'y avait plus, au contraire, qu'à rejeter tout moyen terme et à déclarer que nolit* but était de rendre au Saint-Père sa pleine souveraineté. Le 5 juin, M. deCorcelles quittaitPai ismuni des pouvoirs secrets les plus éleiuhis pour régler soit la capitulation de Rome, soit le gouvernement provisoiie de la ville conquise, soit les conditions de la rentrée du Pape. A peine arrivé au camp, il débuta par demander de son chef un renfort de cinq mille hommes qui furent rendus en cim| jours.

Malgré rariuistice, le temps écoulé depuis le 30 avril n’avait pas été entièrement perdu pour le développement de nos ojiéralions militaires. Le quartier général n'était. plus à Palo, mais a la villa Santucci, située à quinze cents mètres des remparts. Rome éhdt complètement investie. Les routes d’Ancène, de Florence, d'Alhano, étaient coupées par nos troupes. Les dcn.v rives du Tibre, reliées à Santa Passera par un pont de bateaux, nous livraient le cours du fleuve jusqu'à la mer, qui était ainsi fermée aux assiégés. Un redan fortifié, assez vaste pour contenir tout un bataillon, assurait contre

HISTOIRE

toute surprise notre établissement sur ce point. Entre la villa Santucci et le pont de bateaux avait été installé le parc de siège ; mais il était loin d'étre armé comme il aurait dû l’étrc. On ne voudrait pas croire, si les étals officiels n'en faisaient foi, que jusqu’au 9 juin nos artilleurs n’eurent à leur disposition que quatre canons de ‘ii, six de lü, quatre obusiers et quatre mortiers de vingtdeux centimètres*. Ouolques pièces de gros calibre furent bientôt envoyées, mais elles arrivèrent sans leui's affûts, ([u'il fallut attendre jusqu’aux derniers joui-s de la trancliée. Et cependant nos arsenaux faisaient de leur mieux pour parer aux exigences de ce siège inattendu, et la marine à vapeur préludait par son activité aux grands services qu’elle devait rendre quelques années après dans les campagnes de Crimée et de Lombaidie. Évidemment M. Tbiers n’avait pas eu tort de prétendre que nous n'étions pas prêts pour la grande guerre!

Nos soldats ne se montraient pas moins dignes de la faire et nos généraux de la commander. Le 30 mai, loi-sque l'armistice fut dénoncé, notre armée se composait de trois divisions sous les généraux Régnault de Saint- Jean-d’Angély, de Rostolan et Guesvillers, formant un effectif de vingt-deux à vingt-trois mille boinmes. Elle décrivait, à l’ouest de la ville, un arc de cercle allant du Monte Mario à la basilique Saint-Paul. Le Monte Mario,

• Le plus <rrand nombre de pièces que nous ayons pu incUre en batterie, ci cela seulcnieril dans Ica derniers jours du de liuil canons de

vingl-quîitre, dix-lniit de seize, quatre obusioi'S de vingt-deux ccidiinètres et quatorze mortiers; en tout qiinrnnte^ix bouches k feu. La place disp^^ait de cent dix-neuf pièces bien montées et ndmïrablomcnt servies.

DE I/EXPfiDITION DE ROME EN 1849. 257

siliK .m inti'dilii \ ;ilir:iii, o.sl un des points les plus élevés (le ecUe série de coteaux qui courent sur la rive droite du Tiltre, les uns hors des remparts, comme le Monte Mario, le Monte Verdc et Santa Passera ; les autres en dedans, comme le Janicule et le Vatican. Celle forte position avait été occupée par notre aile gauche, aussihM que tout csj(oir d’arrangement pacifique s’élail évanoui'. Elle interceptait de là aux assiégés le Ponte Molle elles deux chemins (|ui ahouliss(Mil, par la droite et la gauche du Tibre, à la porte Angelica et à la porte du Peuple. En outre, les deux régiments de la brigade Sauvan avaient été jetés en éclairc'urs jusqu’à A([iia Traversa pour surveiller les roules d'Ancône et de Florence, par où l'armée autrichienne aurait pu sc montrer’. Le centre, où se trouvait la villa Sanlucci, était établi sur le .Monte A'erde et faisait face à l'enceinte haslionnéc depuis les murs de cliMure de la villa Pamphili jusqu’à la porte Porlt'sc. La droite tenait le passage du Tibre à Santa Passera, et, retranchée sur la rive gauche dans la basiliiiue Saint-Paul, mena(,'ait la porte du même nom.

Dans un conseil de guerre où assistaient les généraux Vaillant et Thiry, il avait été décidé que la ville serait attaquée par le côté de la rive droite du Tibre. Celle résolution, conli aire en apparence à rinlérèl des assiégeants, a eu de nombreux et compéti'nts délraclcurs. L’impa-

’ Voir picce* le rn|jj>oi l du général Oudinol au nilni>lre Je la guerre, du 51 inui. •

* Voir â la fin du vulunie la lellre du general Uudinot au grnéral aulriclncii.

IIISTOIKE

'iôS

ü('nc« françcTisc, quia pris rhahitudo d’ètre vile .■ei>ie, surtout en fait de suci'ès militaires, lui a attribué la longueur inattendue de la résistance. 11 est probable en effet que le siège eût fini plus tôt si nous eussions dressi'* nos baltcries sur l’autre rive du Tibre; mais les motifs qui ont déterminé le choix du point d’attaque honoreiil trop liautcment notre armée et notre politique pour que nous r egardions comme inutile de les rappeler.

Rome ne mérite pas assurément d'èti c comptée comme place forte, mais n’est pas non plus une ville ouverte. Outre les avantages qu’assuieirt à la défense ses collines intérieures, qui se commandent les unes les autres <-omme des forteresses naturelles, elle est entourée d’une ligne fortifiée qui ne comprend pas moins de vingt-trois kilomètres de développement, dont quinze à seize sur la rive gauche, qui sont attribués à rompeieur .\urélicn, et sept à huit d’un tracé moderne, comme nous l’avons déjà dit, qui enveloppent le cbàteau Saint-Ange, le Vatican et le Transtevère. L’enceinte aurélienne consiste en un mur de dix à quatorze mètres de hauteur sur un à trois mètres d’épaisseur, flanqué de tours formant saillies et séparées entre elles par des intervalles égaux d’une trentaine de pas. l'ne route de ceinture qui contourne les fortifications à l’extérieur est limitée d’un côté an pied du rempart, de l’autre à des propriétés particulières dont les murs de clôture forment une contrescarpe continue. A l’intérieur, outre des étages d’arceaux dont les voûtes offrent d’excellents abris, les assiégés avaient appliqué des échafaudages soutenant un chemin de ronde

<*ii cliarpcnlc, cl couronné le tlcssus du mur avec un parapet de sacs à terre. De distance en distance, et |»articulièremont près des portes, des embrasures et des épaulemcnts étaient prépaiés pour recevoir l arlillerie. Au 'dehors, les arbres, les maisons, tout ce qui pouvait gêner les feux de la place ou fournir des abiis à l’assiégeant, avait été abattu. .\u dedans, les bâtiments lt;s plus rapprocliés du mur de masque avaient été percés de ineurtriéres et crénelées. Des barricadess élevaient <lans toutes les rues, sous la direction aussi intelligente qu’e.\altée d’aventuriers qui avaient pratiqué cetfe triste guerre dans plusieurs capitales do l'Kurope, et qui s’étaient juré d illustrer la défense de Home par la ruine de ses monuments.

Les mêmes dispositions avaient été prises sur la rive droite. Mais de ce côté, Rome présente à l'agresseur un front redoutable; car l’enceinte aurélienne et l’enceinte moderne forment un double reti'ancbement autour du Janicule qui domine de haut toutes les collines de la ville et du dehors. C'est cependant en face de celte position fortifiée par la nature et par l’art que notre génie vint creuser scs tranebées cl dresser ses batteries. Sans doute notre armée, dépourvue du matériel d’artillerie et des appiovisionnemcnls nécessaires pour un siège, était-condamnée à ne pas s’éloigner du cours du lleuve, afin de restei' en communication avec la mer; mais celle raison n’était pas déterminante pour la direction à donner au siège, car il ne semblait pas plus diflicilc de se gai'der sur la rive dmilt* en attaquant par la rive gauche (ju il

HISÏOIKE

ne le IVil lie se yonler sur la rive ^auclie ui aila(|uaiil jiai la rive droite. La brèche eût été bienhM ouverte et l’assaut promptement donné entre deux tours. Mais la brèche une fois franchie, nos troupes auraient dû s’emparer de chaque maison, de chaque jardin, de chaque place, marcher de barricade en barricade j\isqu'au ceiiln* de la ville, commencer eu un mot une alfreuse série de combats de rues qui exaspère le soldat et qui eût exposé Home à toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut. Kn outre, qui pouvait répondre que cette partie de la ville nne'fois conquise, on n’allait pas se trouver forcé de passer le Tibre, dont les pouls auraient élé coupés, eu face de l'armée romaine retranchée dans les fortes positions de la rive droite'.'

On préféra se rendre maiire de la ville par une attaque marchant pied à pied, ne livrant rien an hasard, concentrant tons ses elforts sur un seid poini, le plus diflicile à prendre, il est vrai, mais ipii, une fois pris, rendait parlent ailleurs la prolongation de la résistance impossible. Oc iminl ne pouvait être que la colline du Jaiiicule, qui s’élève de ccnl quai ante-neuf pieds au-dessus du Capitole, et (|ui, par le contre-fort de San Pietro in Moiitorio, pénétre au cœur même de la place. Il fut donc irrévocablement arrêté sur le rapport du général Vaillant:

1 “ Qu’on pénétrerait dans l’enceinte baslionnée du Janieule par le front qui forme saillie entre les portes l’orlèse et Saint-l’ancracc ;

2 ' Qu'on gagnerait ensuite, par un mouvement de con-

FŒ L'EXI'l-nmO.\ LE ROME EN 18W. 241

vei-siitii à gauclio, le poiiil où l’enceinle Auivlieinio va se souder à l'cnceinle moderne, près de la porto Saint-Panerace, et qu'on occuperait de suite le contre-rort de San Pieti u in Monturio;

5‘ (ju’une lois notre arlillci ie étahlie dans cette position dominante, on attendrait les résolutions ultérieures de la défense.

Aucun fait d'ai mcs, aucun succès, si brillant et rapide qu'il fût, ne vaudrait, pour l’Iionneur de notre drapeau, une telle délibération prise en face d'un ennemi acbarné et |)oursuivie avec une héroï(iue patience pendant vingtsix jours de travaux et de combats. Attaquer une ville par le seul côté d'où elle peut se défendre, et cela parce que cette ville s'appelle Rome et qu’on veut ménagei' .sa population innocente et ses monuments où vil nristoirc; subir un retard dans la victoire pour la rendre moins dommageable à l'assiégé; sacrifier son sang et la gloire d'un prompt succès aux plus délicates susceptibilités de la civilisation cl de rinimanité ; nous ne craignons pas de le dire, et le monde entier le reconnut aloi's, cela ne pouvait s’attendre que d’une armée française' !

be fut dans la nuit du 4 au 5 juin que la tranchée fut ouverte par les travailleui-s du génie à environ trois cents mètres des bastions G et 7, situés entre les portes Portèse et Saint-Pancrace, en numérotant les bastions à partir de la première de ces deux portes. Une première pa-

* Vi>ir îuix pîcCÉS j usliticalivcw 1.1 Icltrp du céni'nil Vuillanl au luiniatrc do la puerre annonçant cotte délerininalion

mSTÛMlK

•Jri

i-allèlc fut tracée et creusée sans (|ue rennemi se fût douté (le rien. Le lendemain, nne fausse attaque dirigée de l'église de Saint-Pancrace, oii nous avions un poste, l ontre la porte du même nom, continua à donner le change aux assiégés, qui ne s'aperçurent qu’au jour naissant du progrès (hi nos travaux. Leurs batteries de Saint- Alexis et du mont T(*staccio, situi-es sur la rive gauche du neuve, tournèrent dès lors leurs feux de ce côté, et ne cessèrent jus(|u’à la reddition de la place de contrarier nos approches.

Sans le hardi coup de main qui avait livré, deux jours avant, la villa Painphili à la brigade Levaillant, ces opérations n’auraient pu être entamées, cl le siège aurait dû prendre une autre direction. Assise sur nn plateau qui se relie à la ville par une série de bâtiments et de murs crénelés, la villa Pamphili, quoique située hors du corps de la place, l'orme un véritable ouvrage avancé d’où l’ennemi eût doliiiné nos tranchées dans tout le parcours de la porte Cavalh'gieri à la porte Saint-Pancrace. Cette importante position avait été enlevée presque sans résistance dans la matinée du .â juin : mais il n’en fut pas de même des villas Valcnlini et Corsini, qui sont à portée de canon des rem- ' parts. Ouatre fois prises et perdues sous un feu meurtrier ijiii venait lanlôt de la ville et tantôt de nos batteries, idles finirent par être abandonnées comme inhabitables par les deux partis. A la lin de cette jourm'‘e, les assi('*gés ne pos^sédaienl plus en dehors d(‘S murs que le Vascello ou villa llimid, grande bâtisse à trois étages, située sous la porte Saint-Pancrace, et nous occupions irrévocable-

liK I/KXPKDITION ItE HOME E.\ iir.

iiiiMif la villa Pamphili, qui avait (’*té jusqu’alors ou leur pouvoir'.

(-0 résultat, qui diminuait si nolablomont les l'orees de la résistance cl qui permettait à ratliiquo de se déployer lilu-ement sur le terrain qu’elle avait choisi, u'eu fut pas moins célébré à Rome comme une victoire. Garibaldi se vanta dans son Inilletin de nous avoir battus ; « b’eut:eiui, dit-il, dut s’enfuir à grande course de la villa (lorsini après y avoir mis le feu... Tout le jour le combat fut soutenu avec acbarneuïcnt et toujours avec avantage par les néires, qui purent repousser l’ennemi bien au delà de la villa Corsini... L’ennemi fut battu sur tous les points. I>>s mMres, et spécialement les bei’sagliei's dcManai-a et la légion italienne, le chargèrent plusieurs fois poitrine contre poitrine*. » La vérité est que, dans celle chaude journée où tout le monde fil vaillamment son devoir, Garibaldi se montra non moins brave soldat que pitoyable général. Au lieu de se porter avec une masse respectable sur un seul point stratégique où le succès eût été possible, il envoya son armée se faire battre en détail, vingt hommes par vingt hommes, sur tous les points où nos soldats se montraient. C’est ainsi que ce chef rie bandes acheta par des perles énormes quelques avantages d’un instant et qu’en définitive il perdit la journée. Les vrais

* Yüir nui puVes le rapport «lu général Omlinol sur ce fait d’armoî^.

* « L*aiiiglieria fiilminô Villa Corsini a «egno ebo il nemico dovclo fu<rtrir- 9CDC a gran cor*a dopo avervi pojsto il fuoco .. TuUo il giorno dui’O il lomkilttinenlo acctiiiili'^simü soinpre cou Yanl/iggio ilei iioslri, che |M»tcr:mo iin- 4-he unn accunda voila caricnre il nemico fin ollrc villa Cortini... H nemico In Iwltulo su luUi i piitiii. l noslri c spccialineiile i ber^aglieri* Manarn et i* gione itniiana andarono pin voila a caricarc peltn a pello il norniL >. a

iiisïuiiti-:

‘iiî

inililiiiros do la garnison, dd|dorant rinsnflisain o do (i.il ibaldi jiour une guci re de ce genre et contre des soldats comnie 11*8 nôtres, regrettaient tout haut que le général en clief Itoselli, qui passait pour plus capable, ne fût pas écouté plutôt que le laineux condottieri.

Assuré désormais de n’ôtre pas inquiété sur la gauche de ses travaux, le génie poursuivait chaque nuit son œuvre patiente et sûre. Dés le 12 juin, nos cheminements étaient poussés jusqu'à soixante mètres des n-mparts, et six batteries de brèclie étaient prèles à ouvrir le feu. Avant d’en venir à e^tle extrémité, le général Oudinot adressa cette noble lettre au président de l’Assemblée romaine : « Nous ne venions pas vous apjMuler la guerre; nous venions alTermir chez vous l’ordre et la liberté. Les intentions de notre gouvernement ont été méconnues. Les travaux de siège nous ont amené devant vos remparts. Jusiiu'à présent nous n’avons voulu répondre qu'à de rares intervalles au feu de vos batteries. Nous louchons à l’inslanl suprême où les nécessités de la guerre éclatent en terribles calamités. Lvitez-les à une cité remplie de tant de glorieux souvenirs. Si vous persistez à nous repousser, à vous seul appartiendra la responsabilité d’irréparables désastres... » Le président Gallctti se contenta de répondre que la République romaine ne considérant pas comme légalement arrivé à son terme l’armistice de quinze jours consenti par M. de Lesseps, se défendi-ait à outrance contre une attaque faite en violation du droit des gens. L’esprit formaliste et subtil du chef de la République se reconnaissait dans cette

DE L'EXPÉDITION DE liOME EN 18i0. 215

réj)onse. A (jiii espûrait-on persuader qu'une convenlion eonclue avec un agent diplomaliciuc désavoué pour avoir outrepassé ses pouvoirs, devait survivre à la nolilicatioii ofiicielle de ce désaveu?

Il n'y avait plus à hésiter : ce jour-là iiiénie notre artillerie se mit à battre la place. Une deuxième et une troisième parallèle, habilement reliées entre elles par des boyaux exécutés tantôt à la sape pleine, tantôt à la sape volante, ne taidèrcnl pas à amener nos travailleurs an |)ied de l’escarpe. Aussitôt, nue batterie de cinq pièces fut dressée pour prendre d'écbarpe les défenses de la porte. Saint-Pancrace cl du Vascello (jui nous faisaient le plus de mal. Le H) au matin, le tir en brèche commençait contre la courtine 0-7 et les deux bastions adjacents. Les trois brèches ayant été jugées praticables, au bout de quarante-huit heures, l'assaut fut décidé pour la nuit du 21 au 22. Les colonnes d’allaque, composées chacune de deux compagnies d'élite et d'une brigade de sapeurs, furent disposées le soir dans les chemi- ' nements à proximité des ouvertures par où elles devaient monter. A onze heures le signal était donné, ^’os soldats, dont les travaux d'approche touchaient littéralement aux remparts, enlevèrent de leur premier élan les sentinelles, les avant-postes et les logements intérieurs (|u'oii avait fortifié-s pour protéger les bastions menacés. Kn moins d'une dcmi-lieurc ils étaient maîtres de tout le front 6-7, qu'ils avaient attaqué. Ce fut d'ailleurs moins un assaut qu’un simple relèvement de garde dans les divers postes occupés par les Ilomains. Ueux ci, sni pris

msTOluh;

pendant leur sommeil, atterrés devant un ennemi qui sortait réellement de dessous terre, ne surent que prendre la fuite en c riant à la trahison. Pas un coup de^ fusil ne fut tiré, pas une goutte de sang répandue. Le second hataillon du régiment de VVnione, qui gardait les remparts cette nuil-là, n’essaya pas un seul moment de* défendre ses positions, l'n lieutenant-colonel Rossi, qui revenait de faire sa ronde du ec'ité de la porte Portése, arrêté prés de la brèche par le Qui rire? d'une sentinelle, crut avoir affaire à l’un des soldats qu'il avait laissés là peu d instants avant, et s'approchait sans défiance pour lui donner le mol d’ordre de la place, lorsqu’il se vil entoure'et fait prisonnier. ‘

Grâce à cette panique de la garnison, qui n’osa pas levenir immédiatement sur nous, et malgré le feu tn-svif de l’artillerie du Montorio, qui nous forcèrent à abandonner le bastion G, le génie parvint à consolider notre établissement sur la brèche. Dés la nuit suivante, une batterie de quatre pièces, couronnant la courtinedont nous restions maitres, ouvrait le feu sur le bastion U* S, que battait sur son Hanc gauche d’autres pièces dressées au jded du saillant du bastion n' 7. En mêmetemps, cl suivant le plan adopté en conseil de guerre le 50 mai, une quatrième parallèle conduisait lentement nos hommes vei-s le point, ou l’enceinte auréliemie vient se souder à la première enceinte. Celte fois, ce n’était pas sans une vive résistance, sinon de toute l’armée assiégée,

' l.o> iciilinellos in iiniio^ avaiLMU |ni'- li* hattt’! cl \ù qtti vfve? 5( n frîin«;ai«pv.

UE LEXI’ÉÜITIO.N DE ROME EN 1S19. ‘i47

qui était visiblement démoralisée depuis notre assaut du 22, du moins de son artillerie, à qui doit rester sans conteste r honneur de la défense de Rome. Servie ave( autant d'habileté que de courage, elle sut utiliser jusqu'au dernier nroment toutes ses pièces, et lira certainemeul trois fois autant que nous.

Quoi qu’en aient dit les historiens italiens, et malgré la protestation mensongère dictée parMazzini à quelques consuls étrangers, qui n’osaient pas sortir de chez eux pour aller vèrilicr les faits, il est incontestable que la ville ne fut point bombardée. Si nous en avions agi avec elle comme Victor-Emmanuel venait d'en agir avec Gènes et les Autrichiens avec Bologne, nul eloulc que l'ennemi ii'ei'il pas tenu vingt-quatre heures après notre premier succès'. En tout cas, il n’eût certainement pas fallu huit jours pour passer du bastion n° 7 au bastion n" 8. Mais on poussa peut-être jusqu'à l'abus un système de ménagement qui consistait à épargner les monuments de Rome au détriment de nos soldats. Le Vascfllo, ou villa Giraud, qui écrasa sous ses décombres une partie de scs

• Il faut lire dans les journaux rôpiililicains île ce Icnipa le r&il de» horreur» vraies ou prélendtie» commises le 10 avril I8i9 |H»r les l'ieiuoiUuis dan» les faubouiRS de (Ic'nes. Ce qui nous pan.il plus curieux à relever, ce sont le» termes dans lesquels l*or);auc oliicicl de Turin annonçait cette révolte, a Bien qu il nous soit douloureux de pailer de nos discordes inlcslines, disait la Caiwlta piemontene du 7 avril 1819, nous allons informer nos lecteur» de ir que nous avons appris sur les derniers événements de tiôncs. Vue jiensee nous console, c’esi que l'eut liousiasine des insurgés n’a pas son loyer dans la population génoise, mais bien dans une poignée d'acniluriers de tous les p iys qui infestent cette ville et qui, par la violence, cherchenl à inlimider les citoyens honnêtes, et à les contraindre h s'associer à leurs crimineh desseins. » Ne croirait-on pas lire quelque discours d'un de nos luiuislres de 1819 parlant de l'ex|ûditioii lie llonie?

St8 IIISTOIIIE

valeureux iléreiiseuis; la villa Savorelli , où (laribiildi avait son (luartier général; l'église de San Pietro in Montnrio, d'où rarlilleric romaine foudroyait nos batteries sur les reiu|iarts ; le palais Coi-sini et quelques maisons adjacentes, furent les seuls points maltraités par nos pnv jectiles.

ba brèche étant enfin ouverte dans le liane gauche du bastion n" 8, l'assaut fut donné pendant la nuit du 2'J au yiO juin. Trois compagnies du 50'“' et trente sapeurs, sous le commandement d’un chef de bataillon, y pénétrèrent par une ouverture juste assez large pour laisser passer deux hommes de front. Les assiégés, eutérmés dans un petit casino octogonal voisin du bastion, liraient à coup .sûr dans cet étroit délité, où tondjèrenl tour à tour le clicf de bataillon Lefebvre et le commandant du génie Durlort. Nos hommes ne frandiirent pas moins la brèche; mais une fois de l’autre côté, au lieu d’appuyer sur la gauche pour gagner vers la porte Saint- Pancrace, ils sc jetèrent à droite dans une tranchée creusée par les Romains qui icmontait en zig-zag jusqu’aux batteries du Montorio. Inc colonne de soutien, débouchant alois des Ingcmenls du bastion n“ 7, enleva . une à une toutes les positions occupées par l'ennemi, soit en avant de la gorge de ce bastion, soit le long de la courtine 7-8, franchit le mur aurélicn, rejoignit la 1" colonne dans la tranchée ennemie, et revint cerner les Loudvards, qui se défendaient héroïquement dans le bastion n° 8. Lettc affaire, qui fut la plus chaude de tout le siège, uouscoùtaen toutunolficier ettlix-huil soldaislués

1>E LEXI'finiTION DE DOME EN 18411.

sur place, sept ol'ficiers et qualrc-viiigl-dix soldats blessés.

La seconde enceinte du Janiculc étant ainsi forcée ou tournée, et les batteries de Saint- Alexis cl du Monlorio ayant été contraintes au silence, toute résistance devenait inutile. Hans la journée du 50 juin, l ennenii cessa son feu et proposa d'entrer en accoinmodcnicnts avec les Fran- <;ais. C’est par là qu’on cul commencé, il y avait juste deux mois, si la volonté de la garde nationale, de deux des triumvirs, de la population presque entière, avait pu prévaloir sur la résolution de Mazzini servie par l’audace de Caribaldi.

CIIM'irilE VI

lieniicrs jour? de la Rrpul>lit|iie romaine. — Étal de Rome cl de* pr»>vime>

— Une luis Ih brt'cho couronnée de no> canons, la ville ne |M»uvfiit plus êln*sauvée. — Mazzini veut cuiilrtuior la résislancc pour inlliger à Vamn'e française la honte de détruire le* monuments de Rome. — DilTérenib entre (iarihaldi cl Hoselli. général en chef en remplacement d'Avezzana. — l.cttre de Mnzzini au ctiel' d’élal-inajnr Manara. dans laquelle le dicUteur prend parti pour Rosclli. — Devant l'anarchie déchaînée dans le* i*uesel les menaces de iMmbanieinenl, l’AssCinhlée se décide k traiter. ■— M. de

' Goifellc use de scs pleins pouvoirs ptuir repousser ton! projet de cnpitii> l:Ubn. La municipalité rend la ville aaiis conditions. — l.e 3 jiiillol I armée française entre à Home. — Accueil de la (>opulatiun. ~ l.irciuiemcnt et réorganisation de Tannée romaine, qui neconqiinil pas moins de dix-neuf mille cinq cents hommes. Vue partie reste au service du nouveau gouvernement.— l.e -général de Rnslolan nommé pouverncnr deRome. — Désarmement général. — La Constituante et les cercles politiques sont rcrmé*. — Le peuple détruit lui-méme les l>nrricades qiTil devait défendre. — Fxli'éme modération de Taiilorilé française vis-à-vis des pei sonnages lespluscomprunits. — Le consul anglais, M. Kreeborn. — Le colonel du génie Me! envoyé à Rome dès le 1” juillet pour remettre au Pape les clefs de la ville

— Lettre du Pape au général Oudiool. ~ l.e drapeau pontifical osl relevé et Taiitorité légitime <lu Saini-Αère rétablie. — Le 15 juillet. Te Drinn à Saint-Pierre. — Enthousiasme des Romains. — Proclamation du Pape.

intcrpellulion.s de M. .Vrnaud [de TArtége] sur les affaires de Home, le fi nodl. — P.éponsc de M. de Tocqueville. — Discours de M. Jules Favre

— Réponse de M. de Faliuux. — L'ordre du jour pur et simple est volé par P2S voix contre 17fi.

Dilficultés croissantes à Gaétc et à Rome.— Le Pape confie le gouvcrnerocnl de ses États à une commission de trois cardinaux. — Manifeste de ce gouvcniciiient provisoire, quiiiiécontento l'armée Ira nç^u«e en metUnt>c.s services sur la même ligne que ceux des aut^e^ pui>sances ctlholiquc*. — Motifs de cett(

HISTOIRE l»E l/EXI'finiTlO.V OE ROME E.\

iujuslicc. — Le pt'néral Oudinol se rend à Gaête cl supplie le f’apc de rentrer dans sa capitale. — Baisons qu'on opposait à ce relour. — Le Bupe lui promet de venir à (^lcl~(jaiidolpho au milieu de l'arni^e rronçaiM;. — Les premières mesures prises par la commissidn provisoire siisciiciil le niécoiUciUenient de» Uomain-i et du pmivcrnemeni fraiivais. — M. de T<jet|iieville écrit au {général Oiidinot de ne pas oublier que nous »Hion> des ronseillers ayant ré(>«V au cdlé. — Embiirms du «énéral en chef aux prises arec les tendance» ré^iclionnoircs du parti que nous avions dédivré de l’oppression révolutionnaire. — Il essaye de retenir, pour raiitorilé française, In direction <le la |M)lice. — Gonseil rie censure cr»'é |»ar les *trois cirdiiiaux, pour examiner la conduite des divers employé» publics depuis le 16 novrunbre IS48. — Nombreux émi;:rés de< États romains — Mauvais cflel de celle mesure eu France et en Europe. — (,e général Oiidiiiot e>l nippelé. — Honneurs qui lui sont rendus avant son •téporl p.vr la municipalité romaine. ~ Itappiirl d’iinn commission d’artistes et de savants sur les déyats occasionnés par le siéjre. •

Les derniers jours de la République romaine lureiil agités et mornes comme l’avaient été les premiers. Les illusions s’en étaient allées l’une après l'aulre. On ne |)Ouvait plus complcr ni sur les engagemenls de M. de l.esseps, ni sur le triomphe de l’insurrection à Paris, ni sur l'épée d’un nouveau Camille forçant les Gaulois à lever le siège du Capitole. Cliacun sentail venir la fin d’un régime impossible et condamné par l’Europe. Seul, M. Mazzini, qui avait voulu commencer la guerre contre toute raison, voulut la prolonger contre tout espoir.

Jamais le nom de République ne reçut en face un plus insolent démenti ; jamais un peuple, un gouvernemcnl, une ville ne furent plus absolument livrés à la passion d’jin seul homme. Une fois nos soldats établis sur les remparts, il était visible qu’aucun elTort ne les en délogerait, et que la place n’avait plus qu’à se rendre, (lette opinion n’était pas' seulement celle des habilanls menacés des horreurs d’uii bombardement, elle étail

IIISTOIRK

aussi celle de ranuêe qui so hallail pour les triumvirs. « (Juc Dieu pardonne, a écrit un brave qui a donné son sang et la vie de ses meilleurs amis à la défense de Rome, que' Dieu pardonne à ceux qui furent cause de ce carnage inutile! Ils ont d'autant plus besoin du pardon de Dieu que, convaincus par l’attestation des plus intrépides militaires de l'inefficacité de toute résistance, ils s’obstinèrent à la continuer contre toute conscience et toute humanité, pour le seul orgueil de pouvoir dire : u'avons futs mlé. Je sais bien que

le vulgaire applaudit et appelle gloire de l’Italie eette détermination de gens qui, loin de tout danger, tranquilles sur leur siège et munis de saul’s-conduits, ne s’exposaient après tout qu’à partir pour aller reprendre les habitudes de leur riche exil. (// ecmsueto a(jiatissimo es’üio.\ Et je sais aussi que pour célébrer ceux-là, on oubliera bientét jusiju’aiix noms de ceux qui ont noblement sacrifié leur vie à leur devoir'. »

Le rêve do Mazzini était, en elTet, de recommencer Saragosseet d’infliger aux armes françaises la honte qui revient dans l'histoire aux saccageurs de Rome, depuis Totila jusqu’au connétable de Bourbon. Rien n’avait été épargné pour exalter les courages. Les nouvelles les plus ridicules, les proclamations les plus insensées se succédaient sans interruption; tantôt c’étaient d’alfreuses maladies qui décimaient notre camp, tantôt l’Angleterre

' I ivliiiilari ed i bersaylieri lombanii. (p. n.V. Voir li- iinlipii .!<• Il joiinuV ilii ô<l juin aiu pièce' juslificaltTe?.

iiK i;k\pki)Itio.\ hk iu.mk k.n imü».

ail'.

(|iii ciivoviiil il l’.u isdcs noies inenaçaiiles, lunlôl la lloUt* lies Liais Luis nui vcnail l'aire la loi dans la Méditerranée. l u décret ol'liciel osait dire à un peuple qui ii'a pas besoin d’être provoqué à la guerre au couteau que la férocité est un droit et inéine un devoir de la nature. Un autre recommandait aux femmes romaines d entasser dos pierres dans leurs maisons, « pierres inexorables, disait-on, pierres précieuses si elles frappent quelque séide de la tyiannie. » 'faut de supercluuies et de violences de la part du gouvernement sufliraient peut-être à prouver que le sentiment public ne se prêtait pas de lui-même à 1 idée de combattre les Fraiu;ais.

Les bistoriens italiens se montrent avares de détails sur le régime intérieur de Rome pendant la période du siège. Nous surprenons cependant une séance de la Constituante du 6 juin, où le député Hlopanti se plaint qu il n y ail guère que cinquante hommes travaillant aux barricades, tandis que cinq cents ou mille ne seraient pas de Irop^ ün convenait en même temps que les volontaires, pour la défense des rues et des maisons, Jic se hâtaient pas d’accourir, et que, malgré la fougueuse éloquence des prédicateurs de carrefours nommés par 1 As.semblée, les listes d’enrôlement restaient en l)lanc au pied de leurs tréteaux. Rans onze quartiers sur quatorze, la fameuse légion des Sept-Collines n avait pu parvenir a s’organiser. Quelques jours après, Mazzini lui-même dé-

' Voir aux pièces juslilicativcs un appel iliü liiiinivirs à la liourgcoisie is»niaiiie (K>ur ipi’cUe vint suppléer au inannuc «te bras.

iiiSToiut;

plorailque porsonnc ne vint travailler aux l'ortilicalioiis ; « Si votre esprit vous suggère quelque moyen pour écliaulVer la population, luUez-vous de l’adopter! » s'éi.riait le triumvir'. En même temps, un mystérieux décret iiileidisait d'employer les paysans à la construction des barriaides, « attendu la convenance de rendre les bras nécessîiires à l’agricultun! dans cette saison. » Ce beau zèle pour l’agriculture au moment où le salut public était la suprême loi, pouvait -il être pris au sérieux? Il se manifestait en tout cas avec une vivacité exceptionnelle, car en vertu du même décret, tout habitant delà campagne trouvé à Rome vingt-quatre heures après sa promulgation devait être arrêté et reconduit dans sa localité. Serait-il bien téméraire de supposer que ces braves gens des campagnes, qui de nos joui-s encore restent religieusement attachés au Saint-Siège, ne se montraient rien moins que favorables au gouvernement de .Vlazzini?

Les provinces ne manifestaientpasde plus sympathiques dispositions pour la nouvelle République que les habitants de la campagne romaine. On avait bien publié on un gros volume les adresses d’adhésion des municipalités, mais on n’avait pas vu accourir les innombrables volontaires qu’elles annonçaient. A la faveur de l’armistice conclu par M. de Lesseps, deux mille Romagtiols seulement, chassés de Rologne par les Autrichiens,avaient pénétré .dans la ville sous les ordres du cx)lonel Masi.

' S'anec lie la Coiisliluante roiiinine ilu H juin 1810.

lŒ LE\l‘f;iilT10.\ l>E liiniE EN 1 X l !l.

KITray»';es de l’anarchie qui avait succédi'* partout à la proclamation du nouveau gouvernement, les populations des États romains regrettaient le régime déchu et se monti-aient indifl'érentes au danger de la capitale. Sur plus d’iui point même, notamment dans les provinces de Pesaro et dWscoIi, elles s’étaient armi'os et tenaient la campagne au cri de Vivent Pie IX et la Madone ! De toutes parts le triumvirat faisait jelei' en pi ison des évéques, des moines et de notables citoyens soupçonnés de prêter la main à des complots réactionnaires. Ailleurs, celait la Hévolulion qui avait pris le dessus et qui régnait, suivant son invariable coutume, par la terreur. Pue bande qui s’intitulait justement infernale, ensanglantait de ses meurtres les villes de la Marche d’Ancône. Macerata, Osimo, Sinigaglia, où résidait la famille du Saiul- Père, Imola son ancien archevêché, virent des scènes «lignes des siècles les plus barbares. La correspondance du consul anglais Moorescite parmi les victimes de ces misérables : le chevalier Daldelli, les marquis Nembrini et Censolini, le capitaine del Pinto, le chanoine Specchi •d d’autres, dénoncés comme déshonnêtes et immoi-aiix, eume inonesti ed immorali.

.Mais rien ne peut se comparer à la tyrannie que cette secte homicide faisait peser sur Ancône. « (Jue dirai-je d'Ancône, s’écrie avec douleur l’historien Farini, où Fou tuait en plein midi sur les places, dans les maisons, dans les cafés, en présence de la milice qui laissait faire! fjue ilirai-je de CCS agents de police qui, à la fois sbires, juges et lK)urreaux,a‘^sassinaienl lescitoyens qu’ils avaient mission

lllSTOlItE

y.'ifi

lie proléger! lleuroux qui pouvait iiveo de l’or raclieler sa vie el le droit de fuir' ! «Mis en demeure par les dénonciations puldiqucs des consuls étrangers, Mazzini avait d'abord envoyé dans cette niallicurense cité un commissaire clioisi de sa main; c'élail nn prêtre apostat nommé dair Ongaro, qui ii'avait fait que compromettre plus odieusemeul laRépubliquc en traitanllàchement avec le parti des assassins. Un capitaine d’aventnres, énergique el bien intentionné, représentant de l orli à rAsscmblé.e l’omaine, lui fut donné pour successeur cl parvint, en quelques semaines d’impitoyable répression à calmer cette ébullition de sang. « La justice doit avoir son libre coui’s, dit-il en arrivant, et le gouvernement de la République est prêt à suci^omber plutôt iiii’à permettre que le crime et la barbarie restent impunis. » On ne peut lire sans frémir au bas de cette belle déclaration, un nom qui s’est inscrit lui-méme quelques années après dans l’iiistoire du crime avec le sang de huit morts et de cent cinquantesix blessés, le nom de Félix Orsini * !

Le principal espoir de la faction était dans les nouvelles de France. Aussi avait-on soigneusement caché aux troupes el à la population la débâcle de M. Le-

‘ A/> Slalo romaiio. v. 111. — Tons les historiens ihilicns n’éprouvcnt^pBS la même indignation d'honnête homme. Il s'en trouve même qui accusent niaisement les partisans du Pape de s’être entrc-tuês pour mieux diffamer la République. Qui eût dit alors i S. Farini qu’il devait lui-même, dix ans après, ayant les pleins pouvoirs du roi Victor-Eoinianuel dans l'Emilie, voir massacrer i Parme le colonel Anviti, sans faire justice des a$sa.ssins?

' Ce sont les chiffres donnés par l'acte d'accusation dans le procès qui suivit l'attentat du 14 janvier 1858. (Voir à la fin du volume le décret d'Orsini mettant la ville d’Ancone en état de siège )

dru-RolIin le 15 juin. Ce jour-là le général Changarnier était venu efficacement en aide au général Oudinot Tout espoir de voir revenir M. de Lesseps s’évanouit, et l’on comprit qu’il ne fallait plus compter que sur ses propres forces. Or, de ce cété non plus il n’y avait pas lieu de garder longtemps la moindre illusion. Malgré les vanteries de Garibaldi, les moins habiles jugeaient que scs sorties avaient peu de succès, puisqu’on n’osait plus en tenter de nouvelles. Les divisions de ce héros populaire de la défense avec Roselli, promu depuis peu en remplument d’Avezzana au commandement général de l’armée romaine, n’étaient un mystère pour personne*. La courte campagne contre les Napolitains pendant l’armistice accordé par M. de Lesseps, qui n’avait mis en relief que l’audace insubordonnée du chef de bande, avait révélé une certaine capacité militaire chez celui qu’il regardait comme un rival indigne de lui. Roselli avait conçu le plan de couper la retraite au roi Ferdinand, en allant occuper avant lui divers points de la frontière de scs États. Garibaldi refusa d’obéir et faillit se faire écraser en attaquant de front l’armée royale à Yellclri. Après cette inutile èchauffourée, que les garibaldiens célèbrent encorecomme une victoire, le général en chef, ayant délivré le sol de la

• Cel Aveziana, non moins incapable minisire que ridicule général, osait écrire aux triumrirs en remettant son commandement ; « Appelé par tous au mitiMlère de la guerre et au commandement de l'armée romaine, agi de manière que le» Fronçait et le» Majiotitaius ont M dèftiU» par le» valaitreux soldat» de la République. » Et les IriumTirs déclaraient que le général Arezzana, qui arait si bien mérité de Home, restait ministre de la guerre et de la marine. [Décret du 14 mai 1849.)

IIISTOIIIK

i.jX

Répul)liquo de l'invasion najwlilaine, voulul ramener son aimée dans la capitale pour travailler aux forlitications en attendant la lin prochaine de l’armistice. Mais Garibaldi entraîna sa division dans une incursion sans but sur le territoire de Naples, qu’il fut obligé d’évacuer peu de jours après pour voler au secoui-s de Rome. Enfin, loi’sque dans la nuit du 21 au 22 juin, deux bastions furent tombés en notre pouvoir, Roselli, comprenant de suite que tout était perdu si on laissait nos soldats s’établir sur la brèche, avait donné l’ordre de la reprendre aussitètpar un assaut désesjiéré; mais, soit jalousie, soit connaissance plus exacte de l’esprit des troupes romaines, démoralisées par le succès de nos armes, Garihaldi fut d’avis de différer l’attaque. Ce fut le coup de grèce de la République. Mazzini le sentit, et s’en exprimait en tei nies curieux à connaître dans une lettre qu’il adressait au commandant de la légion lombarde,.altaché à Roselli comme chef d’état-major général ;

4 ‘2'i juin, à 6 lieures et demie de l'aprèe-midi.

« Citoyen colonel,

« J’apprends la resolution du général Garibaldi de ne pas réaliser l’attaque promise pour cinq heures. Je dé plore hautement cette décision, et je la crois funeste au pays. Il fallait attaquer celle nuit, une demi-heure après la brèche franchie par les Français. Si cela ne se pouvait pas, si le moral de nos troupes ne le permettait pas

1»E LEXPÉDITUI.N HE ROME EN 1841». î.Vl la nuit môme, il fallait maintenir l'accord convenu avec Rosclli d’attaquer à cinq heures et demie du matin.

« Et du moment où l’on avait commis la faute de ne pas attaquer à l’heure fixée, il fallait au moins attaquer à cinq heures de l’après-midi, comme on l’avait de nouveau promis.

H Demain matin nos efl’orls seront inutiles ; l'artillerie ennemie sera placée. Notre système de défense est doue entièrement changé, et, permettez-moi de le dire, ruiné. Dans notre position, on ne se défend qu'en attaquant. Ce malin on a fait battre le rappel, on a excité le peuple, puis on a tout arrêté pour tomber dans un jésuitisme d’explications qui tue l’enthousiasme. Celte après-midi, le peuple avait été fanatisé, deux mille bourgeois étaient prêts à se réunir à nos forces, déjà numériquement suffisantes pour reprendre le Casino. Une autre immense multitude venait cil seconde ligne.

« Déçu une seconde fois, le peuple se persuadera que nous avons peur cl aura peur aussi : le parti hostile s'en prévaudra, une municipalité quelconque suryira à la pre- , mière menace sérieuse, et nous referons Milan.

« VoHS n'avei en ce moment ni travailleurs ni matériel; quarante jours de fatique ont épuisé l’activité laborieuse de la population. Nous n’aurons bientôt plus ni viande, ni poudre, ni farine. Je considère Rome comme tombée. Dieu veuille que l’ennemi ose nous attaquer de suite! Nous aurons encore, si c’est bientôt, une belle défense populaire derrière les barricades où nous accourrons tous : plus tard nous n’aurons pas môme celle-là.

HISTOIRE

« J'ai rùme oppressée d’amertume de ne pouvoir m'expliquer. Tqnt de valeur, tant d’héro'isme perdus!

« J'ai votre rapport ; je ne m'en prends pas à vous : Je vous estime et je commence à vous aimer. Je jure que vous pensez comme je pense, et avec vous Roselli, tant calomnié de divers côtés, et tous les braves de l'état-major.

« Il me restera la stérile satisfaction de ne pas apposer mon nom à une capitulation que je prévois comme infaillible. Mais qu'importe de moi? ce qui importe, c’est Rome et l’Italie.

a Votre Joseph Mazzini.

« P. S. Montrez cette lettre au général. »

L’agonie de ce violent régime fut elle-même le comble de la violence. Rome, surveillée par nos canons braqués sur scs remparts, couvait la guerre civile dans ses rues. En attendant la défense des barricades par le peuple, que rêvait en vain le fanatisme de Mazzini, la garde civique, qui jugeait plus opportun de penser à une capitulation honorable, faillit être exterminée par les aventuriers de Garibaldi. Slerbini, criait par les rues' la trahison de Roselli, qui désespérait du succès' depuis qu’on avait refusé d’exécuter ses ordres, et osa demander à Mazzini lui-même de se démettre de son pouvoir afin de laisser la dictature civile et militaire au héros de Velletri. Le triumvir, peu endurant quand il s’agissait de son pouvoir, jeta littéralement à la porte du palais de Monte- Citorio le président du cercle populaire.

*Se voyant ainsi menacé a la fois par les modérés, qui voulaient traiter, et par les exaltés qui se servaient contre lui du nom do Garihaldi, le dictateur s’élait franclieineni rangé dans le camp du général en chef, bien qu’il ne panUpas ignorer que les sympathies de l’armée régulière ne lui fussent pas moins refusées que celles de la population.

Un simulacre de bombardement, qui défonça quelques toits du Transtevère vint mal à propos peut-être arrêter la révolution en train de se châtier elle-même et faire comprendre aux Romains qu’ils étaient en notre pouvoir'. Effrayée du danger intérieur plus encore que de nos obus, l’Assemblée décida que toute résistance était inutile et devait cesser. Mazzini, qui avait inutilement demandé aux députés de sortir de la ville et d’aller transporter ailleurs la République, donna sa démission. Un nouveau triumvirat fut nommé par l’Assemblée; il se composait de Salicelli, président de la Constituante, Mariani et Calendrelli, qui s’étaient distingués dans la défense. En même temps la municipalité, suivie des consuls étrangers résidant à Rome, se rendit à la villa Santucci pour demander un armistice. Le duc de Reggio se montra comme toujours ennemi courtois et bienveillant, et se hâta de prévenir M. de Corcelles, qui venait de quitter le camp pour ramener à Civita-Vecchia M. de Rayneval retournant à Gaëte. Cet envoyé extraordi-

' « Je puis vous dire avec certitude, i-crivsit le 7 juillet M. de Corcelles, que cent 4 cent cinquante obus ou boulets sont tombés dans l'enceinte de la ville, qui a cinq lieues de circonférence. On n’en voit de traces mille part, a

IIISTOIIÎK

naire n’hésita pas à user de ses pleins pouvoirs pour 1*0pousser tout projet de capituiation. 11 lui semblait que la générosité française, qui n’a pas besoin d’être stipulée» était une sullisante garantie et la seule qu’il nous fût permis d'offrir à des ennemis comme ceux que nous venions de combattre. La municipalité ayant répondu quelle n’avait plus qu’à céder à la force, trois des principales portes de la ville furerd livrées à nos soldats pendant la nuit suivante.

Le lendemain, 3 juillet, le général Oudinot faisait son entrée dans Rome à la tête d’un brillant cortège. Pour se rendre de la porte Portèse au palais Colonna, résidence du représentant de la t’rance, il fallait traverser la ville presque d’un bout à l’autre en diagonale. Ce parcours n'avait point été tracé au hasard ; il était utile de montrer nos forces et de passer une première revue de l’opinion publique. Au dire de tous ceux qui faisaient partie de la colonne du général en chef et qui remplissent encore les cadies de notre armée, l’accueil de la population ftit excellent et môme enthousiaste dans les quartiei’s populaires. Les cris de Vivent les Funn ais! Vivent nos libe’mteitis! se croisèrent avec le cri de Vire Pie /X/ Mais, parvenus à la hauteur du Corso, nos hommes s’aperçurent que les rues étaient désertes elles magasins fermés. Évidemment un mot d’ordre avait passé par là. On en eut la révélation devant le aifé des Beaux-Arts, rendez-vous ordinaire du club central, d’on sortirent des cris malveillants et des sifllets. Justice fut faite en quelques coups de cravache de cette audacieuse manifestation. Quelques

DE LEXPÉDITIO.N DE ROME EN Sitiô

forcenés qui venaient in.'ultor nos soldats jusque dans les rangs, furent arrêtés, et leur drapeau, coiffé du bonnet rouge, fut aba'ltu. Le soir de cette journée, qui eut plus d'émotions et d’enseignements qu’un simple triomphe militaire, le général français qui venait de vaincre la démagogie romaine, prenait possession du palais Lolonna, d’où notre ambassadeur était sorti six mois avant pour se dévouer de sa personne au salut de Pie IX*.

, Tout n’élail pas fini cependant parce que nous étions maîtres de Rome; si riionneur de nos armes était vengé, la (piestion politique lestait tout entière. L’ne armée victorieuse de trente-deux mille hommes se trouvait en présence d'nne armée vaincue qui ne comptait pas moins, d’apré~s les derniers étals ofliciels, de dix-neuf mille cinq cents hommes. Ci lie première dilïicullc était .'i elle seule grosse de périls. Que faire de tant de soldats qui venaient de nous combattre et qui étaient livrés à notre charge plutôt qu’à notre merci par la reddition de la place sans capitulation?. Quatre mille avaient fui la

* Voici dans quels termes une dépêche de M. de CoiceUes» du lendem:ûu. r.u ontail celle journée ; « Iæs Translévêrins nous oui lêmoipiê heaucoiip th' huMiveillîincc ; le quarlier du Corso a élê froid ; l’aclion des clubs cl des étrangers s'y exiTvinl. J'ai vu le rhef de la coiiimission des liairtcades, CetriuH'hi, qui excitait lui-méino ses bandes à des clannuirs au inomenl où nous pas«tiun8 devaril le cUih des lit aux Arls. Le général Oudinut a l'orl êncrgtqncinent réprimé ce petit tapage, dont il ne faut |kis s'exagérer la portée.

« pendant hMlélllé, j’ai pro|K»é au général Oiidinol d'aller délivrer les pristmiiiers politiques. général m’a fait accompagner par trois gendaiines Irmçais, et je me suis Irès-niséinenl ac«|uitté tie ma rnisfion. J'ai fait délivrer lies malheureux qui figuraient sur les registres de la prison pour délit d adhésion aux Français et refus de consliuire les barricades. Le fort Satnl- .\iige, occin«’ par les troupes tie la Constiltiaiitc. es! à ih*ux pas ; on n a p.«s hérité si m'obéir. » (Uoinc, I juillet ISIU.)

IIISTOIUE

vfiille avec Garibaldi par la porte Sainl-Jean-de-Lalran, pour aller, disait-on, soulever les provinces. Un pareil nombre, parmi lesquels figurait en première ligne le corps des carabiniers, s’étaient hâtés de faire leur soumission. A les entendre, ils n’avaient jamais cessé de regretter le Pape ; l’esprit de corps, la honte de passer à l’ennemi au moment du danger, les avaient seuls retenus du côté de Mazzini. Mais le général Iloselli gardait encore un noyau respectable autour de son quartier général, affectant de donner des ordres et même de préparer une expédition contre les Autrichiens, comme si la République avait pu survivre à la prise de la ville. Une lettre énergique du général Oudinot mit fin à cette dangereuse anarchie militaire. Yingt-quatie heures furent données aux troupes romaines pour imiter l'exemple des carabiniers ou aller attendre leur licenciement dans des cantonnements désignés. Aucune pièce de canon, aucune munition de guerre ne devaient les suivre. Les corps composés de Polonais, de Français, d’Allemands ou d’Italiens étrangers aux États romains qui n’étaient pas partis avec Garibaldi, furent dissous. Tout le reste des défenseurs de Rome se rallia avec empressement à notre drapeau. Un général et des officiers supérieurs français leur furent donnés. Cette réorganisation marcha si bien, qu’au bout de peu de jours le duc de Reggio, jaloux d’honorcr et de gagner plus encore nos ennemis de la veille, voulut confier toute une nuit à un régiment romain la gaitle du palais Colonna.

En même temps le général de Rostolan, ferme et vail-

lanl soldat qui allait rendre à l’intérieur autant de services qu’il en avait rendus comme commandant du corps de siège, était nommé gouverneur de Rome ; l’Assemblée, qui s’était donné le plaisir de proclamer sa constitution du haut du Capitole lorsque déjà la ville était à nous, fut renvoyée ; les cercles, les cafés séditieux furent fermés, la presse soumise à l'état de siège, et un ordre de désarmement, promptement exécuté, fit rentrer dans les arsenaux près de trente-cinq mille fusils encore noircis des coups qu'ils avaient tirés conti e nos soldats. Ces mesures de vigueur, qui ne coûtèrent pas une goutte de sang commencèrent à rassurer la population. Ceux des partisans de Pie IX que les nombreux assassinats commis par les mazziniens pendant les premiers jours de l'occupation delà ville par les Français, avaient décidé à rentrer dans leurs caves, osèrent en sortir de nouveau. Les fonctionnaires d’avant le 16 novembre, les capi di rione ou chefs de qusfrtier,sc hasardèrent^ revenir à leurs postes. Les notables citoyens que M. de Rayneval avait inutilement pressés jusque-là de laisser inscrire leurs noms sur la liste de la commission municipale, ne lui demandèrent plus comme une faveur d’élre conduits par les gendarmes à la salle des délibérations*. On se retrouva papiste dès qu’on put croire n’avoir plus rien à craindre de la République. Toute celte foule honnête et misérable, plus nombreuse

’ • Nous voulons bien nous dévouer au rûlablisseinenl de l'ordre, disaientils, mais ciivoycz-iious prendre en plein jour par des gendarmes, afin qu'on paisse croire que nous cédons à la contrainte ! a (Dépêche de M. de Itayiicsal i M. de Tocqueville.

HISTOlKK

‘JÜfi

en Italie que partout ailleurs, qui s’appelle la masse ei qui n’est pas plus la sociéti^ que le lest n’est le na\ire, se sentit attirée de noti'c ct’ité, aussitôt que l’autorité eut levé son bras sui les terroristes. Si l’on eut pris fantaisie en ce moment de revenir au.v arrangements de M. de Lesseps et de livrer au suffrage universel la question du gouvernement de Rome, la papauté pourrait montrer aujourd’hui un titre moderne à côté des titres plus sérieux que le temps lui a transmis. Sur l’invitation du général en chef, le peuple s’était porte avec ardeur à faire disparaître les barricades qu’il avait mis si peu d’empres.sement à construire. Elles avaient coûté, nous en trouvâmes la preuve, prés de trois millions à la République ; elles furent détruites gratuitement, malgré la mauvaise humeur du sénateur Sturbinelti qui prétendait empêcher les démolisseurs, de s’en approprier les débris. l.a misère était extrême. Une souscription ouverte dans l’armée vint généreusement en aide aux classes nécc.ssiteuses, et des milliei's de . Transtévérins furent employés au lieu do nos soldats, à combler les tranchées que n(ttre génie avait creusées de la porte Cavallegieri à la porU* Portêse.

Pendant que les amis de Mazzini vociféraient partout que les Français usaient de leur victoire comme des .\utrichiens, on les voyait profiter à Rome de l’heureuse dilférence de nos procédés. Tandis qu’on fusillait à Bologne et qu on pendait sans miséricorde à Livourne, l’autorité française ne prenait aucune mesure contre les plus dangereux ennemis de l’autorité pontificale. Mazzini lui-

DK LKXI'KDITION DK DOME KN 18i0.

môme put lesler plusieurs joui-s en ville sous la pioleclion d'un passe-porl anglais.

Ce Sî)uf-coiuliiit fut prodigué aux amis du triumvirat, par le consul britannique, au point d’embarrasser la politique du cabinet de .Sainl-Jaines, qui, dans le même moment, soutenait à Venise la cause des Autrichiens*, fténoncé au Parlement, M. Freeborn fut chaudement défendu par le chef du Koi eign-Olfico. La vie des patriotes italiens était eu danger, fut-il dit, et l'agent de la Ueinc n’avait fait que son devoir en les couvrant de la pi’otcction de sa nation. Nous voudrions croire, en effet, que M. Frceboru ne cédait qu’à un sentiment toujours louable d’humanité, mais pouvait-il ignorer que les vaincus auraient trouvé des protecteurs plutôt que des pcrsécuteui’s dans notr e généreuse armée? Puis nous regrettons d'avoir à signaler le même M. Fr’eeborn pour avoir, après la journ(’*e dn .’iO avril, refusé asile dans son palais à des .Français domiciliés à Rome et menacés de mort par la ptqnilace. F.st-ce là ce que lord Palmerston appelait.

* Voir, (litns les «lociinienls pïiirliés par M. Plaiiat tic la ttije, les iiomhreu?o> pljintcs lie Manin contre le consul général Clinton Dawkins. « tjuanl à ce qui concerne, avait répomlu à Manin lorJ Palmerston lui-même, le vœu exprime par vos concitoyens que Venise cesse tl’apparfcnir à rAutrivhe, le gouvernemcfil (le Sa Mnje-*lé peut voim dire seulement que le traité de Vienne, dans lequel la üninde-Bretagne c.'‘l intervenue comme partie contraclanle, désigne Venise lommc faisant partie de l'empire dWiilrit hc, et que les points proposés en loùt dernier au gouvei nement impérial par les gouvemementa augiais et fran^'ais cwnme bases des négociations, n’avaient pas pour but d alb'rer sous ce ra^qxtrt le traité de Vienne: Vti chauçnttetif qttelcotiqitt^da»8 !a p i$iUoH jiolUique tfe Veune ue pt nl h opérer qu arec Vansentitaent et te cuncours du ffouveruenwiit impériai ; et ce gotirernenienl a déjà atiuoneé. intention à cet égard. » (Dépéclie du 20 avril I8 t9.)

HISTOIRE

devant la Chambre des lords, ne pas coraproraetlre le darum ac venerabile nomen de l’Angleterre ?

Des poursuites furent dirigées seulement contre M.Cernuschijchefde la commission des barricades, dont on avait trouvé le nom au bas d'un placard qui provoquait à l’assassinat de nos soldats. Ce député, embarqué d’abord à Civita-Vecchia comme valet de chambre du prince Canino, et signalé au ministre de la justice en France, fut ramené à Rome quelque temps après, pour répondre de ses actes devant le conseil de guerre. Mais il se défendit en alléguant que sa signature avait été mise sans son consentement au bas d’une proclamation qui n’était pas son œuvre, et fut acquitté. D’autres patriotes, dénoncés par l’indignation publique pour avoir fusillé le curé de la Minerve et plusieurs autres ecclésiastiques dans le cloître de Saiute-Calixte, durent aussi être recherchés. Les corps des victimes furent retrouvés, mais non les meurtriers. On avait eu le tort de se fier, pour celte mission, à l’officier supérieur romain qui avait trahi le Pape le 10 novembre précédent, à la tète de ses carabiniers.

Nous ne pouvions donc user avec plus de modération d’une victoire si chèrement achetée. En outre, si le colonel Niel, chef d’état-major du génie, n’eût été envoyé à Gaëte, dès le 1" juillet, pour remettre au Pape les clefs de sa capitale, on aurait pu se demander dans quel but nous étions à Rome. Les proclamations, les documents ofTiciels semblaient s’être concertés en effet pour ne dire mot de la restauration du gouvernement légitime. Le Président de la République, en félicitant, dans une

lettre publique, le général Oudinot, d’avoir pris Rome, parlait du prestige maintenu à notre drapeau et de son espoir de voir nos soldats rentrer bientôt en France avec honneur pour nos armes et bénéfice pour notre influence en Italie, mais ne faisait pas la plus légère mention du Pape et du but, désormais atteint de notre expédition'. L’opposition sut profiter de cette omission du gouvernement après la victoire comme elle avait profité de ses hésitations avant le combat. Tous ceux qui avaient espéré que notre débarquement sur un point des États romains ne cachait qu’un commencement d’hostilité contre l’Autriche, s’empres-saient d’excuser, pour ainsi dire, le siège de Rome, par la nécessité malheureuse de tirer une revanche de la journée du 50 avril. Ce sentiment n’était pas sans écho dans l’armée expéditionnaire. On citait notamment, parmi ceux qui le partageaient, le général qui venait de diriger avec une science si sûre les travaux du génie. Suivant les paroles qu’on lui prêtait, nous aurions dû couronner la brèche de nos canons, puis nous retirer, laissant les Romains libres de régler, comme ils l’entendraient, leur situation intérieure, mais non plus de révoquer en doute la supériorité de nos armes. Était-ce la peine vraiment d’ètre une nation catholique et d’avoir désavoué M. de Lesseps?

C'est sans doute à ces dispositions connues du général Vaillant qu’on attribuait à Paris son refus de se servir des lettres secrètes de commandement qui lui avaient été confiées, le 9 mai précédent. Quand on vit qu’il ne

' Voir cette lettre aux pièces justifieatiro.

IIISTOIItK

lallnit plus complci' sur lui pour assumer la responsabililé de l’entreprise et que 4e sié^^e (rainait en longueur, on envoya le général Bedeau avex de nouveaux pleias pouvoirs diplomatiques et militaires. Cel honorable ollieier général, qui avait généreusement défendu le duc de Beggio contre les accusations de la tribune, apprit à Marseille la nouvelle de la reddition de Rome, et revint à son poste au bureau de l’Assemblée Comme le Président de la République, le ministre de la guerre n’exprimait dans sa lettre oflicielle au général Oudinot qu’une satisliiction purement militaire. Seule I Assemblée législative, en volant des remerchnenls à 1 armée et é .scs chefs, les loua d’avoir su concilier les devoirs de la guerre avec le respect dù à la capitale dti monde chrétien. C était peu sans doute, mais enfin ces simples mots étaient les seuls depuis notre entrée à Rome, d’où l’on put tirer une induction favorable au rétablissement du pouvoir temporel.

Cependant Pie IX avait reçu le colonel Niel à Gaëte, plutôt avec l’attendrissement d’un péie qui a retrouvé son enfant qu avec la joie d un souverain è qui l'on rend scs Étals. Sa reconnaissance envers la France s'était épanchée en termes de la plus exquise sincérité : « Klle ne m avait rien promis, dit le Pontife, et cependant c’est sur elle que j'ai toujours compté ! Je .sentais qu'au mo-

'• *2 j'iillet : « M, le général ,1e division Bedetii e-t

•rriVL hier u P.iri5. U mission politique que cel oflicier gênerai devait remplir auprès de M. le coimmni.lanl en elicrdu corps de la Mèdilerninèc, devenait sans objet jwr suite de l’occup.ition par nos troupes de la ville de lionuj. • '

liK LEXPÉÜITIO.X DE ROME EN I8i9. 271

mont opportun la France donnerait à l’Église scs trésors, son sang et, ce qui est peut-être plus dilTicile pour scs valeureux fds, ce courage contenu, cette patience persévérante à qui je suis redevable qu’on ait conservé intacte ma ville de Rome, ce trésor du monde, cette cité si aimée, si éprouvée vers laquelle, pendant l’exil, mon cœur et mes regards pleins d'angoisses furent toujours tournés ! » Puis, après avoir comblé l’envoyé de l’armée française des marques particulières de sa bienveillana*, le Saint-Pére lui remettait cette lettre pour le cxrmmandant en chef :

« Monsieur le général,

« La valeur bien connue des armes françaises, soutenue par la justice de la cause qu’elles défendaient, a recueilli le fruit dû à de telles armes : la victoire. .Acceptez, monsieur le général, mes félicitations pour la part principale qui vous est due dans cet événement; félicitations, non pas pour le sang répandu, ce que mon cœur abhorre, mais pour le triomphe de l’ordre sur l’anarchie, pour la liberté rendue aux personnes honnêtes et chrétiennes,pourlcsquclles ce ne sera plus désormais un crime de jouir des biens que Dieu leur a départis, et de l’adorer avec la pompe religieuse du culte, sans courir le danger de perdre la vie ou la liberté.

O Sur les graves dillicullés qui pourront se rencontrer par la suite, je me confie dans la protection divine. Je ci ois qu’il ne sera pas inutile â l’armée française de connaître l’histoire des événements qui se sont succédt“s

HISTOIRE

pendant mon pontifical ; ils sont retracés dans mon allocution dont vous avez connaissance, monsieur le général, mais dont je vous remets néanmoins un certain nombre d’exemplaires, pour qu’elle puisse être lue de ceux à qui vous jugerez utile de la faire connaître. Cette pièce prouvera suffisamment que le triomphe de l’armée française est remporté sur les ennemis de la société humaine, et ce triomphe devra, par cela môme, éveiller des sentiments de gratitude dans tout ce qu’il y a d’hommes honnêtes en Europe et dans le monde entier.

« M. le colonel Niel, qui, avec votre dépêche très-honorée, m’a présenté les clefs d’une des portes de Rome, vous remettra la présente. C’est avec beaucoup de satisfaction que je profite de , cet intermédiaire pour vous exprimer mes sentiments d’affection palernelle, et l’assurance des prières que j'adresse continuellement au Seigneur pour vous, pour l’armée française, pour le gouvernement et pour toute la France.

« Recevez la bénédiction apostolique que je vous donne de cœur.

n Donné à Gaëte, le 5 juillet 1849.

« Sicjné ; PlUS P. P. IX. »

On voit qu’éludant sans les nier les difficultés dont il ne lui convenait pas d’aborder le détail en cette occasion, le Saint-Pére se Ijornait à demander que la situation fût jugée tout d’abord dans son ensemble, d’après un document émané de sa propre initiative. Ce document n’était autre qu’une allocution consistoriale prononcée à

Gaële, le 20 avril procèdent, qui retraçait, par la bouche même de Pic IX, la longue histoire de ses intentions, de ses entreprises et de ses malheurs depuis le premier jour de son règne Comme s'il eut prévu les cyniques aveux réserves à d'autres temps, le Pape, après avoir démontré qu’il n’avait refusé aucune des réformes civiles et politiques qu’on lui avait demandé, concluait en ces ternies : « Ce n'étaient donc ni des institutions plus libérales, ni une meilleure administration, ni de plus sages régicmenis que voulaient ces hommes, mais la destruction absolue de la puissance temporelle du Saint-Siège. »

Au nombre des résolutions à prendre de suite et qui ne laissaient pas que d’avoir leurs périls, ligurait en première ligne le choix dn drapeau. Le nôtre ne pouvait flotter seul plus longtemps sur les monuments de Rome. Devions-nous garder les couleui-s italiennes? Sans doute elles avaient été acceptées par le Pape, lorsqu’il avait béni les volontaires du général üurando parlant pour aller défendre les frontières du Pô. Mais elles n’en étaient pas moins devenues un drapeau de guerre contre l’Autriche, et c’était pour la paix de Rome et de rilalie que nous venions de combattre. Les duchés, la Toscane et les Deux-Siciles avaient repris, avec leurs anciens souverains, tous les emblèmes de Jeur nationalité distincte. En Piémont môme, un parti nombreux et puissant n’avait pas encore renoncé, pour les Carignan, à la glorieuse bannière de la maison de Savoie. Enfin, le

* Voir celle pièce imporUnlc Jans le HecitHl des AcU'S de Pie /.Y, Iraduils cl puliUés en 1850 par le^ (oins ducoinilé csilholiquc.

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