‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 12 sur 34 · JU · texte numérisé non relu

JU

liideux boniK'l roiigo, coiirure sinislie de l'éloiidard de Mii/zini, scmblail une provocaüon à nos soldats, qui l'avaiout abattu dans plus d'une grande ville de France avant de le rencontrer sur les barric^idcs de Rome. Ordre fut donc donné, après huit jours d'hésitation, de faire disparaître les insignes de la République. Le ministère français avait senti le premier la juste convenance de cette mesure. n Nous attachons le plus grand prix, écrivait .M. de Tocqueville, avant la reddition de la ville, à ce que la bannière du Pape soit relevto par des mains romaines et à la suite d'une manifestation locale. Cela est nécessaire pour conserver à notre expédition le caractère que lui a donné l Asscmblée nationale et que le gouvernement veut lui maintenir'. » Cètait là sans aucun doute de la bonne lactique parlementaire, mais nous tenons pour plus élevée la pensée, qui séduisit un moment M. de Cnrcelles de >ymboliser dans le triomphe de la France le triomphe du monde chrétien tout entier. D'après son plan, auquel s'èlaicnl lalliès avec empressement le commandant en chef et le contre-amiral Tréboiiarl, le drapeau pontifical devait surgir au sommet du fort Saint-.\nge, entouré, coininc d'un faisceau, des pavillons de tous les peuples. Mais on recula au dernier moment devant la crainte de susciter les réclamations de l'Angleterre et des Étatsl nis (pii étaient représentés en ce moment à Rome par des afiidc’s de Mazzini. N’aurait-on pu tout au moins associer à notre victoire toutes les puissances cafho-

’ M. il« Toi'qui’ville au général Oudinot. (20 juin 1859.)

liK I. KXPÉIIITION r»K tlOMK KN IX It). liquos? Auciino évidemment n'eùl süii"é à s’cii plaindre, pas même le Piémont, qui faisait, à quelque temps de là, arrêter à Chiavari le général Ciai ibaldi, et \oidait l'expulser des États sardes comme ayant perdu sa qualité de citoyen en se mettant au service de la République romaine

Cependant, des adresses demandant le rétablissement de rautorilé du Saint-Père et couvertes de nond)rcuses signatures ayant été présentées au général en chef, on dé- « ida que le 15 juillet serait le jour fixé pour cette imposante solennité. Dés le matin, nos troupes, quittant leurs différents postes, s’acheminaient en grande tenue vers Saint-Pierre, on devait être chanté le Te Deiim. Malgré l'intimidation répandue par les volontaires licenciés qui infestaient encore la ville, le peuple entier se mit de la fête. Le cri A'Evviva Pio uotw! retentissait de toutes parts comme aux plus beaux jours de ISiT. Nos soldats, formant la haie depuis le fort Saint-Ange jusqu’à la eolonnade du Bcrnin, voyaient pleuvoir les lleui's autour d’eux au lieu des balles qu'on leur avait promises. Gardant le silence sous les armes, suivant le noble usage <iui ne s’était point encore perdu, beaucoup ne parve naienl qu’avec peine à dissimuler une émotion qui ré- ' pondait à celle du peuple. Les troupes romaines, placées par une loyale confiance autour de la basilique, unis-

* Séance île ia chambre île» dépulé* Je Turin Ju 10 sepicmbre 1840. fiarihiiiiU avait déjà »*lé coiuhiil prisuiuiier à fiOncs. Le ministre riiielli soutint !a roiistiliitiunnalité Je la incifuro ; mais )a Cliamhrc, sur U motion du députe ▼iMiilicn Tecclilo, rcÉosa de s’y associer.

lIlSTOlUL

■27ti

saieiil UHn-s acclamations à celles de la foule. Cent coups de canon et d'innoinbcables applaudissements saluèrent l’étendard des clefs flottant au sommet du fort Sainl- .\nge. A son entrée sur la place, le général Oudinot, sél)aré malgré lui de son cortège, fut enlevé de dessus son clicval et porté à bras jusque sous la grande porte de Saint-Pierre. L’immense nef clle-méme, pleine de peuple et de soldats, retentissait comme la rue de vivat dominés par la voix des ofliciers et le roulement des tambours. Le silence se fit lorsque le général en chef, placé sur une estrade, entre MM. de Corcellcs et de Rayneval, se leva pour répondre aux félicitations que venait de lui adresser le vénérable cardinal Tosti.

A lui doit rester, avec l’honneur de la victoire de Rome, l’honneur d’avoir le premier fait entendre, au nom de la France, une parole vraiment catholique : comme si la vraie politique de notre expédition eût attendu, pour s’avouer, de se trouver en face du tombeau des apôtres ! « Le rétablissement du pouvoir temporel du Souverain Pontife est l’œuvre de toute la France, s'écria le duc de Reggio; nous, soldats, nous n’avons été ((ue les instruments d’une cause généreuse et sainte. C’est à notre gouvernement que doit être renvoyé tout te mérite de cette entreprise; c’est à la Providence que nous devons en attribuer le succès! » « L’œuvre de la Providence, répondait-il encore à une députation populaire, se voit sensiblement dans te rétablissement du gouvernement pontifical, et je suis fier que la .Fiance lui ail servi d’instrument. Si les Romains se

ÜE LEXPfiniTION DE ROME E.N 18 1!». ‘277

glorifient d’^fre les fils de la religion cl vrais eatlioliques, les Français ne le sont pas moins! » Le soir, une de ces illuminations dont Rome seule a le secret, vint prolonger bien avant dans la nuit reiitliousiasme de la journée.

•\h ! si dans ces heures trop rapides, où Filme de son peuple lui était rendue, Pie IX eût pu venir faire à ses sujets l'heureuse surprise de son retour; si le bruit se fût répandu tout à coup que le cortège pontifical se présentait à la porte du Lalran, et que le Pape rentrait dans sa l'apitale, couvrant de scs bénédictions toutes les fautes, eflaçant de son sourire tous les malheurs; ahl sans tloute, l'œuvre de restauration eût été plus complète, la ti'ace dans les cœurs plus durable, et le trône de saint Pierre pourrait se vanter aujourd'hui d'une acclamation nationale devant laquelle pâliraient les triomphes tant célébrés des scrutins les plus unanimes! Mais il s'en faut, à Rome surtout, que les choses aillent de ce train. La sagesse romaine, entre toutes, se méfie de l’impi-évu, et, comme la vérité dont elle a mission d’étre l'interprète, elleattend tout du temps, et par delà le temps, de l'éternité. Les conseillers de Gaetc, qui, malgré les instances de nos ambassadeurs, tenaient à tout réparer et à tout préparer avant de laisser revenir le Pape, auraient été mieux inspirés de comprendre que son seul retour était une réparation qui contenait toutes les autres. Ce peuple, humilié tour à tour par ses oppre.ssours et ses libérateurs, ne demandait évidemment qu'à saisir avec reconnaissance l’occasion de saluer un maître qui ne f'iit ni un

Page 1