‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 13 sur 34 · III S I (MU K · texte numérisé non relu

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démagogue, ni un général étranger. Quant aux exigeHces de notre gouvernement, le vrai moyen d'en éviter la ma festation publique, qui devait être si fatale, n’eùt-il pas été d’abréger la durée d’une aclniinistration provisoire toujours précaire et peu respectée?

En attendant qu'il revint, le Saint-Pére répondit par une éloquente proclamation aux transports de la journée du 15. 11 annonçait l’envoi immédiat de commissaires chargés de pleins pouvoirs, et se disait impatient de se retrouver au milieu de scs bien-aini4s sujets, « afiii d’appliquer des remèdes difficiles à des maux très-graves...»

Il était impossible qu’un fait aussi considérable que le rétablissement du pouvoir temporel du Pape par nos armes, ne fournit l’occasion d'un gi-and débat à la tribune française. Le 12 juin précédent, l’Assemblée légistative avait entendu parler pour la première fois de la question romaine, lorsque M. Ledru-Rollin était venu décréter d'accusation te gouvernement qui avait rappelé M. de lÆsseps et donné l'oixlre de reprendre les hostilités. Triste séance, qui s'ouvrit par l'annonce de la mort du mart'cbal Bugeaud, et se termina par l'appel aux armes du chef de la Montagne 1 Ce moyen désespéré n'ayant eiu comme on sait, aucun succès, les ennemis de l'expédition romaine poussèrent en avant cette fois un démocrate catholique, sincère dans ces deux croyances, qui vint reprocher au ministère d’avoir compromis à Rome ta double cause du catholicisme et de la démocratie. Ce n’était plus le moment pour l’opposition de chercher à mettre un terme à. une entreprise mal engagée ni de fixer le

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scMis d lin vole équivoque. La situation était ou ne peut plus nette : nous étions vainqueurs, maîtres de la ville éternelle, nous avions renversé la République et relevé le "ouveinement papal. Il u’\ avait plus qu'à demander compte au pouvoir d'actes accomplis, de faits irrécusables. M. Arnaud (de rAriéfre) s’acquitta de celle tâche avec le plus houuéte dévouement aux convictions de toute sa vie. 11 n’eut pas de peine à démontrer que notre intervention était diflicilement conciliable avec le principe de la souveraineté du peuple, tel que la France l'avait entendu et pratiqué depuis sa Révolution. Puis, disant ce que le gouvernement avait eu le tort de ne pas oser dire, et l’ouruissanl ainsi la réplique à son premier aiguillent, il établit que la question était religieuse bien plus que politique. Pourquoi, en effet, avions-nous été à Rome? Apparemment pour y défendre autre chose qu’une souveraineté temporelle; car on n’avait vu nos soldats ni à Vienne ni à Florence, ni dans anciine des capitales européennes où cependant l’anarclùe s’était donné carrière. Entre M. de Monlalembert, que l’orateur accusait de ne pas admettre le grand principe démocratique de la libre possession des peuples par eux-mêmes, et M. Pierre Leroux, qui proclamait ce principe comme l'arrêt de mort de la religion catholique, M. Arnaud (de l'Ariégel sp prononçait à la fois pour le principe et pour la religion, défeudaiit comme catholique, le gouvernement spirituel de la Papauté, et lui supprimant comme démocrate, son |)ouvoir temporel, sans se soucier d'ailleurs d'indiquer aucune autre garantie matérielle à son indépendance.

HISTOIRE

Le discours de M. Arnaud (de l’Ariégc), bien qu’ayant plus de ressemblance avec une llièsc de facullé qu'avec une interpellation parlementaire, amena à la tribune M. de Tocqueville. C’était la raison de l’homme d'Ktat aux prises avec les spéculations du philosophe. Sans doute, se hàtait-il de reconnaître, la question de Rome est toute religieuse dans ses motifs et dans ses conséquences; mais elle est forcément politique dans ses moyens de solution. Quoi qu’on puisse rêver, la religion qui vient d’en haut est faite pour vivre ici-bas, avec nous, au milieu du conllit de nos intérêts et de nos passions. Bien que son royaume ne soit pas de ce monde, suivant le mot si souvent répété de son divin fondateur, elle n’en influe pas moins d’une manière directe et constante sur les événements du monde. 11 est donc de la plus extrême importance que le chef de la religion n’ait à subir la prépondérance d’aucune puissance : il y va de la liberté de nos âmes et de la tranquillité des États! Or jusqu'à présent on n’a su imaginer aucun autre moyen de garder le Pape indépendant que de lui laisser une souveraineté temporelle. « Je n’hésite donc pas à dire, concluait hardiment l'orateur publiciste, qu’un des premiers objets de notre expédition en Italie était de restituer au Saint- Père sou indépendance, c’est-à-dire son royaume temporel. » Deux autres buts nous étaient assignés : relever la juste inlluence de la France au delà des monts, assurer aux populations des États romains le bienfait d’institutions libérales. On sait si le premier but avait été glorieusement atteint par la bravoure de nos soldats.

Quant aux réformes dans l'adminislration romaine, cotte question, suivant le ministre, n’était pas mOre pour la discussion publique, puisqu’elle s’apitait, en ee moment même, entre les diplomates réunis à Gaéle.

Mais, si nous ne pouvions dire encore avec précision ^ de quelles libertés seraient dotés les Romains, nous savions au moins de quel despotisme nous venions de les délivrer. Dans les premiers jours de notre occupation, la ville de Mazzini avait présenté, suivant les correspondances officielles lues par M. de Tocqueville, ce singulier spectacle que le vaincu y était plus redouté que le vainqueur. Aucun citoyen n’osait aborder nos soldais ; on leur envoyait de tacites adhésions, mais on craignait les poignards du gouvernement renversé. « Je puis résumer tous leurs discours en deux mots, » écrivait M. de Rayneval en parlant de scs conférences, non avec les partisans des vieux abus, mais avec les anciens chefs du libéralisme ;

« 11 y a trois mois que nous ne sortons plus de chez nous. — Voulez-vous venir avec moi? disais-je. — Dieu nous en garde, nous serions assassinés ! Tous sans exception ne se sentent à J’abri qu'au fond de leurs maisons. Je ne me (igui’ais pas que la terreur pût arriver à ce point. » La terreur, tel était en effet le nom’du régime que nous avions détruit à Rome.

Puis, donnant à son opinion, suivant ses habitudes d’écrivain, l’autorité du précepte et le ton de la prophétie, M. de Tocqueville ajoutait: «Je suis convaincu, pour mon compte, et je ne crains pas d’apporter cette pri-dictiou à la tribune, je suis convaincu que si le Saint-Siège n’apporte

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pas dans la condiliori des ÉUds roinuins, dans leurs lois, dans leurs habitudes judiciaires, administratives, des réformes considérables; s’il n'y joint pas des institutions libé raies compatibles avec la condition actuelle des peuples , je suis convaincu, dis-je, que, quelle que soit la force qui s'attache à cette vieille institution du pouvoir temporel des Tapes, quelle que soit la puissance des mains qui s’étendront d’un bout à l'autre de l'Europe pour le soutenir, ce pouvoir sera bientôt en grand péril, .l'en suis, quant à moi, profondément convaincu... J’ai une admiration profonde, plus grande que je ne pourrais le dire, pour cette admirable puissance morale, la plus grande qu’on vît jamais, qu’on appelle l'Eglise catholique. iHiimiurs à gauche) . .le désire ardemment qu elle conserve .son pouvoir de gouvernement et d'expansion dans le monde. {Rumeurs à gauche). Tour cela, je suis convaincu qu'il n’y a qu'un moyen ; c’est que l’Église ne s’écarte pas sans nécessité de l’esprit du siècle ; c’est que partout on le siècle présente des idées modérées et applicables, dcN faits qui se légitiment, des pensées qui peuvent étr(‘ admises, partout où de telles choses se rencontrent, l’Iiglise catholique, au lieu de s'en éloigner, s’en rappTOche ' . . . »

ün sait si ces conseils allaient à la grande âme de Pie IX qui les avait devancés par ses exemples et si l’avenir pourra jamais les tourner en reproches contre le glorieux promoteur de la renaissance politi(|ue et religieuse de 1 8 tO !

* .y/iffif/etf/ du 7 aoùi I8t0.

DK L'KXrÉÜITION DE ROME EX 1849. 'OC, Après ce discours, pris à la fois dans le vif cl sur les liauleurs de la question, la politique semblait avoir donné son dernier mol sur ce grave débat. Mais les passions n'ont pas de dernier mot, et M. Julesi Favie le prouva surabondamment en traitant le même sujet pendant deux séanees consécutives. Provoquer un jugement sur le. passé, et deinaudcr à rAsseinblée d’adopter un parti conforme à ce jugement, tel était le but que le Cicéron de la République, comme l’appelait ■M. Proudbon, assigna lui-méme à sa longue calilinaire. Toute l’histoire de nos relations avec l’Italie depuis février, et de notre intervention à Rome depuis le général Cavaignac, fut reprise et racontée comme si le pays pouvait en avoir rien ouljlié. Les dépêches, les instructions, les déclarations du ministère à la tribune, les ordres du jour de la Constituante, les proclamations du général en chef, tout fut habilement relu, groupé, commenté. En donnant, le 2b mai, l’oixlre d’attaquer Rome, le ministère avait-il réellement violé l’article 5 de la Constitution, comme on le lui avait tant de fois reproché? (Juestion dangereuse à traiter apn’» le 15 juin, et qui ne pouvait aboutir qu’à un nouvel et ridicule essai de miseen accusation du Gouvernement devant l’.\ssemhlée! Mais à coup sûr il avait méprisé le blâme de la Constituante et enfreint sa défense formelle de ne pas donner suite à l’incident du 50 avril. Où avait-il puisé tant d’audace? (iommenl la République, qui n’avait jamais voulu autre chose que l'indépendance de l'ilalie et la résuiTeclion de sa nationalité, s’étail-elle vue conduite à s’alliei avec 1 Au-

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triche pour frapper au cœur la lilicrlé romaine? Quelle volonté secrète, quelle inlluence myslérieu^■c et persévérante avait inspiré, soutenu, dirigé le gouvernement dans une telle résolution ? Ce n était pas à coup sûr la volonté ni l’influence de l’élu du 10 décembre. Suivant l’orateur républicain, les Bonaparte et le pouvoir temporel des Papes ne semblaient pas destinés à bien vivre ensemble. En 1809, l’empereur Napoléon décrétait que ce gouvernement était incompatible avec une saine adrbinistration. En 1851, deu.x neveux de Napoléon, dont l’un devait mourir pour la liberté italienne, et l’autre, contraste étrange, restaurer le Pape par les armes de la République française, écrivaient à Grégoire XVI pour le supplier, au nom de scs sujets en révolte, de se contenter du royaume qui n’est pas de ce monde ‘. « Suivez les exemples puisés dans votre famille, s’écriait M. Jules Favre, qui sans doute ne s’adressait plus à M. Odilon Barrot: souvenezvous de l’empereur Napoléon, dont vous citez quelquefois les leçons, et qu’il est bon en effet de citer, surtout lorsqu’elles sont glorieuses et nationales!...»

Mêlant ainsi à ses accusations contre le cabinet les insinuations de la plus adroite flatterie pour le Président, l’habile adversaire de l’expédition en faveur, du Pape, cberchait à prouver par la longueur môme du siège que la rèsistancc des Romains avaitété nationale. «Non, s’écriait-

* On n pssaye en 18i0 el depuis, de l ejeler sur le prince Cliarlcs-Nnpoléon seul l'enlière res|>onsal)ilité de celte lellrc. Celle dislinctioii entre deux frères engagés dans lu même eulreprisc, n’a certainement rien de nolde; nous regrettons d’avoir è dire, d'.iprès les fragments de la corro-jainilaiicc de l.éo- )>old Robert cités à la fm du volume, qu'elle n’a non plus rien du sérieux.

il, cc n’ctail pas une poignée de faclieu.\ qui aurait pu retenir pendant vingt-six jours dans les tranchées des soldats tels que les nôtres! Un peuple tout entier avait combattu pour sa Uépublique et sa nationalité contre l’armée de la République française! » Peut-être eût-il été plus digne de l’éloquence patriotique de M. Jules Favre de nous faire assister à cette séance du conseil de guerre où nos généraux avaient décidé que la ville serait attaquée par scs positions fortifiées de la rive droite du Tibre, sacrifiant ainsi la certitude d’un prompt succès à la gloire de ménager le sang de ses habitants et les pierres de ses monuments. Il aurait été juste aussi d’ajouter que Rome eût été emportée on vingt-quatre heures par une brèche ouverte dans le mur de la rive gauche, si nous avions pu nous douter que le peuple ne défendrait pas ses barricades et que les soldats de Garibaldi perdraient tout moral devant notre premier succès.

•Mais l’argumentation de l’orateur dut sembler plus embarrassante lorsqu’il mit en contraste, d’un côté le résultat dont nous faisions honneur à nos armes d’avoir rendu au Pape son indépendance, de l’autre, notre prétention de lui dicter les conditions de sa rentrée à Rome. Sous ce rapport, il faut le reconnaitre, la Montagne avait pleinement raison sur la politique que l’on prévoyait devoir être celle du gouvernement, et M. Favre parlait en homme d’État lorsqu’il s’écriait : « Vous n’obtiendrez rien! le Pape ne peut pas accepter vos conditions, il ne les acceptera pas. Le Pape voudra rentrer dans sa capitale en maître souverain : il le voudra non pas au nom de

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