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•son inléi tl }>ersonni'l, mais au nom île la calliolicité, ihuit il est le reiarsenlaiil. » En Icrininnnl, l’orateur sfjtnniail le ministère de dé^Mger la parole d'honneur de la l'raitci*, laissée en échec depuis les engagements de Civila- Vecchia, et de consulter, comme on le leur avait promis, tes populations romaines sur le gouvernement (|ui leur semblait préféra hle.
E'est M. de Falloux qui voulut répondre; c’est lui, en elïet, qui était provoqué. Les dénonciations de M. Jules Favre contre cette volonté occulte, persévérante, qui, dans le sein môme du cabinet, s'était raillée de ta Constituante, et, en dépit de tous les obstaides, avait déci<lé seule la restauration du Pape par la République française, n’avaient d’autre but que de signaler aux préventions ré- volutionnaircs la présence du parti cléric;d dans le gou vernement. Le ministre fit de suite trois parts dans le long discours qu’il allait réfuter ; les injures peraonnelles, les arguments rétrospectifs et les arguments plus directs puisés dans les événements qui s’étaient passés depuis la réunion de l’.Vssemblée législative. I)n n’a pas oublié avec quel accent de fierté légitime il rappela à son adveraaire que l’injure subit la loi des corps physiques et n’acquiert de gravité qu’en proportion de la hauteur d’où elle tombe. Quant à l’hisloire de la Constituante, elle lui semblait close et jugée sans appel • • par le scrutin du 15 mai. Ce jour-là le pays avait montré par les représentants qu’il avait choisis comme par ceux qu'il avait écartés, quelle politique il entendait suivre et quelle il entendait proscrire. Prétendre que
l’épéc (le la France avait él(! livrée aux mains ilc l’Autridie, c était une calomnie irulinnc de trouver un écho à la tribune française; mais dire que cette noble épeie avait été refusée à Mazzini, aux mains qui avaient tenu ou sanctionné le poignard, c'était la pure et glorieuse vérité I La vraie cause de la résistance inattendue que nous avions rencontrée, M. de Falloux la lit connaître de suite en lisant de précieux extraits des lettres de M. de tlorcelles à M. de Tocqueville, qui nous laissent regretter que cette correspondance n’ait pas été publiée tout entière. « 11 n’y a jusqu’à présent, » écrivait peu de jours apn'is son arrivée au camp l’envoyé extraordinaire qui avait remplacé ,\1. de Lesseps, « aucune prise, ni par les négociations ni par l’intiinidalion, sur les llomains dominés par la terreur immédiate des bandes étrangères qui se sont suexessivement accumulées dans cette malheureuse ville. Il est possible que quelques milliers de Romains mettent du zélé à soutenir la faction étrangère, que la populace soit passagèrement, et par suite de la prolongation des hostilités, plus ou moins excitée contre nous; maifi tenez pour certain que le principal ennemi n’est pas Romain, U est socialiste. Presque tous les prisonniers sont Lombards, Génois, etc. Personne ici ne doute que toute cette résistance ne soit étrair gère à la très-grande majorité de la population romaine. Nous n’avons affaire qu’aux débris de toutes les
révolutions italiennes, polonaises, à des réfugiés de tous les pays, qui considèrent Rome comme leur dernière forteresse. »
inSTOUlE
Éludant pn«iiilc liabilemcnt la question impossible à porter encore à la tribune des négociations poursuivies à Gaëtc, M. de Falloiix prouva par d'éloquentes digressions dans le domaine de l’iiistoire qu’en délivrant les Romains de la République et eu leur rendant la papauté, nous avions été les vrais gardiens des intérêts et de la grandeur de Rome. « Pourquoi, demandait-il, entendons-nous ses ennemis eux-mêmes réserver pour elle seule la glorieuse appellation de ville éternelle'.’ Paris est la eapilalede l’intelligence et des arts; Londres est la télt* du plus grand mouvement commercial et maritime qui existe au monde, et cependant pereonne n'a jamais songé à qualifier Londres ou Paris de ville éternelle. Ce sont les Papes et Jes Papes seuls qui valent à la cité d'Anguste de régner encore sur le monde. Sans parler de l’époque où le Saint-Siège était transféré à Avignon, époque que les bisloriens italiens appellent sans hésiter la caplivilii de Bahylone, a-l-on pu oublier que Pie Yll, après cinq ans d'absence et malgré les bienrails de l’administration française, trouva la population réduite à soixante-dix-sept mille babitanls et que, dés 18ô0, elle était remontée à cent soixante-dix mille'? Comment les hommes de progrès osent- ils parler de senitude et d'abrutissement à propos du grand pouvoir moral qui a relevé le monde de la servitude et de l’abrutissement des Césars ? Uu’ou se reporte aux origines du catholicisme, à la scission politi(iuc et religieuse qui, laissant Rome à la papauté, maintint sous le joug des empereurs l'Église des Basile et des Atiwnase ; qu’on remonte dans
DE L’EXPÉDITION DE ROME EN J84fl.
riiistoirc ces deux grandes lignes parallèles, d’un côté l'cinpirc infidèle de Constantinople et de Moscou, de l’autre l’empire orthodoxe iTc Charlemagne, et qu’on dise de quel côté sont l’immobilité et la décrépitude, de quel côté la civilisation, la lumière, la lilierlé t a Ce sont les siècles « qui ont fait cela et ils ont bien fait, a dit Napoléon, en « parlant du pouvoir temporel des Papes, ce pouvoir est « pour le gouvernement des âmes, la meilleure, la plus « bienfaisante institution qu’on puisse imaginer. »
Sans doute le ministère avait à se reprocher plus d’une faute dans la conduite de l’expédition de Rome. La picmière, suivantM. de Falloux, c’était de ne pas l’avoir continuée le 20 décembre telle qu’on la recevait des mains du général Cavaignac. Si nous avions eu le courage de faire sentir l’action elTicacc de la France dans les États de l'Église, alors que la République n’était pas encore proclamée et que la ville de Pie IX, n’avait pas subi la domination des étrangers, tout se fut borné à des négociations de quelques jours, et nous eussions évité le malheur du siège de Rome et le malheur plus grand de Novare. Mais on avait reculé à cette époque devant les arguments invoqués aujourd’hui par M. Jules Favre. Au lieu de faire, comme Richelieu, Mazarin et Louis XVI, de la- politique hardiment française, on avait hésité à secourir le Pape parce qu’il était Pape, comme le ministère du général Cavaignac avait refusé de venir en aide à Charles- .Vlbert parce qu’il était roi. Ainsi la question de Rome et de ritalie s’était vue deux fois sacrifiée aux mesquines
préventions d'un parti. Poiur le moment, les événements,
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plus loris quo les répugnances, avaient prononcé, cl il no resiail plus à la France qu’à savoir tirer le meilleur parti il'une victoire si digne d’elle!
(le discours, plusieurs fois interrompu par les murmures de la Montagne el par les applaudissements de la majorilé, mit lin à la discussion. Tous les ordres du jour motivés furent écartés par l’ordre du jour pur el simple, el quatre cent vingt-huit représentants contre cent soixaule-s4Ûze associèrent le pays entier au résultat de notre ex|)édilion de Home. Celle fois il semblait difficile de préleudre que l’.\sseinblée n’avait pas compris la portée de son vole, el que la France n’avait pas voulu le rélablissemenl du pouvoir temporel.
Mallienreiisemcnt les dilticultés ne s’aplanissaient pas aillem-s qu’à l'Assemblée législalivc, devant le charme de l’éloquence cl l'ascendant du caractère. A Gaële et à Uoine, nos diplomates et nos généraux luttaient du mieux qu'ils poiivaieni -contre les passions des partis extrêmes et contre l’incurable inertie des masses. Dès qu'il avait été question dans les conférences de l’envoi «l’une commission gouvernementale, M. de Rayneval s’élail opposé à la dt’îsignation du cardinal Bernelli, qui avait laissé un nom odieux aux libéraux pour avoir réprimé le mouvement de 1831. « Quand les gouvernants UC s'expliquent pas, écrivait à ce sujet notre ambassadeur, les noms disent tout. » Nous n’aflirmerons pas que Pie l\, qui songeait alors à confier ses pleins pouvoirs à un aller eijo, né piH faire un choix plus heureux que l' iiii-ii-n sivrétnire d’Étal de Grégoire XVI; mais nous
riK L’EXPÉDITION DE ROME EN I8i9.
iToyons que cette combinaison d’un commissaire unique i‘iit été plus favorable à notre inllucnce que celle d’une commission de trois membres. Kn outre, M. de Rayne- \al s’effraya trop, croyons-nous, du nom du caidinal Rernelti. S’il fut le ministre d'une répression devenue nécessaire, il avait été le ministre des édits de réforme, et avait dû quitter le pouvoir en 1852, devant l’animadversion de M. de Metternicb, qui l'accusait d’inebnerdu côté de 1a France. Le cardinal Marini fut proposé à sa place; mais, bien que signalé à juste titre comme un des omis les plus éclairés de l’ie IX, ce prélat avait encouru aussi, dans les débuts du régne, l'animosité du parti avancé. A dire vrai, l’embarras de nos diplomates était extrême, car ils ne voyaient personne autour du Saintl’ére qui leur parût de taille à se mesurer avec les périls delà situation. Peuplé de doctes et pieux prélats pendant le long régne de Grégoire XVI, le Sacré Collège n’avait pu se recruter dans la même proportion de personnages politiques. Le Pape se décida enfin pour les trois cardinaux Délia Genga, Altieri et Vannicelli. Le premier, neveu de Léon XH et retiré des emplois depuis le pontificat de son oncle, passait pour l'homme le plus important de ce nouveau triumvirat.
Arrivés à Rome le 51 juillet, les trois cardinaux dataient le lendemain du Quirinal, une notification qui annonçait un nouveau ministère et divei’ses mesures réparatrices, « pendant qu’au fond de son âme véritablement bienfaisante, ajoutaient-ils, le Saint-Père s’occup<; de pourvoir aux améliorations et aux institutions qui
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sont coinpaliltles avec sa dignité, avec la haute ptiissance du Souverain Pontife, avec la nature de cet Étal dont la conservation intéresse tout le monde catholique, et avec les besoins réels de ses hien-aiinés sujets. »
Ce manifeste, on le remarqua de suite, vantait le hiaa invincible et glorieux des armées catholiques qui venaient d'airacher à l'anarrhie les peuples de tous les États pontificaux, mais ne remerciait pas autrement l'armée française. C'était une faute comme toute injustice Sansdoute, quatre nations catholiques avaient signé à Gactc l'engagement de ramener Pie IX dans sa capitale; sansdoute, l’Autriche avait rendu à son autorité Bologne et toutes les Légations; l'Espagne et Naples avaient mis des troupes sur pied et occupé divers points du territoire pontifical; mais
la France seule avait pris Rome, la France seule s’était
imposée plus de sacrifices que les trois autres puissances réunies. Pourquoi donc lui refuser une place à part dans la reconnaissance du gouvernement restauré? Les cardinaux répondaient, il est vrai, que celle place lui avait été faite par le Saint-Pére lui-méme dans scs lettres au général Oudinot, et qu’ils avaient à parler, quant à eux, non pour la capitale seulement, mais pour l'État pontifical tout entier, dont ils venaient prendre le gouvernement . La vérité, qu’ils n’étaient pas tenus à dire, c’est que l'on craignait de confirmer, par un hommage public, une influence dont on croyait avoir à se inélier. Remercier les .Vutrichiens qui étaient dans lesRomagnes, les Napolitains qui étaient rentrés chez eux, et les Espagnols, qui n'avaient jamais dépassé Spolète, cela ne risquait pas
DR l/K\rÉI>lT|0!S DF, ROMK EN I84'J.
de compromcllre l’indépendance du nouveau pouvoir; mais exalter les services des Français, maîtres de Rome et hier encore niailres de l’autorité tout entière, n’était-ce pas se désarmer par avance en face de leurs prétentions? C’est à ces raisons de politique secondaire que cédaient les trois cardinaux, peu disposés, comme la plupart des Italiens, à comprendre que la reconnaissance publiquement manifestée put devenir la meilleure protection des faibles visà-vis des généreux’.
Ayant remis les pouvoirs civils aux délégués du souverain légitime, le duc de Reggio se bâta de se rendre à Gaëte, où le Saint-Père avait plus d’une fois manifesté l’intention de le recevoir. On devine que le but de ce voyage n’était pas seulement d’apporter des hommages et moins encore d’aller ebereber des remerciments. Le général voyait mieux que personne combien il importait i|ue le Pape se décidât à rentrer au plus tôt dans sa capitale. La population se montrait blessée de ce retard, la France n’en pouvait être satisfaite. Tout devenait plus difficile au dedans et au dehors, à mesure que se prolongeait une situation sans franchise et sans stabilité. Les seuls ennemis de Pie IX, absolutistes et révolutionnaires, en triomphaient : les uns, qui s'étaient montrés hostiles à ses premières réformes, osaient se dire justifiés par son repentir; tes autres, que nous venions de vaincre, narguaient notre victoire et prédisaient que nous serions bientôt forcés de venir les relever comme alliés. Sans
* Voir aux |püh;(s la lettre aJrcssi''c .lu géin'ral par les Iruis canlinaux, liés que I trii SC fut aperçu du mauvais effet de la pistclamation ilii !•’ août.
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prévoir jiisqu'ou pourrait se laisser entrainer la commission provisoire, le général voyait s’agiter autour d’elle In tourbe famélique des réactionnaires, d'autant plus ardents après le danger qu’ils avaient été plus couards pendant la lutte. Ces héros assiégeaient déjà les avenues du Quirinal, se vantant comme de hauts faits d’avoir fui ou de^ s’étre tenus cachés pendant la tyrannie de Mazzini, et prenant volontiers, en ce moment, leurs dénonciations, pour des services. Quelle déception pour le peuple romain, qui de l’ancien gouvernement n’aimait que Pie IX, si nous allions lui rendre l’ancien gouvernement moins le Pie IX qu’il aimait toujours! Et quelle leçon dangereuse à donner à une puissance comme la France!
.Malgré la force apparente de ces raisonnements, il était trop facile de voir, que le Saint-Père ne se souciait pas d’aller rétablir, en face de la Révolution toujours menaçante, un gouvernement en butte aux exigences de l’étranger. Trop d’inquiétudes, il faut le reconnaître, étaient venues troubler sa reconnaissance. Avant, pendant et après l'expédition, c’est à peine, on le sait, s’il avait été question de lui dans nos actes ofiiciels. Son droit légitime 'n’avait jamais été publiquement affirmé avant la fête du 15 juillet; son drapeau n’avait été relevé qu’après une longue hésitation, et ses ennemis circulaient librement dans les rues de Rome, n’attendant même pas sa rentrée (lour recommencer leurs machinations. Aussi les Italiens, qui ne comprennent pas le triomphe sans la vengeance,
> vo\ajcnt-ils en nous les complaisants plutêt que les vainqueurs de la République. Où iallait-il chercher nos vraies
. UK L KXPÉblTIO.N UE ROME EN ixiu. 2!i:. intentions? Ktait-ce dans le langage du gouvernement? Mais lequel? celui qu'il avait tenu devant la Constituante ou celui qu'il tenait devant la Législative? Kn tout cas, il dépendait donc d'uiie majorité de le forcer à cliangcr; i dès loi-s, sur quelles bases U-aiter avec nous, et quelle confiance accoiNier à une politique mobile comme les résolutions d'une assemblée unique et souveraine? En même temps, nos ennemis, et nous en avions à Gaëte, nous accusaient de vouloir nous faiic payer par le Pape, eu concessions libérales, l'appui toujours nécessaire de nos armes contre des dangers dont nous n'avions pas voulu l'affranchir entièrement. Plus d’un prélat, cédant à une irritation non moins imprudente qu'injustifiable, parlait de ramener le Pape dans ses États par .\ncôneel Pologne, qui étaient occupées alore par les Autrichiens. Le général Oudinot n’ayant pas caché qu’il ne verrait dans cette préférence rien moins qu’un affront pour noire drapeau, le Saint-Père protesta vivement et lui demanda si l'armée « française serait satisfaite qu’il vint se placer pour quelques jours sous sa garde à Castel-Gandolfo'. Cette offre fut immédiatement acceptée, le duc de Reggio pensant avecraison qu’après avoir ainsi honoré tout particulièrement nos soldats. Pic IX céderait aux cris de son peuple et sc* laisseraitentralncr jusqu'au Vatican. En résumé, le général en chef revint à Rome charmé d’avoir pu tout dire, et plein •l’espoir dans les bonnes paroles qu’il avait obtenuc.s.
Pendant son absence, le ministre des affaires étran-
' C.islel-Candolfo, n-sidcncc tl'éli! des papes, près du lie d'Albano. à quatorze milles de Home.
HISTOIRE
gères avait éorit pour se plaimlrc de certains actes de la commission provisoire, dénoncés par la presse. On avait relevé, assuro-t-on, des institutions frappées de la réprobation de l’Europe civilisée, telles que l'inquisition et la juridiction du cardinal-vicaire. On avait persi'cuté et chassé de la ville des hommes qui non-seulement n’avaient pas pris part aux excès de la République, mais qui s’étaient opposés à son avènement, tels que Mamiani, Pantaleoni et leurs amis. L’intérôt moral de notre armée, l’honneur même de notre gouvernement ne nous permettaient pas de rester spectateurs impassibles de semblables faits. Sans avoir d’ordres à donner aux autorités pontificales, nous ne devions pas leur ménager nos fermes avis. « Nous sommes des conseillers qui avons l’épée au côté, ajoutait la dépêche, qu’on ne l’oublie pas' !... »
Paroles déplorables dont l’Ame élevée de M. de Tocqueville ne voulait certainement pas les conséquences, et le contraire précisément de celles qu’il aurait fallu faire entendre à Gaëte ! Qu’espérer de la violence vis-àvis d'une autorité toute morale, qui échapiw par sa nature même à toute pression, et que le ministre des affaires étrangères, mieux inspiré par la tribune, devait appeler, deux mois plus tard, immatérielle^ incomiyressible, intanflible? A quoi bon une épée à côté du Pape, si ce n’est pour le défendre? Qu’on soit la plus grande des nations catholiques ou la dernière des nations civilisées, on doit com-
* \oir c^Uc lettre du i août û Jti fin du volume.
DE L'EXI'fiDITIOM DE ROME EN 1819. ^207
preixlre que s’il est une puissance au monde qu'il est honteux de menacer et inutile de vouloir contraindre, c’est celle qui règne au nom de Dieu sur les consciences. ( Tout n’ètaitpas cependant exagération et faux rapports dans les plaintes du ministre; elles avaient un fond trop réel de vérité. Ce n’est pas assurément que l’inquisition eût essayé de brûler personne! Il était même plaisant de remarquer qu’au moment où les têtes se monüiient ainsi à Paris, un bataillon français campait dans la salle d’audience de ce redoutable tribunal dispersé par la proscription et chargé depuis des siècles de distribuer des dispen.ses de jeûne, d’autoriser les mariages mixtes, de rectifier les infractions à la discipline ecclésiastique. Mais on ne pouvait nier que divers personnages politiques n’eussent été poursuivis pour cause non de délits, mais d’opinions, et c’est là ce dont nous avions droit de nous plaindre. « Soyez tranquille, avait dit le cardinal Délia Genga à M. de Rayneval en quittant Gacte, j’ai l’intention de regarder de très-prés au présent, mais de jeter un voile sur le pa.ssé ' ! Ces bonnes intentions étaient sincères, et nous les avons connues à tous les gouvernements que nous avons vus succéder à des périodes de trouble. Malheureusement le sentiment de la réaction, naturel au cœur de l’homme comme tous les mauvais sentiments, finit trop souvent par l’emporter sur les inspirations d’une politique plus généreuse, et l’on en vient, de la meilleure foi du monde, à considérer comme des criminels indignes de pitié
' Voir à la Tin du volume la lettre de M. de Rayneval. annonçant au général Owlinot le départ de Ciaëte des trois cardinaux.
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d’anciens adversaires souvent dignes d’estime, et, dans tous les cas, toujours dignes d’égards comme vaincus.
On sait qu’en Italie ce sentiment, qui s’appelle de son vi-ai nom la vengeance, a eu de tout temps la violence et la légitimité d’une passion nationale. Que la commission provisoire remit en place tous les employés d’avant le 11) novembre, qu’elle abolit toutes les lois de la République, qu’elle liquidât la situation financière en faisant perdre 55 pour 100 aux porteurs d’assignats', c'étaient là des mesures administratives d'une opportunité plus ou moins contestable, mais où, comme l’avait écrit M. de Rayneval, nous n’avions rien à voir, car elles rentraient absolument dans la compétence de la commission gouvernementale. Mais il en était tout autrement des mesures prises contre les pcisonnes, car celles-là affectaient dircctèment l’ordre public, toujours placé sous la sauvegarde de notre épée. S’agissait-il de délits communs tels que vols et assassinats? Notre concouis était tout acquis à l’autorité pontificale pour les rechercher et les punir. S’agissait-il au contraire de poursuites |K)litiques? Ün ne devait rien entreprendre sans s’ôtre concerté avec nous, et nous avions sur ce terrain droit de surveillance et même d’opposition. Seulement, cette surveillance, comment la faire accepter? cette opposition,
' l e Rouïenietnenl provisoire avoil émis, de décembre en février, pour (!IK),000 piastres en assignais, et le lriuiiivir.il pour ô millions 700 mille. C élail donc a la charge de l'Êlal une delle chirographaire de i millions 300 mille piaslrcs. Celte somme fut réduite à 05 pour 100 de sa valeur nominale. (Voir à la Hn du volume un article du Journal dr Homo, du 11 aodl 1849, qui s’autorise des mesures analogues prises par la Kraïue depuis l.a itéviilulion.)
[►E I/EXPÉniTION DE HOME EN 184H. ‘i9!»
Cfiinitieii! la produire? Sans doute, l'étal de siège avait été maintenu, les troupes romaines et françaises obéissaient encore au même commandement; Home restait sous ta main énergique de son gouverneur, Je général Kostolan, et la police dans la main vigilante d’un oflicicr supérieiude notre armée : mais la départition de l’autorité entre les agents de deux pouvoirs, l’un, protecteur exigeant, l’autre, protégé jaloux de reconquérir son indépendance, n’en était pas moins une question pratique de la plus insoluble difficulté.
LeducdcReggio,livré àpeu prèsàlui-méme depuis que M. de Corcelles était retenu à Gaëte par une grave maladie, ne pouvait plus tenir tête à la situation. Il avait d'abord essayé de réclamer la direction exclusive de la police politique, puis s’était réduit à déclarer qu’il entendait rester absolument irresponsable des faits et gestes de la police des cardinaux*. En dépit de ses elforts, la réaction se faisait toute seule et sortait de partout comme un produit du sol et du caractère national. Un décret du 14 août vint entiii lui donner une sanction longtemps désirée. La commission des trois cardinaux créait un conseil central de censure « chargé de prendre d’exactes informations sur les qualités et la conduite de tous les fonctionnaires civils, politiques, judiciaires, administratifs, de police et de tinance, quels que fussent leur rang et leur condition, qui, dans les dernières convulsions politiques, se seraient rendus
' Voir aii\ pi(Vr» deux IHlre* du général Oudinol à U commission gourct^ h' mentale des 12 cl 16 aoOl
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(lignes de punitions. » Comme de juste, les provinces n’étaient point privées du bénéfice de cette généreuse institution, et chacune d’elles avait sa consulta di censura, correspondant avec le conseil central.
On devine tout le parti (ju’une polémique malveillante sut tirer de ce comité de dix censeurs qui ne s’appela plus dès lors que le Conseil des Dix. A lire les journaux anglais et français, il ne s’agissait de rien moins, |K)ur les cardinaux, que de remplir les prisons de suspects et de retremper leur pourpre dans le sang des échafauds. Est-il nécessaire de dire que personne ne fut ni supplicié ni môme incarcéré? Ce décret, si effrayant par le vague de scs énumérations, si regrettable par l'encouragement public qu’il donnait à la délation, n’était qu’un ingénieux moyen de distribuer des passeports à l’(’;tranger aux ennemis du gouvernement pontifical, qui pouvaient avoir à se méfier des recherches rétrospectives auxquelles on allait se livrer!
Le général Oudinot refusa nettement de prêter des Soldats français pour cette besogne par trop italienne. Mais l'intimidation fut générale dans les États romains, et de nombreux émigrés, venant débarquer à Marseille et à Malte, remplirent l’Europe de plaintes fondées et de récits extravagants. L’opinion s’exaltait dangereusement ; les partisans de l’expédition romaine attribuant euxinémes aux mesures ordonnées par les trois cardinaux j)lus de sérieux qu'elles n’en devaient avoir, déploraient de voir ainsi déserter la politique de conciliation et de prudence qu’ils n’avaient cessé de conseiller; ceux qui
DE L'EXPÉDITION DE ROME EN 18i9. 5ül avaient mal auguré de notre intervention demandaient ironiquement si leurs prédiclions n’élaienl pas assez justifiées. La Chambre venait heureusement de se voter des vacances do quelques semaines, laissant à Paris une commission de permanence. Mais l'impression des nouvelles de Rome n’en fut pas moins déplorable dans le monde politique comme dans la rue. A l’Élysée surtout, on s’emportait outre mesure contre le triumvirat rouge des cardinaux, qu’on ne distinguait plus du triumvirat de la République. Le Président, plus retenu que son entourage, subissait comme autant d’injures personnelles les invectives de l’émigration italienne contre la politique de son gouvernement. Froissé au plus profond du cœur d’avoir été entraîné par la fatalité des événements à une entreprise absolument contraire aux sentiments de toute sa vie, il disait un jour à l’un de ses plus illustres conseillers : « Ah! monsieur Molé, dans quelles galères vous m’avez mis là ! »
Nos ambassadeurs, de leur côté, nous transmettaient le jugement de l’Europe. De Londres, de Florence, de Turin, deJlcrlin, de Saint-Péterabourg, ils écrivaient soit au ministère, soit à l’Flysée, qu’oii nous reprochait de nous montrer si peu libéraux à Gaéle et si peu résolus à Rome. Les uns proposaient de retirer nos troupes à Civita-Vecchia, un autre sur le mont Aventin : plusieuis ouvraient l’avis de renvoyer la commission des cardinaux, et de gouverner nous-mêmes l’État pontifical au nom du Pape et malgré lui. Être maîtres de la situation et ne pouvoir se faire écouter, avoir la force et laisser a d au-
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1res riulluclice, celait avouer que nous étions vaincus dans notre victoire et prêter à rire aux cJiancelleries comme aux journaux.
l’n moment le Prince-Président songea à désavouer, par une note au Moniteur, tous les agents diplomatiques et militaires qui avaient été mêlés à la direction des aflaircs de Rome ; mais on dut reculer devant la pensc*e de rompre par un casus beUi ofliciel avec les puissances qui étaient réunies en conférence à Gaëte. Le général Oudinol, plus directement responsable, fut seul sacrifié. Sous le prétexte honorable que l’armée d'occupation allait êlie (îonsidérablcment diminuée, le vainqueur de Rome reçut à la fm du mois d'août l'ordre de remettre le commandement au plus ancien de ses généraux de division, et de rentrer en Fnnce.
Les plus éclatants honneurs furent rendus par la municipalité au général qui allait quitter Rome après l'avoir l emisc intacte et pacifiée aux mains de son souverain. Le duc de Reggio, nommé citoyen romain, vil son nom inscrit au Capitole à côté de ceux dont la ville éternelle garde la mémoire'. Rien que glorifiant l'arnsée entière dans son chef, ces témoignages né lui semblèrent pas
' La plaque tltr inarbt'C placée au Capilülc porte l'inscription suivante^
\ll. KAL. tsL^TEIIBU. AN. V. C. >IM. I>CII. PU IX. f. M. IIll. l?l ÆOIHVS CANTOUMv tIRI. CVItATOHf> VRBIS. CV|i rONVKNISSENT, VKHBV FACTA 8VICT Hf: VICTOIIE.
•ivniNOTio. iiHLi.n nvcK, qvi i.v»i. PRirrKCTYs. f.vckrcitvi. gallobvm itaico, PONfincif. l'OTE'iTAIIS. ET PVBLILi: I.IIIERTAT1>. HK&TITVFND* CWM. UtVE- T, sTUK!«V»-. MflENTEH. fEl ICITmo. BEM. CKÎt^lT M'.V. Hll ITVMQfE. VIR ; VTE. • JVIV1I AMUO>. '•loi. I*ET1SXIT. EA I»E RE PL.XCVIT. CVIU. '(T.MISIIA. SIÜVVTVM 1P$IV*. I»VLl<. IMVGINE. QVOl» POPVU ROV\M. VOI VNT.ATI > . AVCTOBl. l'An- -'inV\T'»RI. VEfKRVW IIONVMEXTOBVNI TESTAItFTVR.
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une réponse suffisante aux calomnies propagées en Europe sur le prétendu bombaixlemcnt de Rome par les Français. On répétait chaque jour que d’irréparables dégiUs avaient été commis, et qu’à la honte d'avoir porté les armes contre la liberté d’un peuple, nos soldats joinliraient celle d’avoir dévasté le sanctuaire de la religion, de l’histoire cl des arls. La lettre au bas de laquelle Mazzini avait obtenu les noms de quelques consuls étrangers complaisants ou terrifiés, avait donné à ces inventions une déplorable apparence de réalité oflicielle. ffune première enquête, faite aussitôt après la prise de la ville, il était résulté la preuve que le dommage causé aux monuments par notre artillerie avait été de fort peu d’importance. Mis en face de cette constatation matérielle du mensonge qu'ils avaient autorisé de leurs noms, les consuls, signataires de la protestation publiée quelques jours avant au Moniteur romain, s’étaient retranchés dans les plus piteuses explications « Plusieurs de ces me.ssieurs ont déclaré, écrivait M. Charles Baudin, secrétaire de l’ambassade française, dans son rapport au général Oudinot, que, retenus dans leurs maisons pendant le siège et hors d’état de juger par eux-mémes l’étendue réelle des préteniTus désastres dont on leur parlait, ils avaient laissé surprendre leur bonne foi et leur signature. L’un d’entre eux a reconnu, dans un écrit que j’ai sous les yeux, que sa signature apposée au bas de la lettre collective à vous adressi'*e le 24 juin lui avait été « commandée par la terreur sous impression de laquelle on vivait alors, » et l’appréhension où il était « qu'un
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lUSTOlRE
soi
refus de sa pari n'eût pu compromettre la sécurité de ses nationaux'. »
Craignant de n'avoir pas fait encore assez pour anéantir une imputation qui avait pris place dans tous les récits cl retenti à toutes les tribunes de l’Europe, le général Oudinol avait nommé une commission d'artistes et d'archéologues italiens et français pour vérifier et compléter le rapport sommaire de M. Ch. Baudin. Après un lent cl minutieux examen de quatre-vingts monuments ou objets d'art, qu’on avait dit abimés par notre ariillerie, la commission mixte concluait en ces termes : « La commission ne craint pas d'assurer que pas un seul des remarquables monuments atteints par le feu des batteries françaises n'a été détruit, et que, parmi ceux d’un intérêt secondaire, aucun nest tellement endommagé qu'on puisse le considéra comme étant enlevé pour toujours aux amateurs de l'antiquité et des beaux-arts. Cette déclaration est franche, et la commission a le droit et le devoir de la rendre publique, surtout loi-squ'ellc se rappelle les calomnies publiées pendant le siège de Rome dans le journal officiel et dans les autres feuilles qui lui servaient d’écho... Les démolitions, les ruines accumulées dans la campagne de Rome entre la porte du Peuple cl 1« porte Saint-Paul, par ordre du gouvernement romain, sous le prétexte de la défense, étaient de véritables actes d’ininlelligencc cl de vandalisme, puiscju ils ne furent commencés qu’aprés que la tranchée cul été ouverte du côté de la porte Sainl-Pan-
' Rapport de M. Cluirlr'a Baudin, du 14 juillet 1849. (Voir 4 la Gn du Tolume une curropoiidaiicc du Times et diverses autres pièces sur le même sujet. }
crace... Le chiffre des dommages occasionnés par les défenseurs est infiniment plus élevé que celui des pertes causées par les assiégeants ; et cependant il est de beaucoup inférieur à ce qu'il serait, si l’on y ajoutait l'enlè vement des métaux précieux opéré par ordre du gouvernement'. î>
Laissant ainsi l'armée vengée d un outrage sous lequel ses ennemis romains ou autres avaient voulu déshonorer sa victoire, le général Oudinot quittait Rome au moment où un officier d’ordonnance du Président y arrivait, porleui’ de dépéclies pour son successeur.
’ Rapport de la comminsion mixte intlUuée à Rome pour rotulaler tes di'ijitê occasionné» aux monument» et étabtisaement» artistique» par le» année» belligérante* pendant te siège de cette vitle. Paris, imprimerie natii>nale, 1850.
Cette commission se composait de MX. Alaut, directeur de l’Ac.nd^niie de Kraiicu i Rome; le commandeur Campana, arrhi-ologiie ; Diirantini, profeaseur à l’Académie de Saint-Luc ; de Fabris, directeur general des g.ili'riea et et musées pontincaux ; Kolb, consul général du Wurtemberg; la'blaiic, lieutenant-colonel du génie français ; le chevalier Lemoync, de l'Acidémie de Saint-Luc; le clievalier Magrinl, attaché honoraire à la légation des Pays- Ris; Orioli (François), arcliikilogue; le commandeur Saivi, professeur i l'.Acadéinic de Saint-Luc; le comte Vespignani, architecte; le commandeur Yisconti. commissaire des antiquités de Rome. Son travail, remis le 15 août an général en chef, forme un beau et curieux volume publié par le ministère des arfairca étrangères.