‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 15 sur 34 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

l.e l’ré>itl('iU lil au conseil des ministres une lettre écrite par lui à l’un de ses oITiciers d'ordonnance, parti Ha veille pour Rome. — Vérilalili' caractère de la lelire à Edgard Ncy. — Assez insignlliante comme document diplomatique destiné à rester secret, elle ne devait prendre de l'importanoe que par la publicité qui lui serait donnée. — Il est convenu entre les iiiinistre.s et le Président qu’elle serait simplement communiquée parle lieutenant-colonel Ney au général de Itostulan. — Les dispositions connues de l'esprit public en France assuraient à son auteur un succès populaire, si jamais elle venait à être mise au jour. — L'opinion fran(aise a toujours pris parti pour le jtouvoir laïque contre le pouvoir religieux. — .Arrivé à Rome, M. Neyva lire la pièce dont il est porteur au gétièntl Rostolan, et lui demande, de la part tlu Président, de la porter k l'ordre ilu jottr de l'artnée. — Refus du génér.il et raisoits de ce refus. — I.a lettre, imprimée dans un journal de Florence, est répantlue à Rome malgré la délettsc du général en citef. — Elle est publiée le 7 septembre dans le Moniteur français. — Consternation des calhollqitcs. — M.de E'allottx, éloigné de Paris depuis quelques semaines, se bitc d'y revenir. — Sa conférence avec le Prittce-Pré.siilctit. — .Note au Moniteur du 10 septembre, qui déclare que la communicalton de la lettre, faite pr le Président i ses ministres, avait été pttremenl cnnfidetttielle et excluait toute idée de publicité. — Cette note est considénie comme le désaveu de la lettre. — Colère et railleries contre le Président ilaiis les journaux avancés.

Les insistances continuant auprès du général de Rostolan pour obtenir la publication officielle de la lettre à Rome, cet officier général persévère dans son refus et envoie sa démission. — Opinion de Napoléon sur l’obéissance pssive. — Grand service rendu par la fermeté du général Rostolan.

KlTct pro<luit i Gactc pr la lettre du Président. — Au lieu de venir è Cistcl- Gamlolfo, comme il se dispsait i le faire, le Pape se retire de Gacte i l'nrtici. — Le molu proprio. — L’amnistie. — Funeste inllueace de la

HlSTOinE DE L'EXPÉDITION DE ROME EX 18i9. 507

lüllrei Eilganl Ney sür ces deui actes. — Detnamles de nos plénipotentiaires écartées au dernier moment après avoir été accordées.

I.WsscmIilée législative et la lettre du l’ré'sideiit. — Rapport de M. Tliicrs du 13 octobre. — Discu.ssion le 18 et le 19. — M. de Tocqueville. — M. Mathieu {de la ünmic). — M. Tliuiiot de la Rosière. — M. Victor Hugo.

M. de Montalciuliert. — M. Odiloii Uarrot. — Onire du jour de M. Victor Hugo, approbatif de la Icttie du Président, repous.sé par 109 voix contre 180 qui votent pour l'ordre du jour pur et simple. — Ce que l'.l8.'emblée a voulu dire an Pape |>ar ce vote.

Pie I\, ras.^urt' sur les intentions du gouvernement fran^-ais, se dispose à revenir i Ruine à la lin de nnveiiilirc. — Le message du ôl octobre lui l'ait de nouveau abandonner ce projet. — I.e iiiiiiislère d'action. — Rruits de coups d'Ftat démentis avec indignation par le Uoitileur du 10 novembre. — Mission de S. Km. le cardinal archevêque de Dourges auprès du Saint- Père. — Pic IX, ae décide à rentrer dans sa capitale. — Journéi' du 13 avril 1850. — Phase du coup d'État où la France fait rclâcbo à ses instances libérales auprès du gouvernement pontilical. — Date où doit s'arrêter celle lii'loire.

Les choses en étaient à ce point de complication à Home et d’irritation à Paris, lorsque, dans une réunion du conseil des ministres où M. Passy lisait un l'apport sur les finances, le Président de la République fit passer incidemment et confidentiellemenl à M. de Tocqueville, puis à M. de Falloux, une lettre qu’il venait d’adresser à l'un de s«;s ofliciers d’ordonnance, envoyé en mission auprès du remplaçant du général Oudinot. Cette lettre, dont lecture fut donnée avant la fin de la séance, ne proiluisit pas tout d’abord sur ceux qui l’entendirent l'elTet qu’elle devait produire sur le public. Le motif en est lacile à deviner : elle se présentait, en effet, modeslement, •^ans prétention officielle et sous des formes familières qu’on n’a plus retrouvées dans le document inséré (|uelipies jours après au Moniteur. Elle était d’ailleui's gracieusement communiquée pur son auteur, mais nullement mise en délibération. Pouvait-elle passer pour un ma-

HISTUIKË

- nil'eslc de gouvernement? L’idée n’en vint à pci'sonne, puisque en môme temps qu’on en révélait l’existence aux ministres, on leur annonçait qu’elle était partie depuis vingt-quatre heures. A chose faite, conseils pris. Il n’était plus temps de se demander s’il eût mieux valu ne pas la faire ou la faire autrement, mais il importait de savoir si c»ît acte tout personnel au Président deviendrait jamais un acte public. Sur ce point, et bien que par le ton d’intimité de plus d’un passage on eût semblé vouloir aller audevant du soupçon pour le détruire, il fut répondu sans hésitation qu’elle serait tout simplement mise par M.Noy sous les yeux du général de Rostolan. Que les sentiments exprimés dans cette lettre eussent plus d’un adhérent dans le conseil des ministres, nous avons lieu de n’en pas douter ; mais que la proposition de livrer aux journaux une pièce pareille eût 1a moindre chance d’étre accueillie, c’est à quoi ne pouvaient songer ni le Président ni aucun de ses confidents.

A défaut d’objections d’un ordre plus élevé, le premier obstacle à ce projet eût surgi naturellement des dissentiments qui existaient au sein du cabinet sur la manière d’entendre et de conduire les affaires de Rome. La lettre elle-même n’aurait pas eu dans tous ses détails l’appro bation de ceux qui en adoptaient l’inspiration première. On savait, par exemple, que M. Odilon Barrot n’admettait pas comme sérieuse l'idée de décréter le Code Napoléon à Rome. Dans cette formule empruntée au vocabulaire traditionnel de l’opposition, il ne voyait qu’une étourderie de la vanité nationale et s’en était expliqué en termes

assez vifs. « Le Code Napok'on chez le Pape, avait-il dit, savez-vous bien ce que vous exigez là? Est-ce par ha.sard , le mariage civil que vous prétendez lui imposer? Est-ce le principede l'incompétence absolue de l’État en matière de foi? Est-ce l’entière séparation du spii ituel et du temporel? Mais c’est une abdication et non des réformes que vous demanderiez ainsi au pouvoir pontifical. Or, sauf l’état des personnes qui parait inconciliable en plus d’un point avec la souveraineté particulière au Saint-Père et nécessaire à la chrétienté, ignorez-vous que le Code Napoléon était romain avant d’être français?... » Ainsi, le jurisconsulte homme d’État pressentait la puissante réfutation qui devait être faite de nos jours de cette banale utopie'. Quant à M. de Falloux,il devait nécessairement en penser au moins autant que .M. Barrot sur ce point spécial, et ne pouvait, en outre, que réprouver, en thèse générale, le projet peu filial de présenter au Pape des sommations respectueuses dans le Moniteur. Parlant le soir même pour les eaux, il s’était fait répéter, avant de quitter le conseil, l’assurance que cette lettre n’était en aucun cas destinée à la publicité, et n’avait voulu y voir, comme tous ses collègues, qu’une salisl'aclion accordée aux sentiments connus du Prince-Président.

Béduite à cette signification, la lettre à Edgard Ney, pour lui donner le nom qu’elle gardera dans l’iiistoirc, n'était ni un scandale ni même une innovation par trop

' Voir la deuxième partie du beau livre de M. Sauzet, inlitui : Doni(’ tlevaul r Europe, dans lequel la polilique et le palais ont reconnu éiralemciil iiii de leurs maîtres.

310 HISTOIltK .

téméraire; elle ne faisait, après tout, que répéter en les exagérant les prétentions et les insistances de nos agents politiques à Gaëtc. Dans la forme elle dépassait, il est . vrai, le conseil pour atteindre à l’exigence; mais le silence devait tout couvrir, et c’est surtout en diplomatie qu'il est vrai de dire que le papier souffre tout. Si jamais on venait' à réaliser pour tous les États ce que l’on a fait si heureusement pour la République de Venise, et que les correspondances secrètes dés ambassadeurs fussent produites au grand jour, la lettre du 18 août prendrait, on peut l’aflirmer, un rang des plus humbles dans cette exhibition. Ëlle ne disait absolument rien de nouveau et n’indiquait aucun moyen de se tireid’une question dont elle compliquait à plaisir les embarras. La publicité seule allait lui donner, avec l’importance du nom qui l’avait signée, la portée d’un acte politique.

Maintenant était-il présumable que ce document, si " visiblement destiné à faire du bruit, n’avait été rédigé que pour passer de la poche discrète d’un aide de camp dans les archives de la légation française à Rome? Pour qui, en vérité, aurait-il été écrit? Serait-ce pour le destinataire dont il a gardé le nom? Mais M. Ney n’avait nul besoin de connaître la pensée du chef de l'État sur le gouvernement des cardinaux; il n’allait pas a un congrès, il n’était pas un diplomate : il était tout simplement un aide de camp portant des dépêches. Était-ce pour le Pape? Mais on savait trop qu’il ne pourrait qu’en être froissé et par le fond et par la forme. Était-ce, comme on l’avait

prétendu, pour le général en chef cl nos chargés d'allaires’.' Mais à quoi bon dans leurs mains ce document do plus, non officiel, contestable, personnel, et où d’ailleurs il y avait pour eux tant à retrancher et rien à ap- ' prendre?

Mais il s'en fallait qu'il en fût du public comme des diplomates, et c'était bien à lui, comme le prouva la conduite de M. Ney à Rome, que la lettre était adressée. Le public, lui, ne savait rien de la question romaine, sinon qu'un Pape libéral et clément avait été chassé de son palais par des hordes criminelles, et que l’aiméc française devait l'y ramener libéral et clément comme il en était sorti. Que Pie IX se fût prêté trop complaisamment au noble désir de voir tout le monde heureux autour de lui, qu’il fût sage et peut-être nécessaire de profiler d’une lamentable expérience pour restreindre d’imprudentes concessions, c’est ce que pensaient quelques l)ons esprits, mais ce qu’on eût tenté vainement de persuader au grand nombre. L’opinion française, entend que l’on fasse toujours largo mesure de droits et de libertés aux peuples dont elle épouse la cause. Elle n’est pas, cela est vrai, sans avoir consenti pour elle-même à de regrettables réductions, mais elle est intraitable, s’il s’agit de quelque voisin opprimé. Au rebours du précepte égoïste sur la charité bien ordonnée, nous faisons volontiers commencer notre liberté par les autres, allant nous battre |K)ur la république en Amérique avant de la rapporter chez nous, et fondant des gouvernements constitutionnels au delà de nos frontières pendant que nous nous conten-

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tons en deçà d’un régime moins avancé. On n’est pas im-, punëment le peuple de 89, un peuple de philosophes et de soldats! Rien d'humain ne nous semble étranger, sinon parfois nos propres affaires. Le monde est le client de notre Révolution; elle plaide et gagne pour lui les causes qu’elle a tour à tour gagnées et perdues pour nous. Toute atteinte portée, n'importe où, à certains principes dont elle vit, à l'égalité démocratique tout d’abord, lui semble une intolérable provocation. Le mot d’ancien régime lui est naïvement odieux ; la prédominance, sur un point quelconque du globe, d’une noblesse ou d'un clergé, l’exaspère et lui mettrait volontiers les armes à la main. Qu’on veuille bien y prendre garde, ce que le vulgaire reproche implacablement à l’Angleten’e, ce n’est ni sa liberté ni sa puissance, ni sa politique dominatrice, ni son industrie conquérante; c’est tout d’abord d’avoir gardé du moyen âge un corps privilégié qu’on appelle l’aristocratie. Et contre le gouvernement du Pape, tous les griefs ne se résument-ils pas dans un seul, l’existence d’une caste privilégiée, d’un clergé qui se mêle d’administration et de politique?

Concluons donc, sans trop de témérité, que si le pouvoir temporel .des Papes est encore populaire en France, c’est peut-être parce qu’il rappelle au monde Charlemagne et les glorieuses traditions des largesses de nos anciens rois, mais ce n’csl pas à coup sûr pour lui-même. 11 n’est pas de nation qui se soit armée plus souvent pour la défense du Saint-Siège, et il n’en est pas non plus que les déclamations contre les empiétements du clergé trouve

pins crédule et plus prompte à toutes les violences. En aflirmant que la loi est athée et doit l’être, on a révolté le sentiment modéré de notre temps; mais celui qui a dit plus sensément : La ht est laïque et doit le rester, a parlé le \Tai français du dix-neuvième siècle.

Cette confession du siècle, dont assurément l’auteur de la lettre à Edgai-d Ney avait entendu quelque chose, ne serait pas complète si nous n’ajoutions que l’idèe de l’indépendance nécessaire de la Papauté est loin d’ètre arrivée chez nous à la rigueur d’une règle sans exception. Indépendante de l’Empire au moyen âge, indépendante de l’Espagne au seizième siècle, indépendante de l’Autriche dans le nôtre, cela va sans dire, nous l’avons voulu et nous le voudrions encore au prix des plus longues guerres; mais, indépendante de la France elle-tnôme, on semble ne pas en apercevoir la convenance. Nous avons toujours été Guelfes en Italie, mais à condition d’y mrplacer les Gibelins. « Comme Français, disait un oi'atcur catholique' rappelant les scènes de Fontainebleau entre un vieux moine prisonnier et le maître du monde, je me sens obligé à beaucoup d’indulgence! » Cette naïve indulgence va, sans qu’on daigne le remarquer, jusqu’à la complicité. Depuis les brutalités de Nogarct jusqu’aux bravades du marquis de Lavardin, le préjugé national ne s’est jamais lassé de donner raison au pouvoir laïque contre le pouvoir clérical, et nos historiens de prendre parti pour nos rois contre les Papes. Il a fallu que Pie VII fôt persécuté dans

* M. Granier rie Cassagnac, rapporteur du projet d'adresse pour 1801.

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sa personne, il a fallu le voir, au lendemain des setoes d(‘ 95, passer sur nos grands cbemûis escorté par les gen> darmes de l’Empereur, pour qtm la pitié publique se soit rangée 4e son oété. Encore ne fut-elle pas asseï puissante, on le sait, pour, refouler les adulations oflieielies etdfsicei- 1er toutes les lèvres qui auraient dû parier I D'instinct et de tradition, la France est portée à croire qu'elle doit dominer à Rome. Quoi d' étonnant si, ne pouvant. plus y prétendre par l'inlluenee, depuis qu’elle s’appelle la Révolution, elle , a tenté plusieurs fois d’y atteindre par la force? Le pouvoir temporel des Papes est si bien son ouvrage, qu’elle réclamerait volontiers comme naturel le droit de reprendre ce qu’elle a concédé. On cite toujours, et l’on croit réver en le lisant, le décret de Schœnbninn, par lequel Napoléon revient a, sur la donation de son prédécesseur Charlemagne. » Mais, moins d’un »ëcle et demi avant, l’ambassadeur de Louis XJY ne reprochait-il pasjà Innocent XI, qui s’était permis de réduire les franchises exorbitantes , du quartier de l’ambassade française à Rome, « $ott ingratitude envers la maison de France, à laquelle le Pape est redevable de la plus considérable partie de sa grandeur temporelle'? » , . . i.

On sait d’ailleurs si ces dispositions de l’esprit public risquaient de trouver la moindre çontradiftion dans les sentiments du Prince-Président. Sa lettre contre le gouvernement des cardinaux, en même temps qu’elle flattait une des secrètes faiblesses du pays où il exerçait un com-

• Protestation du marquis de Lavardin contre la Imllc de Sa Sainteté le Pape Innocent XI.

r*E L’EXPÉDITION DE ROME EX 1 849. 31&

nienccment d’autorité, répondait aux plus ardents souvenirs de sa jeunesse. Il n’en faut pas davantage pour expliquer tout à la fois quelle ait été écrite et qu’elle ail été publiée. Si noys avions à déterminer son caractère le plus saillant, nous .dirions que rien n'y manquait de ce qui est parfaitement inutile dans un vrai document diplomatique et parfaitement à sa place dans une proclamation., « On voudrait, disait-elle, donner pour base à la rentrée du Pape la proscription et la tyrannie : Dites de ma part au général Rostolan qu’il ne doit pas permettre qu’à l’ombre du drapeau tricolore on commette aucun acte qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention... J’ai été personnellement blessé, en lisant la proclamation des trois cardinaux, de voir qu’ils n’ avaient pas même fait mention,, du nom de la France ni des snuffiances de. nos braves soldats. .Toute insulte faite à notre drapeau ou à notre uniforme me va droit au cœur, et je vous prie de bien faire savoir que si la France ne vend pas scs services, elle exige au moins qu’on lui sache gré de scs sacrifices et de son abnégation. Lorsque nos années firent le tour de l’Europe, elles laissèrent partout, comme trace de leur passage, la destruction des abus de la féodalité cl les germes de la liberté. 11 ne sera pas dit qu’en 1849, une armée française ait pu agir dans un autre sens et amener d’autres résultats. » , . ■

.. Puis, résumant les conditions de la rentrée du Pape dans une adroite énumération qui ne laissait en dehors ni un sentiment généreux ni une prévention malheureu.se, le Prince-Président demandait l’amnistie, la sécularisa-

HISTOIRE

lion de l’administrâtion, le Code Napoléon, un gouvernement libéral.

A peine arrivé b Rome, le lieutenant-colonel Edgard Ney allait lire celte lettre au général Rostolan, et lui demandait de la mettre à l'ordre du jour de l'armée. On devine l’étonnement du nouveau commandant en chef. Aux prises avec une situation qui aurait embarrassé plus d’un diplomate, il se fia hardiment aux inspirations de sa conscience, et répondit qu'il ne consentirait jamais à ruiner de ses mains l'œuvre achevée par notre armée en lieux mois de travaux et d’héroïsme. Connaissant à fond la ville où il commandait depuis le 5 juillet, il ne pouvait douter un instant qye la publication de la lettre de Louis- Najwléon ne fût destinée, contre le gré de son auteur, à tourner au triomphe de nos ennemis et à l'humiliation de notre autorité. Signée du Président seul, elle ne lui paraissait d'ailleurs revêtue d’aucun caractère constitutionnel, et n’engageait pas le ministère, qui, dès lors, resterait libre de la désavouer. On s’exposait ainsi, sans la moindre urgence et sans le plus léger profit, à diviser le gouveiTiemenl, qui, devant l’étranger surtout, doit toujours se montrer uni. Le général consentait donc à recevoir, à titre confidentiel, cette importante communication, prêt à en tenir compte respectueusement, comme de l'opinion du premier magistrat de la République, mais il refusait absolument d’en laisser rien connaître à l’armée ni aux Romains.

L’aide de camp, moins préoccupé de peser la valeur des graves raisons qu'on lui opposait que d’exécuter une

liK L-KXl*f:ilITIO.\ DE ROME EN 184».

consigne, ne déguisa pas qu’il avait ordre d’obtenir l’insertion de ce document dans le Journal officiel de Rome, et remit au général une seconde lettre du Président, qui confirmait à la fois le contenu de la première et l’injonction transmise par M. Ney de la rendre publique. M. de Rostolan s’obstina noblement dans son refus; ce n’était pas, suivant lui, la peine d’avoir chassé Garibaldi pour reprendre nous-mêmes son œuvre et relever ce que nous avions abattu. L’insistance de M. Ncy s’étant produite alors en termes plus vifs, le général dut lui rappeler que personne n’avait le droit de parler devant lui sur le ton de la menace, et qu’il le ferait arrêter, si, maigri* sa défense, la pièce dont il était porteur venait à être imprimée dans le rayon de son commandement. Peu de jours après, l’envoyé du prince Louis-Napoléon étant reparti, la lettre, qui avait circulé à Rome en copies manuscrites, y était répandue à profusion dans le Moniteur toscan.

En même temps, une dépêche télégraphique, partie de Paris le 6 septembre et provoquée par le rapport de M. Ney sur son entrevue avec le général de Rostolan, signifiait à ce général que le ministère désirait, comme le Président, la publication de cette pièce à Rome. Ne mettant pas en doute que ce désir ne fut immédiatement obéi, le gouvernement insérait la lettre désormais historique au Moniteur du lendemain '. Les catholiques, qui en étaient restés aux déclarations faites au nonce parle candidat à la prési-

* Voir le Jfom'lÉlw du 1 septcinbi c 18W

518 HISTOIRE

(lence, furent constcinés et refusèrent de croire au témoignage de la feuille oHicielle. Un ou deux de leurs journaux osèrent cependant signaler la serre de l’aigle impérial souscet acte d'audacieuse initiative. Mais, sauf quelques banales réserves de défiance, l'acclamation fut unanime dans les partis révolutionnaires. Tous, depuis les socialistes, encore frémissants des proscriptions du 13 juin, jusqu’aux purs républicains de février, qui avaient sur le cœur la déroute du 10 décembre, se montrèrent disposés à tout pardonner et à tout permettre au pouvoir, pourvu qu’il consentit à leur sacrifier rétablissement temporel de l’Église. Grave révélation, qui ne devait pas servir d'avertis'sement suffisant à ceux qu’elle menaçait !

Éloigné de Paris pendant que tous ces événements venaient de se passer, M. de Falloux so héla d’y revenir aussitôt que le Moniteur du 7 lui eut apporté la fameuse lettre. Représentant plus spécialement dans le cabinet les intérêts catholiques, il était, on peut le dire, atteint personnellement par cet éclat inattendu. Absent, mais avec la promesse que la pièce, dont il avait eu connaissance avant son départ, resterait secrète, il avait en outre le droit de se dire trompé. Le soir même de son retour à Paris, et sans avoir cherché à joindre aucun de ses collègues du ministère, dispersés à la campagne dans c^tte saison, M. de Falloux se présentait à l'Élysée. Le Prince- Président, bien que rentré tard avec des invités et sur le point de passer à table, voulut recevoir de suite son ministre. La conférence fut longue. Que s’y passa-t-il? Nous n’avons le droit de savoir qu'une chose, c’est que

IIE L'EXPÉDITION DE ROME EN I 8 iSI. 319 M. de Kalloux, qui avait commencé par déposer sa démission entre les mains du prince, n’en sortit qu’api-ès avoir rédigé, d’accord avec le prince lui-méme, une note qui parut dans le Moniteur du lendemain. Cette note était d'autant plus nécessaire, qu’aprés la publication de la lettre à Edgard Ney, une feuille ministérielle s'était cm autorisée à affirmer que tous les membres du cabinet, sans excepter celui qui tenait le portefeuille de l’instruction publique et des cultes, avaient pleinement adhéré à

document. La rectitication du journal officiel était mnçue en ces termes : « l.a note publiée dans la Patrie n’a pas été communiquée à M. de Falloux ; il n’eut pu en autoriser les termes. La communication de la lettre du Président a été purement officieuse et excluait toute idée de publicité'. »

Ce désaveu si explicite, airêté entre le ministre et l’auteur de la lettre, aurait pu, assure -t-on, être envoyé au Moniteur en termes fcneore plus formels. Après avoir insisté longtemps, en effet, pour que la démission de M. de Falloux fût retirée, le Président lui aurait spontanément offert un projet de rédaction qui lui donnait, au détriment de la pièce insérée au journal officiel du 7, la satisfaction la plus entière et la plus inattendue. Mais le ministre catholique jugea que celle qu’il avait obtenue suffisait aux intérêts qu'il avait à cœur de défendre. Du moment où il consentait à ne pas entraîner par sa retraite la dissolution d’un cabinet qu’il croyait nécessaire au maintien du bon

' Mouileur du 10 leptembre 1849.

HISTOIRE

acrord entre la majorité cl le Président, il devait veiller à ne rien laisser passer de ce qui aurait rendu plus difficile, et probablement impossible, la durée de ce môme cabinet.

La note du 10 septembre eut, d’ailleui's, un vrai succès de scandale dans les journaux qui avaient conseillé ou applaudi la politique de la lettre. Cette scène entre le Président et l’un de ses ministres, diversement racontée le lendemain, fournil le texte aux plus audacieuses attaques contre le caractère de celui qui semblait avoir consenti à renier ses actes'. Louis-Napoléon fut bafoué par ceux qui le vantaient la veille, pour s’ôtre, disait-on, laissé imposer une rétractation par le représentant du parti religieux. Les journaux graves comme les journaux pour

' Lfi Sational du 15 septembn?, entre mitres, so pinissit i citer IX’ntUR (jui lousil l’esprit coiiciliiiteiir, l’esprit de bonne et cordiale entente que le Président delà llépiibliqiio avait apporté, dans la solution de cet incident; puis i’Univeri, qui montrait M. de Falloui entre M. Tbiers et M. l.ouis Bonaparte, agenouillés tous les deux, et le priant de reprendre à tout prix cette fatale démission; puis l’/lmi rfe la Heligioii. qui prétendait qu’il ne resterait de cet incident qu’un sévère avertissement pour le Président delà République. Après quoi, le fiational ajoutait pour son compte.’ a M. le Président de la République, s'il s’accommode de ce langage plus que péremptoire ; s’il accepte ces leçons, ces châtiments publics, ces nasardes à lui données, en place publique, par une poignée de sacristains, est doué d’un meilleur naturel que la plupart des hommes; son esprit conciliateur est audessus de tout éloge, et il ne manque à tant de vertus qu’un seul mérite, celui delà vraisemblance, v

Puis, passant aux membres du cabinet qui avaient inspiré le communiqué de la Patrie, et sur qui, scion lui, retombait la note du Moniteur, le journal radical leur disait : < Maitre du terrain, M. de Falloux n’j supportera palongtemps des collègues incommodes, auxquels il a donné l'exemple d’une volonté ferme, et qui n'ont pas su comprendre ce qu'un homme d'Étal gagne à se montrer résolu, s èious pourrions multiplier lus citations de cette force, mainous piéfciens renvoyer les curieux aux journaux de cette époque.

DE l/EXi'ÉDITION DE ROME E.\ i819. 331

rire se livrèrent à un véritable assaut d’invectives et d’impertinences contre te chef du pouvoir exécutif. S’il • avait fallu juger par la violence de ces déclamations de l’importance de la concession accordée à M. de Falloux, on aurait pu croire que la cause de l’Église venait de remporter quelque victoire décisive.

Telles qu’elles étaient, ces paroles, les premières que le gouvernement eiit prononcées depuis la publication de la lettre au Moniteur, signifiaieut tout ou moins qu'on regrettait que cette publication eiUélé faite. Dès lors, il était naturel de penser que le programme, qui avait rallié dés le premier jour de si inquiétantes adliésions, allait être lui-mème abandonné. « M. de Falloux rentrant très-lionorablcment au ministère, avait dit fort sensément VUnivers, la lettre du 18. août est purement et simplement retirée. » En dépit des provocations incessantes de la press(î opposante, qui cliercliait à fomenter des divisions dans les rangs du miiiislère, on se bâta de convenir qu’il ne serait plus question de cette malheureuse affaire jusqu’à la rentrée de la Législative, qui était d’ailleurs (rès-prochaine.

Il parait certain, cependant, que les insistances continuèrent auprès du général en chef de l’armée expéditionnaire pour que la lettre rcçûDà Rome la consécration officielle qu’elle avait reçue à Paris. Mais l’obstiné Rostolan, comme l’appelle M. Perrens', opposa fort adroitement le Moniteur du 10 au Moniteur du 7, et le

* Deux atiede ri'volutiim tu Italie-

IIISTOlKK

Journal lie Rome vcala ftînnô à ce ilaiiffcreux dociinieiil. Ce fut là, qu’on iiousporincUc de le rappeler, un immense service rendu par la fermelé d'un vieux soldai à la caus»* de l'ordre et de la paix eni'opêenne. I.a commission gouvernemenlale se préparait à sortii’ de Rome avec tons les fonctionnaires pontificaux, aussitôt que cet ultimatum du gouvernenient fiunçais aurait été jiublié par l'autorité militaire, liés lors la France y restait seule contre le giv du Pape, dont elle usurpait les pouvoirs, contre le gré de la conférence de Gaëte, avec laquelle elle rompait ouvertement. M. de Corcclles n’avait i»as laissé ignorer, en outre, au général Rostolan que les divers représentants de l’Euiope, résidant auprès de la cour de Naples, blâmaient, comme ceux de Gaëte, nos exigences publiquement formulées, et s’apprêtaient à nous demander compte de notre présence dans la capitale des États de l’Église, si nous forcions le gouvernement de Pie IX à s’en éloigner. L'Europe, eu effet, était année coiiti e nous des engagements que nous avions pris au moment du départ de l’expédition. « Notre intention, écrivait M. Urouyn de l.buys, le 1 7 avril, dans une circulaire adressée à tous les agents de la République, n’a été ni d’imposer au peuple romain un système d'administration que sa libre volonté aurait re|H)ussé, ni de 'contraindre le Pape, lorsqu’il sera rappelé à l'exercice de son pouvoir, à adopter tel ou tel système de gouvernement. »

Ainsi, pour imposer au Saint-Père la lettre à Edgard ■Ney, il ne s’agissait de rien moins que de risquer la guerre. Et quelle guerre! la guerre contre le Pape que

|J|<; L'EXPÉDITION DE DOME EN IXU). ri'5

lions venions de rétahlir, et pour la révolulion que nous venions de vaincre. La guerre noii-s<‘nl(*uienl sans inotifs, mais sans alliés, car personne n'eiil pris parti pour nous •♦jn une cause si peu raisonnable, et dans un moment où ■le continent se remettait à peine des ébi-anlements de 1848. L’Angleterre, sur qui seule nous aurions pu fouder quelque espoir, n’avait-elle pas demandé la première que notre occupation de Rome et d'un port de plus sur la Méditerranée, fût limitée au temps le plus court? Plutôt que de prendre la responsabilité d'une si folle aventui'e, le générai de Rostolan oITrit sa démission, qui ne fut pas plus acceptée que ne l'avait été celle de M. de Falloux. La lettre de refus de l'honorable président du conseil dormait nir'^me la plus entière approbation à là prudente fermeté dont le générai avait fait preuve jusque-là, et l'engageait à y persévérer. Rare et heureux exemple d'indépendance civile chez un .soldat justilié par le gouvernement auquel il a l'ésisté! Mais le chef de notre armée de Rome comprenant, comme il l'avouait militairement dans sa réponse à M. Barrot, que les auxiliaires de la nouvelle politique seraient les ennemis mêmes qu’il venait de dompter, et, se sentant incapable de plier sa conscience à de pareilles contradictions, crut devoir insister pour qu’il lui fût donné un successeur'.

Si le général de Rostolan avait eu à justifier sa conduite devant ces fanatiques de l’obéissance passive qui croient tout naturel d'étouffer la conscience du soldat

* Voir cutle lettre i la lin du volume.

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sous le comrrumdemenl, parce qu’ils n’onl eu aucuiu; peine à faire taire la leur devant les perspectives de l’ambition, il aurait pu leur rappeler une curieuse décision doctrinale sur ce difficile sujet, donntH; par un homme qui ne passait pas pour sacrifier trop facilement les droits de l'aulorilé. « Si Napoléon, disent les Mémoires de Sainte Hélène, à propos de son refus d’exécuter les plans du Directoire dans la première campagne d'Italie, eiU mis h exécution l’ordre de son gouvernement, il se fût porté sur Dôme et Naples avec vingt mille hommes, laissant le reste de l’armée sons Manloue, aux ordres de Kellermann. L’Italie et l’armée eussent été perdues : il n'eût fait qu'obéir à des ordres supérieurs, sans doute, mais il n’en eût pas moins été coupable. L’n général en chef n'est pas à couvert par les ordres d’un ministre ou d’un prince éloigné du champ d’opérations et connaissant mal on ne connaissant, pas du tout le dernier état des choses : 1° Tout général on chef qui se charge d'exécuter un plan qu’il trouve mauvais ou désastreux est criminel : il doit représenter, insister pour qu’il soit changé; enfin, donner sa démission plutôt que d’être rinstrumenl de la ruine des siens. ‘2’ Tout général en chef qui, en conséquence d’ordres supérieui’s, livre une bataille ayant la certitude de la perdre est également criminel. 5“ Lu général en chef est le premiei' officier de la hiérardiie militaire. Le ministre, le prince donnent des instructions auxquelles il doit se conformer, en son âme et conscience; mais ces instructions ne sont jamais des ordres militaires, et n’exigent pas une obéis-

Iii; I. KXI'KlilTlON liK ROMK EN 184!). ;■

«ance pa.'^sive. 4” Tn ortlr« rnililairc môme n'exige une obéissance passive que lorsqu’il est donné, par un supérieur qui, se trouvant présent au moment où il le donne, a connaissance de l'état des choses, peut écouter les objections et donner les explications à celui qui doit exécuter l’ordre »

Si nous n’avions pas beaucoup à nous louer du premier . effet produit à Paris et à Rome par cet essai de correspondance entre le Président et l’un de ses aides de camp, il y avait lieu de déplorer vivement l’impression qu elle produisit à Gaëte. On se rappelle peut-être que la nouvelle de notre débarquement à l’improviste, à Civita-Vcccbia, avait alai'iné quelques méfiances; l’arrivée du Moniteur qui portait la fameuse lettre, fut une révélation pleine d'épouvante. Tous les souvenirs de 1 8ôl , que M. de • (]orcellcs avait eu à constater, sinon à combattre, lorsque Louis-Napoléon n’était encore que candidat à la Présidence, tirent irruption dans la politique, ceux qui n’avaient cessé d’écarter les conseils de nos diplomates, de suspecter la loyauté de nos intentions, d’accuser tour à tour notre silence et nos paroles, ceux-là triomphèrent sans retenue. C’était pour eux chose démontrée que l’ancien insurgé des Roniagnes allait reprendre l’œuvre de prédilection de sa famille, qui était de renverser le pouvoir temporel du Saint-Siège. Seulement, tandis que son cousin, le prince de Caniqo, n’avait pu mettre en ligne

‘ Mémoires pour servir à VhUtuire de France sont le règne de Napoléon, écrits à Na,nte-lléténe sous sa didée par tes généraux qui ont partagé sa captivité. (4* éail., 1. IV.

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contre la papauté qu’une poignée d'aventuriers, le uo\tvel ennemi du Pape disposait de l’un des premiers gouvernements et de la première armée du monde. ElTrayé. de sentir sur sa couronne la main de celui quivenait de la lui remettre sur le front. Pic IX fit à l’auteur de la lettre du 18 août l’affront de le fuir plus loin qu’il n’avait fui les émeutiers du IG novembre. Au lieu de venir à Caslcl Gandolpho, comme il l’avait offert de lui-même au général Oudinot, il partit pour Naples et de là pour Portici*. Son entourage ne CÆicliait pas que le Saint- Père irait jusqu’en Amérique, où l’attendaient les souvenirsd’une mission jadis glorieusement remplie, plutôt que de garder une tache sur sa dignité, un soupçon sur son indépendance. Un Mot» proprio, annoncé et prêt à paraître, fut retiré, .^ans les instantes supplications de nos diplomates, il en eût été de ce manifeste comme de celui qu’on avait lu, puis ajourné deux mois avant, quand on avait vu que nos premières paroles à Civita-Vecchia n’étaient pas pour reconnaître Pie IX. 11 ne fallut rien moins que le légitime crédit acquis par XfM. de Rayneval et de Corcelles sur leurs collègues des conférences, et l’affection du Saint-Père qu’ils avaient su mériter, pour contre-balancer les fâcheuses tendances de leur gouvernement. Ces dévoués serviteurs de la France et de l'Églisc'^

« * L*c(Tel de la lellre de Ix>uis NnpoltVin sur le Pape, dit un historien réTolutionnaire que nous avons plusieurs l'oU cité, fut de le persuader qu'il liVtaîl pas besoin d’une révoliilion |XMir que sti personne el sn liberté ^us^e^( compromises. Il snpplaudii fort d'avoir dificré son retour, et, au lieu de se remireà Custel'‘liandoitV>, il >e preparo à suivre le roi Kertlinand à Msples. x (Pîp'.'o Soria. 1. II. p.

l»E l/EXI*ÉIHTlOiS I»F. ItOMK K> 1810. 5'î7

lii-enl valoir, à l’ortici commo à (luële, les raisons qui inililaient pour la prompte et défuiilive organisation du pouvoir dans un pays qui n’avail échappé aux sévices de ranarchic que pour tomber sous les maladroits essais d’une administration provisoire. Ils montrèrent la note insérée au Monileur par M. de Falloux comme le retrait définitir de la lettre, et répondirent d’ailleurs que jamais l’Assemblée législative n’épouserait une telle politique.

C’était bien là, en etTet, tout l’espoir de l*ie IX : le maintien aux affaires d’un ministre dévoué de cœur aux intérêts de l’Église, les bonnes dispositions, déjà éprouvées de la majorité législative, les sentiments connus de MM. Thiers et Molé, .ses deux chefs les plus coiisidéi'ahlcs.surla question romaine, oITraient de rassurantes garanties à la conscience alarmée du Pontife. Seulement, à concéder quelque chose, il fallait se hâter, car la Législative allait reprendre sa session, et l’on ne voulait pas se présenter devant elle les mains vides.

Le 19 septembre, le Pape remettait à M. de Corcelles, qui partit immédiatement pour Rome, un pli à l'adresse des trois cardinaux : c’était le Molu pro/irio. Rés le 21), il était alliché sur les mui sde la ville éternelle. Un Irait signiticatif servira à démontl^‘r combien la cour pontificale était préoccupée de paraitre ne rien céder à la contrainte. Comme on avait encore reçu le l.”! une lettre qui demandait la publication onicielle de la lettre, le manifeste du Pape, au lieu de porter sa vraie date du 19, parut sous la date du 12.

. Le Molli propiio était le couronnement des longs tra-

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vaux de la conférence de Gaéle Ouverte le 51 mars précédent, elle s'était fermée le jour du départ du Pape pour Portici • elle avait donc duré quatre mois pleins. On peut distinguer plusieurs périodes dans l’action diplomatique que nous n’avions cessé d’exercer auprès du Saint-Père depuis le jour où il quittait Rome, suivi de près par le duc d’Harcourt. Jusqu’à Novare, nous avions tenu pour le Statut du 14 mars 1848, c’est-à-dire pour le régime parlementaire appliqué aux États de l’Église. Après le désastre follement provoqué du 25 mars, quand l’Ilalie, un moment relevée, fut abattue de nouveau aux pieds de l’Autriche, nous crûmes devoir nous borner à demander un régime intermédiaire entre le Statut de 1 848 et la Consulte de 1847. Mais la France seule songeait à stipuler des libertés politiques pour les Romains. A mesure que sa situation devenait meilleure en Hongrie, l’Autriche, qui s’était bornée d’abord à ne pas appuyer nos prétentions, se prononçait plus nettement contre elles. Ralliée d’avance à nos désirs de réformes administratives, qui ne trouvaient pas toujours un aussi bon accueil auprès des représentants de l'Espagne et de Naples, pensant avec nous que les ressources financières des États romains pouvaient être plus utilement employées, l’organisation militaire autrement conçue, le système judiciaire moins compliqué, les franchises municipales agrandies, elle ne voulait pas entendre parler d’une chambre des députés à Rome cotnnie il y en avait une à Turin.

Quant au Saint-Père, il parait certain que, pendant

DK L'KXrÉUITlOM DK ROMK KN 1849. .VJ9 1/^s premiers temps de son séjour à Gaéte, il considérait le Statut comme devant rester la loi de l'État : « Sans déroger en rien aux imtitutions’ que nous arous créées, disait-il encore dans sa protestation du 17 décembre 1848, nous avons eu soin de donner temporairement à nos États une représentation gouvernementale légitime. » Mais du jour où furent proclamées dans le même décret la République et la décliéance de la papauté temporelle', Pie IX, considérant sans doute que la Constituante romaine l'avait délié de l'observation du Statut en s'en affranchissant la première, reprit définitivement une concession dont on ne se contentait plus. Kn outre, la conscience troublée du Pontife lui reprochait, disait-on, ce vole sacrilège comme une conséquence des innovations qu'il avaitpermises.il accusait sa faiblesse de connivence dans les scandales dont ses Etats donnaient l’aniigcant spectacle, et pi omellaitde ne plus se laisser prendre à partager, avec une Assemblée romaine quelconque, le gouvernement dont il portait seul la responsabilité devant Rien et les catholiques. Dés lors, notre insistance à réclamer le Statut pur et simple ne pouvait aboutir, et les délibé.rations de la conférence n’eurent plus d'autre objet que les perfectionnements à introduire dans les divers services publics, et l'établissement d'un système municipal et provincial électif à tous ses degrés.

La grosse question, on le devine, c'était de fixer les attributions, non tant des consultes de commune et de

■ 0 r«vricr IM».

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piwincp, que de la Consulte d’Êial, qui devait être b représenlalion politique du pays. Nalurelleinent, nous demandions jwur elle le droit de voter le budget des recettes et le budget des dépenses. La correspondance de M. de Rayneval nous donne même l'assurance que jusqu’en mai et en juin, ce principe n’était contesté ni par le cardinal Antonelli ni par l'Autriche, r Le Saint- Pére veut s'éclairer, en toute liberté, en toute sécurité, écrivait ce diplomate le 18 mai; il s'eu tiendrait poulie moins à la forme de gouvernement qu’il avait institué i;u dehors de toute pression extérieure, et quand il était maître encore de n'écouter (|ue ses propres inspirations, tl rétablirait la Consulte d'Ktat, il réélirait les députés des provinces, soumettrait é leurs délibérations tous les projets de règlements intérieura; ils auraient voix délibérative en ce qui concerne le btulyet des recettes et le bmlyct des dépenses. » Enfin le comte Esterhazy lui-même disait encore le 22 juillet, à ses collê.gucs français dns conférences : « Nous ne vous feions aucune opposition sur le vote de l'impôt. » <

. Tel était le résultat obtenu a Gaëte par nos agents diplomatiques. Si modeste qu'il parut, il avait de quoi nous satisfaire, car c'était à notre seule influence qu’il était dii. Une note remise le 20 août au cardinal secrétaire d’État énumérait en outre avec une précision dcspluselficaces les autres desiderata de la France. C'était d'abord l'amnistie, puis un Code civil prenant pour base les principes du Code français, tels qu’ils étaient en vigueur dans le royaume de Naples; puis une réforme du système judi-

I>K I.’KXI'ÉDITION DK ROMK E> 18i9. SX» ciaire opérée sur les bases siiivanlcs : 1“ simplification des tribunaux, 2" simphlicatinn des instances, 5" modification de tous les tribunaux ecclésiastiques jugeant les laïques ou des causes laïques; i* quelques régies de procédure criminelle donnant pleine garantie à la liberté individuelle, 5“ des juges dont l’indépendance fut assu- •■ée par de trés-sérieuses garanties; 6’ la défense orale, 7* la publicité des débats. ‘ ■ - >•: - '

On voit que des demandes du gouvernement à celles de la lettre à Edgard Nev, la distance, au fond, n’était pas considérable; mais elle était immense darfs la foime. La lettre, écrite |)our le public, se contentait d'énumérer en fermes aussi vagues que dangereux les concessions exigées du Pape ; la dépécbe, écrite au seul point de vue des affaires, ouvrait de larges issues vers les solutions pratiques et ne se permettait pas le moindre appel aux passions. C’est la difi'érence d’un manifeste pereonnel é un document diplomatique.

Le MoIh i)ro\)r\o répondait-il à tous les vœux émis parla Ki anceV Les premiers mots de réponse reçus de Paris laissaient trop voir qu’il n’y fallait pas compter, a Le Motu proprio est dérisoire, disait-on, l’amnistie est cruelle! «Mais ce premier mouvement d’humeur fit place bientôt à une appréciation plus digne d’hommes d’Etat. Dés le r»0 septembre, M. de Tocqueville reconnaissait, en écrivant à M. de Corcelle, que cette cbartedesÉlalsromains consacrait l’innovation d’un conseil des ministres due au Pie IX de 18 17 , instituait un conseil d’État chargé depn’*parer les lois et de les présenter à la sanction souvcraitie ; établissait.

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