HIST01HK
Six
(It! l'indôpciiHaiici-, et, celte faute eonimise, elle y a ajouté la faute plus grave encore de tourner contre les goiiverneinents de ril.ilie les bras des peuples italiens, qu’il fallait réuiiir exclusiveineiit coiilre le redoutable ennemi qu’on avait si follement pi'ovoqné.
La suite de ces fautes, vous la connaissez. L’Autricbe.'usant du droit incontestable de la guerre, a reconquis la Lombardie, envahi le Piémont, les diiebês de Parme et de Modéiie, la Toscane, une partie des Ktats romains. L’indépendance de ritalic, loin d’avoir fait des progrès, a rétrogradé. Sa liberté n’a pas moins rétrogradé que son indépendance, (lléclaitiations à gauche. I
A liroitv. C’est de l lusloire !
M. LE RArroiiTKCii. Messieurs, quand nous discuterons, je |H)urrai répliquer à vos iulerruptions ; mais mon rajqiort, et je ne suis autorisé qu’à vous lire mon rapport, ne peut pas vous répondre-, il faut donc m’écouler.
A (Iroitr. Très-bien! tiés-liien ! (Lxclamalions à gauche.)
M. LE Pkksident. Allons, écoulez donc! Vous vous croyez obligé-! d’interroiiqii’o ; cela n’améne aucun résultat. (Rire a|)- |irobatif à droite. — Nouvelles exclamations à gauche.) Vous croiriez donc vous compioinettre si vous écoutiez? (Nouveaux rires approbatifs. — Rumeurs nouvelles à l’exlréme gauche.) Jamais, dans les anciennes assemblées, ou n’a interrompu nit rapport.
M. S.v'.E. Nous sommes dans une a.ssemblée républicaine! (Kxclamations et rires à droite.)
M. Leveiiiiieb. Le désordre est donc, selon vous, inséparable de la République? (Rire d'assentiment sur plu.sieurs bancs.)
M. LE pKÉ'iDE.xT. Ksl-cc que, par hasard, as.semblée républicaine voudrait dire assemblée indisciplinée? (Vive approbation.)
M. LE Rapporteur. La suite de ces fautes, vous la connaissez. L'Autriche, usant du droit incontestable de la guerre, a reconquis la Lombardie, envahi le Piémont, les ducliés de Panne et de .Mod’éne, la Toscane, une partie des Liais romains. Les gouvei-nemeiits, mal i-écompensés des concessions qu’ils avaient
DK I/KXPÉDITIO.N DE ROIHE EN 1840.
Ijiilcs, ii’oiil pus i’’lé portés à les reiiouveler; les ennemis des réfoniies libérales ont trouve dans les excès coiiiiriis des argiiinenls puissants; les bommes éclairés ont été découragés, et les masses, si dangereusement déebainées, ont été ramenées par la force matérielle à une dure soumission.
iVpendant, au milieu de ce vaste naufrage, fallait-il désesjiérer enliéremenl? .N’y avait-il pas quelques débi is à recueillir? .Vy avait-il pas ü sauver quelques-unes des l•spérances cont;ues en 1847? .N y avait-il pas quelques elTorts à faire, pour rétablir en Italie un é(juilibre sui' lequel toutes les puissances ont le droit de veiller, et qui était rompu au profil de l’une d'elles, par la faute de ceux qui l’avaient attaquée?
La France l'a pensé ainsi, et c’est là l'origine et la cause de son expédition à Komc, expédition qu’on ne peut bien juger qu’en remontant aux circonstances qui l’ont produite.
L’Aulriehe, après la bataille de Novare, allait poui'suivre les conséquences de sa victoire contre les Flats d'Italie, qui lui avaient déclaré la guerre, et inarclier sur l'arme, Florence, Itologne et Home. De déplorables désordres, commis dans bas États romains, y donnaient plus qu’ailleurs prétexte à son intervention. Les puissances catholiques s'étaient réunies à Gaële pour concerter le. rétablissement d’une autorité qui est nécessaire à l’univei's chrétien. En elTet, sans l'autorité du Souverain l’ontife, l'unité callndique se dissoudrait; sans celte unité, le catholicisme périrait au milieu des sectes, et le monde moral, déjà si fortemenl ébi'anlé, serait bouleveisié de fond en comble. (Mouvement.)
A droite. 'I rès-bien ! (Murmures à gauche.)
.M. LK l'iiÉsiDEST. N'interrompez donc pas!
M. .\moxv Thoüiu.t. Si vous voulez que la gauche soit calme, il faut que la droite s’ahstienne; si on ne veut pas qu il y ait d’improbation, il ne faut pas qu’il y ait d’approbation.
M. i.E pBÉsiuKNT.On n’a rien dit. Jamais une .approbation n’a été interruption.
M. LE RAPPonTEon, continuant. Mais l’unité catholique, qui exige une certaine soumission religieuse de la part des nations ebrétiennes, serait inacceptable, si le Pontife qui en est le dé-
HISTOIRE
posiliiire ii'élait coinplêlcment indi-poiiflant ; si, au milieu du territoire que les siècles lui ont assigné, que toutes les nations lui ont maintenu, un autre souverain, prince ou peuple, s’élevait pour lui dicter des lois. Pour le pontificat, il n'y a d’indépendance que la souveraineté même. C’est là un intérêt du premier ordre, qui doit faire taire les intérêts particuliers des nations, comme dans un État l’intérêt public fait taire les intérêts individuels, et il autorisait sulfisamment les puissances catholiques à rétablir Pie IX sur son siège pontifical.
Une armée autrichienne étant prêle à se rendre à Rome, soit pour user du droit de la guerre, soit pour satisfaire au vœu des nations catholiques, la question s'est élevée de savoir si la France devait se prétei- à ce que l’Autriche poussât son invasion jusi|u’à Rome, et dominât ainsi moralement et matériellement presque toute l’Italie. Il n’y avait que deux moyens de l’en empêcher : ou la guerre ou l'occupation de Rome par une armée française. La guerre était un moyen dont notre gouvernement, dans le moment de ses plus grandes ardeurs pour l’indépendance de l’ilithe, et lorequ’il y avait des chances de succès, puisque les Autrichiens étaient rejetés au delà de l’Adige, n’avait pas usé. Il eût été insensé d’y penser, quand l’occasion favorable était manquée, quand une plus juste appréciation des intérêts de la Fi'ance avait succédé dans les esprits à de dangereux entraînements. La guerre mise à part, il restait un moyen, un seul, c’est que la France allât elleinémc satisfaire au grand intérêt des nations catholiques, en rétablissant sur son trône le Souverain Pontife. (Interruption à l’extrême gauche.)
Une voix. Il fallait le dire !
âf. LC Rapposteor. L’Autriche n’avait plus aloi's aucun motif de se rendre à Rome, à moins qu’elle ne prétendit donner à sa victoire des conséquences qu’elle a eu, du reste, la sagesse do ne pas vouloir lui donner.
Il fallait donc ou arrêter l’Autriche par les armes, ce qu’aucun parti en France n’avait voulu ni fait quand il occupait le pouvoir, ou remplir la lâche que l’univers chrétien désirait voir accomplie par l’une des grandes puissances catholiques.
IiK l/EXPÊDITIO.N DE ROME EN 1849.
C'êlail le triple intérêt de la France, de la chrétienté et de lu liberté italienne qu'il en fiH ainsi.
A l'extrême gauche, ironiquement. Bien ! très-bien !
M. LF. ltAProRTF.UR. C'était l’intérêt de la France, car l’équilibra des inRuences, rompu on Italie au profit de rAutriche, était rétabli dans une certaine mesura, si les Français étaient à Home, tandis que les Autrichiens étaient à Modéne, à Parme, à Florence, à Alexandrie.
C’était l’intérét de la chrétienté, car rintérèl véritable de la chrétienté, c’est que le Souverain Pontife soit vraiment indépendant. Or son indépendance avait moins é souffrir par l’action de la France, qui ne possède rien en Italie, que pai' l’action de l’Autriche, qui en possède une grande partie, et qui domine de son intluence ce qu’elle ne pos.sède pas.
C’était enfin l’intérêt de la liberté italienne; car, bien que l’Autriche ait elle-même subi une révolution fondamentale, bien que de nouvelles idées président à la direction de son gouvernement, il est évident que l’irritation toute naturelle d’une lutte récente avec les peuples italiens, la crainte de nouveaux bouleversements dans un pays où elle a de si grands intérêts, le désir de contenir dans d’éfroilcs limites une liberté qui avait produit de si terribles bouleversements, devaient la porter à laisser restreindre cette liberté au delà de la mesure que comportaient les circonstances, peut-être même à laisser s'accomplir tout entière une contre-révolution dont d’indignes excès n’avaient que trop fourni le prétexte. En un mot, sans rechercher quelle est la mesure de liberté désirable et possible pour les Italiens, question fort grave qu’il est inutile de traiter ici, on conviendra que cette mesure devait être plus restreinte sous l’influence des Autrichiens que sous celle des Français.
11 me stMTible donc que dans l'intérêt français, catholique et libéral, il n’y avait pas à hésiter, et qu’il valait mieux qu'une intervention, rendue inévitable par les fautes qui avaient perdu l’Italie, eût lieu par les armes de la France plutôt que par les annes de l’Autriche.
Il pouvait, sans doute, en n'-suller des difftcullés, des dé-
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IIISTOIKE
|ionsi‘s, (lu saii|,^ vfisé, ütc'élail, nous en convenons, une considération fjrave. Mais si c'est une considération qui peut être séi'i(‘nscnient allé|inée par a>s esprits piaidents et saj;(‘s (|ui, dans l'état du monde, ne veulent à aucun déféré compromettre la l'rance dans les altaires extérieures, elle ne sani'ait être alléguée par (X'iix (|ui voudraient vers(-r tout le sing et tous les trésois; de la France pour la propaj^ande la plus l'olle, la plus stérile, la plus impuissante.
Il est étrange, en elVet, (pion veuille ris(pier l’existence même du (lays dans une lutte l'ormidalile pour imposer à tons les peuples une lorme imi(pie de gouvernement, et ([u’on rel'iise un elloii modéré pour mainlenir l'é(|iiililn'e des influeiica'S européennes, pour empêcher une contre-révolution complète dans une contrée (pii nous intéresse à un aussi haut d(‘gré que l'Italie, iouterois, si les elVoiLs (|ue devait coûter l'expédition roinaiii(> ne sont pas nu argnment acciqilahle de lu part de ceux qui proposent si souvent la guerre générale à propos des moindres incidents, cet argunnmt mérite d'être accueilli de la part de ceux ipii croient que la Frann' doit, pour longteinps encore, tant (pie h's alliances européennes seront comhinées comme elles le sont aiijonrd hui, restreindre plutôt (pi'étendre ■>011 action. Mai.; à ceux-là nous dirons (pie, si la Fraiu;e était i'(‘stée immuhiie, renrermée chez elle, et laissant volontairement à r.tntriche le soin de tout faire, de tout décider en Italie, peut être ([ii'ils auraient regretté enx-inêmes, en pré- •sence des faits, un système d'inertie poussé à ca.‘ degré d’aljnégation.
Filtre ceux ipii xondraieiit qu'au moindre événement la France se jetât comme un torrent dévastateur au milieu des alTaires européennes, et ceux qui voudraient que, iviiferinée chez elle, elle ne se mêlât plus de rien, il y avait un milieu, un milieu .sage et pratique, c’était ipie la France, pnis(|ue les fautes d’une faction avaient amené les armi'es étrangére.s en Italie, y parut aussi pour exercer .sa part d'innnence, y faire sa part de bien, y diminuer la part inévitable du mal, et sauver (lu naufrage de la liberté italienne quelqiies-nnes des espérances conçues â l’avénement de l‘ie l.\.
DE L'EXPÉDIÏIO.V DE ROME E.\ I8t!>. 35".
C tisl ce que lu Frutice a exécuté sagement et lésolùiiicnt tout à la fois.
Il est vrai qu’en envoyant une armée, elle avait à agir contre une république. Cette considération rendait-elle sacré le gou- \eruement institué au Capitole? Nous ne le croyons pas. Notre Constitution, défectueuse en plus d’un point (oli ! oh ! — Ilires ironiques aux bancs extrêmes), notre Constitution, défectueuse en plus d’un point (ce qu’il est permis de dire, puisqu’elle a elle-même prévu et stipulé sa révision) , notre Constitution aulait méconnu toute raison, si elle avait entendu (pie telle ou telle forme de gouvernement rendrait un État voisin odieux on sacré pour nous. On est ami ou ennemi d’un gouvernement non en raisoq de sa forme, mais de sa conduite. Au.ssi la Constitution s’est-elle bornée à déclarer que la France ne prendrait les armes contre la liberté et la nationalité d'aucun peuple étranger.
Ce texte résout pour nous la question constitutionnelle. La France, en allant à Home, y est-elle allée pour nuire à la liberté do l’Italie, et, en particulier, du peuple romain? Les faits, à cet égard, parlent assez haut pour rendre la réponse facile. (Oui ! oui ! — Assentiment ironique à l’extrême gauche.)
M. Ahtorï Thoürf.t. C’est vrai ! les faits parlent assez haut ! tTré.s-bien !)
M. LE Rapporteuh. Les faits parlent assez haut pour rendre la réponse facile. Aujourd'hui, en effet, on se récrie contri- les ré.sultats obtenus, on trouve qu’on ii’a pas assez vaincu, à Home, le mauvais vouloir du parti hostile à la liberté, qu’on n’a pas obtenu du gouvernement pontifical assez de clémence ou assez de liberté politique. On convient donc que la France .'St placée en présence d’influences contraires avec lesquelles elle est en lutte pour se faire donner ce qu’on lui concède. Elle n’est donc pas à Rome contre la liberté ilalienne,mais pour elle. (Réclamations à l’exlrême gauche.— Assentiment à droite.)
Une voix à gauche. C’est du Loyola ! (Bruit.)
M. LE Rapporteur. Messieurs, je vous ai déjà dit que nous discuterions prochainement.
.1 Vexitrfme gauche. Très-bien I .Nous verrons.
IllSTülKE
M. i.K lUiM üiiTKi;ii. Vous savt'z par expérience que vos objeciioiis n'uiit pas l’Iiabitude de in'iiiterdire la parole, et que je vous réponds. (Ub! oli! — Exclainatioiis à gauche.) Eh bien, püunjuoi ne pas allendre le jour où je pourrai vous répondre?
A gauche. Oui ! oui !
M. LK PRÉslDE^T. C cst uiie inipalieiice dc|)la( ée.
Voi.r iiotnbreu.tes à droile. Écoutez donc !
M. i.F. 1\apportki:k. La France n’esl donc, pas à Iloine contre la liberté italienne, mais pour elle.
On peut penser qu’elle ne fait jias a.ssez, soit ; mais enihi elle agit pour, et non pas contre : l'esprit de 1a Constitution n’est donc violé à aucun degré. (Violentes réclamations à l’extrême gauche.) ♦
A droite. C'est un 1 3 juin '.
M. LE PuÉsiDEST. Faites donc sileiicc ! Ouelle intempérance de langage ! ,
M. LE ItAProRTEiR. Ainsi toutes les raisons politiques, morales, religieuses, devaient poiter la France à intervenir à Uo:ne. Elle y a envoyé une armée. La faction qui a dirigé depuis deux ans les destinées de l'Italie, au lieu de prendre la France pour arbitre, lui a violemment résisté. .Nos soldats, loujours dignes d’eux-mêmes, ont emporté tous les obstacles, comme ils faisaient jadis à Lodi et à Arcole; mais, plus que jamais sages et disci|ilinés, ils ont mérité l’admiration de l’Europe par la régularité et l’humanité de leur conduite (Trèsbien !); et n’aurions-nous obtenu de notre expédition que cette nouvelle manifestation des vei tus guerrières de notre année, nous ne devrions pas avoir de regrets, car, pour nous, au imlieu des douleurs que nous inspire le spectacle du U'inps, la 4'onduite de nos soldats a été mie véritable consolation patriotique. (Très-bien! très-bien ! — Acclamations sur les bancs de la inajoi'ité.)
M. AixÉ, s’adressant ù l'extrême gauche. Vous devriez sifllei' coinine à la Porle-Saiul-Marlin !
M. Pascal Üuprat. La gloire est pour l’armée, la honte pour le gouvernement. (Allons donc!) C’est une de vos belles paroles, monsieur le président, que je cite.
f)E L’^;XI•ÉmTIO^ DE ïtONE E.\ 18i'J.
M. i.K lUrpoRTELi!. La France, une lois présenle à Rome par son armée, n’y pouvait coinmelfre rinconséquence de, violenter elle-niéine le Saint-Père, qu'elle venait délivrer de la violence d’une faclion. Elle a dit lui rendre son trône et sa liberté, sa liberté pleine et entière, car telle était sa mission. Mais elle tenait des circonstances un droit, un droit qu’on n’a <|ue très-rarement, celui des conseils. Si, dans les circonstances ordinaires, un souverain se permettait de dire à un autre: Vous vous conduisez mal; comportez-vous de telle ou telle manière, il commettrait à la fois une inconvenance et tme usurpation. Mais un souverain i|ni est venu en rétablir un autre, dans un inti’rôt commun d’ordre, d’humanité, de reli- -gion, d'équilibre politique, trouve dans la gravité des circonstances qui l’ont amené, dans le service rendu, le droit de donner un conseil. La France, en faisant un effort, effort qu’il faut mesurer non à la difliculté d'emporter quelques bastions, difticidté qui heureusement n’en est pas une pour son arntée, mais aux difficultés politiques que peut enirainer une entrepiise de ce genre; la-France, disons-nous, en faisant un tel elTort, avait le droit de supplier le Saint-Père... (Inlerruption à l’exti'éme gauche.)
L'n tmmOre à ijauche. Supplier à genoux !
Un antre membre. C’est un langage de capucin. M. de Monlakunbert doit être satisfait. (Agitation.)
A droite. Il ii'y a rien de sacré pour eux; vous verrez qu’il faudra diiv le citoyen Pape !
M. LE RAi’PoiiTK.üR. Je suis étonné de l’interruplion ; je suis étonné qu’on ait a.ssez peu fie fu-rté pour ne pas compreiuîre la valeur des ex|iressions quand il s’agit d’une puissance qui n’a pas une année de cinq cent mille hoinmes. (Très-bien ! trèsbien ! — Bruit A l'extrême gauche.)
M. LE PiiÉsipEXT, s adressant à l'extrême gauche. A quoi peuvent mener ces i ni erruptions? Dans quel intérêt les fait-on? Ecoutez donc, c’est votre devoir, le silence ne compromet personne, et souvent une parole imprudente conipromel. (Rires à droite. — Rumeurs A gauche.)
Une voix. La maxime est bonne!
HISTOIIU;
M. LK l’iiÉsioKKT. Je suis bien obligi'' de pnrler souveiil, |i:i> aussi souvenl que vous. (Nouveaux rires.) Quelquefois c'est une succession inconcevable d'inlerrnptïons ; mon office est de les constater, de les mettre en eyidence; c'est la seule réparation, c'est celle que je dois à rAsseinblée. (Très-bien! très-bien!)
(S'adressant toujours à rextrème gauche.) Vdus ne savez pas vous contenir un instant!
■M. Anto.vt Thoi'ret. Ce n'est pas facile.
M. LE Président. Je vous demande pardon, c’est facile.
.M. le Ham'ortkur. Est-ce que vous croyez que vous ne mettez pas souvent notre patience à une rude épreuve ? (Oh ! oh ! — llumcui’s nouvelles à l’exlrème gauche.)
Je reprends.
La France, en faisant un tel effort, avait le droit de supplier le Saint-Père de prendre les moyens convenables pour satisfaire ses peuples et pour apaiser ce qu'il avait chez eux de mécontentements légitimes. Elle avait droit de lui conseiller les réformes qui pouvaient, en réconciliant les habitants des Etals romains avec la souveraineté pontificale, la dispenser de revenir elle-même à Rome, ou d'y laisser venir l'Autriche, deux moyens également regrettables pour tout le monde.
La France n'a trouvé le Saint-Père ni moins généreux, ni moins libéral qu'il fêlait en 1 847 ; mais les circonstances étaient malheureusement changées. Ceux qui avaient usé de se.5 bienfaits pour bouleverser l'Italie, pour idiasser de leur capitale les princes les plus libéranv, avaient produit un redoublement de préjugés chez tous les ennemis de la liberté italienne, dont Pic IX, au début de son régne, avait si courageusement affronté les réjuignances. Ne pas rouvrir la source d'oii avaient découlé tant de maux, était devenu la préoccupation exclusive de presque tous les hommes qui concourent au gouvernement romain. Les difficultés, grandes à l'origine de la liberté romaine, étaient donc singulièrement accnies pail'usage de cette liberté pendant les deux années qui viennent de s'écouler.
La France a dû dire que s'il y avait danger de bouleversement dépassejr la mesure de liberté qui convient à un peuple.
DE L'EXPÉDITION DE ROME EN I84fl.
il y avait danger aussi de ri'sler en deçà de celte mesure, et qu’il y avait péril à accorder trop peu, comme à accorder trop. Elle a dû dire que l’adininistration r.omaine, telle qu'elle a existé jusqu’à ravénemcnl de Pic l.V, était impossible à maintenir dans les Étals du Saint-Siège. Si on peut, en effet, contester aux Romains le droit de renverser, au nom de leur souveraineté, l'autorité temporelle du Pape, nécessaire à l’Europe chrétienne, on ne peut leur contester le droit d’avoir un gouvernement é(|uilable, éclairé et conforme aux inœure de notre époque. (Exclainations à l'extrême gaucbe.)
Pie IX comprend parfaitement ces vérités, et un premier acte important vient d’émaner de sa volonté libre et réfléchie, c’est le Motu propvio, objet de si vives discussions. Votre cominission a mûrement examiné cet acte, non pas qu’elle croie que la France a le droit de décider du mérite des institutions d'un peuple étranger... (Interruption bniyante à rextrême gauché.)
M. LE PiiÉsiDEM. Ces interruptions sont véritablement incroyables !
Phisieui's voix à droite, au rojijwrleur. Dépose/ le rapport, monsieur Tbiere, cela mettra fin au scandale !
Yoix nombreuses. Non! non! — Continuez!
M. LF, Préside.vt. li’.Xssemblée a le droit de se faire écouter. (Très-bien! très-bien!)
M. LE lUi'PORTELu. Mais la commission l’a examiné pour savoir si les conseils qu’elle était fondée A donner avaient porté des fruits tels qu’elle n'ait pas à regretter son intervention dans les affaires romaines.
Eh bien! en très-grande majorité, votre commission déclare qu’elle aperçoit dans le Motu pvprio un premier bien trèsréel, et dont une injuste prévention peut seule méconnailrc la valeur. Cet acte, nous l’examinerons avec détail, nu nom de votre commission, lorsque s’engagera devant vous la discussion à laquelle ce sujet doit donner lieu ; mais nous bornant en ce moment à considérer le principe de cet acte, nous dirons qu'il donne les libertés municipales et provinciales désirables, et que, pour que ce qui regarde la liberté politique, celle qui
niSTOlHK
consiste à décider des aflnires d’un pnys, dans une ou di-ii.i assemblées, de concert avec le pouvoir exécutif, comme en Angleterre, par exemple, il est vrai que le. Afotii proprio n’en accorde point, ou du moins qu’il n’en donne que les pi'emiei's rudiments, sous la forme d’une consulte privée de voix délibérative. La question, dès lore, est de savoir si les États romains sont actuellement capables du répine que l’Angleterre est parvenue à se donner après deux siècles d’expérience et d'efforts. C’est là une question d’une immense gravité qu’il appartenait au Saint-Père de résoudre, et au sujet de lacpielle il importait à lui et an monde chrétien de ne rien hasarder. Qu’il ait préféré en cela le parti de la prudence; qu’après les expériences qu’il vient de. faire, il ait préféré ne pas rouvrir la carrière des agitations politiques pour un peuple qui s’y est montré si nouveau, nous ne nous reconnaissons pas le droit de l’en blâmer, et nous n’en voyons pas le. motif.
Des libertés municipales et provinciales sont une |)mniéri^ éducation par laquelle il i*st utile de faire passer un peuple, quand on ne veut pas le jeter prématurément et violemment dans la carrière orageuse de la liberté politique.
Maintenant, l'acte important qu’on appelle le Motu proprio suppose un ensemble de lois qui devront réformer la législation civile, assurer ré(|uité des tribunaux, amener une juste répartition des fonctions publiques entre les diverses classes de citoyens, procurer, en un mot, aux llomains les avantages d’nn gouvernement sagement libéral. Ces lois sont annoncées, et la parole de Pie IX suffit pour lever tous les doutes.
Voix à gauche, llellc garantie !
Autre voix. Oh ! le bon billet qu'a La Châtre ! (Ah ! ah ! — Marques générales de dégoût.)
M. LE Président. Véritablcmenl, ces choses-là se qualifient d’elles-mémos, et je suis heureux de ne pas savoir le nom de celui qui a dit une pareille grossièreté : c’est indécent ! (Trèstrès-bien !)
M. LE IUppobteüb. Ces lois sont annoncées, et la parole de Pie IX suffit pour lever tous les doutes. Mais les conseils de la France devront être dirigés de imaniére à convertir en parole
ÜE L’EXI'ÊÜITION DE ROME EN 1849.
unicitce ce Motuprojrrio, et surtuul à étendre la clémence du ronlife .sur tous ceux qui peuvent être aninisliés sans danger pour l'ordre public.
Ce doit être l'œuvre d'une influence continuée avec patience, avec calme, avec respect (très-bien !), influence qui conslitnerait, nous le répétons, une prétention inadmissible, si des circonstances impérieuses ne nous avaient amenés à l'exercer, mais qui, renfermée dans les bornes convenables, est parfaitement compatible avec l'indépendance et la dignilé. du Sainl- Siége. (Très-bien! très-bien!) i
Mais, en prés'ence des résultats obtenus, il nous est impossible de regretter que nos soldats soient au Vatican, loi'squ'ils y occupent la place qu'y occuperaient les soldats autrichiens; lorsqu'ils s'y sont conduils aussi vaillamment et aussi sagement qu'ils l'ont fait ; loi'sque enfin il est si notoire qu'ils y sauvent les principaux bienfaits que l‘ie IX avait libéralement dispeiLsés à ses peuples loi-s de son avènement.
.Mainlenant, doivent-ils y être longtemps encore ? Question actuellement dilfkile à ré>oudre, car il est impossible de dire le moment où le Pape pourra se passer de notre armée, dans un pays qui a été le tliéâtre de commotions si récentes, l/intêrêt de la France est d'abréger le plus pos.sible .son occupation, <ar elle n'a voulu ni faire une conquête, ni exercer une domination usurpée. Elle a voulu accomplir en Italie la tâche qui appartenait nécessairement à Tune des puissances catholiques, celle de rétablir le Saint-Père, et de consolider son trône, en réconciliant, non .sa pei-sonne, qui n on avait pas be.soin, mais son gouvernement avec la partie saine et éclaicée de la "population romaine, au moyen de sages et utiles réformes. Une portion de cette lâche est accomplie. Nous souhaitons que le reste s'accomplisse le plus tôt possible, et que nos trou|>es puissent bientôt lais.ser paisiblement établi, dans ses Etats, le .Saint-Père qu'elles sont allées délivrer et non opprimer.
Ue gouvernement a nainrellement adopté pour les crédits demandés le terme de l'année, en se conformant aux régies financières. Pour le niomeiit, il ii'a pas cru, et nous ne croyons
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|)as plus qufi lui, pouvoir en assigner un autre. (InVliien 1 U’ès-bien ! — Marques nombreuses d'une vive approbation. — M. le rapporteur, en descendant de la tribune, reçoit les félil'itations de ses amis.)
Voix à gauche. Et la lettre du Président ! pas un mot ! (.\gilation prolongée.)
.Vprès ce fort et lumineux exposé des motifs et des résultats de notre intervention, la discussion s'engagea sur le vote des crédits demandés. Aux passions qui couvaient sous cette terrible question de Rome, aux interruptions acharnées qui avaient assailli le rapporteur, on pouvait prédire qu’elle serait ardente, a C’est un nouveau IT» juin, » disait un membre de la droite, pendant que la Montagne s’ameutait contre M. Thiers pour l’empêcher de continuer sa lecture. Mais M. Thiers, on vient de le voir, tenait la tribune comme le général Changamier tenait la rue, et grâce au concoui-s énergique du président Dupin, qui avait mis ses bons mots au service de la majorité, force resta en délinitive à l’ordre et à la raison.
En sa qualité de ministre des affaires étrangères, M. de Tocqueville commença, comme au mois d’août, par produire devant l’Assemblée les pièces principales de son dossier diplomatique. Cédant à ce besoin de sincérité qui devant le mensonge convenu agite impérieusement les âmes honnêtes, il osa déclarer, en ouvrant le débat, que tous ceux, soit delà Constituante, soit de la 1/égislative, qui avaient voté l’expédition de Rome avaient voulu le rétablissement de Pie IX. En venant annoncer aujourd'hui ce rélablisscmcnt comme la première conséquence
de noire victoire, le ministère avait donc le droit de dire i|u’il n’avait trompé personne. Scidoinent, dans l’opinion unanime aussi de la majorité, le pouvoir temporel du l'ape devait être restauré, mais non les abus de l’ancien régime clérical. Et le ministre rappelait quelle avait été notre attitude, soit dans les conférences de Gaëte, soit à Home, énumérait les demandes de nos représentants, précisait pièces en main les points obtenus cl ceux à obtenir, et finissait par approuver le Mot liproprio comme le premier mot d’un régime libre dont il fallait chercher le généreux dernier mot dans la lettre du Président de la République.
Quant à l’amnistie de la commission provisoire, ■M. de Tocqueville refusait d’y reconnaître le cceur du Saint-Père et en appelait hardiment de son gouvernement à lui-mème. En annonçant le perilono à ses sujets. Pie IX n'avait certainement pas voulu leur faire une promesse vaine : déjà plusieurs des maladroites restrictions mises à cet acte de clémence avaient été par son ordre écartées ou favorablement modifiées dans l’appliciilion. •\insi, il restait vrai de dire, en dépit des exagérations furibondes des journaux, que la révolution romaine, commencée par la violence et l’assassinat, continuée par la violence et la folie, se terminait par une restauration, œuvre de la France, qui n’avait coûté à un seul homme, ni sa liberté, ni ses biens, ni sa vie.
La lettre à Edgard Ney, dont il n’avait été fait mention que par incidence, parut enfin à la tribune avec le premier député de la Montagne qui prit la parrtle. M. .Ma-
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lliicii (de la Drôme) avoua qu'il se souciait inédiocroment de ménager les scrupules constitutionnels de la majorité, à propos de cet acte du Président. Ces scrupules pouvaient bien être sincères, mais ils lui paraissaient plus sûrement tardifs. Puisqu'on avait trouvé bon au mois de mai que le pouvoir exécutif eut de sa propre autorité déclaré la guerre aux Romains, comment s’opposerait-on aujourd'hui à ce qu'il réglât lui-même les conditions de la paix? Eut-il été vraiment si difficile de deviner dans quel but M. Bonaparte envoyait une armée à Rome? Avait-on espéré que le combattant de Forli allait renier un des actes les plus honorables de sa vie, et outrager, par une si noire apostasie, la mémoire d'un frèie mort à ses côtés en combattant pour la liberté italienne? La tactique des chefs de la majorité n'échappait point à M. Mathieu (delà Drôme). Voulant tout à la fois condamner la lettre et pardonner à celui qui l'avait écrite, le silence leur avait semblé le plus commode des expédients.-Mais le Président accepterait-il ce dédaigneux pardon? Consentirait-il à se faire à Rome l’instrument d’une politique publiquement flétrie dans sa lettre du 18 août? Désavouerait-il le vote du 10 décembre, qui n’étaitau fond qu’une protestation de l’esprit national contre l’odieux système de la paix à tout prix? En choisissant un Bonaparte pour le représenter vis-à-vis de l’étranger, le peuple n'avait pas cédé à un sentiment de peur. Aurailil peui-, lui? Et les leçons, les insinuations, les calomnies de la presse religieuse, fallait-il aussi les dévorer en .silence- et leur donner raison? « Ah! pour qu il en
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fùl ainsi, concluait le Montagnard, commencez par lui défendre de s'appeler Napoléon ! »
M. Mathieu (de la Drflme) était destiné à apprendre, à peu d’années de là, que le Président n’avait point renoncé à s'appeler Napoléon. Kn attendant, son discours tout bonapartiste inquiéta la majorité, fut trésapplaudi par l'extrême gauche et ne resta pas sans éch(> à l'Élysée.
L'ordre des inscriptions donnait la parole à M. Thuriol delà Rosièic. Ancien attaché à la légation de Rome sous M. Rossi, ce membre distingué de la majorité était pour Pie IX tout à la fois un défenseur et un témoin. Dans un discours solide, étudié, diplomatique, il essaya de relever les esprits jusqu'aux principes mêmes de la question romaine. Qu'est-ce que l'État ponliticar? se demandait-il. Kst-ce un État né comme les autres de circonstances toutes politiques; formé, agrandi, défendu par l'effort persévérant d'un peuple ou d'une dynastie'.' Non; l Étal pontifical est la création purement conventionnelle de l'Europe catholique, qui ne l'a destiné qu'à senir d'a.sile et comme d'enveloppe matérielle à l'autorité religieuse qui régit la chrétienté. Cet État ne doit rien aux jx>pulations romaines, elles n’ont dépensé pour lui, à uut cune époque, ni leur sang ni leurs ressources. En revanche, il doit tout, scs provinces comme les monuments de sa capitale, aux nations filles de l’Église, cl tout d'abord à la France, sa fille aiiiée. El pourquoi ce souverain a-t-il toujours été traité au rebours des autres'.' Pourquoi se plaisait-on à lui donner des villes et des ler-
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riloires,(iuand l’usage était si général de se les enlever les uns aux autres? Parce qu’on n’avait pas été longtemps à reconnailre dans son indépendance, le plus nécessaire et le plus menacé des intérêts de la civilisation. Plus, en effet, un pouvoir est élevé, plus les sujets auxquels il s'adresse sont peu portés à la soumission, plus les décisions qu’il doit prendre sont graves et délicates, plus aussi les conditions de son indépendance doivent ressortir claires, certaines, incontestables. Oi-, quel pouvoir comparable à celui du vicaire de Dieu sur la terre? (Juel empire plus diflicile et plus insubordonné que celui des âmes? Quelles décisions plus importantes que les dogmes et la discipline d’une religion qui est celle du monde civilisé? Partout les souverains ont compris que ceux de leurs sujets qui rendent la justice en leur nom devaient présenter aux peuples un caractère au-dessus de tout soupçon, et ils ont concédé aux magistrats une part, et la meilleure, de leurs propres privilèges : l’inamovibilité. La plus haute magistrature religieuse aurait-elle droit à moins d’égards? Que le Pape ne soit plus souverain, qu’il soit assujetti à toutes les vicissitudes politiques et militaires d'un État où il ne serait plus maître, et bientôt de son autorité spirituelle, atteinte dans son principe et suspecte dans son action, il ne resterait qu’une vénélable mais impuissante prétention. Les consciences, qui ont un jwnehantsi naturel à ne relever qued’elles-mômes, se déclareraient affranchies ; les puissances temporelles, qui ont si souvent disputé à la cour de Rome le droit de gouverner l’Église chez elles, mettraient définitivement
DK L'KXPKDITIO.N DE HOME K.N 18i!i. 5(;:.
rÉglise dans l’Élat, el le monde moral, comme l’avail prédit M. Thiers, se dissoudrait dans les sectes.
Rome présentait en outre, suivant l’orateur, celte étrangeté unique dans l'histoire, que le souverain est choisi non par les sujets sur lesquels il régne, mais par des électeur venus de tous les points du monde catholique. Quoi d étonnant dés lors que le monde catholique ait réclamé de 'tout temps le droit de le défendre? Xc pourrait on dire à la rigueur que l'État pontifical est la propriété indivise des peuples qui l'ont fondé? Sans doute, d'une raison d'ètrc si particulière, d’une façon de vivre si exceptionnelle découlent pour les populations romaines quelques inévitables inconvénients; mais il on découle aussi quelques avantages. Le premier de tous, c’est d'avoir un grand gouvernement, et de garder la capitale du monde. Le second, c’est d’étre inviolable dans leurs frontières, ou du moins d’étre assuré que toute violation de leur territoire serait repoussée ou vengée par la coalition de la catholicité. Un troisième, qui est la conséquence du précédent, et que les habitants des campagnes apprécient vivement, en Italie surtout, c'est de ne supporter que de très-faibles' impôts et d’étre entièrement exempt du plus cruel de tons, l’impôt du sang.
Quant aux inconvénients, le premier, dans l'ordre des préventions, celui auquel on reproche de contenir tous les autres, c'est le gouvernement clérical lui-méme, c'est-à-dire la nécessité pour les domaines de l’Église d’étre pins ou moins gouvernés par des prêtres. Lan-
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gueur dans l'adiniuislralion, gestion financière assea incxpérimenlèc, abus judiciaires provenant du mélange de l’intérêt ecclésiastique avec l’intérêt laïque devant les tribunaux, lelles seraient, d’après M. de la Rosière, les chances laclieuses d'un gouvernement de cette nature. Le peuple romain a-t il droit, pour s’en alTrancbir, de renverser l’Étal tout entier? Mais son souverain est aussi le nôtre; mais une révolution à Rome, c’est la révolution dans l’Église, la révolution dans chacun des pays où le Pape a des sujets spirituels. La souveraineté «tolleclivc des puissances doit évidemment prévaloir sur la souveraineté individuelle du peuple romain; et ce peuple, protégé par nos armes (X)ntre toute entreprise du dehors, protégé par nôtre intervenlion diplomatique contre les écarts de son propre gouvernement, se voit dépouillé, dans l’intérét de tous, du triste et dangereux droit de faire des révolutions.
Cette exception est-elle donc sans précédents comme sans excuses ! N avons-nous pas en Europe des pays neutralisés, tels que la Belgique et la Suisse, auxquels il <!sl à jamais interdit de se permettre ni conquêtes, ni annexions, ni guerres, ni alliances, cl cela de par le seul intéiet de 1 équilibre à maintenir entre les grands États? La démocratie américaine elle-même n’a-l-elle pas frappé d incapacité politique, au point de lui refuser une constitution, le district de Colombie, parla seule raison qu’il «onlient Washington, la ville fédérale?
Mais, en laissant de côté ces hautes spéculations de la politique, poiivail-on dire que Rome eut jamais voulu
rDlle révolution radicale qui avait substitué la République au pontificat et Mazzini à Rie IX? Non, ni ta révolte <»ntre le Pape, ni la résistance contre nos soldats, rien de ce qui se passait à Rome depuis un an n'était romain. Qu’avait-on à demander encore au généreux Pie IX : la liberté politique? mais elle était dans le Statut; le gouvernement des laïques? mais on l’avait égorgé dans la {lei'sonne de Rossi, qui n'était pas un monsignor, lui! L’ennemi, que nous avions trouvé le 30 avril sur les remparts de Rome, ce n’était pas seulement la la république romaine, c’était la république sociale, le rêve unitaire du chef des sociétés secrètes. Quant à la liberté, on ne pouvait nous accuser dé l’avoir détruite à Rome, par la bonne raison que la liberté n’y existait pas. Il n’y avait de libres dans cette malheureuse cité que Mazzini et Garibaldi : le tyran politique et le tyran militaire. Cette dictature, nous ne l’avions pas renversée de nos mains parce qu’elle s’appelait la république; elle se serait appelée la monarcliie, et nous eussions été nons-mèmes sous un roi ou sous un empereur, que nous n’eussions pas agi différemment. Nous avions dd marcher contre le nouveau gouvernement de Rome uniquement parce qu’il n’était plus le gouvernement du Pape ot que notre honneur, d’accord avec nos traditions a placé le Saint-Siège sous la garde de notre épée.
Dans un passage de ce remarquable discours, M. de la Rosière ayant, comme l’avait fait précédemment M. de Falloux, rattaché la seconde expédition romaine
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à la première volée sur la demande du général Cavaignac, l’ancien chef du pouvoir exécutif crut politique de protester contre celle assimilation et vint déclarer assez piteusement qu’il n'avait prétendu au mois de novembre précédent que sauvegarder la sûreté d'une personne infiniment respectable. Mais en même temps qu’il s’elîorçait ainsi de séparer sa cause de celle des catholiques, le vaincu du 10 décembre tendait solennellement la main à son vainqueur, qui avait écrit la lettre à Edgard Ney : « J’ai trouvé, disait-il, les sentiments qui y sont exprimés parfaitement dignes, parfaitement patriotiques, dignes, je ne dis pas du grand nom qui l’a signée, mais de la grande nation qui l’a choisi pour son premier magistrat. Ainsi donc, je rends hommage, et hommage sans réserve, hommage respectueux aux sentiments exprimés dans la lettre de M. le Président de la République'. »
Un grand nom du parti de l’ordre nouvellement recruté, sinon encore à la Montagne, du moins à l’Élyséo, dont il était un des hôtes assidus, M. Victor Hugo, vint donner à .son tour un solennel assentiment à la politique personnelle de Louis-Napoléon. « En répondant p.ar le Motu proprio et par le décret d’amnistie, le Pape, s’écriait-il, avait fermé sesdeux mains, d’où devraient découler sur le monde la miséricoixle et la liberté. » Puis, s<‘ plaignant d’élre contraint à tout dire par les interruptions habilement provoquées de la majorité, le poêle présenta, dans une tirade toute hérissée d’antithèses, un
‘ V )ir au ilotiiteni' du 20 oclol>rc 18iK.
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tableau si draiiialique de la barbarie du gouveniemenl poiililii al, qu'il souleva le plus bruyant enlliousiasme de la Montagne et la plus ligitiinc indignation du parti dont il désertait la eaust'. Hefusant de se joindre à ceux qui élevaient contre la lettre du l’iésident le reproche d'être une violence moi ale faite au Saint-Père, M. Hugo disait qu'il fallait bien se décider, si toute conciliation était rejetée, à inipos(‘i' la clémence, à imposer la liberté, car l-a Fiance ne voudrait pas avoir versé son sang pour la pure honte de rétablir à Home l'absolutisme clérical.
On attendait la parole de M. de Montalemliert dans ce grave débat. L'Kglise, la iiapautè, la liberté, ces nobles clientes de son éloquence ilepuis vingt ans, l'appelaient en témoignage contre d implacables ailversaires. Une seule fois, on s'en souvient, il avait parlé à la tribune des alTaircs de Rome, c'était le jour où le général Cavaignac, qui semblait maintenant renier ce glorieux élan, avait mérité les félicitations des catholiques en volant au secours de Pie l.V. Pendant la période agitée et douteuse qui va du lü décembre à la (in de la Constituante, l'ancien orateur de la Chambre des paii-s, toujours flebout devant les grands intérêts sociaux battus en brèche, avait laissé à d'autres le soin de défendre ou de ledrcsser la politique du gouvernement sur la question du Pape. On lui avait tant répété qu'en face d'une Chambi'c de plus eu plus mal disposée, disait-on, |)our les idée,s (;atholiques,son appui ne pourrait que nuire à la cause (pi il prétendait servir, que le silence lui avait semblé un devoir. Mais aujourd'hui, devant Home pris*’ et
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rendue par la Fiance à son souverain, devant le pouvoir du Saint-Père tout à la lois restauré et calomnié, M. de Montalembert u' hésitait plus à venir glorilier au nom du catholicisme et de la civilisation, l’expédition dont il avait le premier donné le vrai sens et annoncé le vrai but.
La salle retentissait encore des hyperboles de M. Hugo, lorsqu’on entendit son remplaçant à la tribune déclarer que ce discours avait déjà reçu son châtiment dans les applaudissements qui l’avaient accueilli. El comme les huées des applaudisseurs répondaient à celle justice de l’opinion faite en une parole : ■< Puisque ce mol de châtiment vous blesse, reprit amèrement l’orateur, je dirai donc sa récompense! » Raillant alors l’auteur de Lucrèce Burgia d'avoir pris ses souvenii-s de théâtre pour de l’histoire cl surtout pour de l’hisloire contemporaine, il lui demanda dans (|uelle Rome il avait vu ces gibets, ces bourreaux, ces cachots dont son imagination obsédée avait tracé la sombre peinture. Pouvait-il nommer un seul Pape, depuis trois siècles, convaincu d’avoir été cruel, dur ou tyrannique? Pour quelques restrictions regrettables à l’amnistie de 1840, devait-on oublier l’amnistie de 1840, qui n'avait eu d'autre résultat que de rendre des chefs au parti qui voulait la ruine de la papauté Puis ne tombe-t-il pas sous le sens que la bonne foi manque non moins que la vérité, à ces déclamations contre les prétendues rigueurs du gouvernement romain? Le Pape, ses ennemis le savent trop bien, pardonnera toujours; il est obligé de jiardonner ! Les fusillades, les gibets, les échafauds, les emprisotinements, les trans-
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pnriations politiques sont des moyens bons tout au plus pour les gouvememeuts qui se permettent de lui donner des leçons de clémence : quant à lui il doit se contenter d'éloigner de ses domaines ceux qui rendraient son régne impossible. Sans doute l'ie IX avait fait des ingrats, mais heureux qui fait des ingrats et malbeur à ceux qui se font les organes et les orateure de l'ingratitude!
Passant au reproche toujours reproduit contre les Papes de n’employer que des prêtres dans l'administration de leurs États, l'orateur prouva que ce fait était de nos joui’S absolument faux. Une statistique oflicielle de toutes les fonctions dans l'ordre politiijue, judiciaire cl administratif et des traitements qui leur étaient respectivement assignés en 18 iS, accusaient cent neuf ecclésiastiques seulement (mtre cinq mille cinquante neuflaïques. 11 est M'ai que les positions supérieures étaient en général occupées par des gens plus ou moins engagés dans les or. dres; mais de quel droit ferait-on un crime au Saint- Père d'avoir un gouvernement clérical, plutôt qu'à l’empereur de Russie d’avoir un gouvernement militaire'.* A Saint-Pétersbourg on ne voit aux affaires que des soldats, depuis le mini.stredes finances, qui était en 184!) un général d'infanterie, jusqu'au président du .saint synode, qui était aussi un général, jusqu’au directeur des théâtres impériaux, qui était colonel ! Et le Pape ne pourrait pas confier quelques branches de service public aux membres du clergé?
Une question assurément plus importante, et même la seule im|)ortanle, serait desavoir si la liberté est absolu-
IllMOlRK
iiifiil iiuomitalible avec un tel syslôine de gouverueineiU. Or, la réponse dépendrailenliêrcinent, suivant l'oialeur, de ridée qu'on se fait de la liberté elle-inème. Pendant tout le moyen âge, des libertés très considérables, locales, individuelles et générales, ont coexisté dans l’État romain avec la souveraineté temporelle des Papes, comme elle cocxislait ailleurs avec la souveraineté inviolable des rois. Mais il n'eu saurait être ainsi de la liberté démocratique, qui n’est qu’un appel incessant aux. passions qui sc cachent sons le masque de la souveraineté du peuple. Seraitce donc là la seule liberté ? Mais il n’y a pas trace de souveraineté populaire en Angleterre, où cependant régne un si bel ordre de libel lés civiles et politiques. Mais elle n’était pas reconnue en France sous la Restauration, qui n’en avait pas moins donné la Charte ; et ce n’est «pi avcc la Révolution de 1850 que celte dangereuse théorie tôt on tard personniliéc dans un despote, avait fait son entrée dans notre droit public. Pour l’école radicale, en effet, la souveraineté nationale n’est pas le droit une fois exercé de sc choisir un gouvernement, c’est le droit de l'cnverscr cbacpie jour le gouvernement de la veille.
I.es Romains s’étaient, pour leur malheur, montrés les I l'op dociles adeptes de cette école ! Mis en possession de la liherlédes pays constitutionnels, ayant les deux Chambres, la garde civique, la liberté de la presse, ils avaient préh ré l’i'xcrcice inique cl violent de la souveraineté démoi raliquc, et se trouvaient avoir perdu ainsi les institutions (piils avaient méprisées. Fallait-il les leur rendre apr-’s notre victoire, comme si rien ne s’était passé depuis
l»t LtXrÉllITlUN l»K liOMK K.N 18i:i. .-,7-,
le l(i novembre? l’ie IX ne le pensait pas; aucun callinlique n'oserait lui en donner le conseil. On se trompait de pays, de gouvernement et nubne d'époque, eu exigeant de suite pour les liomaiiis tous les avantages de la monarchie pai lemenlaire. Pie IX pourrait nous répondre : « Mais, vous-mêmes, comment n'avez-vous pas su vous eu contenter? » En politique, les expériences coûtent cher et profitent rarement à ceux qui les eutreprenueiit. Si les autres souverains ont le droit de jouer leur couronne dans quelque noble tentative patriotique et liliérale, le Papi' serait blâmé d'exposer une fois encore, a[>rés la cruelle leçon de liSfS, la charge dont il n'est que dé|)ositairc. Enfin, d'après M. de Montalcmberl, l'esprit public était loin, en ISit), de se montrer aussi exigeant envers les gouvernements que par le passé, et le Pape u'était pas le seul qui, devant les forfaits commis depuis deux ans par la Révolution, eût senti décioitre sa confiance dans la liberté. «Ah! s'écriait prophétiquement l'orateur, vous avez détrôné quelques rois, cela est vrai, mais vous avez détrôné bien plus sûrement la liberté ! Le plus grand de vos crimes, ce n’est pas le sang innocent versé par vos fanatiques, quoiqu'il crie vengeance contre vous; ce n’est pas les ruines semées ii pleines mains en Europe, quoiqu'elles soient un formidable argument contre vos doctrines, votre plus grand crime, c’est d'avoir désenchanté le monde de la liberté... Les rois sont remontés sur leur trône, mais la liberté n'est pas remontée sur le sien, dans nos cceurs !... »
Et comme la Montagne ne parlait à tout propos que de
ms roi U K
conlraindre le l'ape à evt'^ciiler de point on point le programme du Président, M. de Montaleniljert lui demandait si elle était t)icn snre de se comprendre elle-même, cl peignait en termes admirables les embarras de la force aux prisesavec la faiblesse. « Quand un homme, s’écriait-il dans un transport d'éloquence, qui retentit encore après douze ans. comme la note élevée de celte discussion, quand un homme est condamné à lutter contre une femme, si cette femme n’est j)as la dernière des créatures, elle peut le braver impunément. Elle lui dit : a Frappez, mais « vous vous déshonorerez, et vous ne me vaincrez pas. » {Très-bien! très-bien!) Kh bien! l’Eglise n’est pas une femme, elle est bien plus qu’une femme : c’est une mère!' »
En terminant, l’éminent orateur, rappelant le mol de Pie IX dans sa lettre d’actions de gnlces au général Oudinol : « Le triomphe des armes françaises a été remporté sur les ennemis de la société humaine, » suppliait l’opposition, et, à travers l’opposition heureusement condamnée à 1 impuissance, le Président de la République de ne pas renier, pour une politique de, fantaisie, une des plus belles gloires de la France au dix-ncuviéme siècle. « Savez-vous ce qui ternirait à jamais la gloire du drapeau français? » disait-il en ne s’adressant certainement plus à la Montagne, dont le choix était fait d’avance entre Charlemagne el (îai ihahli, « ce serait d’opposer ce
' Moniteur Jii ‘ia oct.ihrc. — >■ l'i.c iiiplc i^ilvc ü .ippliiudi'SienicnU nccufillc crltfl plirasi) (!■; t'onileiir, " ajo'ite le compte rendu niriciel.
ItK I.'KXI'KIIITION llK lU.MK KN ISl!) chapeau à la croix, à la tiare qu’il vient de déliuer; ce serait de translbrnier les soldats fian»;ais de proleeleurs «lu Pape eu oppresseuis ; ce serait d'êehanj;er le rôle et la gloire de Charlemagne contre une pitoyable c«)iitrel'açon de Garihaldi ! » et longs applaiidissemeiils à droite.)
Jusque-là, il faut le reconnailre, la letlie du l‘r«‘sident n’avait pas tenu dans le débat la place à laquelle elle avait droit de prétendre. On ne parlait que d'elbî, il «‘st vrai, dans les discours des ennemis de l’expédition, mais à peineen avait-il été dit quelque chose derauti ec«Ué. M. riiiers avait refusé de radnietlre dans son rap|)ort; M. de Tocqueville avait cru assez faire de démontier qu'elle n’était, après tout, qu’un iluplica ta des instructions de nos diplomates, écrit de la main du chçf du gouvernement; et les divers orateurs de la majorité s’étaient «contentés de la regarder de loin avec inquiétude, comme quelqu’un qu’on voit venir à soi et aiuiuel on ne voudrait ni tendre la main ni tourner le dos. M. Odilon üarrol à <|ui le Président de la lté|iublique, fort irrité contre >1. Thiers, avait remis le matin même, en le priant de la lire à rAssenibh’'e, une lettre on il se plaignait tout à la fois de la irsistance du Pape à ses conseils, et des allures dédaigneuses de la majorité à son égard, comprit que le moment était venu de mettre «le coté tou te réticenceet dedégag('rlaivsponsabilité du chefdel'Ktat. Provoqué par M. Kmmanuel .Vrago, qui venait de planter à la tribune c,omme deux bannières ennemies, la lettre à K«lgord Ney et le Molli iiroprio, en demandant à l'Assemblée de se partager entre elles, b> chef du
IIISTOIHK
« iibiiiel irpondil qiio le goiivenienieiil n'avail pas à choisir et qn il acccplait ces deux pièces, l une comme l’indicatioii lin Iml à poursuivre, l'autre comme un premier pas (lu Souverain l’oufil'e veis; ce même hnl. M. Odilon Karrot sut parler avec cluileur de cel acte du Présideid, où il ne fallait voir, suivant lui, (|u'uiie proleslalion au nom de riioiineur de notre diplonialie, comme la lettre an gènéi al Oudinot, contre le votede IdAme du 7 mai, n’avaitèlé ipi'une protestation au nom de l'Iionnenr de nos armes, l/une et l’autre attestaient visildenient le cri du même (■leur, l'élan de la même Ame. I.e ministre se déclarait en outre autorisé à démentir hautement ceux qui voudraient prêter, aux paroles de Louis-Napoléon, la moindre intention de menace contre le Saint-IVre.
S’expliquant ensuite sur le second document engagé dans le débat, il déclara qu’il ne lui était pas possible de prendre le Motn proprio pour la contradiction formelle et volontaire de la lettre du Président. Sans doute, il legrettail, avec M. de Montalemhert, que l'absence délinitivement constatée d’une classe moyenne et modératrice fit obstacle:» l’établissement du régime parlementaire dans les États romains; il regrettait surtout que les concessions de Tiaëte n’eussent pas atteint les limites où nous avions voulu les pousser, et notamment ipie le vote de l’impiM parla consulte, longtemps accordé l'i nos instances, eût été retiré dans les derniers jours. Mais il n’en acceptait pas moins, avec reconnaissance, l’acte du 12 septembre comme la déclaration de Saint-üuen de la papauté. Lue triste expérience lui avait appris qu’il fallait savoir secon-
Iif; l.'KXCKhI 1 lo> (IK 110MI-: K;\ 1849. :>T7
IciiUr du possiltlc, surfont finaud ce po-ssiblc ne forme aucune issue an progrès. I. ancien chef de l’opposifion n'ignorait pas ce fine vani (elle école désespérée qui disait à Home : Il n y a pas de milieu entre le pouvoir absolu du Sainl-l’érc et le ponvoii’ démagogique de Mazzini ! C'est la même (pii avait dit en I rance depuis 1850 : Il n’y a pas de milieu enlie la monarchie conslitutionnelle et la république! et qui répétait depuis le 24 février : Il n y a pas de milieu entre la république et le socialisme ! (Iràce à Dioul il y a autre chose ipie des extrêmes en politiipie, autre chose (pie des formules de despotisme ou de révolution. A Home, comme partout, on pouvait trouver, ou devait chercher cette mesure de liberté appropriiT aux meeurs, aux idées, à l étal de civilisation des peuples, qui fait la légiliinilé des gouvernements. Ce Motu proiirio prouvait que celle préoccupation était loin d être étrangère à l’esprit du Souverain Pontife. Un ne cessait de réclamer la sécularisation de son pouvoir; mais avec les municipalités pour base du gouvernement, et l’éleclion pour origine des municipalités, avec des autorités municipales choisies sur une liste triple présentée par le conseil communal, avec des conseils provinciaux naissant des conseils municipaux qui sont élus, avec des commissions provinciales faisant fonction d'administration et sortant du sein des conseils provinciaux, avec l'élément municipal partout et une consulte résultant, au troisième degré, de l'élection municipale, le peuple romain n'avait-il pas, ce semble, la meilleure et la plus sûre sécularisation, la sécularisation
Il I M OI UK
(lu pouvoir iKisilil'.' (lu ne sont pas des prtilres prohablelueiit que son vole irait dierclier, au jour du scrulin, pour l(*ur coulier ses diveisj mandats. Knfin, dans ce rd-gime municipal si supérieur à celui qui nous régit etqu il n hésitait pas à souhaiter à la France, M. Odilon Barrot signalait, avccl autorilé douhlenient éloquente de nos malheurs cl de sa parole, la première condition de la liberté jxilitique sagement comprise cl rcrmcncnl maintenue.
Il importait, d'ailleurs, de se tenir au-ssi loindudenigi-emcntquedi! l'ulopie, et de ne pas croire que tons les abus, dont ou se plaignait, russenl inhérents au gouvernement ponlilical, ni que ce gouvernement exceptionnel pût être reconstruit tout à neuf sur le modèle d’aucun autre, l’oursuivanl cette pensi’e si juste, l’oraleur arrivait à la formuler dans une des plus fortes maximes politi(|ues que notre temps doive à la tribune paiieimmlaire, qui lui en a fouini un si grand nombre. (( Il faut, disait-il, que les deux pouvoirs soient confondus dans FKlal romain pour qu’ils soient séparés dans le reste du monde ! »
Fn incident inattendu faillit troubler le cours de celte belle discussion. .Nous avons dit que M. üarrol avait reçu, le malin, du Prince Président une lettre destinée à être lue à la tribune, dans laquelle Louis-Napoléon maintenait visà-vis du Pape les conditions de sa lellrcà Edgard Ney, et se plaignait du peu d’attention que le rapporteur de la commission avait accordéeâ un document, émané du premier magistrat de la République. Lotie lecture eût été infailliblement le signal d’une irrémédiable scission dans les rangs de la majorité. Rien que n’ayant pas approuvé l’oubli
volontaire de M. Tliiers, le cliefdii Cabinet avait refusé de venger, au prix d’une si red(»utal)le aventure, la dignité méconnue de. l'élu du 10 décembre. Ce moyen indirect de lettres,adressées tantôt à un aide de camp, tantôt à un ministre, et n'arrivant au public, pour qui elles étaient écrites, que par des voies détournées, ne lui semblait d’ailleui'S ni constitutionnel ni convenable. La constitution avait réglé le mode de communication entre le Président et r.Vssemblée. Si Louis-Napoléon tenait à rentrer personnellement en scène, il était libre d’adresser un message aux représentants. Ainsi M. Barrot s’était promis de s’approprier, au nom du gouvernement, l’esprit de cette seconde lettre comme celui de la première, mais sans laisser soupçonner à personne l’existence d’un document •[u’il avait le droit de ne croire connu (juc de lui seul. Son étonnement lut donc extrême lorsqu’il entendit deux ou trois voix do la gauebe interrompre obstinément son discours par ce cri : la lettre! ta lettre! — De (juelle lettre parlez- vous'.' lit le ministre. — De la lettre du Pré-'^ident, dirent les mêmes voix; lisez-la ! — Nous l’avons lue, fut-il objecté des bancs de la majorité où l’on ne connaissait d’autre lettre du Président que celle dont le Moniteur avait publié le texte, ne la lisez pas! ne répondez pas! — Mais le ministre ne jugeant plus possible de dissimtiler un acte du Président, qui venait d'élre révélé en pleine assemblée, lira de sa poebe la nouvelle lettre et commença ainsi : « M. le Ministre, la question romaine derant être de nouveau discutée à l' Assemblée... — Pas cellelà, crièrent à leur tour quelques impatients de la gauche
1ÜST0IHK
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qui, n'étaiil pas dans le spcrd, coriiiilaiciil sur la lettre à Edgard Ney, la lelire du Président ! — Si, si! — Lisez, laissez lire! — C’est inutile, tout le monde l’a \ue dans les journaux! — El proritant aloi's de ce que la gaurlie comme la droite prenait ainsi lecliangc, M. Odilon ISarrot iléclara qu'il lui semblait en elfet inutile de produire à la tribune une pièce depuis longtemps rendue publique, et dont cliacnn avait le droit d'argumenter
Entin, après avoir dit de l'amnistie, comme son collègue des adaircs étrangères, qu’il était fondé à n’y pas voir le dernier mot de la générosité de Pie IX, le Présisidenl du Conseil termina par demander à tous ceux qui avaient voulu l’expédition et qui entendaient en faire sortir les résultats qu’il venait d’indi(pier, à tous ceux qui approuvaient h la fois le but poursuivi et les moyens cm- |>loyés par le gouvernement, de voter les crédits sans plus d’explications.
Bien qu’une adhésion indirecte à la lettre du Prince Président fût cachée peut-être dans celte conclusion un peu vague, la majorité n’eùl certainement pas poussé le rigorisme jusqu’à refuser de la sanctionner par ses bulle lins. Mais la Montagne, ne pouvant se contenter d’un succès si modeste pour un programme qui était devenu le sien, conunil l'imprudence de vouloir serrer le débat et forcer 1’ .Assemblée à prendre parti pour ou contre. L’ordre du jour suivant fut donc proposé par M. Victor Hugo : « L’Assemblée, adoptant, pour le maintien de la liberté
* Voir ce cuiieun incuieiU au Mouitef'f ilu 21 oclobre 184V