I.K LtXl'ÉDlTlON DE ROME E.\ 18i'J
t'I (les droits du peuple romain, les principes contenus dans la lettre du Président et dans les dépêches du gouvernement, clijt la discussion. » Le cas iie laissait pas (lue d'étre embarrassant pour le miuisli;re, car c'i;lail le fond même de rargumenlation de MM. de Tocqueville et lîai rot, que s’appropriait l'opposition. Kii outre, il n’y avait plus moyen de mettre liors du vole la lettre à Edgard Ney, (|u’on avaitsi prudemment écartée du débat. Le .scrutin dut se montrer moins réservé que la tribune, et quatre cent soi.xaule-neuf voix contre cent (juatre-vingts repousseront, par l’ordre du jour pur et simple, l’ordre du jour approbateur de la Montagne réunie au tiers parti. C’était deux cent quatre-vingt-neuf voix de majorité pour le rapport de M. Thiers contre la lettre à Edgard Ney.
Telle fut cette discussion du mois d’octobre iX'd), l’eslée célébré parmi celles qui ont illustré la tribune nationale. La question romaine, déjà résolue à Rome par nos armes, y fut examinée sous toides ses faces, fram;aise, catholique , euiopéenne. Toutes les (djjections furent produites, toutes les raisons furent données ; l’écmsante supériorité du nombre vint consacrer cette fois la supériorité de la raison et du talent. MM. Thiers et de Monlalembert furent les deux vainqueurs de ce brillant tournoi. Si éloigntîs l’un de l'autre au point de déjiart, riiomme d’État libéral et l’orateur catholique se rencontraient dans la mémeconclusion. La politique pure cl le sentiment religieux reconnurent également que la France avait dû son appui au Pape, qui le lui demandait, et que foute prétention de notre part à restreindre l’in-
HISTOIIIF.
dé|)('iidance rci oiiquisc du Saiiit-Siéj;e élait nulle en droit et dériiisonnable en fait.
Par ce vole mémorable du 20 octobre, l'Assemblée remettait de nouveau à Pie IX les clefs de sa capitale, qu'on avait eu l'air de vouloir lui reprendre, et lui disait : « Saint-Père, la France vous rappelle à Rome, non en protégé, mais en souverain : la France, comme l'a dit le Président de la République, ne fait pas payer ses services, pas plus en contributions de guerre, comme l'Autriche, qu’en concessions ruineuses pour votre dignité, comme on a paru vous le laisser craindre. Elle respecte votie puissance qu'elle a rétablie, et ne prétend rien garder des droits qu'elle vous rend. Le Motuproprio, qui donne à vos sujets des libertés municipales et provinciales que nous sommes réduits à leur envier, n'a pas cru pouvoir leur faire encore la part des libertés politiques. Nous vous supplions, très-Saint-Pére, de ne pas laisser tomber en oubli les demandes adressées à votre gouvernement par des diplomates qui se sont montrés, dans tout le cours de leur difTicile mission, fds si dévoués de la sainte F^glise, fds si éclairés de la France du dix-neuvième siècle. Nous savons les obstacles qui vous ferment cette voie, où vous aviez marqué naguèn» des pas si glorieux, plus tard si funestes, mais qui resteront, croyez-Ie, plus glorieux que funestes à votre mémoire et à l'Église. Vous êtes souverain italien, et comme tel la main victorieuse de l’Autriebe veut peser sur votre gouvernement. Vous êtes le chef suprême de la religion, et comme tel vous avez à défendre le plus liant déposi-
taire de l’aulorilé contre la ligne iMernelle de ses ennemis. Leur nom, leur drapeau peut changer, mais non pas leur but, qui est de renverser l'Ilglisccn renversant votre pouvoir. Il est visible que riioslilitc religieuse du Piémont, qui s'est décidé à ebereber sa rcvanebe de Novare dans l'alliance de la Itévolution, tend à rejeter vos conseillers sous la dépendance des dominateurs de l'Italie '. Régnez en paix, Saint-Pére ! nous vous protégerons assez contre l’ambition de la maison de Savoie pour que vous n'ayez pas à recourir à la tutelle de la maison d’Autriche ! La France seule peut vous défendre sans vous humilier; la France seule n’a au delà des Alpes ni possessions à garder ni royaume à conquérir. Elle est aussi loin de songer aujourd’hui à ses prélenlions napoléoniennes de 1808 qu'aux prétentions de ses rois du quinzième siècle sur l’bérilagc des Visconli. Malgré le vain bruit des déclamations, malgré les crimes d’une époque néfaste, malgré le changement accompli des institutions et des mœurs, le fond des âmes est encore -> à vous. L’esprit de Voltaire n a pas étouffé, vous venez de le voir, le cœur de Charlemagne.
« Quant à l’amnistie, elle est le droit divin des princes, et ce n'est pas à celui qui rcprésenle Rien sur la terre que nous songerions jamais à enseigner la miséricorde. Nous savons, comme nous l a dit un de vos plus illustres enfants, que vous ne pouvez ni ne voulez verser le sang de vos ennemis; nous savons que ne
' I.e l'iciiioiit préliiiluil .-liur:; par les luis el l'.n' la pmsiri|ilioii des évfi(iies à lî» "lierre do nos jourü contre Rome.
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mémo los oomlainiioi , comme nous le taisons nous-mèinos, aux riuucuis d une dctenlion lointaine, \ous vous contcnlci! d'ôloigiier de voire li ùneceux qui ne vcidonl pas vivre en paix à son omlire, jusqu à ce que le repentir ou quelque sublime inspiralion, comme celle du l(i juin ISil), v ienne rendre les exilés à la patrie. Rognez flans ce souvenir, Saint-Père î faites des heureux, faites des ingrats peut-éire, mais ne craignez plus rien! I>a France n'a pas al)allu les usurpateurs de votre autorité pour prendre leur plaça} et jouer leur rôle. Chargez-vous .seul de vos sujets lidéles : l'armée dont vous venez de bénir la victoire se charge de vos ennemis, qu'ils s'appellent de leur vrai nom, comme ceux qu’elle a vaincus hier, on qu’ils se déguisent sous le drapeau d’une inonarehie italienne, comme ceux qui vous menaceut aujourd’hui! »
Ce langage d’une politique loyale et sensée était le seul qui pût être entendu de Pic IX. On en eut la preuve peu fie jours après le vote de l’Assmnblée. Une députation romaine étant arrivée à Porlici pour prier le Saint-Père de ronlrei' au plus tôt dans sa capitale : « ^'ous avions iv‘pugiié, répondait-il, à revenir dans nos Flats tant qu’on niellait en France notre voloidé indépendante en question, mais aujourd’hui qu’une heureuse solution a mis tin à tout doute à cet égard, nous espérons revoir sous peu notre chère cité de Rome. »' En même temps il annonçait, par une lettre tlu octobre, son retour prochain à .M. de Corcellcs, et tout se préparait à Rome pour sa rentrée à la lin du mois de novembre.
Mais le vote de l’Assemblée législative, si l’avoi-able-
DK I. KKPÉDmON DE ROME EN 1849. 5S5
ment accueilli à Porlici, n'élail inallieureuscmcnt pa« le dernier mol de celle aiïaire. La lellrcdu 18 aoiU devait avoir un posl-scriplum dans le message du 51 octobre. Nous avons dit que le Prince-Prcsidcnl avait considéré le silence de M. Tliiers comme une préméditation de dédain et d'outrage envers son autorité. Ce point de vue était faux, comme le sont d’ordinaire les points de vue personnels. En ne parlant pas d’un document qu’on ne voulait ni condamner ni approuver, le rapporteur obéissait aux lois de la plus vulgaire prudence. N’était-cc pas assez que ce document eût ruiné à Gaëlc l’oeuvre de nos diplomates sans lui sacritier en plus l’accord si nécessaire de la majorité législative? N’étail-ce pas trop que l’élu du 10 décembre eût mérité les applaudissements de la Montagne, et fallait-il attirer sur lui le blûme formel du parti de l’ordre? M. Thiers s’abstint d'ailleurs de reparaître à la tribune avant le vote, et, si le silence du rapport devait passer pour, un blâme indirect de l’acte de Louis-Napoléon, le silence du rapporteur péndanl la discussion pouvait être pris pour une adliésion aux accom- ✓
modements proposés par MM. de Tocqueville et Barrot. Le parti de l’ordre mit une rare prudence à observer la difficile consigne qu’il avait adoptée. En vain la Montagne arbora-t-elle comme un drapeau la lettre dn Président; en vain les ministres l’avaient-ils à dessein mêlée et confondue dans la politique générale du gouvernement, la majorité refusa tout blâme, tout éloge, toute discussion. Se voyant en face d’un conflit avec le représentant du pouvoir exécutif, elle rocidait, se taisait, dissimulait prudemment
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et non dédaigneusement son o])inion. Sans l'olTslinalion maladroite des l'amilicrs de I Llysêe, il est certain que l'Assemblée n'aurait pas eu à se partager entre le Président et la commission, et le vole qui couronna l'expédition de Rome n'aurait pas été pour le gouvernement une victoire remportée par les chefs parlementaires, sans son chef naturel et presque contre lui.
Mais aucun de ces raisonnements n’avait prise sur des esjirits aigris et révoltés. Le crime d’av'oir passé sous silence la lettre à Kdgard A’ey appelait une réparation publique. On ne pouvait évidemment rien tenter contre les conseillers de la majorité ni contre l'Assemblée ellemême; c’est le ministère qui paya pour tous. Jamais, d ailleurs, le Président ne l’avait accepté que comme un gage provisoire donné à la coalition qui avait triomphé le lü décembre. Ce cabinet contenait trop d’hommes considérables, il mettait liop évidemment le gouvernement à la tribune, il couvrait trop de son importance parlementaire la personne et le pouvoir du Président de la Réj)ublique, pour avoir jamais été agréable à ce dernier. Ou reprochait aux ministres d’arriver ordinairement au conseil avec une opinion convenue d’avance entre eux, et d'annuler ainsi l'influence légitime de leur hôte de T Élysée. Ouelques mesures de détails qui laissaient deviner la défiance étaient venues corroborer ce grief permanent. Ainsi l'administration du Moniletir ne d ‘vail accepter aucune insi riion qui n’eùl été soumise au ministre de l'intérieur, et c'est, assurait-on, à celte piécaulion qu’on avait dû d arrêter au passage, un
beau matin, la destitution de M. de Corcellcs. La lettre à Edgard Ney, publiée à Taris par une sorte de surprise, ii’avait pu recevoir à Rome 1a publicité oflicielle. Une seconde lettre remise à M. Rarrot n’avait pas été lue à la tribune. Quelle part d’autorité restait-il donc au premier magistrat de la République? Des inaugurations de chemins de 1er, des banquets avec des toasts au dessert, qucl(|ues cris de Fier l'Empereur! à la parade de l'Élysée. Était-ce vraiment la peine d’ayoir eu cinq millions de voix, et, comme l’avait dit un montagnard, de s’appeler Xa|ioléon? A jouer le rôle de souverain constitutionnel, au moins faudrait-il être souverain! Un Pre’-sident responsable ne devait-il pas agir par lui-méme, sans se soucier de scs ministres et ne leur permettre en aucun cas de le reléguer au second plan?
Dans une lettre, constitutionnelle cette fois, puisqu’elle revêtait la forme d’un message adressé au Président de 1 As.semblée, Louis- Napoléon fit connailre aux représentants les raisons qui le décidaient à changer son ministère. « 11 faut des hommes, disait-il, qui, animés de sentiments patriotiques, comprennent la nécessité d’une d'iiection unique et ferme et d’une politique nettement formulée, qui ne compromettent le pouvoir par aucune iriésolution, qui soient aussi préoccupés de ma propre responsabilité que de la leur et de l’action que de lu parole. » Après cette critique d'une combinaison ministérielle où il avait clierché, disait-il, une fusion de nuances au risque de n’oblenir qu’une neutralisation de forces, le Prince-Président accusait les anciens partis d’avoir relevé leur dra-
HISTOIRK
peau <’t SC plaisait à supposer que la France inquiète diercliail (le toutes parts la main et la volonté de l’élu du 10 d(‘(M;mbre. Comme le rapport de M. Thiers avait osé parler, au grand scandale du parti républicain, des imperfections de la Constitution, Louis-Napoléon s’autorisait habilement de cette audace pour poser avant l’heure devant l’Assemblée la question de la prorogation de sa présidence, qui devait être mortelle à la République : <( Le plus o»i moins de durée du pouvoir, disaitil, contribue puissamment à la stabilité des choses. »
Le dernier incident qui avait déterminé le Président à rompre avec son ministère avait été la retraite définitive de M. de Falloux. Éloigné des afTaircs et bientôt de Paris par ordre des médecins, le ministre de l’instruction publique et des cultes avait devanc,é le message par sa démission. N’ayant pu prendre aucune part, depuis deux mois, aux délibérations de l’Assemblée ni du conseil, et jaloux de se montrer fidèle jusqu’au bout à l’esprit de l'expédition dont le public lui attribuait la responsabilité, il venait, après avoir remis son portefeuille, de provoquer une souscription catholique pour répandre le beau discours prononcé par M. de .Montalembert dans la dernière discussion '. Scs collègues s’occupaient de lui chercher uu successeur dans les rangs de la droite, lorsque le message du 7>i octobre éclata inopinément sur leur léle. Ils ne purent se douter du coup qui les menaçait
' Oc (llsnnirc, joint ou rapport de M. Thiers, aux discours de MM. de Fallotix et Tburiot de la Rosière, et suivi d'un opiwndice par le duc de Valniy, lut on l'ffet publié en édition populaire par les soins du comité calholii|ue. ,l’. ri-, ibez Lecoll're, tSit) )
liL L’tXI‘Él)lTlUiN Itt ilOMK h.^ I84‘). cSi) (ju'en le recevant : M. Odilon Barrot, notamment, aj>pre liait à Bougival, où il était venu se reposer des fatigues de la tribune, qu’il n’étail plus ministre et que son propre frère entrait dans la combinaison qui l'évinçait.
Bien des esprits clairvoyants regrettèrent ce cabinet, qui avait du moins riiomogènéité précieuse de l’honuéleté de cliacun de scs membres, et qui, par sa composition mixte cllc-mème, était particuljèrement apte à s'interposer entre tes impatients du palais Bourbon et de l’Élysée. Jusqu'à la lettre du 1 8 août, l’Assemblée et le Président avaient semblé vivre en excellents termes ; du jour seulement de la publication de ce document au Moniteur datent les méfiances et les rapports difficiles entre les deux pouvoirs issus du même suffrage. On cria d'une part au coup d’État,'de l’autre, comme on vient de le voir dans le message, à la ligue des anciens parfis contre l’élu de la nation. Le ministère deM. Odilon Barrot, qui suffisait à la situation générale des affaires, était loin de suffire aux passions de deux partis qui brûlaient d'en venir aux mains. Cet intermédiaire supprimé, la lutte ne pouvait tarder à s’engager. Le Président venait d’invoquer devant l'Assemblée sa responsabilité constitutionnelle pour se défaire d’un ministère qui le gênait; il devait l’invoquer une fois encore, mais cette fois devant le pays, pour se défaire de l’Assemblée elle-même.
En attendant, le nouveau cabinet, qui ne se sentait ni de force ni d’avis de se poser tout de suite en face de la majorité, entrait à la Chambre en se faisant plus petit encore qu’il n’était. Une quantité de destitutions purement réac-
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lioimairos, qu'avaicnl rol'iisôcs scs prcdccesscurs, fuiciil inimcdialcinent accordées. Signalé par le Satinual comme ayant poursuivi la destitution de son frère pour arriver au portefeuille, M. Ferdinand Barrot répondait, par l'entre mise ofliciclle du Moniteur, qu’il n’avait pas cessé un seul instant, dans toutes les .\sscnd)lées, de professer les principes politiques de son frère, et qini, s’il avait accepté de le remplacer, c’était par pur tlévouemcnt aux intérêts du pays et par atlacliemcnt personnel au Président de la République*. I.e nouveau ministre des finances, M. Foiild, était déjà une puissance dans le monde des alfaires. .M. de Rayneval, dont on avait pris le nom sans son agrément et qui le retira, était évidemment destiné à rassurer les catholiques et le Pape lui-même. Ouant au général d’ilautpoul, qui tenait la tête do cette combinaison et qui vint porter à la tribune les déclarations les pins parlementaires, on se flattait, assure-t-on, qu’il allait répondre à un certain sentiment légitimiste.
Les bruits do coup d'Ktat n’en persistaient pas moins dans les journaux et dans les .salons. Il y a de certains mots en politique qui, une fois lancés, ne s'arrêtent plus jusqu'à ce qu’ils aient abouti à une solution ou à une catastrophe. Ce ministère d’inconnus, presque étrangers à r.Vssemblée à force d’y tenir peu de place et d’y faire peu de bruit, rappelait aux plus oublieux les enseignements elles menaces d’une discussion qui avait profondément ému la Constituante quelques mois avant.
Un économiste ingénieux, M. Rasliat, avait proposé,
* floniltiir du 2 novembre lSi9.
F>K l.'KM ÈiHTION UE ROME EN ISFO. :,;M pendant la disni>sion de la loi électorale, iin amendement qui déclarait incompalildes les fondions de re])iésenlanletcellesdominislrc.(\>üeprélenliim,loulenouulle alors, avait paru au plus grand nomlire plus exceiih iiiuo encore que dangereuse. Mais le rapporteur du projet de loi n'avait pas liésiléà signaler en elle un plan d’abaissement systématique des Assemblées et du pays, et la ruine procliuiiie de la République. « Gardez la main sur le Président par un ministère (jui soit à vous, 's'élait écrié M. Billault, autrement, prenez garde!... Sa position n’est pas celle du président des ttats-l nis. Le pouvoir ('xécutif est couslitué dans des conditions d’iidluence énormes. 11 nomme cent cinquante mille fonctionnaires et leur distribue deux cents millions du budget. Le Président des États-rnis n’a aucune espèce d’action gouvernementale sur le détail des affaires des États de 1 Union; ils ont cbacun un gouvernement séparé... Il n’a point de ces armées colossales qu’entretient la vieille Europe; il ne peut jias, lui, passer des revues de cinquante mille hommes; il n a rien de ce qui peut ressusciter l’ambition d’un liomme. » (Hniil.) Puis l’orateur libéral enfermait dans ce dilemme ceux qui, sous prétexto d’en finir avec le vieux scandale des compétitions personnelles, ne voulaient plus que des ministres élrangeisà la représentation nationale : « Ou vous aurez un pouvoir impuissant exercé par des ministres pris en dehors de cette Assemblée et sans autorité sur elle, des hommes inconnus, des instruments ministériels, et ce gouvernement extra parlementaire sera
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lll.SUt|RE
frappé d’impuiï^sance el de discrédil; ou bien, au cou - Iraire, le pouvoir exécutif aura réussi à trouver hors de cette Assemblée des hommes supérieurs, résolus, énergiques, et alors soyez donc conséquents ; vous croyez qu’un candidat ministre jouera volonliei-s la paix de son pays pour un portefeuille ; vous devez croire qu’un Président entouré de tels hommes pourra bien être tenté de joueila Constitution pour la puissance suprême'! »
Tant de motifs de redouter un coup d'Élat, si hardiment dénoncés depuis plusieurs mois par M. Billault et commentés chaque jour par une presse absolument libre, avaient fini par troubler profondément l’opinion. Le gouvernant le conslatait à la fois et s’en plaignait avec une sincère amertume : « Le Président a dit dans son message, lisait-on au Moniteur du 10 novembre : «Je « veux être digne de la confiance de la nation en main-
* Monili’iir du li mars 1S49. — « Je sais, ajotilail M. UillauU en s'adnessaiil à ei ux qui pensnieiil à réduin" le rôle des .Vsseinldt'es, qu'il y a un parti qui considère la politique dans 1rs Assrniblées délibérantes comme une sorte de fléau et qui voudrait réduire les .Assemblées législatives aux pruiKirlions d’un grand conseil général disrulani avec beaucoup de soin la question du libre échange, par exemple [on rit], mais ne se laissant pas aller aux préoccupations émouvantes do la politique. (Juoi que vous fassiei, vous ne supprimercï pas dans ce inonde la politique proprcnicnt dite. Il y aura toujours dans le.s Assemblées deux tendances parraitcnicnt di.stinrtcs : à l'intérieur, vers la résistance ou vers le progrès ; à l'extérieur, vers une expansion plus ou moins active OH vers un système d'abstention plus on moins absolu. Quoi que vous fassiez, ces deux manières d'entendre la vie d'un peuple resteront avec le> questions de leur pratique et divi.scronl toujours les Assemblée.s. et. quand CCS questions capitales, posées par la force des choses, se soulèveront au sein d'une Assemblée comme celle de la Kraiice. il n'est en la puissance d'aucune loi. d'aucune mesure, d'empêcher qu'elles ne passionnent profondément les esprits... Il ne dépemi pas de vous de détruire ce fait inévitable. Vous ppuvea, non pas anéantir, mais paralyser cette force, vous le pouvez, mais ce sera au grand détriment du paysl... a
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« tenant la Constitution que j’ai jurée. » Ces paroles sont nettes, précises, à l’abri de l’interprétation et du doute; c’est presque la formule de son premier serment. Eh bien, dans certains journaux, dans les salons, à l'Assemblée, partout enfin, on accrédite le bruit d’un prétendu coup d’Etat. On suspend comme à plaisir cette menace sur la tête des personnes les plus faciles à alarmer, on trouble méchamment la sécurité publique ! Nous sommes autorisé à déclarer qu'il y a là intention perfide, calomnie odieuse, insulte à la loyauté de celui qui ne viola jamais sa parole. »
Ces inquiétudes, qualifiées avec si peu de retenue par le journal olïiciel, s’apaisèrent sans disparaître entièroment, quand on se fut assuré que le nouveau ministère ne comptait rien faire ni à rintérieur ni au dehore pour justifier le titre de ministère d’action que lui avait donné le message. Mais le coup devait retentir plus profondément à Rome et à Portici. Comment serait-on parvenu à persuader au Pape que le Prince-Président, qui renvoyait son ministère parce qu’il n’avait pas voulu appliquer la politique de sa lettre, allait lui-méme renoncer, ne fût ce que pour un temps, à cette politique? M. de Corcelles, dont la mission, traversée par tant d’épreuves, était arrivée 5 son terme, venait de rentrer en France sans avoir eu la consolation de ramener le Pape à Rome. Tout le bon effet du rapport de M. Thiers et du vote de l’Assemblée était détruit par le message du 31 octobre. Replacé en face du programme du 1S août, confié par son auteur à un ministère d’exé-
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(■ulion, l'ic IX ne voulut plus entendre parler de f|uitler son asile de l'orlici. Les apprêts de sa réception Inrent décommandés au Vatican, et le peuj)lc romain apprit avec stupeur qu'il ne l'allait pas songer à revoir de silôL son souverain, (l'était pour la seconde fois, depuis noire entrée à Rome, que le Sainl-Pérc reculait devant la politique personnelle du Prince-I’résidcnl, et que l'entier létahlissement de l'ordre dans les possessions de l’Ilglisc se trouvait ainsi retardé.
Ce nouvel ajournement ne dura pas moins de six mois. De nouvelles négociations avaient été entreprises, négociations moins diplomalniues ipic religieuses, conliées à un cardinal français. Assisté de M. de Rayncval, qui venait d'étre accrédité comme ambassadeur auprès de la Cour pontificale, Mgi' Dupont, cardinal-arclievéque de Bourges, parvint enfin à dissiper les craintes du Pape, et le décidait à oublier la Iclti e et le message, comme le Président semblait lui-méme les avoir oubliés.
Le 12 avril IS.ôO, Pie IX rcnti ait solennellement dans sa capitale. Ce fut encore un beau jour pour Rome et la papauté, moins beau ceiiendant que les grands jours de 1817, moins beau que le 15 juillet de l'année précédente' Huit mois d'intérim ajirès les convulsions d'une crise révolutionnaire d'une année avaient épuisé le couiage des bons et relevé l'audace des mauvais. C'eût été une trop forte é[ire\ivc même pour tout autre peuple que le pc'uple italien. Les pouvoirs provisoires, condamnés à se livrer sans résistanœ au flot d'opinions qui les a portés, ne peuvent faire quelque bien qu à la condition de durer
IiK L‘KNI’KI)ITIO.N 1»F. l!ÜMt'. K.\ 18 10. .-.0-.
pou. Eiiooro (liii'ont-üs toujours plus (pie la popularili’' do leurs preiiiiers jours! La terreur de nos amies avait disparu du inoinont où le sens de noire victoire s'élail ohscurci. (In avait vu la restauration du Pape compromise, pour ainsi dire, avant d’avoir commencé, et Pie IX mis eu accusation devant son peuple par celui qui lui tenait ouvertes les portes de sa capitale. Rien n’avail été ignoré à Rome des difTérends entre Paris et Porlici.Si quelques esprits éclairés donnaient raison aux alarmes et à la fermeté du Saint-Pére, les agitateurs avaient trouvé dans les exigences napoléoniennes un programme retentissant d’opposition qui siiflisait à rendre dérisoire les modestes concessions du tnolu jiroprin. Dans l’antagonisme si mallieureuseiuent sirscité entre le Pape et le Président de la République française, le beau n'de éiait acquis d’avance à celui qui, n’ayant pas la responsabilité du gouvernement, s’était assuré le mérite d’avoir demandé des réformes qu’on ne lui avait pas accojdées.
Le but principal de notre expédition n'en était pas moins atteint ; la domination des démagogues dans l«.*s Etais de l’Église avait pris lin, le régne de Pic IX allait recomniencer. Que devait-il en advenir? Cette seconde partie de son pontificat aurait-elle une moins triste issue que la première? La paix était-elle vraiment rendue aux populations romaines? La question de Padminislration papale était-elle résolue? (.juellc politique allait suivre notre gouvernement? Celle de la lettre du Président ou celle du vote presque unanime de l’.Xssemblée législative? L’impartial avenir saura le dire : la l'rance, privée pendant
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IIISTOlUt
dix ans du druil de discuter ses affaires étrangères, n'a pu rien préparer ni rien prévenir, el le mystère couvre encore toute cette période qui va de la restauration de Pie IX par nos armes en à sa dépossession par les armes du Piémont en ISoO. Il est certain, toutefois, que l’œuvre des conférences de Gaëte,un moment reprise à Villafi-anca, parait définitivement abandonnée, et que notre alliance avec Turin n'a j)as produit, jusqu'à ce jour, des résultats aussi favorables à l’Église que notre alliance avec l’Espagne, l’Autiiclu: et Naples. Jusqu’au congrès de Paris, en 1850, la question romaine a paru sommeiller; on n’entendit plus parler ni des exigences de nos diplomates, ni des résistances delà cour de Rome. I.es correspondances des journaux avancés osèrent même prétendre que, loin de persistera demander au Pape aucune concession, on lui en aurait offert en notre nom d’assez inattendues. Ces journaux ajoutidcnt que la bonne entente était si cordiale entre les deux cours, (ju’il n’était question à Rome que d’un voyage du Pape en France pour aller sacrer le nouvel empereur.
Quant à nous, nous concevons, sans avoir besoin d'aller chercher nos analogies en 1804, ce silence prudent de notre diplomatie, succédant à ses longues instances. La France n'était pas alors en position de donner à personne des conseils de liberté. De tels conseils eussent reçu de ses exemples un trop cruel démenti. L’ère qui s’ouvrait pour l’Europe, après l’acte du 2 décembre, ne s’annonçait pas comme devant être propice au développement des institutions libérales. De toutes parts les
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coups (l'État répondaient à ce coup d'État, comme les révolutions avaient succédé à notre révolution. Après avoir adressé, avec les souverains de Naples, de Prusse et de Russie, ses félicitations reconnaissantes au nouveau inailre de la France, le jeune souverain d’Autriche s'empressait d’imiter une si heureuse audace. Le ."•I décembre 1851, c'est-à-dire vingt- neuf jours après le succès du 2 décembre, il retirait à ses peuples la (Constitution donnée en des jours de troubles, et rétablissait le vieil absolutisme, aggravé par un nouveau système de centralisation importé aussi de l’étranger, ('.'est ainsi que la monarchie des llapsbourg fut poussée sur la pente de cet abîme de misère et de révolution d’où le bras de son Empereur fait en ce moment de si glorieux efforts pour la retirer*. Le gouvernement du Saint-Père ne songea point à s’autoriser de tels
* Nou« voyons par une dép<}cltc dr iord Palnierston à sirNapier.dul 1 fcptcnw )>rc 18i8, quelles osporuices les amis de Htalic avaient cru pouvoir tncIlreaKira (Inns In iiotivclle Constitution libérale de l'Autriclie. a 1^ succès des Aulricliiens, écrixjil le chef du Foreign-Office ^ ne doivent être en réalité rcganb's que c<)mnic un succès militaire, et non comme le triomphe de l'absolutisme. Id' succès inilitnirc fTourm conduire à un règlement de territoire, mais nullement à une rcsluuralion do gouvernement militaire, méioe dans le nord de l'Italie, cl bien moins encore dans le reste de la !*éninsule. hWutrkhe elle-même a renoncé au gonvernemenl arbitraire et est entrée dans les rangs des États coustitulionnfU ; elle ne peut revenir sur ses pas, quoiqu'il y oit lieu d’espércr que le cUangeincnl pourra être régularisé par la prudence et la modération... Le goiivernciiient de l'Autriche sera luMiiéiiic un c&einplede progrès et de réfunne, et il est à peine admissible qu'avec une législation repré.«enlalivc rAulriche puisse permettre à un pouvoir exécutif, même s'il en avait envie, d'imposer aux autres pays des principes de gouvernement diamé^ tralemenl opposés à ceux que l'Autriche a été conduite à pratiquer elle^ même. » Il ne fut malhcureiiseincnl plus permis de parler ainsi après le coup d'État du 51 décembre, et rabsolulisme, rétabli à Vienne, sévit plus durement que jamais sur ta malheureuse Italie.
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précédents, et n'en appliqua pas moins, en 18Ù2, Us institutions promises en 18 ill. Nous n’avons pas à entri r dans le détail des décrets promulgués alors ; si peu libéraux qu’ils soient en réalité, ils suliisent, croyonsnous, pour assurer au Suint-l’ère l’iionneur d’avoir seul songé, en ces tristes années, à donner à ses sujets quelques garanties nouvelles.
S'il nous est facile de nous expliquer la résene de notre action diplomatique à Rome pendant la première phase du régime impérial , si heureusement modilié par les décrets du 24 novembre 1800, nous avouons qu’il ne nous paraîtrait pas aisé dejustilier notre attitude au congrès de Paris, où nous olTrimes au Piémont l’occasion de diffamer solennellement le Pape et tous les souverains d'Italie. Qui expliquera que nous fussions en même temps si lavorables à Rome au gouvernement de Pie avec M. de Rayneval et si hostiles au congrès à ce même pouvoir par l’initiative de M.^Valeswki’’.' Kn comparant aujourd’hui, à la triste lumière des événements, le protocole du 8 avril 18.00 et le memoi andum en réponse de notre ambassadeur auprès du Saint-Siège, il n’est pas possible de se ligurer que ces deux hauts fonctionnaires aient servi la môme politique.
Mais riiistoire doit s’en tenir aux faits entièrement accomplis, et laisser à la polémique ceux qui sont encore on voie d’évolution. Notre récit se termine donc à cette du'.e du 12 avril 1850, au moment où Pic IX, après être
' Voir, aux picirs jusIilic.tilNC^. le.- |»iimi|»aiix du Mnnoirc de
de M. de Uayneval.
entré pour pi iei' à Saint-Jean de Latran et à Saint-Pierre, remontait l’escalier du Vatican, aux acclamations de ses sujets lidèles, aux salves de l’artillerie française, qui tonnait sur la plate-forme du fort Saint-Ange. Après Dieu, ses premières paroles furent pour la France. Recevant, aussitôt arrivé, le général Baraguay-d'Hilliers et les ofliciers du corps expéditionnaire, l’exilé de Gaëfe adressa de touchants remercimenis et une solennelle bénédiction de pontife et de père à l’armée, au Prince-Président, à l Assemblée, à la France entière, toujours généreuse et catholique. 11 y avait juste une année que nos soldats avaient quitté les rivages de la patrie pour venger Pie IX de ses ennemis et rendre la ville éternelle au successeur des apôtres.
. PIÈCKS JUSTIFICATIVES
( Pase )
ALLOCCTIOS DE .NOTDE SAIM-PÈBE LE PAPE PIE IX, PROXONCÉE DAKS LE CONSISTOIRE DU 29 AVRIL 1848.
Vénérables Frères,
Plus (ruiie fois, Vénérables Frères, .Nous Nous sommes élevé au milieu de vous contre l’audace de quelques hommes qui n’ont pas eu honte de faire à Nous et à ce Sié;,'e apostolique l’injure de dire (|iic Nous Nous sommes écarté, non-seulement des très-saintes institutions de Nos Prédécesseurs, mais encore (blasphème horrible!) déplus d'un point capital de la doctrine de l’Église *. .Vujourd’hui encore il ne manque pas de gens qui parlent de Nous comme si Nous étions le principal auteur des commotions publiques qui, dans ces derniers ti^mps, ont troublé plusieurs pays d'Europe, et notamment l'Italie. Nous apprenons en particulier, des contrées allemandes de l'Europe, d’.Vutriclie, que l’on y répand le bruit parmi le peuple que le Pontife romain, soit par des émissaires, soit par d’autres machinations, a excité les nations ‘taliennos à provoquer de nouvelles révolutions politiques. Nous avons appris
' \lloculioii‘ ronslstori.atcs (lu t oclolii'C cl du 1" ilùicmbre 1 8 17 .
PIÈCES JLSTmOATIVES.
aussi que quelques ennemis de la rcli;;ion catholique en ont pris occasion de soulever des senlimenls de vengeance dans les populations allemandes pour les détacher de l'unité de ce Siège apostolique.
Certes, Nous n’avons aucun doute que les peuples de l’Allemagne catholique cl les Vénérables pasteurs qui les conduisent repousseront bien loin avec horreur ces criminelles excitations. Toutefois, Nous croyons qu’il est de Notre devoir de prévenir le scandale ([ue des hommes inconsidérés et trop simples pourraient en recevoir, et de..repousser la calomnie qui n’atteint pas seulement Noire humble personne, mais dont l'outrage remonte jus([u’au suprême apostolat dont Nous sommes investi et retombe sur ce Siège apostolique. Nos détracteurs, ne pouvant produire aucune preuve des machinations qu’ils Nous imputent, s’efforcent de répandre des soupçons sur les actes de l’adminisli ation temporelle de nos Étals. C’est pourquoi, pour leur enlever jusqu’à ce prétexte de calomnie contre Nous, Nous voulons aujourd’hui exposer clairement et hautement devant vous l’origine et l’ensemble de tous ces faits.
Vous n’ignorez pas, Vénéi ables Frères, que déjà, vers la fin du régne de l'ie Vil, Notre Prédécesseur, les principaux souverains d’Europe insinuèrent au Siège apostolique le conseil d’adopter pour le gouvernement des aflaires civiles un mode d'administration plus facile et conforme aux désirs des laïques. Plus lard, en 18ôl,ces conseils et ces voeux des souverains furent plus solennellement exprimés dans le célèbre mémorandum que les empereurs d’Autriche et de Uussie, les rois des Français, de la Grande-lîretagne et de Prusse crurent devoir envoyer à Home par leurs ambassadeurs. Hans cet écrit il fut question, entre autres choses, de la convocation à Rome d’une Consulte d’Ftat formée par le concours de l’Klat pontifical tout entier, d’une nouvelle et large organisation des municipalités, de rétablissement des conseils provinciaux, d’autres institutions également favorables à la prospérité conimunc; de l’admission des laïques à toutes les fonctions de l’administration publique et de l’ordre judiciaire. Ces deux derniers points
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étaient présentés comme des principes vitaux de gouvernement. D’autres notes des mômes ambassadeurs faisaient mention d’un plus ample pardon à accorder à tous ou à presque tous les sujets pontificaux qui avaient trahi la foi à leur souverain.
l'ersonne n’ignore que quelques-unes de ces réformes furent accomplies par le Pape Grégoire XVI, Notre Prédécesseur, que quelques autres furent promises dans des édits rendus cette même année 1831, par son ordre. Cependant ces bienfaits de Notre Prédécesseur ne semblèrent pas satisfaire pleinement aux vœux des souverains ni suffire à l’affermissement du bienêtre et de la tranquillité dans toute l’étendue des Étals temporels du Saint-Siège.
C’est pourquoi, dès le premier jour où, par un jugement impénétrable de Dieu, Nous fûmes élevé à sa place, sans y être excité ni par les exhortations ni par les conseils de personne, mais pressé par notre ardent amour envers le peuple soumis à la domination temporelle de l’Église, Nous accordâmes un plus large pardon à ceux (]ui s’étaient écartés de la fidélité due au gouvernement pontifical, et Nous Nous hâtâmes de donner quelques iiislilulions qui Nous avaient paru devoir être favorables à la prospérité de ce même peuple. Tous ces actes qui ont marqué les premiers jours de Noire Pontificat, sont pleinement conformes à ceux que les souverains d’Kui opc avaient surtout désirés.
Loi'sque, avec l’aide de Dieu, nos pensées ont eu reçu leur exécution, Nos sujets et les peuples voisins ont paru si remplis de joie et Nous ont entouré de tant de témoignages de reconnaissance et de respect, que Nous avons du Nous efforcer de contenir dans de justes bornes les acclamations populaires, les applaudissements et les réunions trop enthousiastes de la population dans cette ville sainte. Elles sont encore connues de tous, Vénérables Frères, les paroles de Notre Allocution dans le Consistoire du A octobre de l’année dernière, par lesquelles Nous avons recommandé aux souverains une paternelle bienveillance et des sentiments plus affectueux envers leurs sujets, en même temps que Nous exhortions de nouveau les jieuples à
iOi PIÈCES JUSTIFICATIVES,
la fidélilé l'I à l’obéissance envers les princes. Nous avons l'ait tout ce (|ui dépendait de Nous par Nos avertissements et Nos exhnriations, pour que tous, ferineinent attachés à la doctrine catholique, fidèles observateurs des lois de Dieu et de l’Église, ils s'appliquent au maintien de la concorde mutuelle, de la tranquillité et de la charilé envers tous.
Plût à Dieu que ce résultat désiré eût répondu à Nos paternelles paroles et à .Vos exhortations ! .Mais on connaît les commotions publiques des peuples italiens dont Nous venons de parler; on sait les autres événements qui s'étaient déjà accomplis, OH qui ont eu lieu depuis, soit eu Italie, soit hors de l’Italie. Si quelqu’un veut prétendre que ces événements sont de quelque manière sortis des mesures que Notre bienveillance et notre alTection Nous ont suggérées au commencement de Notre Pontifical, celui-là certes ne pourra en aucune façon Nous les imputer à crime, allendu que Nous n’avons fait que ce qui avait été jugé, par Nous comme par les princes susnommés, utile à la prospérité de Nos sujets temporels. Quant à ceux qui, dans Nos propres Elats, ont abusé de Nos bienfaits, imitant l’exemple du divin Prince des pasteurs. Nous leur pardonnons de toute Notre ûnie, Nous les rappelons avec amour à de plus saines pensées, et Nous supplions ardemment Dieu, Père des miséricordes, de détourner avec clémence de leurs lètes les cbàtimenis qui attendent les ingrats.
Les peuples de l’Allemagne que Nous avons désignés ne sauraient Nous accuser, si réellement il ne Nous a pas été possible de contenir l’ardeur de ceux de Nos sujets qui ont applaudi aux évéïieinenls accomplis contre eux dans la haute Italie, et qui, eiillamihés d’un égal amour pour leur nationalité, sont allés défendre une cause commune à tous les peuples italiens. En elTet, plusieurs autres princes d’Europe, soutenus par des forces militaires bien plus considérables que les nôtres, n’ont pas pu eux-mémes résister aux révolutions qui, dans le mémo temps, ont soulevé leurs peuples. Et néanmoins dans cet état de choses Nous n’avons pas donné d’autres orilres, aux soldats envoyés à Nos frontières, que de défendre 1 iulégrilé et l’inviolabilité du territoire pontifical.
PIÈCKS JIJSTIFICATIVKS.
Aujourd’hui toutefois , coiiiine plusieurs demandent que, réuni aux peuples et aux autres princes de ritalie. Nous déclarions la puerre à rAuliiche, Nous avons cru qu’il était de Notre devoir de protester fornielleinent et hautement dans crtte solennelle assemblée, contre une telle résolution entièrement contraire à Nos pensées, attendu que, malpré Notre indignité, Nous tenons sur la terre la jilace de Celui qui est l’auteur de la paix, l'ami de la charité, et que, fidèle aux divines obligations de Notre suprême Apostolat, Nous embrassons tous les pays, tous les peuples, toutes les nations dans un égal sentiment de paternel amour. Que si, parmi nos sujets, il en est que l’exemple des autres Italiens entraîne , par (|uel moyen veut-on que .Nous puissions enchaîner leur ardeur?
Mais ici Nous ne pouvons Nous empêcher de repousser à la face de toutes les nations les perfides assertions publiées dans les journaux et dans divers écrits par ceux qui voudraient que le Pontife romain présidAt à la conslitutioii d’une nouvelle république formée de tous les peuples d’Italie. Bien plus, à cette occasion. Nous avertissons et Nous exhortons vivement ces mêmes peuples italiens, par l’amour que Nous avons pour eux, à se tenir soigneusement en garde contre ces conseils perfides cl si funestes à l’Italie, à s’attacher fortement à leurs princes dont ils ont éprouvé l’affection, cl à ne jamais se laisser détourner de l’obéissance qu’ils leur doivent. Agir autrement. Ce serait non-seulement manquer au devoir, mais exposer l’Italie au danger d’être déchirée par des discordes char|ue jour plus vives et par des factions intestines.
Pour ce qui Nous concerne. Nous déclarerons encore une fois que toutes les jiensées, tous les soins, tous les efforts du Pontife romain ne tendent qu'à agrandir chaque jour davantage le royaume de Jésus-Christ, qui est l’Kglise, et non à reculer les limites de la souveraineté temporelle, dont la divine Providence a doté ce Saint-Siège pour la dignité et le libre exercice du suprême Ajiostolal. Ils tombent donc- dans une grande erreur ceux qui pensent que l’ambition d’une plus vaste étendue de puissance peut séduire Notre comr et Nous piécipiler au milieu du tumulte des aimes. Oh! as.surémenl, ce se-
^ûü PIÈCES JESTIFIC.VTIVES.
rail itno chose infiniment douce à Noire cœur palcrncl, s’il était donné à Notre inlei venlion, à Nos soins et à Nos cITorls, d éteindre le l'eu des discordes, de rapprocher les esprits que divise la guerre, et de rélablirla paix entre les coniballants.
Kn même temps que Nous avons appris avec une grande désolation qu'en plusieurs pays de Vltalie et hors de l'ilatie, les fidèles Nos fils, au milieu de ces révolutions, n’ont pas oublié le respect qu’ils devaient aux choses saintes et à leurs ministres. Notre âme a été vivement affligée de savoir que ce respect n’a pas été également observé partout. Nous ne pouvons Nous empêcher de déplorer ici devant vous cette habitude funeste qui se propage surtout de nos jours, de publier toute sorte de libelles pernicieux dans lesquels on fait une guerre acharnée à la sainteté de, no'lre religion et à la pureté <les mreurs, on qui excilenl aux troubles et aux discordes civiles, prêchent la spoliation des biens de l’Église, attaquent ses droits les plus sacrés, ou déchireiit par de fausses accusations le nom do tout honnéle homme...
Voilà, Vénérables Frères, ce que Nous avons cru devoir vous commnnicjuer aujourd'hui. Il ne nous reste maintenant qu’à ofl'rii' ensemble, dans rimmilité de notre cœur, de continuelles et fervenles priéi es au Dieu ]missanlet bon, pour qu’il daigne défendre sa sainte Eglise contre toute adversité, nous regarder avec miséricorde du haut de Sion, et nous protéger, ramener enfin tous les princes et tous les peuples aux sentiments si désirés de paix et de concorde !
Ni-CKS JUSTIFICATIVES.
( l*MSC )
I.F.TTlîK DE SA SAINTKTÉ !.K I'APK l\ A SA MAJESTE lUPÊniAI.K ET POYAI.E l'eMPEUEIR D ACTRICHr.
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Au milieu des "uerres qui ensaiiglanlaienl le sol chrêlicii, 011 vit toujours le Saiut-Sicge faire entendre des paroles de paix, et dans Notre allocution du 29 avril dernier, quand Nous avons dit que Notre cœur paU'rnel a horreur de déclarer la gueri e, Nous avons expressément maniresté Notre ardent désir de contribuer à la paix. Que Votre Majesté ne trouve donc pas mauvais que Nous NoifS adressions à sa piété et à sa religion, rexhortant, avec une alfectiou toute paternelle, à retirer ses armes d’une guerre qui, sans pouvoir reconquérir à l’empire les cœurs des Lombards et des Vénitiens, amène à sa suite la limeste série de calamités, cortège ordinaire de la guerre, et que très-certainement abhorre et déteste Votre Majesté. Une la généreuse nation allemande ne trouve pas mauvais ijue Nous l'invitions à étouffer tout sentiment de haine et à changer en utiles relations d’amical voisinage une domination sans grandeur, sans résultats heureux, puisqu’elle l'eposerail uniquement sur le fer.
Nous en avons donc la confiance, cette nation si légitimement fiére de sa nationalité propre ne mettra pas son honneur dans de sanglantes tentatives contre la nation italienne; elle le mettra bien plutét à la reconnaître noblement pour sœur: elles sont toutes deux Nos filles, bien chères à Notre cœur, et Nous aurons la joie de vo'r chacune d'elles, satisfaite de ses frontières naturelles, y demeurer en paix, méritant par des actes dignes d’elle la bénédiction du Seigneur.
Sur ce, Nous prions Celui (|ui donne toute lumière, qui est l’Auteur de tout bien, d'inspirer à Votre .Majesté de saints conseils, pendant que du fond du cœur Nous donnons à Votre
l'IKCES JUSTIFICATIVES.
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Majpsié, ;i Sa Ma jrslé l'Impériitrict' et à la famille impériale la bénédiclinii apostolique.