‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 21 sur 34 · MIMSTIIFS DÉ>IGNÉS PAR LE PEUPLE · texte numérisé non relu

MIMSTIIFS DÉ>IGNÉS PAR LE PEUPLE

Mamiani — Sterbini — Ganipello — Saliceti — Fusconi — Luiiati — Sereni — Commandant général des carabiniers, Galetti.

Jeudi 16, 10 heures du matin. — Grande agitation populaire. La ville présente un aspect plein de dignité, et les corps des diverses milices accourent à l'appel sur la place du Peuple. Les cercles s’y rendent tous avec Icui's bannières. I.a,'s soldats et le peuple fraternisent, et tous les officiers supérieurs se montrent noblement jaloux d'obéir aux désii-s du peuple.

Midi. — La grande marche militaire commence, la musique des carabiniers en tête; derrière la garde nationale s'avancent tous les corps de la garnison, mêlés aux membres des clubs. Les divers régiments confondent aussi leurs rangs en signe de fraternité.

Une foule iminense suit ce grandiose cortège qui se dirige vers la chambre des députés pour se rendre de là an Quirinal ; toutes les fenêtres, tous les balcons regorgent de monde. De toutes paris, ce ne sont que cris de joie et serments de changer enfin le cours de nos destinées. Ayant parcomu la rue du Corso jusqu’à la place Antonine et passé devant le Panthéon, le cortège débouche par la rue Saint-André, sur la place de la Chancellerie. Le défilé a lieu sous les fenêtres du palais des députés, au milieu des plus vifs applaudissements. Une depu-

PIÈCES JliSTlFlCATIVES.

talion (lu C(>rck' populaire monte à la salk' des sé-ances pour engager les l•(^pr(■•scnla^ts à se joindre à cet le solennelle inanikMalion. l'n membre du cercle vient annoncer qu'un certain nombre de dci>uli.‘s vont marcher avec le cortège, pour porter au Souverain les vœux du [>euple. Lecture est donnée au milieu des acclamations du programme rapporté ci-dessus.

La manifestation se dirige vers le Quirinal. Sur le point d’y arriver, elle renconire le carrosse du prince Corsini, sénateur de Rome, qui avait avec lui l’avocat Galclti t't l’avocat Annellini. Le peiiple veut que Galctti qui vient d’avoir une conférence avec le Souverain pour former un ministère, se joigne à la manifestation.

11 est impossible de dépeindre le magn'lique spectacle de celte foule agitant mille bannières et se déployant en colonnes sur la place du Quirinal. 11 est environ deux heures de l'aprèsmidi. La députation, composée des représentants du peuple et de quelques membres du cercle populaire, entreau palais pontifical pour porter au Souverain le programme convenu. Elle i‘st reçue par le cardinal Soglia qui, après avoir transmis ces demandes au Souverain, affirme qu’elles seront prises en considération et donne la nouvelle que Galctti est chargé de former un ministère. La députation redescend sur la place et est transportée par le peuple sur la terrasse du bâtiment de la jeune garde, pour annoncer, de là, la réponse du Souverain.

Un grand silence s’établit. La réponse ne plaît à personne, et un cri général s’élève : (( Non ! non ! qu’on fasse raison à l'instant aux justes demandes du peuple ! Nous connaissons trop les ruses des cours! o Le tumulte croit de minute en minute, cl la députation est invitée à retourner auprès du Souverain pour lui signifier la ferme volonté du peuple. La députation rentre en effet dans le palais pontifical. .Mais le tumulte ne fait qu’augmenter. La garde suisse vient de fermer les portes princi|tales et de présenter ses hallebardes à la foule qui voulait entrer.

Au pied de l’e.-icalier, dit de l’Horloge, se tiennent les amb issadeurs de Fi ance, de Russie, d’Espagne, de Raviére, qui d■■mandenl à la déjuitalion quel est l’état dos choses et où l'on

IMÈCES JISTIFICXTIVKS.

en veut venir. On les satisfait en quelques brèves paroles, cl tous reconnaissent la nécessité de trouver un moyen de répondre aux désirs du peuple. Après une courte conférence avec le Souverain, la députation revient annoncer qu'elle n'a pu rien obtenir.

La fermentation est à son comble. Des coups terribles ébranlent la grande porte du palais. Des cris effrayants et confus s'élèvent tout autour. Impossible d'entendre le rappoi t de la députation. On parvient enfin à hisser Galetti sur un contrefort du palais, et de là il fait entendre au peuple le triste refus du Souverain. Les hurleménts du peuple et de l'armée, et le cri ; Alix aimes! lui répondent. Toutes les épées sortent du fourreau.

Une épouvantable confusion régne autour du Qnii inal. Un voit les Suisses et les domesti<|ues aller et venir de tous côtés. Les pierres volent contre les fenêtres ; on crie que les portes soient ouvertes au peuple. On annonce que le feu vient d'être mis à une des portes. Les [)ompiers du Quirinal accourent pour l'éteindre; quelques mesures de défense sont prises en même temps. Les portes sont barricadées à rinlêriour.

DeuxSuis-scs qui se disputaient d'une fenêtre avec le peuple tombent blessés. Un grand nombri; de citoyens évacuent la place un moment, afin d'aller prendre des armes pour soutenir les droits du peuple. La cité devient en peu d'instants un champ de Mars. Partout on bat la générale, partout des groupes armés se forment. On réclame de toutes parts un chef, une direclion. Les membres du cercle national, .Sterbini, Vinciguerra, Buonaparte, Spini et Pinto assument, au nom du peuple, l’autorité suprême. Ils lancent une proclamation cappelanf le peuple à combattre pour si's droits. Les divers corjts de la garuisou rallient les volontaires à leurs drapeaux placés aux endi oits les plus apparents de la place du Qini inal. Les uns se liorleni derrière la fontaine des elicvaux de Phidias, les autres le long des écuries pontiiicales. La place est encombrée d'une foule sans armes ; mais la milice l'entoure et la protège de toutes parts.

Le généreux corps des carabiniers, qui a si bien mérité de

l'IÈCES JI STIFICATIVES.

la raiise de rindépendance, monte le premier vers le Quii'inal par la rue de Vümilla. En ce moment un feu de mousqueterie s'échangeait entre les Suisses et les milices les plus rapprochées du palais; les earahiniei's s’excitent à routir au secours de leurs frères. En effet, ils gravissent hardiment la montée, se déploient en tirailleurs et répondent courageusement aux coups de fusils; d’autris corps viennent les joindre; le lieutenant-colonel des carahiniers Calderari est blessé.

Cinq hrurn rie l'après-mirii. — On fait des barricades de* vaut le Qiiirinal avec des charrettes, et l'on dresse contre la grande porte la pièce d’artillerie le San Pielro.

Cinq heures et demie. — l.a démonstration armée est imposante. Eue grandi’ résolution anime tous les cœurs '. Le Pape demande é parler à fialelti. I.e peuple et les milices, indignés contre les gardes du palais, veulent à tout prix en avoir raison, l.o peuple charge tîaletti de dire qu’il faut d’abord ilésarmer les Suisses et livrer leurs fusils à la garde nationale, sans cela les portes vont être brisées et le palais envahi, li’anxiélè est grande chez tous ; les troupes font divers niouveinenls pour se prépai-cr à l’atta(|ue.

Huit heures du soir. — C’est un spectacle merveilleux de voir dans les ténèbres une telle masse de troupes exécuter aux llamheaiix toutes leurs manœuvres; la place du Quirinal est un champ de bataille!

On répand le bruit à l’instant que Galetti a enfin obtenu une heureuse réponse. Cris de joie universels. Deux ou trois bataillons font de bruyantes décharges en l’air. On demande que Galetti se présente au peuple et annonce le résultat de sa mission. Galetti arrive et annonce :

t“ Que le souverain remet la demande du peuple aux deux chambres pour qu’il on soit délibéré ;

Ea formation d’un nouveau ministère, ipii n’est autre que celui qu’avait proposé le cercle populaire, sauf que la présidence du conseil est donnée par le l*ape é l’abbé Uosmini.

Galetti supplie le peuple de ne pas poursuivre sa victoire

’ Il est Iwn lie (tire ici que l.i p.inte itu Quirinnl ne je coni^Msiil que de Joivanle-qualoue vieux liallcbarcticrs. qui avaient là leur relmilc d'invali.le'.

l'iÈcHs Ji sTiKiCA rn ks.

contre les Suisses, et de se rappeler que des soldais de celte nation viennent de se battre pour rindépendanee italienne à Vicence. Il demande en outre que les troupes retournent dans Icui's casernes el les gardes civiques dans leurs maisons, où ils annonceront l'heureuse nouvelle.

La manirestation s'écoule bruyamment vers le Corso éclairée par mille torches el iioussant des clameurs patriotiques. Il est dix heures. La fête populaire commence. Les soldais, après avoir déposé leurs armes dans leurs quarliers, viennent se livrer à la joie, et aux chants. Ilenrensement il y a eu peu de victimes à déplorer. Iles bandes joyeuses parcourent la ville en criant : l'ire la troupede li<iiie ! Vivent les airabiniefii! Vive la garde nationale! Vive le peuple I Fraternité et union.

\ minnittout est tranqnilb'.

Signé : l'i.vTo et Sri.vr, directenr.t de rCrncA.

( P.go Bt. )

IRÜTEST.VTIOS DP, M. MVUIA.M tOSTÜK l.t HîOJF.T o'iMniVESTION lir t.KSKIlAI. CAVAlr.N.VC.

Il est contraire au droit des gens qu'on entre avec une armée dans un pays étranger, sans le consentemenl des habilanis on de ceux qui les gouverneni, lors même que cet acte a pour but d’assurer la vie el la liberté du prince tpii règne dans ce pays. Tout peuple s'appartient el il est maitre chez lui; les princes n’out pas un droit divin, un droit supérieur à lout droit civil et politi(pae. Le général Cavaignac a déclaré ù l'Assemblée nationale de Paris qu’il avait envoyé à M. de Corcelle les instructions suivantes ; « I'oha' nétes autoi'isé à intervenir dam aucune des questions politiques qui s'agitent ù Home. L'Assemblée nationale seule, a la faculté de déterminer le rôle qu'elle voudra assigner à la Hepublique, dans les ntesures

421 PIÈCES JUSTIÈICVTIVES.

qn'on sna obligé de prendre pour établir dans les domaines de l'Église un état de choses régulier. » Il semble que la preimèiv phrase de ces instruclioiis exclue b* cas d'une iiilervention politique, qui s’annonce coinine prochaine dans la seconde, l/arlicle 5 de la Constiliilion républicaine de la France dit : Les armes françaises ne snvnt jamais employées contre la liberté des peuples. Or, la preinièi’e des libertés est l'indépendance des naliuns, la libel lé de diriger à son gré, dans l'inlcrieur de l'État, les affaires publiques. On dira que le Pontife n’est pas seulement le prince d’uu pelit Élal, mais, le chef de tout le monde catholique; que, par conséquent, toute nation catholique doit s’assurer que le grand gérarque ne soit pas violenté et troublé dans l’exercice de sa puissance pontificale. Nul ne vent se donner la peine de combattre ce principe abstrait. Il snfTit de le transporter dans le domaine des faits, et de faire remarquer qu'il doit être appliqué à des cas vrais et légitimes, et non à des cas étrangers à la matière. En l’appliquant il faut donc tenir compte des droits qu’a chaque peuple é la liberté d’administrer ses propres affaires.

Et premièrement ce principe n’est pas ap|)licable loi-sque l’autorité si>irituelle du Pontife n'est pas combattue ni entravée. Or, la calomnie même ne pourrait réussir à faire croire que la dissension existant entre le Saint-Père et son peiqile, n’est pas purement politique. Personne ne tiouble l’Église dans ses croyances, dans ses di'oits, dans l’exercice de ses actes de toute espèce. Mais si l’on voulait se complaire à voir le sacerdoce attaqué, il resterait à se demander pourquoi, au lieu de l’.\utriche apostolique, de l’Espagne catholique, du Portugal trés-fidèle, il conviendrait seulement à la France républicaine de prendre, les ormes à la main, la défense de l'Église.

Secondement, pour que l’intervention fût juste et efficace, il faudrait qu’elle ne foulât pas aux pieds les droits du peuple. Or, il est impossible que les aianées étrangères entrent à Rome sans |(ortei' atteinte à la liberté du peuple, et leur ceuvre ne sei'ait ainsi ni juste, ni efficace, ni durable. Ce sont des problèmes qu’on ne résout pas avec I’é|)ée Par toutes ces

l'ifcCES JISTIFICVTIVES.

raisons, lo ininislt're proteslo à la face de Hlalie el de l’Knrope contre la violation du territoire national, prLMiiêditfîO par le général Cavaignac, el à laquelle les lloinains s'opposeront de toutes leurs forces. (Cité parSoria, t. II, p. 510. — Voiranssi Cantû, Sloria di’ijli Italiaiü, t. IV, p. fii5.)

( Face ••«. )

KVTRATT DF. L\ HfVUr dt'S Dl'lLC MolldeS DU l" NOVI JIRIIF 18-48.

Dans une reuiarqnablo élude sur Léopold Rolierl, la liex'Ut’ ‘desDi’iix Mondes du 1" novembre 1848, rappelant la passion insensée du inalbeureux artiste pour la princesse Charlotte Ronaparte, fdle du roi Joseph et femme du prince Napoléon, frère aîné de l’empereur Napoléon III, disait ; « Le prince Napoléon et la princesse C.harlotte entreprirent avec lui on commun une suite de compositions pittoresques ; le travail marchait rapidement au milieu des conversations el des lectures du soir, quand tout à coup, la première insurrection de la Rouiagne venant à éclater, le ]>rince Napoléon, entraîné par son frère le prince Louis, se jeta comme volontaire jjarmi les révoltés etfutalteint d’une nialailic violente dont il mourut subitement...» Plus loin, M. Feuillet de tlonches, auteur de l’article, anjourd’lini introducteur des ambassadeurs, cite é l’appui de son assertion l’extrait suivant d’une lettre écrite par Léopold Robert, qui iloimc les détails les plus intéressants sur le réle des deux frères dans les événeineids de In Roinngne : « Vous me demande/, écrivait-il de Florence le 18 avril 1851, pourquoi le prince Nai)oléon se trouvait avec les constitutionnels. C’est une de ces destinées «pi’on peut diie malheureuses. Ilomiqe charmant, réunissant toutes les qualités, estimé de tous, aimant l’étude el fort instruit, il était o<;cnpé d’un ouvrage fort impiirlanl qu’il allait publier, (piand la fatalité ra-

l'lf;CKS jistificativ ks.

i-2ti

inoiia ici son jeune frère, qui avait été renvoyé de Rome comine suspect. Ces deux jeunes gens ayant appris que leur mère, la duchesse de Saint-Leu, parlait de Rome ]>our venir les rejoindre à cause des troubles de la Romagne voulurent aller à sa rencontre, et au lieu de prendre la route de Sienne, ils prirent celle de Pérouse, qui n'était pas celle que leur mère avait ^ suivie. Ils furent reçus à Pérouse, Foligno, Spolête, Terni, avec de si vives démonstrations de joie, on leur fit tant d’instances pour les porter à se réiinir aux méconteiUs, et leur donner l'appui d’un grand nom, qu’ils se laissèrent entraîner 1 Napoléon par faiblesse... Quand je les vis à Terni, je pus m’apercevoir combien l’aiiié était préoccupé de lu position où il mettait sa famille! Il m’en parla beaucoup, mais enfin le sort en était jeté. Il a succombé à une vie trop active, pour lui qui avait toujours vécu dans le calme et le repos.» Un mois avant, Léopidd Robert, parlant de son entrevue avec le prince à Terni, rendait hommage en ces termes à ses bons sentiments; <1 11 m’a ouvci t son cœur ; je suis persuadé cpie ses intentions étaient très-nobles, si elles n’étaient pas iVé.s-raisonnables. On ne peut savoir encore le genre de sa moi t; on parle de la fièvre jaune, d’un duel, de poison, l’oui- moi, je cr ois sa mort naturelle. (Le prince était, en elïet, mort de la rougeole.)

«Je vois extrêmement souvent les Bonaparte, il n’y a qu’une chose sur l.Kpielle nous soyons toujours en discussion, c’est la religion. Malhi'iireusi'inent ces daines n'ont pas une foi bien solide et elles sont persuadées que les tètes fortes n’ont pas besoin des con.solalions de la religion. Cet esprit est général dans la famille, et il n’est pas extraordinaire (pic les persomii's qui n’ont jamais entendu parler que d’une manière dérisoii',» du christianisme comme de toutes les autres croyances, aient uneespèce d'éloignement pour tout ce qui est mystiipie.» Léopold Robert avait fait, en 1851, un beau poi'trail du fils aîné de la reine llorteiise, qui doit être resté dans la famille.

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l•|f:CKS Jl’STIFICATIVKS

( Pase «4«. )

I.ITTHK KV HtMEnr.iMF>T AIHIESSÉE FAK le CABI^ET riÉVOMAIS AU r.OnVEtlNKMEST FR4AÇAIS UOin I,F nEMERriEli DE SON AHITUDE DAAS I.E' XÉüOCIATin.NS DE I.A t'AI\ EMUE I.A SAliDMU.AE ET 1,'mTRICHE

Turin, ‘2l août

Monsieur le Ministre,

l/intî*ri'l amical que le "ouvcrneinenl de la llépnbliqne notis a lêinoigné, durant les négociations de la paix avec 1 Aulriclie, nous fait un devoir, an inonient où ces négociations sont lieurensoment arrivées à leur tenue, d'exprimer an cidtinet fraii- <;ais notre sincère gratitude pour ses bons offices en notre faveur, qui, nom nous plaisons à le reconnnilre, ont si puissamment conlvHniê à nous obtenir des conditions uiaiinelles l'hunneur nous a permis de souscrii-e. Je remplis en conséquence un agréable devoir en me rendant auprès di* vous, monsieur le Minisiro, l'interprète des sentiments de mes collègues, les autres ministres de Sa .Majesté, qui tous, comme moi, ont vivement apprécié l'appui qui nous a été [irété par la France en cette ciriumstance diflicile, et qui a si bien jii.-tifié la confiance (pie nous avons placée dans l’efficacité de sa parole.

J'espère que vous voudrez bien, monsieur le Ministre, accueillir les expressions de notre juste reconnaissance, et agréer en même teiiqis, etc.

Massimü d’.Azeolio.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

(P«ce *•< )

INSTRICTIONS ET PROriAïlATIORS REWtSES PAR lE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES AU GÉNÉRAI. OCDI.NOT DE REGGIO ' .

Palis, 18 avril 184'A.

Général,

Je vous ai fait coiinaitre l’objet de l’expédition dont le goiiverneinent de la République vous a conlié le coininandenieiit. Vous savez qu’une réaction intérieure et qu’une inlervenlion étrangère menacent l’exislenco du gouvernement actuel de Rome, que nous n’avons jamais reroimii, et l’approcbe de la crise désormais inévitable nous prescrit de prendre des mesures, tant pour maintenir notre part d’influence dans les affaires de la (léninsule italienne ipie pour ménager dans les Étals romains le rétablissement d'un ordre de choses régulier sur des bases conforiiies aux intérêts et aux droits légitimes des populations.

Rien que vous n’ayez jias à intervenir dans les négociations définitives (|ui assureront ce résultat, vous êtes autorisé à recevoir des autoi ités établies toutes les propositions, et à conclure avec elles les arrangements qui vous paraitront pro- ]ires à le préparer, en évitant seulement, dans la forme de ces arrangements, ce qu’on pourrait interpréter comme une reconnaissance du pouvoir dont émanent ces autorités.

Vous trouverez ci-joint le projet de la lettre que vous devez écrire, on arrivant, au gouvernement ou au magistral supérieur de Civila-Veccliia, pour demander votre admission dans celle ville. L’entrée ne vous en sera sans doute pas refusée; toutes les informations qui nous parvienuent nous donnent lieu de

' Ces pièce» furent lucv à la trilnine p.ir M. Ilronyii île l.lmys. ilin» la séance du 1 mai l8iU.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

penser que, bien loin de li, vous serez reçu avec empressement, par les uns, comme un libérateur; par les autres, comme un médiateur utile contre les dangers d'une réaction.

Si, cependant, contre tonli’ vraisemblance, on prétendait vous interdire l’entrée de la ville de Civita-Veccliia, vous ne devriez pas vous arrêter à la résistance (|u’üii vous opposerait au nom d’un gouvernement que personne en Europe n’a reconnu, et qui ne se maintient à Rome, contre le voeu de l iminense majorité des populations, que par l'audace d'un petit nombre d’agitateurs, la plupart étrangers.

Toutefois, établi sur le territoire des États de l'Église, vous vous empresserez de vous mettre en relation avec MM. d’ilareourl et de Rayneval, chargés, par le gouvernement de la République, de traiter à Gaële les intérêts auxquels sc rattache la mission qui vous est conliôe. Vous devriez dés lors commencer avec eux, et d’après les informations qu’ils seront à même de vous transmettre, les dispositions que vous auriez à prendre.

Vous enverriez à Rome un de vos officiers avec l’ordre de iléclarer aux chefs du gouvernement la nature de votre mission, de leur faire entendre bien nettement que vous ii’êtes aucunement autorisé à soutenir l’ordre de choses dont ils sont les représentants, et de les presser de prêter la main à des arrangements (jui puissent préserver le pays de la crise terrible dont il e.st menacé.

Votre marche sur Rome, à la tête de vos troupes, faciliterait sans doute un pareil dénoùment, en donnant courage aux honnêtes gens. Vous jugerez si les circonstances sont telles que vous puissiez vous y rendre avec la certitude non-seulement de n'y pas rencontrer de résistance sérieuse, mais d’y être assez bien accueilli pour qu’il soit évident qu’en y entrant vous répondez à un appel de la population.

Partout où vous vous trouverez, jusqu'au moment où un gouvernement régulier aura remplacé celui qui pèse actuellement sur les États de l’Église, vous pourrez, selon que vous le jugerez nécessaire ou convenable, soit maintenir les autorités civiles en tant qu’elles consentiront à se restreindre à

PIÈCES JLSTlFIC\TtVES.

une action municipale el île police, et qu’elles ne vous susciteront ni périls ni embarras réels, soit favoriser le rétablissement de celles qui étaient en fonction avant la révolution de novembre dernier, soit icéine en établir de nouvelles, en évitant autant que possible d’intervenir directement dans ces cbaiigements, el en vous bornant à provoquer, à encourager l’expression des vœux de la partie honnête des po|)ulalions.

Vous pourrez vous servir, quand vous le jugerez à propos, pour vos communications avec les autorités, de l’intermédiaire du consul de France à Civita-Veccliia, que je mets à votn* dispusilion.

Telles sont, généi’al, les seules instructions que je puisse* vous donner en ce moment. Votre bon jugement y suppléera suivant les circonstances, et je ne inaii(|uerai pas d’ailleurs de vous faire parvenir successivement les directions nouvelles qu’elles pourront exiger.

Je joins à cette dépêche le texte d’une proclamation, que vous voudrez bien publier aussitôt après votre débarquement.

Ces instructions se complètent en effet par la proclamation suivante, remise au général par le ministre des affaires étran-^ gères :

« Habitants des Etats romains!

» Kn présence des événements qui agitent l’Ilalie, la lté|)ublique fraiiçaise a résolu d'envoyer un corps d’année sur votre territoire, non pour y défendre le gouvernement actuel, qu'elle n'a point reconnu, mais afin de détourner de votre patrie de grands malheurs.

« l,a Francr* n’entend pas s’attribuer le droit de régler des intérêts qui sont, avant tout, ceux des populations romaines, et (|ui, dans ce qu’ils ont de plus général, s'étendent à rF,nrope entière el é tout l'uuivei'S chrétien.

« Ole a cru seulement que, par sa position, elle était pai ticuliéreineiit appelée à intervenir pour faciliter rétablissement il uii régime également élo'gné des abus à jamais détniits

PIÈCES Jl STIFICATIVES. 431

par la génêrosilé de l’ie l\ el de l'aiiarcliie de c«‘S derniers temps.

0 l.ie drapeau que je viens d'arborer sur vos rivages est celui de la pai.v, de l'ordre, de la conciliation, de la vraie liberté. Autour de lui se rallieront tous ceux qui voudront concourir à raci’oinplis.sement de cette œuvre patriotique et sainte.

U CivilaoYecclùa, le 25 avril

« Le yéuérui commandant en chef,

* OuUnvOT DE [lEGl.iO. »

( Pase )

lurPORT SCR CME MISSION REMPLIE ROME E.V MARS 1849, P.Ul I.K COLONEL LE lll.ASC.

25 mars IK40.

Les llomains se sont montrés indiUérents à la chute du Pape ; il y a un parti exalté qui n'en veut plus, un |)arti qui le regrette, niais un nombre considérable, indilTerent quant an Pape, ne veut plus du gonvernement des cardinaux. La ville est tranquille, cependant la misère se fait déjà sentir; on a émis un papier qui est déjà discrédité, on frappe de la fausse monnaie (pièces de 4, 6, 8 baio(|ues, ijni devaient être retirées après la guerre par l'État).

Les quatre-vingt mille étrangei's ipii versaient pendant tout te carême au moins un million par jour, ii'élant pas venus celte année, celte misère se fera sentir plus vivement encore après le carême; la sécheresse de la saison, ([ui menace les récoltes de tout le pays, est attribuée par beaucoup de paysans au départ du Pape.

L’annonce de rexcommimicalioii pour ceux qui voleraient a écarté du vote quatre ceiil mille électeuis; un pareil nombre

*32 l'IKCKS JUSTIFICATIVES.

;i voté pl .1 produit utip CIminlii'c trés-avaiicéo, médioprenio.it éclairée, mais prêle à loiil faire. Le 15, jour où l'on a appiis la dénonciation de rarniisliee, tous les dépulé.s se sont levés en criant ; s Nous irons Ions à la guerre! » Ils ont voté iniinédiatenicnl la mobilisation de la garde nationale pour tons les hommes de di.x-huit à trente ans ; mais on n’a pas de fusils à leur donner, on a commandé quarante mille piques.

L’expulsion des Autrichiens est la giande idée patriotique de l’Italie; le grand reproche contre le Pape est de n’avoir pas voulu marcher contre eux, d'avoir dit que les Croates étaient aussi ses enfants.

Le prince de Canino, vice-président de la Chambre, la pré side en l’absence du président, qui est à Bologne ; il préside aussi le Conseil des niinislres. C’est un honnête homme ; il s’est tout à fait séparé de Slerbini, qui représente la république rouge ; il a l’air aimé et estimé quand il passe dans les rues.

La forme de gouvernement qu’il dé.sire voir prévaloir est une Cbambre avec son président, pas de président de la Bépublique, des ministres non responsables.

11 a volé contre la peine de mort en matière politique.

Il est l'ennemi personnel du Pape.

il ne veut pas entendre parler de sa souveraineté tempoi’olle, et voudrait le voir hors de l'Ilalie. C'est lui qui a proposé la républii]ue.

Il voudrait voir réunis les Étais romains, la Toscane et la Vénétie; il comprend que l’Italie ne peut être réunie en un seul empire.

Il est d’avis de commencer la guei're partout, sur-le-champ; il a invité Garibaldi, qui est avec deux mille hommes sur la frontière de Naples, d’attaquer les Napolitains

Il CIO t devoir jouer le tout pour le tout; Use fait de grandes illusions sur l’esprit de cette armée.

Il croit qu'il l’eutrainerait, et (jiie c’est la seule crainte de cet événomont qui empêche le roi de Naples d'attaquer.

A Livourne, on a foiiné quelques compagnies, qui se sont rendues à riorence par le chemin de fer. Dans celle ville, qui n'a pas prononcé la décliéance du grand-duc, et où on le re-

PIÈCES JUSTIFICATIVES

giL'Ito, les jiMines gens riclics, qui l’année dernière s’élaicnl mis à la tête des gardes nationales, s’éclipsent, vont à la campagne ou émigrent.

A Venise, les négociaiils ont seuls contribué aux dél’enses; le peuple a peu soulïert ; on entretient vingt-six mille liommes qu’ils regardent comme de bonnes troupes.

Il est resté aux Autrichiens une frégate, quelques vai.-^seaux marchands et les quatorze bateaux à vai)eur du Lloyd autrichien.

La guerre du Piémont est venue compliquer, rendre presque impossible une intervention do la France, que les prétentions opposées du Pape et de lu Chambre auraient déjà rendue fort difficile.

Si les Piéinontais sont battus, comme il y a beaucoup trop lieu de le craindre, les Autrichiens voudront intervenir à Rome. Nous y viendrons alors pour protéger le parti du Pape et celui de la République, et on nous recevra sans coup férir à Civita- Vecchia.

(Face l«>. )

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