‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 27 sur 34 · RELATIVEMENT AUX CANTONNEMENTS DES DEUX ARMÉES · texte numérisé non relu

RELATIVEMENT AUX CANTONNEMENTS DES DEUX ARMÉES

(i juillet.

Général,

La ville de Rome est, vous le savez, au pouvoir de l’armée française. Mes troupes y .sont entrées à la suite de deux assauts, sans qu’aucune capitulation ait été faite, soit en faveur de la place, soit en faveur de l’armée. Les troupes romaines se I couvaient donc à mu disposition dans la place. Elles désiraient allt r prendre des cantonnements avec leur artillerie sur des

PIÈCES JtSTIFICATIVES.

point-< occupés par nos troupes. Je ni'y suis opposé. J’ai accepté la soumission des corps réguliers, qui m'ont demandé avec instance à servir le gouvernement qui succéderait au gouvernement déchu. J'ai accueilli cette demande; mais j’ai fait licencier la partie des troupes romaines qui n'a pas fait entière adhésion. J’ai également dé.>armé les soldats qui appartenaient à des corps étrangers aux Etats romains. J’occupe avec des forces imposantes non-seulement la ville, mais encoi e Frascati, Tivoli, Albano. Les cantonnements sont insulTisants. Des 4-.onsidérations de plus d’une nature exigent que mes troupes soient cantonnées à Civita-Castellano , Vilerhe et inêtne Orvieto. J’aime à vous donner ces renseignements, parce que, si je suis bien informé, les troupes que vous commandez ne sont pas éloignées de ces garnisons. Nos deux armées, général, ont appris à s’estimer sur les champs «le bataille, et, sans doute, il ne pourrait y avoir aucun inconvénient à ce qu’elles fussent sur le même territoire. Cependant, pour éviter toute espèce de conflit, vous jugerez comme moi qu’il est nécessaire de n’avoir pas de cantonnements communs et de ne pas confondre nos actions. Je saisis avec d’aul.int plus de plaisir l’occasion de vous faire connaitre mon avis à ce sujet, que je m’applaudis d’une circonstance qui me permet de vous offrir, général, rassurnneede ma haute considération, etc.

(Page >41.)

l.r.rTRE Hli CÉ.XÉR.VL VAILI.AST Aü MIMSTRK DE I.A GUERRE, SUR l.E CHOIX DU POINT d’attaque.

.\u quarticr-gûuénil de Saiitueci. le 2 juin 18 iO. Monsieur le ministre.

Dès mon arrivée au quartier général, le 19 mai, j’ai eu l'honneur de vous faire lainnattre qu’après avoir mûrement

l‘ltCES JIST1F1CAT1\ Ej:.

rénéchi sur les ilivei-sos cuiiibiiiaisons d’iiiio allaque dftslinéc à nous faire (Milrcr dans Home, j(> m'étais décidé pour le front (|u'occupe la partie la plus avancée du Jauicule, à l’esl de l’église t^aii Pancrazio. Ce front est celui que j’ai coté (ti-7) au plan que je vous ai adressé.

Les raisons (pii avaieiil motivé mon opinion, avant même mon an'ivée ici, se sont corroborées de toutes les reconnaissances (pie j’ai faites ou fait faire depuis le 19 mai. C’est silice point, j’eii ai la certitude, que l’ennemi s’attend le moins à une attaque ; c’est de ce cété que nous ri.sipioiis le moins d’endommager les monuments publics , considération puissante quand il s’agit d attaquer avec du canon une ville c.omnie Kome, qui résume eu elle toute l liistoire de la civilisation du monde.

J’esiière. que, eu même temps que nous pénétrerons par le front (C-7), nous pourrons, la face gauche du bastion 9 étant détruite de loin, entrer .sans obstacle par la porte San Paiicrazio, et nous trouver ainsi derrière l'enceinte d’Aiirélieii, qui va de ladite porte au Tibre. Cette enceinte, je m’en suis assuré eu m’introduisant dans Home le 25 mai, a été rendue défensive par l'ennemi. En la tournant, comme je viens de l’esprupier, j’aiiuule toutes les barricades et tous les retranchements préparés dans le Transtevére en vue d’une attaque par la porte Portése.

P. S. J’aurais dû vous dire que mes idées sur l’attaque de Rome, soumises une première fois, le ôO mai, à la discussion, en présence du général en chef, du général commandant l’artillerie, et des généraux commaiidaiit les divisions, ont été unaiiiuiemeiit acceptées. Ce malin, un nouvel C'amen du môme projet parait avoir confirmé tout le monde dans l’opinion émise le ôO mai.

J’ai fait hier une reconnaissance sur le monte Mario, et j’ai lieu d’espérer qu'au moyen de quelques mesures que j’ai indiquées ou pourra se rendre maître de Ponte-Molle, et empêcher que l’ennemi, qui parait avoir fait des dispositions pour faire sauter le pont, puisse mettre ses projets à exécution.

l’IKCES JUSTIFICATIVES.

(Pase t4S.)

nU'POlil Üf tt.NÉIUI. OUDI.NOT btll LA PUISE UE LA VILLA PAMEIU LE 5 JUIN.

Les nêfrncialioiis iiiploinnlii|iies l'iien^ées pni’ M. de Lesseps ont, vous le savez, raleiitij depuis le 17 mai, les opêinlions actives de l'armée expêdilioniiaii e de la Médilerr.mée. Cepeiidaid les travaux n'ont jamais été complètement inferrompns. Le "ênic et l'artillerie, aidés par les noud>rcux travailleurs d’iid'anlerie, ont fait dt!s galtions et des fascines. Un pont jeté en face do San l'aolo, nous a permis de nous établir dans la l)asili(|ue de ce nom, qui, nous mettant en communication avec la route d'Albano, nous permet d'y devancer toute troupe élraii"ére; notre position y e.'^l d'atdant plus forte, que nos soldats ont construit à la lélc du pont un redan susceptible de recevoir un bataillon.

Le dévouement inces.sant des nfliciers. sons-ofticicrs et soldats de la marine, nous a mis à même d'apjn ovisionner successivement le mafrasin des vivres et le ^n and parc d'artilleiie, dont les ilcrniéies pièces sont arrivées le 1" juin. Nos Irojipes avaient occupé le .Moide-.Mario, on Mont-Sacré qui domine à la fois le liant Tibri', le Vatican, le fort Saint-.\n"e et les routes d'.Ancône et de Florence.

L'ennemi, qui y ava t travaillé avec activité depuis ]itnsieurs semaines, l'a snbilenicnt abandonné sans aucun motif le ôl mai, et qiielipies heures .après, le lô" léeer et le lô' de li"ne l'oicupaient sans coup férir.

Le ôl mai, M. de I.essejis avait conclu, avec les autorités romaines, une convention à laqiii lie il désirait ipie je misse ma sij'nalnre, mais l'bonnenr militaire et mes instructions me défendaient d'attacher mon nom à un acte ipii s'opposait à notre entrée à lionie. ftans mie dernière dépêche, j'ai eu 1 honneur de vous dire ipie, dés le I"' juin, j'a\ais fait préve-

170 l'IÈCES JI STIFICATIVES.

nir le triiimvirut que la trêve verbale eonscnlic par M. de Lcsseps cesserait d'avoir son cours vin-.-t-quatre heures après m.» notification.

Je fis donner directement cet avis à tous les avmit-posle> ennemis. Sur la demande de noti'c cliancelicr d'ambassade M. de Gerando, je consentis à différer l'attaque directe de b place jusqu'au lundi i juin, au matin ; cet agent diplomatique fut prévenu que ceux de nos nationaux qui voudraient quitter lïome trouveraient à San l’aolo un asile assuré.

Cependant, l'investissement plus rigoureux de la place devenait immédiatement nécessaire pour entreprendre les premières opérations de tranchée. Le général de division Vaillant, commandant le génie de l'armée, ne pouvait commencer sérieusement les travaux, tant ipie l'ennemi serait maître de les entraver par la possession de la villa Pamfili, de l'église de San l'ancra/.io, des villas Corsini et Valentini. En enlevant une de ces positions, on était forcément conduit à s'emparer des autres. C'est ce qui a eu lieu, fieux colonnes, l'une commandée par le général Mollière, l’autre par le général Levaillant, reçurent l’ordre de commencer l’attaque le 3 juin; «K-s trois heures du matin l’imc partait de la villa Maltci, près la villa Santucci, l’autre de la villa San Carlo; à leur point de jonction, le général de division Regnaud de Saint-Jean d'Aiigély devait en prendre le commandement et centraliser les actions.

Les généraux llostolan et Guesviller avaient l’ordre de concentrer leurs troupes et d’appuyer le mouvement.

Bien que la villa l’amfili soit enceinte d'un mur de quatre mètres de hauteur et de cinquante centimètres d’épaisseur, bien que l’ennemi y eût élevé en plusieurs endroits de nombi •euses barricades, bien qu’elle fût défendue par deux mille hommes environ, elle a été enlevée très-rapidement, et plus de deux cents prisonniers dont dix officiers, trois drapeaux et un caisson de dix mille cartouches avaient été pris dés cinq heures du matin.

L'église de San Pancrazio, attenant à la villa l'ainfili, eût bientôt à subir le même sort. Nous y étions établis fortement à sept heures du malin, l’endant ce temps, deux compagnies

IMÈCES JISTIFICATIVES.

ilu génie, appuyées par deux compagnies d'infanterie, délogeaient l’ennemi d un vaste édifice, situé à trois cents mètres du dépôt de tranchée et à trois cents mètres des murs de la place.

L'occupation de l’église de San Pancrazio conduisait nécessairement à celle du château Corsini, édifice rectangulaire et construit en pierres de taille avec une remarquable solidité. L’ennemi s’y était retranché d’une manière formidable, et il ne fallut pas moins que l’énergie de nos soldats et l'habileté de nos officiel pour l’en déloger. Ce résultat était obtenu vers di.x heures.

l*res(|ue simultanément, la villa Valentini et une grande ténue, qui est une sorte de dépendance et sc trouve à la même hauteur, étaient aussi énergiqueinent défendues et enlevées de même.

Cependant les Romains, rx)mprenant toute l’importance de ces positions, ne pouvaient se décider à nous en laisser la paisible possession. Itepuis le matin Jusqu’à sept heures du soir, les colonnes d’attaque, soutenues par le feu le plus nourri des remparts, ont fait de prodigieux efforts [lonr reprendre et con server ces trois bâtiments; leurs obus étaient parvenus, a plusieurs reprises, à y mettre le feu, ce qui nous a parfois obligés d’en sortir; ils ont été repris par nous imniédialement. I.a valeur de nos soldats dans celte grave situation est d’autant plus admirable, que, fidèles à notre résolution de ne pas attaquer la place avant lundi, nous n’avons pas voulu répondre une seule fois par le canon au feu des remparts.

Lu instant, les troupes romaines, conduites, dit-on, par (laribaldi, ont essayé de nous tourner vers notre gauche en faisant une sortie sur le plateau qui, du Vatican, conduit à la villa l’anifili; l’élan de nos soldats n’a pas permis de donner suite à celte tentative de l’ennemi ; elle a été immédiatement réprimée.

Les Romains, qui ont vingt-quatre mille hommes de troupes régulières dans la place, les ont presque toutes engagées contre les positions que nous avions conquises à San Pancrazio et aux villas Corsini et Valentini.

IMÈCKS JUSTIFICATIVES.

il-1

Des ilivorsions ont clé faites par nos troupes ; In cavalerie a presque conslainmeiil parcouru en vue des reinpaiTs la rive ;:auclic (lu Tibre inférieur.

D'uii autre c(‘ili'î, la brigade .Saiivaii, établie depuis quelques jours à Monte-Mario, avait re(,-u l'ordre de s’emparer de Ponle- Molle, dont une arche avait été délniite et que tout le monde s’accordait A croire miné. Celle supposition avait déterminé le général à faire passer à la nage sur la rive gnuclu! une vingtaine d’Iiommes de bonne volonté, dont les fusils et une partie des vêtements avaient été mis stii’ un radeau construit à cel elfel. Cette opération n’a pas eu le suc(‘és (pi’on en attendait ; le gt'Miéral ]iril alors le parti de s’emparer de la position du pont qui tient à la rixe droite. Oiiebpies tiraillmrs, dont un certain nombre de chasseurs à pied, placés sur ce point, sont pai’xenus après d’assez longs elToiTs à faire taire les deux bouchi‘s à l'eu ipie reuuemi avait mises eu Itatterie pour enliler le pont, et ils forcén'iit un millier de Pioinains, (pii se trouvaient sur la rive gauche, ü se réfugier dans les maisons et à cesser le feu.

iNos travailleurs purent abus, an moyen de fascines et de poutrelles, rétalilir provisoirement le pont i>onr le passage de l’inlanterie (>l bientéit trois couipaeuies fiiiviit établies sur la rive gauclie, elles s’y sont inisis immédiatement en état de repousser les atlai[U('s de l’ennemi, f ette nuit, les troupes Itom iines ont de nouveau tenté une sortie, la bonne contenance (le nos troupes les a forcées de se retirer sans résultat.

Tel est, nionsii'ur le ministre, l’état actuel de la situation, la journée a été des pbi.s glorieuses. Nos troupes n’ont jamais été engagées toutes à la fois, mais elles se relevaient successivement. Cependant la plupart d’entre elles ont été sur pied depuis (leux betires et (hunie du malin juscpi’â se|il heures du soir, elles oui enlevé de< positions (|ui jiaraissaient inexpugnables, et dont la conservation aura une immense influence ^ur le résultat du siège.

Le nombre des blessés s’élève à C(’iil soixante-sept y compris les ol'iiciers ; vous rece' rez proehaim ment A ce sujet un état

l’IÈlKS JISTIFICATIVKS.

iTÔ

régulier. L’élnt sanitaire Hu cerps ex[té(iilionnaire de la Méditerranée eontimie à être très-salisfaisant.

Dès que j'aurai reçu les rapports [larliculiers des cliefs de corps, je préciserai mieux que je ne puis le faire ici les faits (pii ont honoré h's divers combats lixrés le ô juin.

.le serai heureux d’appeler toute la sollicitude du gouvernement sur d(“s soldats qui ont su .si vaillanimcnl porter le drapeau français dans celte journée méinoralile et glorieuse. •Agréez, etc.

/,(■ ijihirrnt ai chef,

OrnixoT DE Ukccio.

Page 1