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lique ou non catholique : il est tout entier à la nation, à la Constituante républicaine, qui fut la première debout, suivant une belle parole de Cavaignac, pour voler au secours de Pie IX. Sans doute il se trouva de suite des hommes d’État, des orateurs, des soldats, des diplomates dignes d’entendre et d’exécuter sa volonté, mais aucun autre nom que le sien n’a le droit de signer cette page immortelle. C’est le trait caractéristique de ces temps agités mais libres, que la F rance agissait^ seule, se portait tout entière au-devant des causes justes, sans autre maître que son instinct, sans autre intérêt que la protection de l’ordre et du bien.
Il faudrait plaindre une époque où l’on ne saurait plus que nier ou diffamer cette naturelle association des âmes honnêtes dans la défense des vérités nécessaires. Grâces à Dieu ! la politique nous offre autre chose que des faits qui se contredisent, et des ambitions qui s’entre-choquent; il y a encore , une région supérieure où régnent les doctrines qui font l’unité du monde moral. L’indépendance spirituelle du Souverain Pontife n’a pas trouvé, qu’oii veuille bien le remarquer, un seul adversaire dont on puisse se rappeler le nom, même parmi ceux qui ont mis le siège autour du Vatican. La Constituante romaine de 1849 reconnaissait ce principe dans le même décret qui proclamait la déchéance du pouvoir temporel. L’habile homme d’Ltat que le
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Piémont vienlde perdre, Tenlourail aussi de ses respects dans le même discours qui enlevait Rome au Pape pour la donner au roi d’Italie. Or, à un principe si unanimement confessé comme indispensable. les hommages ne suffisent pas, il lui faut des garanties. Mais lesquelles? Celles qui dépendent des personnes ou celles qui tiennent aux institutions? Les premières ne sont certes pas à dédaigner, et jamais on ne trouva autant de raison de s’y confier 'absolument que dans la longue série des successeurs de saint Pierre. Mais la politique, on le sait, a des exigences plus positives : à l’indépendance des caractères qui lui paraît un gage estimable sans doute, mais changeant avec les hommes, elle prélèrc rindépendance des choses qui est seule réelle, durable, transmissible, reposant sur un fait certain. Or, pour l’Église, cette indépendance des choses s’appelle la souveraineté temporelle, et, s’il est vrai que depuis onze siècles on n’ait pas su lui trouver une autre manière d’être, quoi d’élonnant que cette souveraineté ait recruté, dans les camps les plus divers, des adhérents et des vengeui's?
Parce que les catholiques n’ont pas su, de nos jours mieux qu’en 1818, se retenir de crier justice; parce que des philosophes, des politiques, des hommes d’ordre, divisés d’ailleurs d’opinions et de croyances, n’ont pu voir, sans manifester de vives alarmes, ce formidable assaut livré à la forteresse
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temporelle de l’Église par la révolution, enrôlée cette fois sous la bannière des gouvernements, on a trouvé ingénieux et commode de répondre: C'est la ligue des anciens partis. Les anciens partis! le mot n’esl pas nouveau si la chose est réelle. Nous l’avons rencontré pour la première fois, il y a douze ans, dans une pièce qui n’esl pas sans rapport avec cette histoire. «On a vu les anciens partis relever leur drapeau *, » écrivait le Président de la République en donnant congé, au ministère parlementaire issu de l’élection du 10 décembre. coup sûr, ce n’était pas sous les murs de Rome que ce drapeau s’était déployé, et ceux qui répèleut depuis lors ce mot du Prince-Président, nous forcent à leur dire qu’ils sont de bien maladroits courtisans.
Était-ce au nom des anciens partis que parlait, au mois de janvier 1848, le président du dernier cabinet de la monarchie parlementaire quand il disait, dans un langage dont les ministres de tous les temps ne perdraient rien à s’approprier au moins l’éloquence : «Je sais que les partis révolutionnaires sont arrogants; je sais qu’ils font bon marché de la religion, du catholicisme, de la papauté ; qu’ils se ligurent qu’ils enlèveront tout , cela comme un torrent en le pous.sanl devant eux.
Ils l’ont essayé plus d’une fois; ils ont cru qu’ils
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avaient emporté ces vieilles grandeurs des sociétés humaines, elles ont reparu derrière eux, elles ont reparu plus grandes qu’eux ! Ce qui a surmonté le pouvoir de la révolution française et de Napoléon, surmontera bien les fantaisies de la jeune Italie! »
Ktait-il l’agent des anciens partis, l’illustre et courageux llossi, quand il allait au-devant de ses assassins en disant : «La cause du Pape est la cause de Dieu, marchons ! »
Conspirait il avec les anciens partis contre les grandeurs futures de l’Empire, le candidat à la présidence de la Itépublique qui écrivait, le 8 décembre 1818, au nonce du Pape à Paris: «Je regrelte que mon cousin le prince Canino n’ait pas compris que le maintien de la souveraineté temporelle du chef vénéré de l'Eglise catholique est inlimement lié à l'éclat de la religion comme à la liberté et à rindéi)cndance de l’Italie. »
Et M. Bixio, l’Italien naturalisé Français comme llossi, et M. Dufanre, ministre du général Cavaignac, et .M. Drouyn de l’ilnys, ministre du prince Louis- Napoléon, et le pasteur .\tlianasc Coquerel, qui, dominé sans doute par rinfluence occulte des évêques, disait à la tribune, le 20 février 1849:
« Comme Français, comme citoyen, comme représentant du peuple, je déclare que si la République française rétablit le Pape sur son trône, elle fera très-bien ! » Et M. fhiers, quand il prononçait, au nom d’une commission d’hommes d’État, ce juge-
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ment qui allend encore une réfulalion de quelque valeur: « l’our le ponlificat, il n’y a d’indépendance que dans la souveraineté. » Et M. Odilon Barrot, quand l'inspiration de la tribune lui souftlait cette Ibrte maxime de politique générale :« 11 faut que les deux pouvoirs soient confondus dans les Étals romains, pour qu'ils restent séparés ailleurs. » El les qualrecent quatre-vingts représeniaiils de la Constituante qui volèrent, le 50 novembre 1848, l'e.xpédition du général Cavaignac, et les quatre ceni .soixante-neuf représentants de la liégislative (jui, le 20 octobre 1849, adoptèrent, au nom de la France, les doctrines et les conclusions du rapport de M. Thiers; lotis ces liommes, tous ces personnages, tous ces esprits, d’origine et de convictions si diverses, étaient-ils tous enrôlés dans la grande conjuration de la sacristie contre le progrès moderne? Etaient-ils tous livrés, assujettis, vendus au mensonge, à l’hypocrisie, à celte ligue invisible et «létestable des anciens partis? De grâce ! est-il juste de couvrir ainsi la France entière d’un impérissable opprobre pour trouver des prétextes à la politique d’un moment!'
Ce livre n’a d’autres prétentions que de démon- trer, par les faits, le sincère accord survenu, en France, il y a douze ans, entre le sentiment religieux et l’intérêt politique sur une question qui passionne encore les âmes au moment où nous écrivons. 11 y a do tout dans cctlo histoire, comme il y
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a de lüul dans les annales de la vie des peuples, à quelque moment qu’on veuille la peindre. 11 y a des négociations, des crimes, des émeutes, des discussions parlementaires: il y a même des assauts et des combats, mais il y a surtout de la politique. C’est dire qu’à chaque fait j'ai voulu attribuer sa CAïuse, à chaque opinion ses conséquences, à chaque personnage sa responsabilité. Appliqué au récit des temps éloignés, ce système s’appellerait de la pbilosopliie de l’histoire; appliqué aux événements contemporains, il s’appelle plus modestement de la politique. J’ai travaillé de mon mieux à éviter que cette politique ne devînt jamais de la polémique. Non certes que je dédaigne celte forme éprouvée et vaillante de nos discussions ! Mais il faut laisser à l’histoire son vrai langage, qui n’est pas celui des journaux ou des brochures, et son vrai public, qui n’est pas tout entier dans l’époque présente.
Aussi n’ai-je mis aucune hâte, malgré d’amicales e.xcitations, à livrera l’impression ce travail, dont les matériaux étaient depuis longtemps recueillis, il n’est pas entré dans mon idée, je l’avoue, de faire une œuvre de parti ni de circonstance. Sans doute l’occasion était propice et la faute serait excusable ! -Au moment où la spoliation prend place parmi les faits légitimes et les principes reconnus, aujourd’hui que le Saint-Père protégé et dépouillé reste seul sur la sellette de la révolution, je ne me défendrais pas de m’être levé, après tant d’illus-
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1res et généreux devanciers, pour plaider dans le passé sa cause d’à présent ; je me glorifierais d'ètre venu lui apporter dans son abandjii ce grand témoignage de la France libre! Mais ce témoignage aura d’autant plus de droit d’être entendu qu’il restera purement historique. La politique, on le sait, a ses chances, ses revirements, ses coups de foudre. Habet sua fala ! bien autrement que les livres. Quelles que soient les vicissitudes de l’avenir, et dût cet humble récit de l’expédition de Rome être le dernier chapitre d’une glorieuse part de rhisloire nationale, il ne sera pas inutile qu'il ail été écrit, même par une plume qui n’a que sa sincérité pour se faire pardonner sa hardiesse. Si la vieille France de Charlemagne est morte, comme plusieurs s’en vantent, il ne sera pas inutile d’avoir prouvé qu’elle vivait encore en 1849!
Léopold DE GAILI.ARD.
l'ariÿ, juin ISül .
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