‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 4 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

U l'oliiiquc française à Rome sous la monarchie de Juillet. — Paroles de M. I^adilte à M. de Saint-Aulaire. Dépêche de U. Guizot à M. Rossi, du 27 janvier 1848, annonçant que la France était prête i se porter au secours' du pape. — La République oublie aussi en faveur de Pie IX le principe de non-inlervcntion. — Pourquoi la cause du pouvoir temporel des Pupes a toujours été si française. ~ Anli)>athic traditionnelle entre les Italiens et les Français. — l/idenlité d’origine entre deux peuples n’est ni une cause ni une garantie de bonne entente. ^ La France a été de tout temps forcé* ment mêlée aux agitations de l'Italie. Situation de.s Étais de l’Église lors de l’avénemenl de Pie IX. — Pontifient de Grégoire XVI. — Le morandum cinq puissances, du 21 mai 1851, — Révolte des Romagiies. ~ Mensonges de partis sur les événements de cette époque. — La France seule maintient à Rome les promcs>:es et les espérances du me»Uirandum.

— Amnistie donnée par Pic IX le 10 juillet 1840. — Ses principales réformes. — Leur effet a Rome et dans les divers États de la pénin>ule. — Nécontenlement de rAutriche. — Appui et conseils de prudence donnés au Pape par le gmivcrnctncnt fi'miçais. — Occupai ioii de Fernire par les Autrichiens cl protestation du S.iint-Pi'rp. — Union douanière entre les États de l'ÉglUc. U Toscane et lu Sardaigne. — Kntliousinsmc des RoinuinS'

— L’unité «le l’Ilnlic est faite pnr Pie IX. — La cause de la religion et la caiiiM» des réformes n’en font plus qu’une. — Grand ot lioiireux ébranlement des âmes on France cl dans le monde entier. •

Je devrais coiinneiicer à l’avéïiemcnt do Pie IX l’Iiisloire de noire exjiédilion de Rome, il y a douze ans. Rien de pins

ItlSTOIllK

nalurcllcnicnt lié, en effet, que le souvenir des premières années de ce règne et l'entreprise qui fut la consécration, parla France, delà glorieuse popularité du nouveau l’ape. Sans doute, ce n'est pas seulement le Pontife réfonnateur que nous avons prétendu défendre et relever; nous obéissions, j’espère bien le prouver, à l'impulsion d'une pensée plus haute et d’un devoir mieux compris. Mais coininent oublier que l’opinion publique s'était prononcée pour le Pape bien avant que le gouvernement n’eût à songer à la |)apauté?

Opinion publique et gouvernement ne faisaient d’ailleurs que suivre la pente de nos exemples les plus récents *M)mine de nos traditions les plus anciennes. Jamais la l'i'ance n’a su se montrer indifférente aux destinées du .'^inl-Siégc. Logique des principes posés, engagements de situation, danger de guerre, colère des partis, rien n’a tenu devant cette nécessité suprême de la foi et de l'intérét d’un grand pc'uple. Certes, si jamais pouvoir semblait peu obligé par son origine au rôle de paladin de l'autorité poulilicale en Italie, c’élait celui qui naissait, il y a trente ans, à Paris d'une révolution faite en haine du clergé plus encore qu’eu haine de la légitimité. Jalouse de rompre de suite en visière avec la sainte-alliance sans se commettre dans les excès et les périls de la propagande révolutionnaire, la monarchie de Juillet comprit que le principe de la non-intervention imposé à tous était le seul par lequel l’Europe pût être tout à la fois satisfaite et contenue. Proclamé, en effet, comme une garantie et lavinme une menace par M. Laffitte, modifié bientôt en

DK L'BXPKDITinN DK liOMK F.N | s H». T.

lin sens plus conscrvaleur par M. Casimir Périer, ce principe devint et iTsla la base de notre politique exlêlieure pendant dix-liuit ans.

Cependant une insurrection, fille de c^lle de Paris, venait de lever en Italie notre propre drapeau contre le drapeau du Pape. Les Romagnes, soustraites à son autorité, s’étaient constituées en gouvernement provisoire, et les acclamations des vainqueurs de Juillet répondaient à l'appel de leurs frères de l’autre côté des Alpes, que menaçaient les Suisses et les Autrichiens. L’émotion était vive dans notre France, encore bouillante d'une lièvre d’émeute, et qui n’avait guère vu dans sa dernière révolution que l’occasion prochaine de venger Waterloo. Désigné à ce moment pour l’ambassade de Rome, un de> hommes qui ont le plus honoré notre diplomatie vint demander, non sans défiance, au chef du cabinet, ce qu’on attendait de lui dans ce poste. « Vous aurez, lui répondit fermement M. Laffitte, à défendi e contre les factieux Pau • torité spirituelle et l'autorité temporelle du Pape’.»

On se rappelle que les troupes pontificales, aidées souvent des populations, suffirent en peu de jours à ce soin ; mais il n’est pas moins curieux d'apprendre, de la bouche de M. Laffitte, que les insurgés de 1831, vainqueurs de Grégoire XVI, auraient succombé, comme ceux de 1849, sous l’épée de la France.

* (Discours de M. de Sainl-AuUire à la Chambre des pairs, du 12 jiiiiviur IS48). Comiuc l’honnéle diploniale insistait sur sa crainte que ie ministère ne fiU tôt ou tard forcé de prendre fait et cause pour les révolutiomiaiios d'Ital'u^ M. Laffitte ajouta ; a Ne vous laisses troubler par rien de ic que Voua entendrez dire, et tenez pour certain que, tant que moi, Laffitlc, je serai ministre du roi, la France ne fera pas In guerre en Italie- »

HISTOIRK

Pou de mois après, l’homme d'État qui avait remplacé M. Laffille et qui avait dit, au risque do trop rassurer l’Europe, que le sang des Français ne devait couler que pour la France, jouait la paix du monde sur le rocher d’Ancùne pour protéger contre l’occupation autrichienne, et au besoin contre les excès de ses partisans, le Pontife que nous avions voulu défendre contie la révolte de scs sujets. Do ces temps à ceux qui ont immédiatement précédé la chute du dernier régne, il y a loin sans doute ; mais la politique reste la même. C’était quelque chose pour Pie l.\ que la solennité des adhésions parlementaires, l'envoi de douze mille fusils à sa garde civique, la visite officielle du prince de Joinville, la coopération active de la France incessamment olTerle par un ambassadeur qui devait mourir son ministre. Mais il y eut plus et mieux que tout cela, ou plutôt, de si favorables dispositions eurent leur conclusion logique dans un fait grave et peu connu jusqu’à présent, car nous n’avons pas vu qu’on Fait rappelé en 184Ü.

Pi’évoyanl que'le gouvernement du Pape serait attaqué par l’insurrection et menacé dans son exislcuce, M. Cuizot avait proposé et fait adopter en conseil la résolution de le défendre efficacement. Tout était prêt pour l’exécution : cinq mille hommes étaient réunis et en mesure de s’embarquer, deux mille cinq cents à Toulon et deux mille cinq cents à Port-Veudres. Le général qui devait commander l’expédition était nommé, c’était le général AupicU, que la République envoyait peu de temps après comme ambassadeur à Constantinople. Non-seulement il était nommé,

DE L’EXPfiDFTION DE R’OMK EN 1840. T>

niuis il avait di'jà reçu du président du conseil ses instructions secrétes et savait la conduite qu'il aurait à tenir. Non-seulement tout cela était résolu et préparé, mais le Pape en était informé : « Nos troupes sont disponibles, écrivait le 27 janvier 1848 M., Guizot à M. Rossi ; au premier signal elles s’embarqueront pour Civila-Veccina. » Gette détermination, il nous est permis de l’aflirmer, datait de loin, car nous lisons dans une autre dépêche de M. Guizot à M. Rossi, du 27 septembre 1847 : o Ne laissez au Pape aucun doute «pie, dans le cas d'une intervention étiangère, nous le soutiendrions elTicacement, lui, son gouvernement et sa souveraineté, son indépendance et sa dignité. » On voit qu’il ne s’agissait pas encore de borner notre protection à la personne du Pape et à la ville de Rome.

La République de février avait débuté aussi par une solennelle déclaration de désintéressement à main armée dans les alfaires des autres peuples. On se rappelle l'éloquent manifeste dcM. de Lamartine, cachant un sens prudent sous des phrases altières. A partirdece jour, disait sincèrement le poète, les traités de 1815 sont considérés comme n'existant plus, mais la République juge inutile de l'aflirmer autrement que par sa parole; tous les peuples sont libres, mais la République ne se charge pas de leur procurer la liberté ; les nationalités opprimées ont droit de l evivre, mais par leui’s propi cs efforts et non par l'invasion de nos armes. Seulement, si ces efforts, ces aspirations, ces droits, affirmés par nous, sont refoulés par la violence et que les victimes en appellent à la

HISTOlRt

t’rance libre, la Frence Ubve répondra ! C’élail là, comnio on s’eu aperçut bientôt, trop dire ou dire trop peu, s’eiiffager au. delà de toute prudence ou ne s’engager à rien. C’était nous mettre à la merci de la moindre émeute de liucques et de Cracovie, ou nous soustraire, par une équivoque peu digne, au diflicile devoir de la solidarité républicaine. La révolution, qui devinait déjà que la guerre lui serait propice, prétendit avoir entendu l’appel de la Pologne, on le lui nia le Ib mai 18i8; l’appel des Romains, on le lui nia le 15 juin 1849. On n’avait écoulé ni les Lombards, qui auraient préféré la république à l’annexion à Turin, ni Venise abandonnée par Charles-AIl*ert ; on n’avait secouni ni les Siciliens en révolte contre Naples, ni les Piémonlais en lutte contre Radetzki; mais la voix du réfugié de Gaële ne devait point passer inaperçue, et ceux-là môme qui lui opposèrent la nouvelle constitution de la France et le suffrage des populations romaines comprirent qu’ils engageaient inutilement la logique de la révolution contre l’entrainement d un sentiment national.

Il y eut môme plus, à cette époque, qu’une simple intervention de la France, il y eut, comme nous l'exposerons bientôt, l’action combinée de quatre puissances catholiques pour rendre à Pie IX la plénitude de sa souveraineté et l’intégrité de ses États. Le 50 mars 1849, la France, rAutriclie, l’Espagne et Naples, appelées par le Saint-Père, signaient à Gaële une convention diplomatique et militaire en vertu de laquelle leure années devaient entrer sui- le territoire pontifical pour y opérer, séparé

lit; l.’KM'ÉniTIO.N DK HOMK KN 1K4!'.

meiil, mais dans le but commuti de la restauration du Pape.

Ainsi ta République, comme la rayauté parlementaire, se trouvait avoir rempli vis-à-vis de Rome les mêmes obligations que la monarchie traditionnelle. Liées toutes deux à la non-interveution par prudence comme à un abri, par dignité comme à une mise en demeure de l’Europe, elles ont l'une et l’auti-e oublié ce principe fondamental de leur politique extérieure, pour, défendre le domaine temporel de la papauté, (tn peut dire que notre expédition de Rome, tant critiquée de divers côtés, a été faite à peu prés par tout le monde. Aucun des gouvernements contemporains des malheurs de Pie IX ne pourrait en décliner sa part de responsabilité. Conçue par l’illustix* chef du dernier cabinet de la monarchie de 1850, lancée parle général Cavaignac, elle devait être menée à fin sous la présidence du prince Louis-Napoléon.

Nulle cause plus française, en effet, depuis les origines de la monarchie. Rien que l'esprit des croisades soit le signe généreux de notre race, et que notre é|)oque ellemême n’en puisse nier les touchants miracles, nous comprenons qu'il ne suffît pas à tout expliquer, même les croisades. En se portant le champion historique de la souveraineté pontificale en Italie, la France accomplissait s ms doute une œuvre catholique, elle se préoccupait sans doute de la liberté de sa conscience et de la dignité de sa religion; mais elle faisait en même temps un acte essentiellement politique ; elle obéissait, sciemment ou à son insu, à un instinct de pix^servution personnelle. Eu

i HISTOIRE

4 contact sur le Rliin avec les grands peuples belliqueux de la Germanie, il lui importait de n’étre pas si dangereusement avoisinée du côté des Alpes. C'est assez des séductions qui lui sont toujoure venues de ce côté, sans y j oindre des menaces ! Que l ltalie devint un fief autricliicn ou une province espagnole, nous risquions d'être pris entre deux feux et de trouver à Turin le même ennemi <|u’à Mayenec. Qu'elle parvint, par miracle, à se constituer en une seule grande puissance militaire et maritime, le péril ne serait pas moindre : car un royaume d'Italie, allié possible de rAllemagne sur le continent, vassal obligé de l'Angleterre sur la Méditerranée, enlèverait toute sécurité à la seule frontière (jue nous n'ayons eu jusqu'ici nul besoin de garder. N'oublions pas en outre que, s'il existe pour nous toutas sortes de raisons poétiques d’aimer la terre des arts et de l'Iiistoirc, elle paraît en avoir de très-prosaïques et de très-invétérées pour nous redouter et nous haïr. Rien de mieux démontré par nos malheurs que l’aversion instinctive des Italiens pour la France. Ne rappelons ni nos expéditions des quinzième et seizième siècles, si souvent rendues funestes par la perfidie de ceux que nous allions secourir, ni Souvaroff acxlamé en 1799 par les républiques que nous venions de créer, ni les Autrichiens appelés à Milan contre Kugène en 1811, ni l’armée piémontaise envahissant la premiéi e le territoire français en 1815, ni tant de finis trop récents qui donneraient à ce récit le ton irrité de la polémique. Tenons- nous-en aux traits principaux, à la physionomie véritable de ce peuple dont on veut faire un

IlE L’EXPÉDITION DE HOME EN 1849. 9

autre nous-même, cl qui ne pense comme nous ni sur le «Iroit, ni sur l’honneur. Que la suite des événements nous réserve de voir l'ilalie alliée de la France, cela se peut, tout arrive en politique. Nous sommes bien depuis trente ans alliés des Anglais sans les aimer ni en être aimés davantage I .Mais que les deux nations deviennent jamais, comme on nous le promet, deux nations sœurs, deux nations amies dans la paix et dans la guerre, éprises des mêmes causes, obéissant aux mêmes impulsions, servant la même politique, cela est trop contraire à tout le passé pour n’être pas contraire à la nature des choses. Jugez des Italiens par les accusations des historiens français, jugez des Français par les longues diffamations des historiens italiens, et vous reconnaîtrez comme les deux peuples sont faits pour s’entendre et pour s’estimer! Ils ne se sont pas même épargnés dans le champ pacifique des belles-letlres. Notre théâtre a pi is là-bas ses masques les plus méprisés, et les poêles italiens n'ont cessé de sc déchaîner contre la cupidité et la barbarie gauloise :

ïo fut nHice délia mala pianU Che la (erra crislùina tuUa aduggia Sif cho biion friiUü nido sc ne schianla !

« Je fus, dis Hugues Capot à Dante, la racine de la mauvaise plante qui couvre toute la teiTC chrétienne de son ombre nuisible, si bien que rarement un bon fruit s’en détache'! » Et le chef de la maison de France

IIISTOHIK

finit par appeler la vengeance du ciel sur sa descendant toute chargée de crimes et de honte ;

O lignor mk>, quiiido sar6 io liqln K Tedcr la Tcndelta, clie nascosa Fa doice l'ira tua nel luo scjçre(o?

Ne voudra-t-on voir dans ces aliominables cris contre une race qui avait déjà produit saint Louis, que la mauvaise humeur d'un Gibelin du quatorzième siècle"? Mais foscolo, avec ses imprécations patriotiques, Alfieri, avec sa fameuse école des Miso-GuUi, ou haïsseurs des Fran' çais, sont bien de notre temps; mais les sonnets, les pièces de théâtre, les déclamations des orateurs et des journalistes contre notre ambition rè]>ublicaine, sont de 1848; mais l'accusation d’avoir trahi ritalie, pour qui nous venions de nous battre, et le dénigrement de nos victoires remportées pour elle, sont du lendemain de Villafranca !

Ceux qui comptent en politique sur les alfinités d'origine comptent, hélas ! sans l'expérience et sans la naturt^ humaine. Ce que Mithridate disait do Rome, qui de près' inspirait les haines les plus fortes, est vrai de tous les peuples. Les plus proches sont ordinairement les plus animés, les plus ennemis. Le j>rormus ardet Vcalegon de Virgile est la formule d'une loi historique. Avoir des intérêts communset mêlés, n’est-ce pas l’origine et la condition de tout conflit? Les guerres les plus acharnées n'ont-elles pas eu lieu entre voisins ordinairement de même race? C’fsl 1e vieux et inévitable scandale des procès de famille.

IlE I-’EXPÉIHTIO.V UK HOME K.N I84'J. Il

Le? occasions de nous qiiercllei- avw la Chine oui «Hé rares jusqu'à noire temjis, elles ont élé de tous les joui's avec l'Espagne, qui esl cependant de langue latine comme nous et comme l'Italie. Qu'on prenne garde de ne pas mettre la France dans la nécessité d'abaisser les Alpes « oinmeellca supprimé les l’yrénées!

Or, contr«« ce danger de l’Italie conquise en entier par une puissance l’ivale, quelle plus sûre barrière pouvait-on imaginer que l'inviolabilité du territoire pontilical'.* Contre ce rêve anti-français de l'unité monarchique ou républicaine de toute la Péninsule, quel meilleur préservatif que l’existence de ce souverain, qui doit rester le roi de Rome sans devenir roi d'Italie? Ainsi la France s’esl défendue elle-même au Vatican non moins qu'elht a di’fendu les intérêts de sa religion. Chassé de sou siège, le Pape serait toujours le Pape, l'Église resterait l'Eglise, contre laquelle rien ne doit prévaloir. Mais aucune nation, si grande qu’elle soit, n’a reçu de telles pioiuesses. Entre fonder l’établissement temporel de la papauté comme nos Carlovingiens, ou le coiilisquer à son profit comme fit le chef dé la dynastie napoléonienne, noti-e pays n’a jamais su trouver de milieu. Soldat du Saint-Siège par tradition, son ennemi par accident, luu; seule politique lui est reslréjusqu’à ce jour profondément inconnue, c’est celle de l’indifférence, de l'abandon, du laisser-faire et laisscr-passer en Italie, au risque de voir stvmbrer l'œuvre de Charlemagne.

Outre que l’abstention répugne profondément au caractère national, qui ne sait se dt'siuléirsser .ni des

IIISTOIRK

causes justes pour leur venir en aide, ni des causes iniques pour les condjatlre, celle politique encourait le j;rave reproche de ne paraître ni sincère ni môme praticable. Les Italiens, qui ont bien quelques raisons de s'en inquiéter, sont ceux qui s’y trompent le moins. Ils savent qu'appelés ou repoussés, le voulant ou ne le voulant pas, nous avons loujoui’S Uni par nous trouver inélés à leurs affaires. Ne voient-ils pas, par exemple, qu’en dépit de la résolution dont on le loue, de livrer l'Italie à elle-même, le scc(>nd empire est intervenu en l.oinbardie sans prendre conseil des puissances, cl qu'il l este depuis onze ans en état d'intervention permanente à Rome, sans être bien sûr de l’agrément des Romains? Quel tercet de Dante a plus exercé la subtile imagination de nos voisins que la pensée du pacificateur de Villal'ranca'J A la fin, le hardi Piémont a compris que le principe expressément stipulé de non-intervention pourrait bien équivaloir pour lui au droit de tout oseï- sans rien craindre de l’Euiope, et il a arboré pavillon de cor. sairc en terre rerme avec .ses lettres de marque signées par la France.

Ouoi qu’il en soit, nul ne contestera qu’on était loin, il y a quatorze ans, de songer à restreindre ou à refuser la protection due à Pie IX. On ne se ferait aucune idée de l’enthousiasme suscité alois; par ce seul nom, si nous ne rappelions sommairement, avec les actes principaux du nouveau Pape, la situation où il trouvait les Étals romains.

Oiégoire XVI venait de s’éteindre, achevant en de lon-

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gués années de paix et d’inertie un règne commencé dans les révoltes et dans les réformes. Les révoltes, il les avait réprimées : les réformes, il les avait essayées, puis oubliées. Ce fut là, riiisloiredoitle dire, l'erreur de ce Pontife vis-à-vis de son peupleet de l’Europe. Accepter, mêiueà titre d’essai et sans vouloir lui donner la sanction solennelle du proprio molu, le fameux mémorandum présenté le 21 mai 1831 par les cinq grandes puissances, c’était tout au moins reconnaître le mal et ne pas repousser le remède: y porter la main, puis la laisser retomber, c’était fournir aux mécontents du dehors et du dedans le grief et le prétexte des espérances trompées. Dans la lettre que sir llainillon Seymour adressait en se retirant à chacun des ambassadeurs qui avaient pris part avec lui aux travaux de la conférence de Home, l’envoyé anglais prenait soin de dire : « Le gouvernement papal n’ayant rien fait de ce qu’il fallait pour cidmer le niécontenlement, il n’a fait que s’accroître, urossi par la déception des espérances qu’avaient fait naître les négociations entamées à Rotne '. » Or qui ne voit qu’avec les peuples comme avec les enfants, doués toujours de plus d'imagination que de

' Dépêche (lii 7 seplembie 1831. « Depuis que les troupes impériales soûl rentrées dons les Légations, réjmndait M. de Metternich, et depuis I occupation d’Ancône de vire force par les Français, le cabinet autricbicn a apprécié l'opinion eipriniée par le gouvernement pontifical que chaque concession nouvelle faite soit à la demande de scs sujets mécontents, soit à la requête d'une nation étrangère, serait une dérogation à l’indépendance du souverain de qui on (larviendrait à l’arracher par la force des armes, cl que, dans ce fait de concessions obtenues par l’intervention armée des étrangers, les factions trouveraient un précédent pour se faire accorder encore plus, au moyen d’un appel à ces mêmes étrangers,.. »

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sens pratique, pronioUre et donner doivent être tout un, et qu'il vaudrait mieux encore se montrer avare de dons que prodigue de promesses qui ne seraient paslenues. 11 nous est naturel, en cfTet, de vouloir au delà du possible, et, si l’on n’y met bon ordre, de prendre au delà du raisonnable. Les Italiens surtout peuvent se vanter d’avoir transporté dans la politique la devise de guerre de César. Rien ne leur semble fait tant qu’il reste quelque chose à faire. Du jour où l’on eut laissé entrevoir aux Romagnols la possibilité d étendre leurs libertés locales et d’améliorer leurs institutions judiciaires, ils se prirent à rêver l’abolition du pouvoir temporel, le code Napoléon et la république.

En 1831, le premier tort fut donc à la diplomatie, de venir étaler devant des populations si inflammables la critique de leur gouvernement, si fondée qu’elle fût, et de faire briller à leura yeux des réformes qu’il ne dépendait pas d’elle de réaliser. Les conseils donnés publiquement par les grands Étals aux petits sont difficilement conciliables avec le maintien de l’indépendance et du bon ordre chez ces derniers. Si les étrangers se montrent exigeants, comment les sujets le seraient-ils moins? Singulière façon de protéger un souverain que de s’arroger les droits de sa souveraineté ! Encore si cette jX)lice de l’Europe sur elle-même s’exerçait avec une courageuse et profitable impartialité! Mais on a grand soin de ne rien dire à ceux qui sont assez forts pour ne pas permettre qu’on veuille faire la loi chez eux, et nous avons vu réprimander le gouvernement du Saint-Pére

1)E L'EXPÉDITION DE HOME EN I 8.i9. 15

poui' des abüs dont les Polonais ou les Irlandais seraient heureux d'avoir à soulTrir.

Je ne veux pas toutefois nier absolument le droit et parfois l'opportunité de l'ingérence amiable des nations catholiques dans les affaires de Rome, qui sont bien un peu les leurs. Ce droit semble écrit dans la nature même du pouvoir pontilical, à la fois religieux et politique, local et universel, électif cl absolu. Qu'y aurait-il même d'excessif à prétendre que le veto ou droit d'exclusion d'un candidat accordé à plusieurs d’entre elles dans le conclave, leur laisserait faculté de conseil dans le gouvernement? Mais ce que nous blâmons avec toute la rigueur d'une lamentable expérience, c’est l'intervention bruyante, oHicielle, imposée, des grandes puissances dans l'administration des États de 1 Église; c'est cette anarchique anomalie d'un souverain dénoncé par les autres souverains au peuple sur lequel il règne ; c’est le scandale de ces négociations diplomatiques secrétes d’abord, mais qui vont bientêt retentir en commentaires calomnieux à toutes les tribunes et dans tous les journaux. Ainsi se forment, même dans les bons esprits, et d’autant plus multipliées qu’elles sont moins combattues par le gouvernement qu’elles menacent, ces préventions incurables qui livrent un beau jour ce gouvernement^ sans appui dans l'opinion ni dans les cabinets, aux iniquités de la force triomphante. Les idées marchent, la logique a ses étapes comme une armée en campagne. De ce premier pas fait étourdiment il y a vingt-neuf ans, ou devait en venir de nos jours à cette lettre fameuse

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OÙ le président de la République française signifiait au Pape, par un aide de camp, les conditions de sa rentrée à Rome, puis à l’incroyable protocole du congrès de Paris, où les duchés, le domaine de l’Église et le royaume de Naples furent livrés moi’alement au Piémont', puis h lu brochure ie Pape et le Congrès, puis à tout le reste.

Ceux qui accusent Grégoire XVI d’avoir tout refusé en 1851, comme ceux qui font un crime à Pie IX d’avoir tout donné en 1848, oublient que le premier de ces pontifes avait entrepris et réalisé, du moins par édits, peu de mois après son avènement, les réformes que le second devait reprendre et développer de nos jours. En répondant à la notification inconvenante par laquelle lord Seymour avait annoncé la rupture des conférences et son départ de Rome, le prince de Mellernicb affirmait que le Pape avait consenti à tout le memoraudutn, sauf des réserves sur deux points : le pi incipe de l’élection populaire comme base des asscmblée^s communales et provinciales, la formation d’une consulte d’Êtat composée de laïques et placée à côté du sacré collège *. El, en effel, des édits du 5 juillet, 5 et 51 octobre, 5 et 21 novembre de

' Il est curieux .issurénieiil de voir le roi Victor-F.nimanuel contenir luimOme après coup du but (pie l’on se proposait en 1856 : «Je ne rappellerai paa, a-t-il dit dans sa proclamation du 9 octobre 1800 aux peuples de l'Italie méridioiitile, les conseils donnés pendant plusieurs années au roi l'erdinand de Naples par les pui>sances; Us jugements qui, dans le Congres de Paris, onl été portes sur son goiwernemenl préparaient ualurellemeni tes peuples à ie changer, si les plaintes de C opinion publique et les démarchés de la diplomatie restaient stériles. « Ksl-ce clair ?

* Lettre adressée par le prince de Metternicb à l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne (28 juin 1832).

la même année 18")l , consacraient racceplalion de tontes les antres demandes de rEnrope. En outre, le Saint-Père avait accordé aux Romagnols une administration laïque au lien de celle des cardinaux-légats, et la garde nationale avait remidacé partout les Suisses pontificaux. Mallieureiiseinenl la révolution vint interrompre et faire rcculei Oregoirc X\1 comme elle devait seize ans plus'lard interrompre et renverser son successeur.

.4 peine les Autricliiens avaient-ils repassé le Pô que les carbonari soulevaient tout le paysjiisqu’aux Marclies. •M. de Sa int-Aula ire, désolé de fécliec qu'il prévoyait pour la politique de modération et de progrès dont il était le représentant naturel, offrit aux insurgés de tout arranger, poui \u qu ils consentissent a reprendre la cocarde papale. On s y refusa sous le sol prétexte que la garde civique ne rcle^ait pas du pouvoir central. Le triomphe de ces forcenés ne pouvait être de longue durée, mais la révolution pou.ssa d horribles clameurs contre un Pape qui osait se défendre et la réprimer. Pour quelques excès de soldatesque, honte inévitable des guerres civiles, le gouvernement le plus débonnaire de l'Europe lui fut dénoncé comme sanguinaire et tyrannique. D Ancéiie,qui avait été le dernier boulevard de 1 insurrection, comme il devait être, de nos jours, le glorieux tombeau des derniers défenseuis de la papauté, sortirent en foule des fuvards qui remplirent Paris, Londres et la Suisse des plus odieux récifs. En môme, temps la satire immortelle de Dante, rendue a I admiration populaire après des siècles de classique deilain, semblait justifier par ses invectives contre le

IIISTOlUK

passt* loulcs les calomnies contre le présent. Il devint banal, dans celle littérature de journaux qui a remplacé la littérature sérieuse, d'accuser l'ambition des Papes de tous les abaissements de l'Italie. Grégoire XVI, en particulier, fut. représenté comme l’allié sanglant de tous les despotes et le grand inquisiteur des peuples. La vérité est que son régne de quinze ans n’a pas vu une seule exécution à mort pour crime politique'. Beaucoup de sentences capitales furent prononcées, il est vrai, mais on y clierchaitévidemmenl la réparation publique etnon l’expiation personnelle d’un attentat sacrilège, car toutes, sans une

' Lo l»il c«t afiirm^. pnr M. Krc^nonti iKms sa reinarqiinhic otu«ic sur la des Etatx de î'Eglhey p. 100. Nous avions déjà sur ce même r.'iil ranirinntion si compétente de M. de Saint-.Vubire pour les années qui ont suivi déplus près l'insurreclion des Ilomtigncs. « J'ni quitté l'Italie en 1855, disait-il dans le discours que nous rappelions plus haut; pas une goutte de snng n’a été versée sur réi liaraud. Plusieurs Français, des Cordes condamnés ù mort pour des crimes commis ù la face du soleil, ont été graciés et remis entre mes mains pour être tntnsporlés dans leur patrie. Prts une confiscation ifa été prononcée, el, lorsque j’ni quitté l’Ilalic, il n’y avait pas un prisonnier pour cause pulili<|uu au château Saint>Ange ni dans aucune autre prison du Pape... t Les clioses ne se passaioiu point avec celte bénignité dans cette même année 1855. sur un autre point de rilalte où régnait alur.s un ancien carbonaro, destiné à être appelé le |ktc de l’indépendance iUliennc. l'nc tentative insensée inspirée par Mnzzini el dirigée par Bornarino avait troublé l'ordre pendant quelques heures dans un district de In Savoie. (Quelques gendarmes avaient sufTi |>oiir iiiellrc la petite colonne insurleclionnelle en déroule. On soiipçoimail des coiiiiiveiices dans l'armée, comme en 1821. Sur soixante-dix-sept militaires qui avaient été dénoncés, douze furent fusillés par derrière, trente furent condamnés aux galères apouratntir en connaisiance du complot, on pour avoir (ail circuler un livre contraire aux principes de la monarchie. » Les exilés furent aussi très-nombreux. Parmi les condamnés de celle époque qui devaient se faire un nom dans les annales des révolutions de la Péninsule, nous remarquons (îiobeKi el Gariiialdi. dont l’un sc sauva à Bruxelles el l autre en Amérique. On ne peut lire '>ans horreur, dans les récits italiens, les détails de la réaction qui ensanglanta les premières années du règne de Charles-Albert.

liK I. KXl'ÉniTION DE HOME E.N I8i9. 1!l

sciilo oxceplioii, fiircnl commuées ou effacées en mémo lem|is qiie signifiées. Ilavemies se rappelle encore le légal Ilivarola, cariliual rouge comme un bourreau, disent les pamplilels du temps, menaçant du dernier supiilicc dos catégories entières d’insurgés, puis terminant par des mariages entre familles divisées d’opinions cette puérile ti’agédie. Le gouvernement ne sut pas même prendre les précautions de la plus vulgaire prudence contre la famille llonaparte, qui venait de reconnailre la généreuse liospilalilé de Pie VU en donnant deux cliefs à la révolte.

Mais ce qui fut définitivement condamné et exécuté après ce second soulèvement des Romagnes, ce fut le iiu'mtriindnm des cinq puissances, abandonné par l’Autrii lie, qui ne s'était prêtée à celte épreuve libérale que par condescendance pour rAngleterrc et la Prusse, dont file s'étayait contre la révolution de juillet ; réprouvé par la Russie, qui l'avait signé à contre-cœur, pour ne pas séparer sa cause de celle des deux autres souverains du Nord, d'où pouvait lui venir la force de vivre. Le cardinal Rcrnetti, et plus lard le cardinal Lambrusebini, trouvèrent malbcureuscment plus commode de laisser dormir dans les archives leséditsde 1831 que de poursuivre, fti dépit des obstacles du dehors et du dedans, l'œuvre cmnmcncéc des réformes. L'Angleterre s'empressa, I omme nous l'avons vu, de rappeler avec éclat son ambassadeur. La Prusse poussa la mauvaise humeur jus. •ju'à désavouer M. Runsen, rédacteur de l'inutile prolo- « ole. La France persista seule à rappeler les engagemiMils pris et à espéier.

IIISTOIRK

Son ospéranco ne devait pas rester toiijoni-s vaine. La niortdet'ii’égoire \VI posait de nouveau devant l’Europe, et tout d'aboVd devant le conclave, la question des réformes à Rome Une adresse couverte d'importantes signatures, et remise, dit-on, à chaque cardinal à sou entrée au Qnirinal, osait déclarer impossible le maintien des anciens errements et nécessaire l'inaugnration, en institutions comme en bommes,d'uu régime nouveau. Etranger jusqu'à ce jour à la politique, maisévéque depuis vingt ans au cœur de ces tumultueuses provinces de l'Ombrie et du Bolonais, où couvaient l'espril et tes griefs de la révolution, le cardinal Maslaï Fcrrelli lut salué par ses collègues comme Ebomme de la t’idvidence. l’ersonne ne parut plus étonné de ce choix inattendu que Eéiu luiméme. On le vit, consterné de lcri(*ur, pleurer longtemps au pied du crucifix, poui' demander à llieu d'éloigner de ses lèvres le calice de la papauté. Par uni* préflestination providentielle, en entre tous les Papes qui avaient précédé lePajie défunt, il avait toujours particulièrementadmiré et vénéré le prisonnier de Savone et de Eontainebleau. C'est à ce culte de l’ancien arcbevé([uc de Spoléte cl d’Imola pour Pie VII que 1 Eglise doit Pie IX.

Son premier acte suivit de si prés son exaltation, et fut coru;u en termes si touchants, qu’on est tenté d'y voir une satisfaction de cœur plutôt qu’une mesuie de gouvei nomenl. Dans les Marches, où résidait sa famille, ilans les Romagncs, dont il était un des pasteurs po|)ulaires, le nouveau Pontife avait vu de prés les plus tristes suites des agitations politiques. Le condamné ne subit pas seul

KK i;E\l'f;i)ITION IlE HOME EN 1819.

sa peine : sur le seuil tle la prison où il va disparaître, sur la frontière de la patrie fpi’il ne doit plus revoir, il laisse une famille éplorée et innocente, des mères, des femmes, des enfants cruellement frappés pour sa faute, abandonnés aux pernicieuses inlluences de la misère et de la suspicion publi(ine. Ces douleurs, on le savait, avaient toujours trouvé dans le généreux évêque un consolaleur, quelquefois même uu interprète écouté à Rome, et l’on attendait de Pie l\ il pei tlono, le pardon, comme dit dans sa naïve logique le langage italien. L’amnistie fut en effet proclamée lelGjniilel I S iO, c’est-à-dire juste un mois après son exaltation. Kllc était d’un père plus (pic d’un souverain. Pic IX offrait la paix du cieiir, /a/Ci’ di more, « à celte jeunesse inexpérimentée ipii, cnirainèc par de Ironqieuscs es|)érances au milieu des dis(a>rdes intestines, a\ait été plutèit séduite ipie si’*ducti ice. » fous les prisonniers, tous les exilés pour cause politique, furent rendus les uns à la liberté, les autres à leur pays, sans autre condition (pie de signer l’engagement d’bomienr de n’abnser en aucun temps de (’et acte de bonté souvi»' raine et de remplir tidèlement les devoirs de loyal sujet. « Nous voulons croire, ajoutait le Saint-Père dans une 'langue trop élevage pour de telles âmes, (pie ceux (|ui profileront de notre clénK'uce sauront dans tous les temps respecter et nos droits et leur propre bonneur'. »

L’enlligusiasme fut indicible, la solennité tonte romaine. Les amnisti(‘s voulnrnit aller en proix'ssion prêter

' Q Noi viiglitimo aveic fniiirin diû i^uclli t qiiali liscronno no^lra deinenzd. tsajir.ino in p|iiii ris^eUan* i iioslri «lirilii e il proprio onorp. *’

HISTOIIIK

leur sermcnl snr le bois de la vraie croix el coiiiiminier de la main de l’ie IX. C'esl au mépris de tels eiigagemeids qu'on devait les voir bientôt donner à leurs concitoyens, qui n’étaient que trop disposés à en prolilei , une des plus noires leçons d'ingratitude que l'Iiistoiie nous apprenne à détester*.

Les actes politiques de l’ie IX, avant comme après 1848, se classent d’eux-mèmes en deux catégories : ceux qui se rapportent aux seuls États romains, ceux qui itiléressenl plus ou moins directement l’Italie entière. Dans les premiers, qui sont naturellement les plus nombreux. Pie IX semble s’étre proposé de satisfaire, eu les déj)assant, chacun des désirs manifestés par les puissances en 1851. « Les mesures qui ont marqué les premiers joui s de notre pontificat, disait-il lui-même le 2D avril 1818, sont pleinement conformes à celles que les souverains de l’Europe avaient conseillées. » Que portait en effet le mémorandum accepté par Grégoire XVI? Que de notables, améliorations devaient signaler l’avénement du nouveau régne, el notamment l'admissibilité des laïques aux fonc-

* On croii’flil, à Üre ce rocil dans un des plu.s réceiils liistoricns de rtlalie l'cvolulioniiaire, que t’ingralilude n'a pas le don de révolter le< aines là-haN (Omme chez nous: a Ils se liàtèrctU, dit-il avec un sans^ftiçon digue du p-iy^ de Machiavel, de jurer loul ce qti on leur demaiulnil. Ceitjc qui detfoient le’ moins U nir leur serment furent les plus ardents à te prononcer. .4prés quoi ils ne cessèrent, de vive voix cl par écrit, de témoigner au Pape leur rcs|»e<,t el la iccoiinais«mcc la plus exagérée. Mais les plus honorables des proscrits, et parmi ccux-ci Mnniiaui, Ceruli et Pepoli, sc résignèrenl d ne point pndiler de ramni**lie. {Histoire génMtle de t'Italie, de IKM), par M Diego

Soria, prolestieur de droit public. M. le prolesseur sc trompe; les personnages qu'il cite furent autorisés à rentrer sans srrnienl. Aus.si vil-on bieutul H. Manii.itii se biiru iiupo.'^er à Pic IX comme ministre par les clubs, et M. Pepoli itppoler le> lUonais û de nouvelles réiolles.

DK L’EXI'ÉDITION DE RO..E E.\ 1819.

lions admiriislratives et judiciaires? Pie I\ créa partout des corps électifs, c’est-à-dire laïques, ayant droit de con trùle, et restreignit aux dernières limites les prérogatives de la prélature. Que demandait-on plus spécialement? Le rétablissement des anciennes libertés communales remplacées depuis Napoléon par la centralisation franç,aise? Pie 1\ remit les affaires de Rome à une municipalité de huit conservateurs présidée par le sénateur traditionnel et nommée par un conseil de cent membres. Ce conseil si nombreux était formé d'abord par le choix du gouvernement, mais ce choix ne devait s’exercer qu’en des catégories délinies par la loi et comprenant toutes les professions libérales. Lue fois installé, il devenait un corps oligarchique .se renouvelant par lui-méme *. Qu’avait-on voulu encore en 1831 ? Que la gestion financière fut plus sévèrement contrôlée, l’administration de la justice plus expéditive, les provinces soustraites, comme les communes, à l'autocratie ministérielle? qu’au lieu d’un ministre omnipotent il y eut divers ministères avec des sei'vices distincts et clairement définis? Pie IX créa une consulte d'Étal composée d’un délégué par province, dotée des mêmes attributions que notre conseil d’État, avec la fiicullé de dénoncer les abus el d indiquer les améliorations opportunes; nomma des (ommissions chargées de réviser les codes de procédure civile et criminelle ; constitua un conseil de gouvernement qui comptait neuf ministres lespon-

' Main pro/irio du t*' oclobre, Xolilicïlioiidu Ï2 octobre 184Î

24 ■ HISTOIRE

sables’, disculanl loulcs les affaires de l’État sans en excepter la nomination des fonctionnaires, le Pape ne se réservant que celle des cardinaux, nonces, agents diplomatiques et quelques autres, autorisa la publication des journaux, les asiles pour l’enfance, les écoles du soir, les sociétés industrielles, les congrès scientifiques, et ne sut pas même refuser à la turbulence de quelques meneurs la dangereuse fantaisie d’une garde nationale*.

On devine si tant d'innovations, bien que particulières aux États romains, restaient .sans retentissement dans les autres Éitats de la Péninsule. Cbacuii d’eux se sentait appelé aux mômes destinées que les beureux sujets de Pie IX. Comment les souverains se seraient-ils soustraits à ce grand exemple’? Comment se seraient-ils refusés à l’œuvre sainte de la régénération nationale? Un vatrue sentiment de l'indépendance et de l unification de l’Italie transpirait d’ailleurs à travers certains actes et certaines déclarations du Pontife réformateur. On avait beaucoup remarqué, par exemple, dans son traité d’union douanière avec le roi de Sardaigne et le grand-duc de Toscane, l’appel fait aux autres souverains de la Péninsule de venir

' Nous avons (ionc entendu. \c vioin piopriodxï *29 décembre 1847, f[uo les allribiitions de rhnque ministre fussent à rnvenir divisées et bien détorminées, afin que cliacuii deux, ayant une spbèrc d’action qui lui lût pioprc cl indépendante de tout autre déparlemml, put assumer une responsabilU^ qui, en descendant des foncliotmnires plus élevés jusqu’aux etuployés subaiterues, donnerait au ‘jouvorncmeul colle panmlic générale à laquelle doivent être soumis tous ceux à qui est conriée l'adminii^tnition de )a chose puldique. i

* Voir la (irculnire du 19 avril cl le molu proprio du 14 octobre 1847. les vwta proprio du l" miobre et *29 décembre 1847, les édits des 15 mars et *21 décembre, 5 et 30 juillet de la même année.

contribuer à l’accroissement de la prospérité et de la dignité de la nation italienne'. Mais rien ne put être cx)inparé à la commotion suscitée en Italie et en Europe, par la protestation du gouvernement pontifical contre l’occupation d<; Ferrare parles Autricliiens*.

Nous sommes assurés de ne pas calomnier le cabinet de Vienne de cette époque en affirmant qu’il regardait d’un œil tout autrement que favorable la noble et difficile entreprise de Pie IX. La plus légère connaissance des documents diplomatiques suffit pour démontrer (jne l’Autricdie a cru de son intérêt depuis ISlTi de s’opposer à toute réforme libérale dans les États de la Péninsiile’. Que le péril d’essayer des réformes fût plus évident que le danger de maintenir les abus, cela est vrai; mais ce n’est là un argument ni de justice ni même de politique, en faveur du statu qno. Il y avait, de l’aveu

* héclaraliuii ilu 3 (Kiohie 1847.

* 17 août 1847.

^ M. Fariiii, qui a prouva siirnlxmiUimncnl ce lait dans ses deux Icilres à lord John nossoll (Tuiin, fevrii’r 185‘J), ne imus laisse pas ipnorcr que la France .s’ôtait placide, dès le di'bul de la Re>taiirntion, dan.< une voie lout à fait contraire. On lui reprodiail, dans les conseils de ITjitropc. de faire la pro|»a2;mde de .sa charte au delà de 8« r frontières. « Le gotivernemcnt fiançais, dit le minislre de Victor-Einmnnnel parlant du congrès de l.ayhach, qui avait négocié avec les commissaires de >'aples |>mir rechmhcr quelque moyen de conciliation, continua à employer ses Iwiis oflices on faxeiir de la modération auprè.sdcs puissances tdliécs. Mai» le prince de Meticrnicli. au nom de l’empereur, exprima ropinion que les alTaires man baient ver» un dénoiicmeiil rapide cl vioicnl, et, s’adressant A ces ambassadeur», il dit: « Nous tt devons éviter le risque de voir le p.irlcmenl napolitain »*ocrtiper de nouveau < de celle matière, afin que, pr une »omni>sion illu>oirc, il ne. prof lame pas « une constifutiou ton forme à ta charte f^ançai.te et senihlaMe à celle que le « roi, avant son départ, avait, à la rerommandatitm de la France, acceptée € par message royal. » (Archives royales de Sardaigne. Lettre du Marquis de San Marsnno, plénipolcntiuire du roi de Sardaigne.)

IIISTOIRK

m(\me du dernier pape, beaucoup à détruire cl beaucoiii» à innover dans les États de l’Église. Grégoire XVI avait fait quelque chose et laissé entrevoir le reste; Pie IX tenait les promesses de 1851, en y ajoutant ce que l’esprit ilii temps y ajoutait de lui-môme. Nous n’allons pas jusqu'à prétendre qu’il n’eût pas été possible de s’y prendre autrement. Nous croyons, par exemple, que quelques édits bien catégoriques, donnant d’une fois le premier et le dernier mot des concessions, eiisseiil été préférables à ces commissions préparatoires bruyamment organisées, et dont le public attendait toujours plus qu’il n’en pouvait recevoir. 11 fallait prendre garde de ne pas l’enouvobn-, et cette fois par la bouche du gouvernement, les illusions et les mécomptes du memoraudum. « Nous avons souvent regretté, écrivait M. Guizot, que le Saint-Siège n’eût pas dès l’origine indiqué la nature et la portée des réformes. Les esprits s’égarent ainsi par les dangereuses excitations des espérances et des craintes les plus illimitées'... » — « On réforme en améliorant ce qui existe, mandait en même temps le prince de Metternicli, et non en y substituant des nouveautés qui n’ont aucune racine dans le passé et dans le respect des peuples. »Sans doute, la vérité bienveillante et l’expérience dépitée n’eussent pas autrement parlé, et le Pape avait montré en plus d’une rencontre qu'il n’était pas sourd à leur voix; mais comment se garer des périls qui venaient du même côté que les sages conseils? Toutes les excitations

' Dépcclie à M. de la noclicroucauM, & l'Iurcncc

(|iii devaient être si Cunosles à la Loiine issue des réformes étaient, cà leur insu, le fait de la France et de l’Aulriclie. Ur, était-ce la faute de I*ie IX si, dans la Péninsule, les niasses comme les esprits éclairés restaient infatués d'imitation française, et s’il ne fut pas possible de leur faire accepter que la consulte d’État dût être autre chose que notre Cliambre des députés? Était-il en aucune façon responsable de ce que la domination allemande s’était rendue tellement odieu.se aux Italiens, que toute tentative contre les abus fût tournée aussitôt en projet de vengeance contre elle? Il serait oiseux sans nul doute de rechercher aujourd’hui si l’article 105 des traités de Vienne, qui reconnaissait à l’Autriche droit de garnison dans la place de Ferrare, lui conférait celui d’occuper la ville entière : mais il est difficile de ne pas reconnaître que le moment d’user de ce summum jus était on ne peut plus mal choisi, et que la façon dont s’y prit le général autrichien complétait à plaisir h? summa injuria de l’adage latin. Venir à l’heure de midi relever par des soldats allemands les postes de la ville occupés par la garde civique, n’était-ce pas une provocation et un premier fait de guerre?

On se rappelle qu’il ne passa point inaperçu. La Franci* y vit une atteinte indirecte au principe de non-intervention qu’elle avait proclamé en 1850, et trouva là une première occasion de s’offrii- tout entière à Pie IX. Nonseulement le gouvernement appuya de tous ses moyens la protestation du cardinal Ferretti, |uais l’opposition libérale, qui reprochait à M. Guizot de s’en tenir aux pre-

IIISTOIIIE

cédés diplomatiques, manifesta le plus extrême dévouer ment envers rindépendance temporelle de la papauté. Nous pourrions citer les organes principaux de la gauche et du tiers parti, demandant à grands cris que les armes de la France fussent tournées contre les ennemis de Pie IX . Comme s'il ne devait pas rester dans notre pays une seule fraction de l’opinion qui n’ait senti à son heure ce grand devoir de l’inhîrvenlion eu faveur du Pape!

De son côté lord Palmersiou écrivait à lord Minfo qui voyageait eu ce moment en Italie : « Le gouveniement de Sa Majesté est profondément ronvaineii qiie ce qui convient le mieux aux souverains italiens, c’est de suivre dans l’adniiiiistration des affaires un système d’amélioration progressive, de supprimer les ahus, de modifier les anciennes institutions j)our les adopter au progrès des esprits et des doctrines polititpics. Le gouvernement de Sa Majesté estime que lorsqu'un souverain indépendant entreprend des nouveautés efficaces pour procurer le bienêtre à son peuple, aucun gouvernement étranger n'a le droit de le retenir et de se mêler dans l’exercice d'un des attributs de la souveraineté. »

L’Autriche suflisamment avertie rentra dans sa forteresse dont elle eût mieux fait de ne pas sortir; car sous les pas de ses patrouilles, parcourant les rues de Ferrare, venait de jaillir la première étincelle de l’incendie (|iii dévore depuis lors la Péninsule.

Pour le moment, tout se passait eu fêles, en ovations, en démonstrations pacifiques. Ouoi qu’on en ait dit depuis, c’était l’explosion de sentiments sincères, le cri de

DE L’EXPÉIilTION PE HOME EN 18VJ. 2!>

l’amoür d’une nation pour son souverain qu elle voit uniqnemenl orcupé de la rendre Iieureuse. Que les fauteursduinal aient pris part pour la eorroinpro à cette joi(' des masses, nous n’avons pas besoin qu’ils s’en vantent pour les en croire capables. Mais qu’ils aient seuls préparé ces quinze mois d'allégresse italienne comme une série de coups de Ihéâlre, c’est un conte ridicule inventé pour nous inspirer une trop haute idée de leur scélératesse. On ne conspire pas, on ne jonc pas la comédie, même en Italie, avec la passion de tout un peuple.

Qu’on lui eût montré alors ou l’exil de Gaëte ou l’abandon plus triste de notre temps, ce peuple aurait reculé d’iiorreur comme devant nu criim! impossible. A cette date seulement l’unité de l’Italie ne lut pas un leurre. Klle était bute dans l unanimité des cœurs italiens, ([ni salnaieid Pie IX pontife et roi. Elle était faite d’enthousiasme, sans violence, sans efl’nsion de sang, par le vote universel dos Ames. On tentera de la réaliser sous une autre forme; on n’en trouvera pas de plus vraie, de plus touchante, de plus italienne. Tous les Etals vivaient de la vie de Rome, etrliacun d’eux gardait son existence et sa capitale distincte sous une constitution libérale, ba religion, la nation, la liberté se confondaient, dans un seul nom, dans un seul cri qui retentissait de ’furin à l’alerme : Ecrire Pio 110)10 !

Ah! nous ne savons quel avenir Dieu réserve aux générations qui nous remplacent, mais nous n’ambitionnons pas les jours qu’elles ont à vivre en nous rappelant ceux qui nous furent données aloi-s. La papauté tempo-

IIISTOlUK

relie avait son 80. La paix était laite, les malonleiuliis dissipés entre la cour de Rome et l'esprit du temps. En Italie, c’étaient les sujets pontilicaux qui en profitaient les premiers; hors de l'Italie, c'était l’Éf;lise. On ne son- ;?eait pas alors à lui reprocher de se mêler de politique, on était loin de la croire incompatible avec le progrès! Le progrès venait d’elle; le prestige de la religion servait merveilleusement la cause générale des réformes. En voyant toutes les puissances s’ébranler parce qu’un des plus petits souverains du continent entreprenait quelques améliorations dans ses États, on comprenait qu’il y avait une autre force dans le monde que les gros budgets et les gros bataillons, et l’idée morale rayonnait de Rome, son vrai centre, sur les gouvernements et sur les peuples. « Dés l’origine de son pontifical, avait dit à Die IX le cardinal Altieri en inaugurant les travaux de la Eonsulte, Votre Sainteté a entrepris de concilier les progrès de la civilisation du siècle avec les pi incipes éternels de la religion catholique : alliance admirable qui d’un côté assure à l’Église une plus grande indépendance et prépare de nouveaux triomphes à la foi, de l’antre apporte aux peuples la force et le salut, et appelle ces ImîIIcs contrées à de nouveaux destins'. » Eette alliance se signalait en efl’et par des miracles; elle excitait la ferveur des plus liédes, ébranlait les dissidents, gagnait jusqu’aux barbares. On vit un ambassadeur du sultan attendre an

' Recueil des actes de .V, 7'. S. P. le Pape Pie /.Y, itxlc el ic.nluilioii |)iibln'son ISIS p:ir le coiiiilé pour lit iléfen‘e i!e la liberlé religieuse, vol I. p. 233. l“aris, clicz I.eeolîre.

ItK I/EXI'ÉKITIO.N DE ROME EN ISiO. 51

(jiiiriiial l'aiulieiice du Saint-Père. « De même, lui dit-il, (|u'aiix temps anciens la reine de Saba vint complimenter le roi Salomon, de même l'envoyé de la Sublime Porte vient rendre hommage au Pape Pie IX au nom de son maître. » Kt le Grand Turc prodiguait en faveur des cliréliens d'Urient des assurances misérablement démenties depuis, mais dont le Pape prenait acte solennellement peu de mois après*. Les États-Unis et les républiques de r.4mérique du Sud avaient aussi leurs députations et leui’s adresses. Sous le sol catholique de la vieille Angleterre germaient de puissantes et nombreuses conversions, ('.'était partout, dans le monde, un merveilleux réveil du (atholicisme, parce que le Chef de l'Église avait prononcé quelques paroles de liberté.

(Juant à 1a France, elle était toute à Pie IX, comme un enfant qui a retrouvé sa mère. «Pie IX parut, écrivait un an après un diplomate qui représentait dignement la France auprès du Saint-Père proscrit, et devant ses premières paroles la guerre faite à la foi s'effaçj comme par miracle. Avec quelle joie le clergé de France sentit (jue cette pacilication lui rendrait sa véritable place dans l'opinion des peuples! Avec quels transports furent accueillies les espérances émanées du trône pontifical, non-seulement par les catholiques, mais par ceux-là même qui s’étaient jusqu’alors montrés leurs adversaires! Ce fut sans contredit pour la religion un de scs plus beaux triomphes*. »

' Voyez, ilana le meme f\ecueil, la belle lettre du Pjipe aux chrétieni •rorienl du 6 janvier I8i8.

* .Nn|p de M. de Corcdles au cardinal Antonelli, le août 18i9.

5‘2 HISTOIRE HE l/EXfÉHlTION HE ROME EN I8ifl. Ainsi, le second schisme d'Uccident avait pris fin; après soixante ans d’elTorfs et de décliircmenls, un concordat politique, tacitement conclu dans les consciences, venait compléter l’œuvre du concordat civil. Le siècle s'était fait catholique, et l’on put s'étonner du peu de place que tient l’esprit de Voltaire dans une société qu’il ne domine à certains moments que par l’aveuglement de ses docteurs ou la complicilé de sc^s gouvernanis.

CKAriTRK II

Crainles «liscilécs <1ans certains espriis par les entreprises do l*ie IX et l’onthuusiastiie des Italiens. ~ M. tiuizot et M. Tliior» d acconi pour iic pas vouloir la guerre sur In tjuestioii de rindopondance ilalicnno. — Le parti catlioli.jue. — Ses fondiileurs. scs coiitraîlidcur?, sa forço. — l/iuquiétudc non moins visible <pie l'adhésion dans les adres.so dos doux chambres à propos du Pape. — I*ic IX commençait à la partager. — Pétition du 10 janvier I8i8 à la Consulte pour demander rarmement géiiénil <ic la nation et la guerre contre r.\uliiche. — Helle réponse de Pie IX. — La révolution du 24 Février devait avoir pour premier résultat de précipiter l'Italie c«ndre rAulriehe, et par suite d’enlever In ilirirtion du inuiivemcnl au Saint-Père ►jiii ne pouvait donner le signal <le In guerre. — Journées de Milan. — I.e *25 inar« 1848, Charles-Albert passe le Tcssiii. — marquis Parcto, son ministre des affaires étrangères, essaie de persuadera l'Europe que celte agression du Piémont a pour unique but de prévenir la procbinalion de la Itépubiique eu bombartiie. — Impression pro<biite à Home par les nouvelles de Paris de Milan et «le Vienne, toutes favorablesà la révolution. — Le général Durando, nommé au commandement de l'amiée romaine, est envoyé pour garder la rive du P5. — Il compromet le gouvernement pontifical par une jirociaiiintion Indliqueuse — Encyclique «lu 29 avril. «— Déplorable accueil qui lui est lait en Italie. Le parti révolutionnaire s'empresse de rompre publiquement avec le Saint-Siège sur la question nationale. — Pie IX lente de .se poser en médiateur entre l'Italie et PAiiIriche. — Sa leltie du 3 mai à l’empereur. — H. Farini, envoyé au camp de Charles- Albert, ne peut faire écouter ses prop<»$itions.

Attitude et poliiujuc de la Uépubliqiie française v^s-i-vis de l'Ilalie. — |>es parlements de Turin. Florence. Home, Mapics et Venise repoussent le concours armé de la France. — Ce concourt est demandé, mais refusé au iiiüinent des désastres. — Le général Cavaignac refuse «le se laisser engager par le Piémont contre la volonté de la France. — Conférences de Bruxelles. — ^obl(*s paroles du génénri Cavaignac 4 la Constituante sur le devoir

IIISTUIIîK

ilii ^'ouveriieineiil dc' mainlonir ta paix. — Il reliisc au Pape, coiniiie il l'avail n^fijsé à Oiaf leS'Allx rl, r^ppui qu'il lui ileiiiaiMiail. Le Pape sc iléciilt! h oilrir le iiiiiiistrre nu loinle Kossi. — Mauvaise humeur du «abiiiol lie Paris. — Pro^rainiiic de M. Uossi. - Il tente d'unir par une tiirue le^ Klal.s roninins avec lo Piémont et Naples, ^.l/abbé ftnsmitd, qui avait accepté poiii le Piémont, est désavoué. — Polémique de M. Uo'si, dans la Gazt’Ua di lUwia du \ novembre, cjiitrc le gouvernement piémonlais. — Assss'^inat de M. Rossi le 15, et journée du 16 au Qoirinal. — Dépêche du •lue d riarcourl et récits d<^ journaux italiens du lemlemain. — IntcrpcN lalioiis de M. Rixio à la Constituante frnn^'aisc. — > Le général Cavaignac annonce qu'il ii*a pa.s attendu rinitiativc de l'.Asscmbléc |M>ur envoyer à Roine un plénipotentiaire et des troupes. — Discussion. — MM. Uedru- Rolliii et Jules Favre. — MM. de Monlalcinl>crl et Diifaurc. — L’intcn nlion en laveur du Pape est votée |)ar tXI) voix contre 63. ~ be prince {.oui^oNatMdéoii déclare dans une lettre au CoustHutiounel que, s’il ciU été ce joiir>lù à la ('.lunibrc, il aurait voté contre i'eX|MNlition. 11 corrige M||^^ilot lo mauvais clïet de cette «léclaration |>ai- une lettre au nonce, un il '«-* ptnnonrc pins ratégoriqiiemenl <|nc son conipétitcnr, en faveur de b soiiver.iiiieté toniporeilc du Pape. — Vrai st'ns de h mission donnée à M. de CoitMlc. — Il faui voler au secours ‘lu Pape ! lui avait dit lo général Cavaignac.

« l’if l\ Iravaillc sur le vide... » a\ait dit uii jour le roi Louis-l’liilippe. Ce mot d’un vieux politique n’avait pas plu. Cne Tois montée à un certain diapason, l’opinion publique ne soufTre plus d’élre oslensiblemcnl contredile ni même dirigée. Clle voyait dans les réformes de Pie IX rédatanle juslilication de ses répulsions et de ses espérances; peu lui imporlaient les ciainles et les déliances des gouvernemenls. Peut-être entre-t-ü une. trop forte dose de scepticisme dans la clairvoyance des diplomates |H)ur que Ics-foulcs iic mérilont pas longtemps encore <lc passer pour aveugles. Que redoutail-on le plus à la lin de l’année 18 i7? l'nc explosion du sentiment italien foiilre l’Aiitriclie? Mais celte explosion avait en lieu depuis le fait de Ferrare, et l’on ne pouvait espérer que la sanglante n'pression des troubles do Milan en

llK I. KXi’klU I iu\ liK ItOMK KN iNüt .V.

scpli’inlii'i' (’l ('Il jiuivii'r n'il ialiiK'’ les (’>prils coniiiio l;i

I.es « iiliiiicls n’iMi riaicnl pas iiioiiis ilan.s liair rôle t*n iimlliplianl l(Mirs elTorls poiii- [Mvsci vcr la paix ('iiropfciinc. Ml,el’aptî,inaii«lail M.duizol à M.Ho.ssi,a un «fraiid iiilcrèl à vivre en paix cl en iKiiines rclalioiis avec l'Aii- Irii lie, parce qu'elle est une grande puissance catholique en Kurope et une grande puissance en Italie, ha guerrt* avec rAulriche, c'esl rallaiblisseinenl du catholicisme <•1 le liüuleversoinenl de l'Italie. Le pap<' ne |aml pas en vouloir'... » Le Pape n'en voulait pas non plus, et les raisons qu’il en donna dans sa célùhre allocution du ‘2 I avril ISLS sont précisément les mêmes que devinait 'ix mois à l’avancs' ce giand esprit protestant. Ilahitué à porter dans la polili(|ue couixinlc les vues générales de l’histoire, l’intérél tloininant de la question italienne ne résidait pour M. riui/ol, ni dans l'indépendance reconquise de la Péninsule ni dans l’amélioration législative de ses diveis; gouvernements. Comme il ne craignit |)as de le proclamer à la tribune, b' signe providentiel de ravénemeni de Pie l\, c’était la réconciliation sincère de l'esprit religieux avec les mcnui’S, les idées, les institutions de notiv époque. L'appui le plus énergique de la liance était acquis au |)onlife qui avait entrepris une lelli* œuvre. Mais pour qu’elle gardât toutes ses chances de réussir, il fallait manœuvrer habilement entre les di'ux écueils de la lévolulion et de la guerre. Nous ne devi<»ns

’ iN'jxVhfiilu -7

IIISTOIKF.

p;is pcrmellro qu’on fit du nom du clief de l’Kglise un drapeau contre l’Autriclic; nous ne devions pas nous laisser entrainer par une fausse politique ou par un faux point d'honneur dans une voie pleine de déceptions et de ])érils. Eh quoi! la guerre pour rindêpendanee de ritalie, lorsque nous ne l’avions pas faite en 1S,"1 pour la frontière du llhin! ha guerre, un contre quativ, pour donner la Loinhardie au Piémont, quand nous n'avions pas voulu jouer celle partie pour accepter la Ihdgique! tjui donc eût osé prendre la responsahililé d'un tel conseil?

Ce n’élail pas plus M. Thiers t|uc M. Guizot. Bien (pie portant la parole au nom de l’opposition, le chtîf populaire de la gauche se prononçait nettement contre le parti de la guerre. Entre la propagande de nos idées par la force et leur expansion sur le monde par la paix et la liherté, l'historien de la Kévadulion avait appris à faire son choix. « Non, disait-il avec sa vive éloquence, plus de liherté portée au bout de nos baïonnettes! Que le génie de la France soit |>arlout en Italie, sa main nulle part. Ni perfidie ni violence; contentons-nous d'étrelout simplement la France de 80, le peuple qui, avant cette ère de rétiovation, avait produit Montesquieu, Voltaire, Pascal, Descartes, ces sublimes agitateurs de la pensée humaine! Cela nous suffit. Ce n’est pas nous qui avons nommé Pie IX pape, ce n’est pas nous qui avons décidé aux réformes le grand-duc de Toscane, les rois de Naples et du Piémont... » Mais celte situation que iious n’avions pas faite matériellement, M. Thiers la considérait comme

UK L K\['K|tlTluN liK IIOMK EN ISl!). T, 7

iiùire morideuicnl, el It'iiiiil que In Fiiuieo éliril ohligée il la développer el à la défendre.

Entre ces deux grands partis parlementaires se pla<;ait la petite armée càlholiquc, petite en effet dans les Cliam- Itres el le pays légal, mais puissante déjà sur l’opinion On est-cc qu'un parti catholique dans une nation catliolique .' Ce |)liénoméne, (|u’on n’enl pas compris sous le régime delà religion d'Etat, venait de se produire comme une création s[)outanée de nos teiujis d’indilTérence. La llévolutioii avait trouvé le clergé intimement lié à l'ancien régime; elle les avait fait monter l’un près de l'antre sur le même éclialaud. Mais, si l’ancien régime devait toinhcr pour ne plus ie\ivre, il n'en pouvait être ainsi de l'Eglise de l'rancc. Iletrempéc dans le sang de ses martyrs, maintenue contre la persécution par la foi des peuples, file avait été rattachée par le Conconlat à la société issue de 8!t. Bientôt l'Empire, sacriliant la gloire du Consulat au stérile calcul de renouer à son profil les plus détestables traditions gallic^anes, essaya de faire du nouveau clergé el au hesoin contre Rome ellc-inème, un instrument de despotisme. Cette tentative marciua, comme on sait, la lin des prospérités de Napoléon. On était trop prés des ruines et des é|(ouvantes de ICÎ pour que le retour des Bourbons, « ces princes |iieux (pii nous aimaient et que nous aimions, » comme disait naguère une des voi.x admirées de l'épiscopat, ne prit dans les imaginations, et, malgré la Charte, dans qm;h|ues actes du pouvoir, l'apparence d’une revanche de la l'iovidence contre les démolisseurs. Les

iiisruiiti;

opinions se développèrent dans ce sens avee la vijinein d’iine foi sincère et l’intcinpèrance d’nne contradiction acharnée. L’antei et le trône eurent les mômes fidèles et les mêmes ennemis. I.a Rèvolntion de ixrd), qui renouvela, non pas, Dieu merci! les excc-s, mais les excitations des plus mauvais joins contre l'Kglisii, trouva le clergé intimement uni à la cause du droit monarchique qui venait d’être vaincu.

Ce fut contre cette situation et surtout' contre ces antécédents que s’cffor(;a de réagir une école qui tenait d'abord tout entière dans un bureau de journal, mais on l’on vit bientôt de jeunes renommées s’élever à côté du grand nom qui lui avait donné naissance. Combattu à son origine par toutes les opinions, le parti catholique sembla débuter par où les autres finissent, pailes divisions et les luttes inléiieures. Al. de Lamennais, son vrai fondateur, devenu d’ultra royaliste ultra-ré'publicain, s’effoi'çait de l’entrainer, avec ou sans la papauté, à la suite de ce qu’il appelait l'esprit nouveau. Sans différer trop sensiblement du muitre dans sa profession de foi démocratique, l’abbé Lacordairc s’était crani- [Kinné dés le premier jour au loc de l’Kglise. Invai iablcment fidèle aussi à la foi de ses pères, le comte de Moiilalembert mêlait toutes les aspirations modernes à ce fonds d’idéi.'S aristocratiques et libérales que nous voyous se transmettre avec le .sang dans les grandes races de l'Angleterre; tradition trop imparfaitement représentée en f iance par les Itoulainvilliers, les f énelon, les. Saint-Simon, les .Montesquieu, les Alont'osier. La monarchie

ÜK L KXI’EIHTION DE RoME EX 18 5!t.

piii leiiieiilairc, quelle que lût d'ailleurs la souirc de sou di-oil, semblait lui suilire.

Liiliii, eu dehors de ces brillantes personnalités restaient une Ionie d'esprits, non moins graves, non moins dévoués à la cause de la religion, nullement obsédés par les illusions ou par les rancunes de partis, mais rallias aux puissantes théories de M. de Honald, et plnsalaumés (|iie séduits par les hardiesses de M, de Lamennais. Leux-là se demandaient avec inquiélndo ce qu'allait devenir, an milieu de nos boulcvei’scments incessants, un clergé détaché de son ancienne foi politique. Kn vain ré pondait-on qu'on prenait soin en même temps de lui en insufllcr une nouvelle. Les époques d instabilité ne sont pas de celles oi'i peuvent naître les convictions : tout concourt, an contraire, à les énerver et à les détruire. Aussi, non-seulement signalait-on de ce cùté comme d'un fâcheux exemple la répudiation de la légitimité monarchique par les gardiens de la morale et du droit ; non-seulement nu parti encore tout entier debout, quoique vaincu, s’indignait de la défection d'un allié pour lequel il venait, di.sait-il,de tout risquer et de tout perdre; mais il se trouvait des prophètes de malheur pour déplorer le sort de? l’Église de l’ rance, livrée sans Ivoussole politique au Hux et rellnx de nos agitations. Dans l'exagération de lenis regrets, quelques-uns allaient jusqu’à prétendre que l«* ' clergé ne pourrait désormais refuser son banal hommage à aucun pouvoir, fiit-il anarchie aujourd’hui et despotisme demain !

(îes dissentiments, dont la vivacité s’était d ailleni’s

IIISTOIRK

amortie, n'avaienl pas empèclié les eallioli(ines de se constituer et d'entier en scène. L’esprit religieux comniiiiii(|ne à tout ce qu’il touclié ce quelque chose d’en haut dont il vit lui-niènie. Ce parti ne seinldait-il pas, d ailleurs, le précurseur légitime de Pie 1\’.' Le premier, u’avail-il pas appris aux catholiques à parler la langue des idées modernes, à dél'endre, au lieu de les attaquer sans espoir, des institutions regardée.s alors comme nécessaires au progrès et à la dignité de la société nouvelle? Au dehors, deux peuples asservis, deux clients illustres et délaissés, la Pologne avec ses héros, l’Irlande avec ses martyrs, lui donnaient accès au coeur des masses. Au dedans, la question du libre enseignement, c’est-à-dire du dioitdes pères sur l’ànie de leurs.enranls, lui livrait le cœur des làinilles chrétiennes. Des journaux ardents alors à réclamer rextension des droits de la conscience et des libertés constitutionnelles, le corps presque entier des évècjucs, engagé dans une lutte à fond contre 1 Liiiversité qui dissimulait do vieux privilèges sous le nom des droits de l'Ktal, la violence de ses nombreux adversaires, l’éclat de sa défense, ton! lui constituait une force d'o[iinion dont il était impossible de ne |»as tenir compte, lai jiistiliant scs prévisions, les événements de Home lui conlirmaieul une importance chaiiue jour plus voisine de la popularité. Encore quelques semaines, et l’on allait voir, an rebours de ce qui s'était passé en 18ô0, la religion et ses ministres sortir respectés d’une conflagration révolutionnaire'!

' finns un l>n'f. In Mi mors lSi8 à M. de MonCnlenilicrl. le Sainl-

DE l.•KXPKD^rlO.^ DE IfOME EN 1S<9. H

(i'oliiit, iMi inoinoril dont nous parlons, un <>iifrde l'enlliousiasine puldic que, le discours de la couronne eiM passé so\is silence le nom de l’ie l\. M. de MontaleinLeii avait siiMialé vivement cette omission et fait remarquer que le message du président des Klats-l iiis ne tn aiguail pas de rendre lioniinage au chef de la catholicité. 1/Adresse des deux (diamhres voulut réparer cet oubli : « (enime vous, sire, disaient les députés, nous espérons fine les progrès de la civilisation et de la liberté s'accompliront partout sans altérer ni l'ordre intérieur, ni l'inilépendauce, ni les bonnes relations des Ktats. Nos sym|iathies et nos vœux suivent les souverains et les peuples chrétiens <|ui marchent de concert dans cette voie nouvelle avec une prévoyante sagesse ilont l'auguste chef de la chrétienté leur a donné le lonchant et magnanime exem|)le. » ... « l ue ère nouvelle de civilisation et lie liberté, avait dit [»eu de jours auparavant la Chambre des paii-s, s'ouvre pour les Ktats italiens. Nous secondons de toute notre sympathie, de toutes nos espérances, le l'ontife magnanime qui l'inaugure avec autant de sagesst* que de courage, et les souverains qui suivent comme lui cette voie de réfoi ines pacili(pies où marchent de conçoi t les gouvernements et les peuples. »

Pour qui sait lire encore dans les actes de la politique

l'crc s'oxpnmr» uin'‘i : «* I.V*lofnii n< c avin; lM«|iielle vou> ot irjiiitrej» «niltMiri avez renilti ilans notre tiuitihic per^^onne homnin'^e au Sniiit-Si a certainement t untriliin', il non» cal iloiit de te penser, û imprimer dans les .'tmes du «rénéreux ponple franraia ces :«cntinienta de resptvl et de véin'iation pour la religion et pour ses inini'tres, dont il a donné les preuves, même an milieu des gr;md«-< pa*i«inns po)iti«|nea d'où sont •^rtis les ••\én«‘inenls Ici pins récents, »

Il IS'KMIU.

|iarleiiieiilairf , l'inquiéludo ésl ici non moins visible que l’adhésion. On se tromperait d'ailleurs sur la vraie situation de Pie l\ (*n le supposant absolument étranger à ce sentiment qui était commun eu ce moment à tous les gouvernements de l'Europe. Dès l’inauguration des tinvaux de la consulte, on l’avait enlendu se plaindre avec animalion « de quelques esprits peu judicieux qn' mettaienl la réalisation de leui’s utopies au-dessus des droits de la soiiveraineté pontiUcale. » Mais les têtes allaient s'exaltant à mesure que plus de sagesse eût été nécessaire. L'ére des réformes, que M. Guizot estimait devoir durer dix ans pour conduire sans secousse à l'ére constitutionnelle, était rrancliie en quelques mois. Un était mûr tout à coup pour la monarchie suivant la charte. Les Italiens ne valaient-ils pas les l’rau(,ais, qui s’apprèlaieul d’ailleurs à faire un pas de plus dans la voie du progi'ès'.’ Les llomains devaient-ils se laisser distancer par les Napolitains, par les Toscans et jusque par les Piémontais? De jour en jour les exigences croissaient plus inacceptables et plus bruyantes. C’était, lantût la demande de se luononcer contre les cantons catholiques du Sunderbund, tantôt l’expulsion des jésuites, tantôt la complète sécularisation du gouvernement, où le Pape seul eût été toléré comme prêtre, le plus souvent la ligue italienne et la gueire nationale contre r.\utriche. Pour se créer sa raison d’étre, la faction dite italienne avait besoin d’exagérer les intrigues et la résistance de la faction absolutiste. Elle avait donc représenlé Pie IX <omnie entouré de puissants ennemis qui étaient en

I»K I. K\l-f:i)ITI(t.\ llK ItOMK KN IXÜI. i:.

iiiriiie Icmps ceux de sou peuple. Eiineiiiis secrels, il esl vriii, car on n’avait eu à réprimer de ce côté aucune manifestation, mais d’autant plus redoutables, et contre lesquels on avait obtenu comme une mesure de salut public rarmemeiit de la garde civique ! La mauvaise liiimeur des soldats de l’.Autricbe avait fait le reste. Evviva Pio nono solo! criaient les habiles. Pie IX seul, ce n'était plus en elîet un gouvernement, et c’était bien là fju’en voulait venir le lercle populaire cpii ne tarda pas à devenir un vrai gouveruemeiil révolutiouriaire.

Lé 2 janvier I8LS, comme le Pape parcourait le Corso en équipage de gala, un |ioiiefaix osa sauter derrière sa voiture et faire llotter sur sa tête un drapeau avec cette inscription ; Saint Père, fiez-vous an peuple! De ce jour, Cicervaebio, capo di popolo et protecteur de Pie IX, devint le héros de la sitnatiou. l ne pétition était remise huit jours après à la consulte, réclamant une armée nationale avec des chefs capables. Il ne s'agit plus de réformes, avouait-on sans détour, il s'agit de guerre, de défense du pays, d'indépendance. Comment vivre en paix avec l' Autriche et se croire libre’.' .\ Ferrare, on n'avait obtenu qu'une demi-satislaclion. A .Milan, le sang italien avait coulé sous le fer de rétranger. Püuvait-on voir sans frémir le roi de Xaples bombarder les villes révoltées de la Sicile, et Charles-Albci t faire sabrer son peuple qui avait osé chanter sur son passage l'hymne à Pie IX? Se confier dans les traités, concluaient les pétitionnaires qui jiaraissaieut être des Ita-

lIlSTltlUK

lit’iis (le la Itotino (•colf llorciilini' ilii seizième siècle, c esl folie on traliison; se leposer sur la force du droit, e't'sl i;^norer l’iiisloire ; croire à l'eflicacitè des proicslations, c’esi s’abuser iiuèiileuieut. Qu’oii se liàle doue d’armer le peuple pour la guerre sainte, ou ([u’on redoute de le précipiter dans les voies sanglantes de l’illégalité et de la lévolutioii.

A ces violences,:! ces menaces, l’ie IX opposait avec une incomparable dignité l’éloquence de la r;iison et de riiisloire. Il demandait quel danger pouvait menacer ritalie tant qu’un lieu étroit de confnmce et de gratitude unirait la force des peuj)les à la sagesse des princes. Oiicl ilangcr surtout pour le Saint-Siège, qui verrait accouriide toutes parts de nombreux enfants jalouv de défendre la maison du père, le centre de runitécatboli(|uc? l/ltalie, les l’.tats Romains, ne savaient-ils donc plus où était leur meilleure et traditionnelle sauvegarde’.’ Avait-on oublié d où était sorti le salut de Rome au milieu de la confusion du monde lomaiii’.’ Si la ruine de l’ilalic n'avait januiis pu rqre complète au gré de ses ennemis, n'e.st-ce point jiarce que trois millions de sujets pontificaux ont deux cents millions de frères de toute langue et de toute nation, et qu’ainsi la capitale de ce petit Klat est devenue la capitale de la ebrétienté tout entière’.’ Qu’on lessc donc, suppliait l’ie IX, d’agiter devant les peuples •le ritalie l’épouvantail d’une guerre éliangère prél)aréc et fomentée |iar des conspirations intérieures et par l’inertie malveillante des gouvciuants! Qu'on cesse de les pousser par la terreur ;’t ebereber le salut public

liK l,'EXI’f;illTI(».\ liE ROME EN I8tfl. 4:.

dons le (iésoidre el de créer des prélexies à une guerre qui ne les menace pas! Kl le Prétre-roi 1er minait son allocution par une bénéiliction à plein cœui sur l’Italie, demandée à Dieu au nom de tous les saints qu elle a produits, au nom des apôtres dont elle garde les glorieuses reliques'.

Ycut-ou savoir comment les journaux de Rome accueillirent celle admirable effusion du prince el du Pontife? l.i'S plus favorables voulurent voir dans cette bénédiction répandue sur toute l’Italie, et non pas seulement s\ir l'État romain, un encouragement à la guerre de 1 indépendance. Les autres osénmt repiocbcr à Pie IX de compter les Italiens pour rien el d'estimer au-dessus de ses trois millions de sujets temporels ses deux cents millions de sujets spirituels. « Les circonstances sont si graves, était-il réduit à dire le lendemain aux commandants de la force armée, que je viens faire appel à la loyauté de la garde civique. Je conlie à ce corps ma personne, mes biens, le sacré collège, la vie el les propriétés de tous les citoyens, le tnaintien de l'ordre et de la paix publique*. » Ne croirait-on pas, bêlas! entendre Louis XVI remettant à Pélion le soin de sa Itunille et le salut de la monarchie? ün voit si la France avait raison de lutter ses préparatifs et de tenir, dés le 27 janvier, un corps d'armée à la disposition du Sainl-Pére’.

* Proclamation tic Pie IX aux Itumaiiis (10 fôvrier 1818).

* A questo corpo alTido la mi« persona, le mie sostanze, il sacni collegio. le Tilce le soslaiizc di tutti i cilladini, il mcnlcnimcnlo dcll' ordinc c delta tnnquillilà publica. (Il février 1818’].

* Üépêclic de il. Guizot à il. Ro»i, filée au cliap. préc 'dent.

IIISTOIIIK

Mais Dieu avait manjiié celte année parmi celles (ju il SC réserve. Au lieu d’un seeoui’s de la France, on cul la Révolution de février, ('.e que serait devenu le inouveijient italien sans celle explosion iiiatlendne, nul ne peut le dire; ce qu'il allait devenir avaiil peu, nul ne pouvait plus s’y Iraniper. « l ne œuvre si g;rande cl si dillicile, avait dit quelques mois avant le président de la Consulte eu remerciant le Pontife îles réformes accordées, réclame pour élrc menée à bonne lin la maturité des conseils, beducoup de temps et une paix complète. » Or, après le “24 février, il n’y avait plus à compter nulle part ni sur le temps ni sur la paix. Le |»remicr ellet de ce triomphe de, rinsurrection devait être de fortifier partout en làiropc le parti auquel il livrait la France. De réformes, de profirés réj.;nlier, de régénération de l’Italie par ses gonvernemenls, oiv n’osa plus souiller un mol. 11 fallut parler de suite de son iiidé pendanœ et bientôt de son unité conquises par les armes et par les votes du peuple souverain. Dés lors la direi;lion du mouvement échappait à Pie l.\ pour tomber dans la première main qui tirerait l’épée. Déplaa'ment funeste ! car on n’aurait jamais eu raison du Pape par les gros bataillons, comme on devait avoir facilement raison de la Sardaigne. L'Italie sans .soldats, sans ressountxs, incapable alors comme aujoiird’hni de cet élan patrio; tique qui enfante des armées et décrète la victoire, .sarriliait ainsi aux hasards de la guerre sa vraie force, qui est la faiblesse inviolable du successeur des Apôtres.

Dés le IS mars, la question de l’indépendance ila-

liK I KVI'KlililON DK UOMK K.N ISlil.

litMiiie so Irailiiil à coups de canon dans les rues de Milan «Milre le maréchal lladelzki el la population. Qu’on nous permette d’extraire des historiens locaux de celte lutte aeharnée el vaillante un trait qui peint au vif la situation d'esprit des coniballants : dans les projectiles de la inilraille aulrichienne qu'ils recherchaient soigneusement pour les lenvoyer à l’ennemi, les Milanais relevèrent avec étounenient et respect de grandes médailles de fonte porlani l'efligie de Pie IX. Ils ré*pondirent par «les halles où le cri de Vii'a Pio uono! était gravé audessous de la croix. Ainsi, c’était bien sous l’invocation du Pontife réformateur que s’engageaient les premiers combats pour la liberté de l'Ilalie. La confiance des Lombards était aussi dans fharles-.Xlbert. Persuadé que la itépubli<|ue de février allait reprendre la propagande année de sa devancière, le roi de Piémont, devenu constitutionnel depuis quelques semaines par l’exemple du roi de .Naples, ne vil d'autre moyen de sauver sa couronne que d'engager le premier la partie et de marchei’ sur l’Autriche en l'efusant par avance le secours de la Krance. « Nous seconderons vos justes désirs, disait Charles-Albert dans son manifeste aux peuples de la Lombardie el de la Vénétie, confiant dans le seeouiN de ce Dieu qui est visiblement avec nous, de ce Dieu qui donna Pie IX à l llalie, de ce Dieu qui, par mie si merveilleuse impulsion, a mis l'Italie en état de pouvoir se suflîre à elle-même (in yrado di far da se). » t’ est l’origine du fameux mot tant admiré et tant repi-oché ; Italia farfi da «c / Calcul héroïque mais insensé !

H1ST0IHI-;

One pouvait le l'iénionl , ou nit'inc l’Italie sans notre alliance, contre rAulriclic appuyée sur rAlleniagno et la Uussie? Puis il était tlillicilc de sc dissimuler que celle agression contre un Klat voisin en pleine paix el sans provocation de sa part, était une violation llagranle du di'oit des gens : exemple toujours l'écheux à donner par une inonarcliie et dans nn temps de révolution. Le marquis l'arclo, nouveau ministre des alTaires étrangères de Lharles-Alhcrt, avait beau murmurer à l'oreille des cabinets que le seul but de son souverain eu atbiqnant l'Autriclie était de mettre (in violemment à une situation violente et de |iréveiiir la proclamation de la républicine en l.ombardie il avait beau insinuer ainsi que œtte entrejnise méritait la faveur plutét (pie le blâme des monarchies dont elle servait la cause, de tels raisonnements n’avaient pas cours encore en diplomatie. On n’admettait pas ([lie le plus sûr moyen de dompter la révolution fût de venir en aide à ses violences el de s’en adjuger les prolils. On estimait sans doute à leur juste valeur les vœux d'une nationalité opprimée, on ne tenait point pour

4T * On lia peul «e dis<iniiil<‘r, mtimlait le 23 mars 18i8 ic in.'u'quis Parclo à sir Abercrotiiby, tninislrc de la (irandc-Brelagne à Turin, qii’nprès les ér^iiemcnts de Fimiicc le danger de la proclamation d’une république en Lombardie ne puisse être Irès-prochiiii. },e roi xe croit obligé de prendre de$ mesures qui empêcheront que te mouvement actuel ne devienne un mouvement républicain, qui éviteront au reste (te ntaÜe les catastrophes qui pourraient avoir tien si une telle forme de gouvernement venait à être proclamée. J> — Ne ci'oiraiUon pas lire la circulaire de M. de Cavour au monieni où son armée envahissait les Etats de l'Église? Dans le style de la chaiicel' Icrie de Turin, pnmdre des mesures, cela voulait dire, en 18i8, prendre la Lombardie, comme en 18B0 prendre les Marches et le royaume de Naples. C'est toujours prendre quelque chose !

UE L’EXI'ÉDITIO.N UE ROME EN 1849. 49

HOU avenues les dépululloris envoyées à Charles-Albert de l’autre coté duTossin, on regardait avec une sympathie attristée les quelques centaines de volontaires accourus sous ses drapeaux, on trouvait fort pathétique l’appel «les Milanais porté aux quatre vents du ciel par des milliers de ballons : mais rien de tout cela ne passait pour un acte de quelque valeur en droit international, tie qui apparaissait clairement à tous les yeux, c’était l'aiiihition séculaire de la maison de Savoie, qui trouvait eiitiu l’occasion de se satisfaire tout en sc déguisant. On lie pensait, on ne parlait pas autrement sur ce point dans les salons de M. de Lamartine qu’à la cour de l’empereur Nicolas. Toutes les faveurs de la République, cela est écrit dans une foule de documents de l’époque, eussent été pour le grand-duc de Toscane, si ce prince eût voulu consentira devenir notre protégé. Cette disposition n’était |)oint, comme on pourrait le croire, le fait des préférences et des souvenirs de jeunesse de M. de Lamartine, elle ressortait de l’ensemble de notre politique en Italie et sunécut à la chute de la Commission e.xécutive : « Une des bases de la médiation offerte à l’Autriche et à la Saitlaigne, mandait le 29 août M. Jules Bastide à M. Benoit Champy, notre ministre à Florence, est que les duchés de Parme et de Modéne seront libres do se réunii' a qui bon leur semblera. Nous préférerions que ce fùl ù la Toscane plutôt qu'au Piémont, et je viens de l’écrire il M. Bois -le -Comte. » — Une dépêche du même jour adressée à ce diplomate portail eu effet ; « Les duchés s’uniront au Piémont, s’il le veulent, à moins

IIISKilltK

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qu’ils ne prérèi eiil s’uiinoxor à hi Toscane, ce que nous verrions plus volontiers, car la Toscane nous est beaucoup plus sympathique que le Piémont. « On sait enfin qu'au moment on la Sicile en révolte conlre son souverain cherchait un prince à (,ni se donnei', le général Oavaignac appuya la caniliilalure il'un lils du grand-duc de Toscane conlre celle du duc de (îénes (jue l'Anglelerre fit réussir. Toujours est-il que ce liil par la seule i’ iliative de Charles-.Vlhcrt, el sans aucun appui du nouveau gouvernement de la l'rancc, que l'Italie entrait du même coup, le 2Ô maisi IS'hS, dans la jihase de la guerre à l’Autriche et des annexions au Piémonl.

Nulle part plus qu’à Rome ne devait être ressenti le double coup de la Révolution de février et de l’entrée en eaïupagnedn roi de Sardaigne. Nulle part, en etïel. h' gouvernement n’était plus désarmé, les sociétés secrétes plus actives, les masses plus crédules el plus excitées. On était loin déjà de runanimilé d’enlhousiasme el de vénération des beaux jours de 1 847 . l.a dictature de la rue avait passé définitivement dans les mains de quelques agitateurs subalternes. Kn vain les conce.ssions du Pape répondaient-elles à leurs exigences, elles arrivaient toujours trop tard et n’allaient jamais assez loin au gré des exigences nouvelles, .\vait-il accordé lestatnl fondamental qui introduisait le gonvernemeni parh*mentaire dans ses Ktats' : le parti de la guerre ne pensait qu’à s’en faire une arme moins redoutable, hélas! pour

* ! > mars I8i8.

iiK i.'km’kimuon |)K iu.-mk k.v isk>

1.^ A ..trichions ,|i.c |)ou.' le Saint-Père. Comment osj.èr'er ni ellèl que ceux qiii avaient voulu se servir de la consulte I-»"' inipu-se.' la j;nen-e à l>ie \\ allaient .-enoneer à leurs détestables pi'ojcls parce qu'on mettait à leu.' dispo- 'ilion la tribune et la pres.se? « On doit négli-ei-, avaient-ils erit deux mois auparavant, tout ce qui n’a pas liait à la i(■■^ellse de la patrie commune et à l’indcpendance italenne'.» Kn vain un ministère nouveau avait èlè foi mè, oiiiprenant quatre laïques sur neuf membres; il fallut, iigt jours plus lai-d, en donner un autre oi'i les laïques aient au nonibi-e de .six. .Vppelè à cbaqne instant sur ai balcon du Quirinal, le malheureux Pontife n’osait MS bénir sans resliâclions celte foule d’où partaient lo.iiirs queh|ues cris conlraii-es à la sainteté de l'l':gli,se. le vous bénis de toute mon âme, s'ècria-l-il un joui' un, voix etouirée par les larmes, mais s.'ulemeni MX qui ne veulent rien contre la religion et contre re Pontife! » L’éloignement momentané des jésuites une des mesures d'ordre public qui fit saigner plus lellement son cœur de prêtre et de souvei'ain. fout semblait conspirer en Europe contre la situation

Pie IX. Après la Révolution de février était venue la olulion de Vienne; cette fois l’exaltation populaire et idace des meneurs furent portées au comble. C’en it ftùt, croyait-on, du vieil ennemi de la Péninsule! lu dans sa propre capitale, comment pom-rail-il -'cr à maintenir sa domination sur l’Italie? Rome

’.'lilioii |iivsenliS' à la consiille l« 10 janvier.

uisïuiHi;

pavoisa el sftiuia toutes scs cloches comme pour une fêle. . 11 y cul séance de déclamation patriotique au Colysée, manifestation devant le Quirinal, on le Pape refusa de se montrer, tumulte et violences autour du palais de l'ambassade autrichienne, dont l’écusson, mis en pièces, fut remplacé par le drapeau aux trois couleurs italiennes. Le lendemain, le gouvernement blâmait ces violences dans le Diario di Roma, mais n'en était pas moins forcé d'annoncer la formation immédiate d'une armée dite d’observation dont le commandement fut confié à un Piémontais de plus de jactance que de mérite, le général Duraiido. On llattait le Pape que c’était le plus sûi‘ moyen d’éloigner de Rome les turbulents, les amis de Ciccrvachio, les affidés du cercle populaire. Le seul bénéfice qu’il en relira immédiatement fut de voir partir pour la frontière les quelques régiments suisses sur l»!squels il aurait pu compter pour sa défense. Une légion de volontaires fut bruyamment organisée et partit en chantant victoire avant d'avoir combattu. Soit qu’elle s’éloignât de la capitale avec regret, soit ((u’clle s’approchât des Autrichiens avec déplaisir, cette troupe ne mit pas moins de vingt-sept jours pour aller de Rome à Ferrare, c’est-à-dire pour parcourir une distance de quatre-vingts lieues'. Le Pape avait donné pour consigne abs<jlue de défendre son territoire si par impossible il était envahi, el de n’attaquer en aucun cas. Que faire en cet état violent des esprits, de soldats qui probablement ne devaient -

* Perrens. Petis au* ih' rérotution en Italie, p. 59.

liK LKM'ÉKITION UK UOMK EN 18i9. :<7,

pas se battre et qu’on voulait cependant rendre utiles à la cause italienne ? On proposa à Charles-Albert, comme une sorte de moyen terme diplomatique et militaire, de les distribuer en garnisons dans les places intérieures de ses États. Sur son refus, il fut enjoint au général Durundo de se borner à garder la rive romaine du l’ô. Ces instructions, dont un prochain avenir devait révéler la sagesse, ne tardèrent pas à être dépassées ; eu paroles seulement, il est vrai, mais ces pa- I oies, prononcées à quelques portées de fusilde l’arméeautrichienne par le commandant des troupes pontificales, é(|uivalatenl à une déclaration d’hostilités. Il ne s’agissait de rien moins, d’après le belliqueux général, que de courir sus aux barbares et d'entreprendre, à la voix d’un Pontife patriote, la sainte croisade de l’ilalie. Le Journal de Rome était obligé de relever par un démenti celte coupable fanfaronnade : « Un ordre du jour, disait l’organe ofti- (âel, adressé aux soldats, et daté de Bologne le 5 avril, exprime des idées et des sentiments comme s’ils étaient émanés de la bouche de Sa Sainteté. Le Pape, quand il veut manifester ses sentiments, parle lui-méme, et jamais par la bouche d’aucun subalterne... » Cet incident, envenimé, .par la passion populaire, suscita une polémique tellement scandaleuse sur les véritables intentions de Pie IX, les uns jurant qu’il avait commencé la guerre, les autres alfirmant qu'il était seulement décidé à faire respecter ses possess/ons, que la dignité du Poiitife fut dés lors inléicssée à s’y réserver le dernier mol.

Ce dernier mol fut l’encyclique ilu 29 avril. Pie IX

iiisroiiii-;

protestait solennellement eonire la lésolution que pin sicui's lui prôlaicnl d’envoyer ses sujets se hallre contre rAutriclic. « Nous tenons sur la terre, s’ùeriait-il en s’élevant pour un moment aux plus sublimes liautcurs du vicariat divin, la place de Cedui qui est l’auteur de la paix, l’ami de la charité ; tidéle aux divines obligations de notrê suprême apostolat, nous embi assons tous les pays, tous les peuples, toutes les nations, dans un égal sentiment de paternel amour! » rontraslc étrange et douloureux, qu’au moment où le mol de fraternité s’imposait aux lèvres les j)lus forcenées, ces paroles d’un père n’aient pu être comprises! Avaient-ils oublié, cts hommes à qui Pie IX ne songeait à leproclier que leur ingratitude, les vers mis par leur poète dans la bouche de saint Pierre et qu’on a si souvent cités contre l’ambition des Pap(!s :

Non fil iioslra inlcnziun clic a destrn m:mu Dei nostrî siicccsor parle t^cdcssc Parle «Pall'allro tlol popul crisliaiio;

Né chc le cliiavi che me lue concosse Divenisser segnacolo in vesbillo Chc conlra 1 halez/sii cornlxitesse * !

« Ce ne fut j)as notre intention que, par nos successeurs, le peuple chrétien fi’it divisé, une partie à leur droite cl l’autre à leur gauche; ni qiie les clefs qui me furent données devinssent un emblème siir un drapeau pour combattre contre les baptisés. »

Le Pape est-il donc, comme l’a dit méchamment Machiavel, un souverain qui a des fitats qu’il ne peui dé-

' Pornd-, Mnl. XXVII.

KK i;K\i>i:nmo.\ hk iiojik k.n isüi. r.5 fend II* et un peuple qu'il ne peut gouvernée ? Non sans doute ; mais il est incontestable que son action militaire est boi née à la protection de son territoire, qu'il ne doit se permettre, aucune guerre d'alliance ou de conquête, et qu’un pouvoir divinement condamné à rester paternel ne pourrait se soutenir contre ses sujets par les moyens qui ont réussi à d’autres, tels (pie la mitraille dans les rues et les d(!iportations on masse'. Les Italiens, au milieu desquels ce pouvoir a pris naissance et s’fcst développé, sont précisément ceux qui semblent en avoir le moins compris les conditions nécessaires. Parce qu'ils ont jusqu'à présent brillé de son éclat, protité de sa grandeur, abusé de son inviolabilité, ils l'ont cru fait, non pour le monde, mais pour eux seuls, bornant ainsi à leur ville la bénédiction pontificale, urbi el orbi. Leur propension à considérer la religion el la papauté comme leur bien i»roprc, est de celles que les callioliqucsonl le plus visible inlérètà contredire. Que le chef de la ebrétienté ail sa résidence en Italie, que le Irtàne des Papes ait ivmplacé celui des Césars, c'est là une de ces grandes harmonies de l’histoire où nous aimons à vénérer un décret de la Providence. Mais que ■ toutes les agitations do cecenlrc tumultueux doiventavoir leur contre-coup dans notre Église et dans nos consciences; que le père commun des fidèles doive perdre son indépendance parce que les Italiens songent à reconquérir la tour; que, semblables aux Grecs d’Homère, nous devions pleiiier toutes les fois qu’il plaira aux Romains, ces éter-

‘ SoireeUi' nllucutiuii contiisloriale a la fin <iu volume.

HISTOIRE

nols l üis de In terre, de se réjouir; voila ce qui n'a jamais été admis, pas plus à Turin qu'à Vienne, pas plus à Naples qu'à Paris. N'esl-i'e pas pourRomennegloire assez excej)tionnellc que la domination du Vatican ait succédé à c^lle du Capitole etile ne pouvoir être que la première ville du monde? N'esl-ce pas pour les llaliens assez de privilèges et de notre part assez de concessions, que les principales charges de l'Église leur soieni invariablement confiées? llaliens le plus grand nondire dos caivlinaux, italiennes les congrégations qui sont les divers ministères du gouvernement spirituel. Italiens les nonces, Italiens les Papes. Pour quelques Papes français au quatorzième siècle, pour un Pape tlamand au seizième, tons les historiens de la Péninsule ont crié à l'invasion des barbares dans la ville sainte. Oue serait-ce, on peut le demander, d'un Pape allemand nisidant en Allemagne et qui appellerait ses compatriotes à s'armer contre ntalie?Or n'étail-cc pas là ce ([ue les Italiens de 1848 attendaient de Pie IX contre leurs dominateurs germaniques? Aussi, ne faut-il pas s'étonner si, pour répondre à la prétendue déclaration de guerre du chef de la chrétienté contre r.Vllcmagne, la menace d'un schisme courait déjà, comme une protestation populaire, dans le pays de Luther et de Joseph 11. Le Saint-Père, que des amis imprudents et des ennemis perfides avaient trop souvent fait parler sans son agrément, ne pouvait donc plus se dispenser de pai 1er par lui-mème. On s’obstinait visiblement, soit à le calomnier, soit à ne pas le comprendre. Ce qu’il avait voulu pour son peuple comme souverain temporel, deux ans de régne l'avaient assez

montré. Ce qu'il devait à Dieu et à l'Église comme Pape, il n’avait jamais hésité non plus à le rappeler : « Puissent i\os regards, disait-il un mois avant la fameuse encyclique, contempler la paix sur celle terre d'Italie que, dans notre charité universelle jiour le monde catholique, nous ne f ornions pus appeler la plus chère, mais que Dieu, dans sa bonté, n voulu du moins placer plus près de nous'!... »

Mais l’opinion italienne, en proie à ce moment à une vraie fièvre de bataille, ne pouvait s’élever jusqu’à la sérénité de ce langage plus rapproché du ciel que de la terre. Elle ne voulut y voir qu’une chose, c’est que le souverain regardé jusqu’alors comme le patron de l’indépendance nationale refusait à celle cause, au m»v ment décisif, l'alliance de son gouvernement et le bras de ses sujets. Un ne lui |)ardonna pas d’avoir prétendu la seivir seulement par les réformes, par l’estime et l'appui assuré de l'Europe libérale; on le dénonça comme traître dès qu'il eut répondu aux agitateurs que la guerre, qui lui semblait pour tout souverain un moyen extr ême et redoutable, était {wur lui un moyen impossible. Les Italiens, chez qui le sens logique semble plus développé que le sens moral, n’admellcnl pas qu’une fois le but reconnu etl'intcrét démontré, on hésite à y marcher par le chemin le plus court. Les non possumus de l’honneur ou de la conscietjee ne sont que faiblement accrédités chez eux par les traditions ou par les mœurs. La moralité d’un acte se

* ProtianMlion hu peuple romain du 50 mars

lllSTOIliK.

mesure loul d aliord au profil (iii'oii ou relire, ei l'adiiiiralion se dispense suivant l’haliileté doiif ou a fait preuve. Pie IX aurait dû eoinmencer par tout sacrifier à la fantaisie momentanée de l'Italie, la iiapaulc et les catlio liques se seraient arrangés après comme ils auraient pu.

Or, c’était le prince italien qu’on avait interrogé, et c’était le Pontife qui venait de répondre. Comme de juste, il avait répondu dans la langue de l'Église, et c'est, assurent les témoins oculaires, à cette seule circonstance, qui retarda de quelques lieurcs pour le public la parfailt* intelligence de l'encycliquc, que Home dut de ne pas avoir eu six mois plus tôt la journée décisive du Iti novembre. Cette date du ‘2!) avril n’en reste pas moins capitale dans l’Iiistoire de ce temps. Elle marqua la fin de la faveur populaire dont le Pape avait joui depuis son avènement, et fournit au parti révolutionnaire l’occasion longtemps cliercliée de rompre publiquement avec lui sui' la question nationale. De ce jour seulement, il lui fut permis de marcher à visage découvert contre le pouvoir temporel, signalé comme inconciliable avec la liberté de l’Italie. Pie IX eut beau accepter le comte Mainiani pour ministre, s’essayer sincén'ment au rôle de souverain constitutionnel, écrire une admirable lettre à l’empereur d’Autriche pour le sup)ilier de ne pas mettre l’honneur de ses armes dans une lutte à outrance contn* la nation italienne, rien ne put le relever de l’arrêt qui venait d’étre prononcé '.

' Voir celte lettre i la fin ilu volume

DK i;K\i'KDrrni> dk p.omi; k.'. is4!i.

Cflle voie (le riiilerventioii paciliciiie élail eepeiulaiit la seule où le prince et le Ponlife auraient pu marcher de concert sans rien sacrilier, l’nn de ses sentiments, l’autre de ses devoirs. En même temps (ju'un pr(!-lat portait la lettre du Pape au camp imp(!“rial, M. Farini, alors secré taire au ministère de l'intérieur, était envoyé à Charles- Albert pour lui offrir ralliance et la médiation de Rome. Mais on était dans la phase des succès faciles, et la proposition de Pic IX ne fut pas même écoutée. Etait-elle aussi peu sérieuse qu’il a plu aux écrivains piéniontais de le prétendre? Les documents les pins irréfutahles ne nous permettent pas de le. penser.

Ce n'est aujourd’hui un mystère pour personne qu’au mois de mai bSiH rAutriche se montrait plus disposée à traiter qu’à comhattre. Vaincu par la révolution à Milan, à Vienne, à Prague, en Hongrie, l’empire tenait to.it entier sous la tente de quelqiu’s généraux fidèles Dès le mois d’avril, on demandait de sa part à l’Angleterre de s’interposer pour un arrangement à l’amiable avec les Lombards et les Vénitiens. C’était le moment oii M. de Ficquelmont, ministre des affaires étrangères, écrivait avec une netteté d’exj cession plus française que gennanique : « Le mouvement universel qui remue l’Europe a toute la violence d’un état de révolution : sa première exigence est de briser la mesure du temps et (l’ajouter la diflicullé de faire vite à l’éternelle difliculté de faire bien '. » Le 12 mai, lord Ponsonhy, ambassadeur

^ ÜéptVIie (lu r» avril IMiH à M. Diolriclisleiu, ambasî-adeur d'Aulriclic à UrKlre»

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mSTOIliE

d'Angleterre à Vienne, annonçait à lord Palinerstun la mission pacitique du baron de llumelauer, et, le 25 du môme mois, ce plénipotentiaire mettait sous les yeux du ministre anglais les rx>nditions de l'abaudou de la Lombardie par son gouvernement*. Dira-t-on que l’Autriehe n’aurait jamais voulu entrer en pourparlers avec Pie IX. qu elle regardait alors, au reboui's des clubistes de Rome, comme le plus redoutable ennemi de sa puissance en Italie'.’ Mais elle se l'ùt trouvée sans doute moins humiliée d’en être réduite à celte extrémité que d’envoyer des propositions à ses sujets révoltés qui ne se fesaient aucun scrupule de les rejeter. Or, le 15 juin, le baron de Wessenibcrg, nouveau ministre de l’empereur d’.Vutriclie, cédant aux conseils de noire chargé d'affaires, M. de Lacour, adressait d’inspruck au comte Casali, président du gouvernement provisoire de Milan, une demande en ouverture de négociations sur la base de l’indépendance complète de la Lombardie jusqu’au Mincio. Sait on ce <|ue répondit ce gouvernement provisoire? 11 répondit (jue la Lombardie venait de se donner à la Sardaigne, que dans aucun cas elle n’accepterait d’élre libre sans Venise, el que le mot d’ordre était dorénavant l'indépendance de toute l’Italie *.

Le Pape n’avait donc pas si mal choisi son moment pour

* Voir celte pièce î la lin 4iu vuluine.

^ Alin de ne pas surcharger ce récit de nuies cl de citations, nous nous bornons è signaler par leurs dates des pièces diplomatiques que nous pourlions donner <r extenso et qui sont presque lou(e< arrirées à la publicité par les débats du |Kirlemcnt tinghiis.

> inlei’iwscr, cl il fallait bien que ce fût aussi l’avis de H. Farini, car ce diplomate se plaignit vivement de sa liission manquée par l'obstination des Piémontais, « plus lisposés, prétcndail-il, à extravaguer, à rêver guerre, M'iiples en insurrection, formation d'une libre Italie, u’à s’en remettre prudemment aux lenteurs de l’avenir I aux hasards qui se seraient présentés. »

Pendant ce tem[is, que faisait la France, dont l’esprit, imme l’avait demandé M. Thiers, était partout et la lain nulle part?

La France était tout occupée à rassurer l’Europe et à ■ rassurer elle-mérne contre sa République.. Entre son >uveau gouvernement et celui du Pontife réformateur, il avait d’involontaires affinités et de naturelles défiances, parait certain que les défiances avaient pris le dessus,

I moins à Rome, et que le parti modéré qui soutenait e IX ne vil pas avec faveur ce terrible pas en avant de Révolution. Soit lenteur habituelle à la chancellerie luaine, soit prudence d’une cour qui attendait peute, avant de s’engager, l’établissement d’un pouvoir finitif, il est incontestable qu’en juillet 1818 le nonce Saint-Père à Paris n’avait pas encore reçu les lettres i devaient l’accréditer auprès de la République, cl que d’IIarcourt, notre ambassadeur à Rome, n’avait pas ofliciellement présenté'. Les relations étaient donc

Nous IrouTons la preuve de ce luit peu connu dans une dépêclic du istro des afTaires étrangères au duc d’Ilarcourt: v 11 est fort à désirer, vutl U. Jules Bastide le ^ juillet, que votre présentation officielle ii'c' ire point di* pliH long< icUrds; elle doit impliquer la peconnaiss«'ihcf de

lllSTOlliK

fii

a [»cu prés milles eiilrc l'aris et le Valicaii. Le l’apc, que la müiiarcliic jugeait trop osé en janvier, passait pour trop timide eu février, et le luanifestc de M. de Lamartine n’avait pas plus parlé de lui que le dernier discours de la lourunue. Mais la question itahemie restait plus que jamais à l’ordre du jour descliancelleries. Or alors, comme de nos jours, elle contenait la question romaine, comme le fruit contient le germe dont il est né et dont il vil.

S’il n’avait pas été donné à la Uépublique de la poser, il ne devait pas lui étie donné non plus de la résoudre. Constatons d’abord que les plus vives préoccupations de l’opinion allaient plutét de l’autre côté du Rhin que de l’autre côté des Alpes. La l’ologiie avait à notre appui des droits plus anciens, plus liéroïques, plus obstinément rappelés. C’est en son nom et nullement nu nom de l'ilalic ijue s’était faite la journée révolutionnaire du 15 mai. Graïuif* maladresse dont on est bien revenu depuis! Kn s’en prenant à la Pologne, on liguait contre soi les trois puissances ijui se sont enrichies de scs dépouilles. Mais en se jctaiit sur l’Italie, on n'attaquait que l’Autrielie et l’on gardait toute chance de l’isider de l’Allemagne et de la brouiller avec lu Russie.

Cependant les réfugiés italiens avaient été reçus et harangués comme tous les autres à l’IIôtel de Ville. .M. de Lamartine leur avait répété les brillantes et dange-

la licpulilique, el j'ainic a croire que le nonce à l’jris vu recevoir île nouvelle.» Icllres lie créance. » l.a friniçaise et l' Italie en 1S48, par Jule.»

llasliile, ancien niinislre des alTairca cli-angères de Kraiice. Ilnuelles. cliei .'lélinc et C*. I8.ÙS.''

liK I/KXI'KDITIUN DK lUHIK K.\ 181'J.

rcust's assurances de son manifoslc : Pas de propagan'de à main année et de parti pris, mais intervention si les peuples la demandent. Kt, pour montrer que les faits suivraient les paroles, trente mille hommes attendaient l’arme au hi-as aux pieds des Alpes l’appel fraternel de l'Italie. Nous ne disons pas (pi’il n’y eût dans la Hépuhlique et môme dans le gouvernement, une faction violente et rétrograde qui demandait à reprendre, sans tant de phrases, la politique de ta Marseilluise. Nous ne nions pas qu’elle n’ait essayé d’engager ta partie en dessous, traîtreusement, à l'italienne, et d e faire franchir nos frontières par des corps francs, avec un désaveu tout formulé en cas d’insuccés et une armée toute prèle eu cas de réussite. Les tcnlalives de (ihainhéry et de Risfjnous tout, qui seraient à peine remarquées aujourd’hui, tant les doctrines de force et de succès à tout prix ont arejuis d'empire sur les èiues, sont restées fameuses dans les scandales de ce tcmips. Mais il est de notre devoir de rappeler que les principaux chefs de la llépuhlique ont mis leur honneur à repousser une solidarité dont s’indignait la loyauté française. On peut même mesurer les progrès de. la moralité politique eu nous voyant applaudii' en l’iémont, depuis 18.09, des pratiques que nous jugions infâmes il y a douze ans, et contie lesquelles on invo<]uait, en pleine A.ssemblée nationale les articles 8 A et 8.N du (iode pénal ‘.

' l)fs (téiilu et de.i crimes emiire la süretif extérieure de l'Etal. — Voir • la fin Ju volume les (téclaralions «le MM. «le Ijimartine, I.cilrii-llolliu el Kimnaiiiiel Arapo «levant b Conslitimit««.

64 IIISTOIHE

Non-seulement notre armée des Alpes ne fut pas appelée, mais les Italiens s’étaient habitués à la regarder presque comme ennemie. M. Jules Bastide va même jusqu'à prétendre qu'on nous craignait plus que les Autrichiens. L’esprit traditionnellement anti-français de nos voisins surexcité par les défiances égoïstes de Charles- Albert, n’accueillit guère mieux nos offres de secours que ne l'eut été une déclaration de guerre. « Je sais, écrivait de Turin le ministre d’Angletene à lonl Palmerston, que le marquis de Brignole vient de renouveler, dans les mains de M. de Lamartine, la proli'station non-seulement du gouvernement sarde, mais de tous les gouvernements italiens contre l'intervention française*. » Et notez que ce ne fut pas là seulement l'œuvre de quelques petites cours craignant nolrt' propagande ré|)ublicaine : l'Italie avait au printemps de J848 cinq parlements, .à Turin, à Florence, à Rome, à Naples, à Venise, cl tous se déclarèrent ré>olùmcnl hostiles à notre concours armé.

Le bruit s’étant accrédité à Rome, que la république de Venise allait faire appel à la République française’.

* Dépt^he (le »ii' Abcrcroniby du 14 ;ivrii

n * t<a n<‘publique franç.iisc. nvnil dit Haiiiii <Un$ sa lettre de noliKcatioii au gmiverneiTient de r(‘vricr, a coni}tali à nas malheiira, elle s'est réjouie de notre dijlivrancc ; elle nous promet un appui qui donne beaucoup è espérer, rien à craindre; leA tecoun venant tfun payg tm iMmariine est ministre ne. pCHventétredaiigerfUj'. i* (Venise 28 mars 18 i8.) C'est à propos decctle pauvre phrase qu’on s'iudiumail i Rome et que la Palria de Milan s* (écriait: a Quel vertige, quel délire a troublé l’esprit des ministres de la République de Venise'.' Nous ne trouvons pas de paroles asse* st'vères pour fltUrir leur anidnile! • (Document*' lai-'sé^ fiar Maniii cl rectieilli.s par l’btrial de h Paye. vol. 1,

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M. Mamiani, ministre de l'intérieur, répondait en ces termes a de pressantes interpellations : « Il n’est pas de ville, il n’est pas une palme de terre en Italie où l’on puisse concevoir la pensée et commettre la fauté d’appeler l’étranger. La république vénitienne préférerait mille fois s’engloutir dans ses lagunes ' ! » Et comme on reprochait le lendemain aux orateurs de la veille leurs allusions injurieuses pour la France, M. Farini, secrétaire de l’intérieur, voulut bien nous accorder cette dédaigneuse satisfaction : « A la France il est dû quelques paroles de remerciment, mais seulement des remerciments, pour ses offres généreuses. Mes paroles doivent faire comprendre que nous sommes loin de désirer que les armes françaises entrent en Italie pour nous sauver. C’est avec nos propres forces que nous devons conquérir notre indépendance. Assez et trop longtemps l’Italie a été un champ ouvert aux ambitions des puissances étrangères! » (Applaudissements. )

C’était le moment où les Piémontais, vainqueurs pour quelques jours en Lombardie, ne parlaient de rien moins que de passer les Alpes à leur tour, et d’aller, comme Napoléon, signer la paix à Schœnbrunn. On ne devait pas garder longtemps une si fière attitude.

Cette main tendue par-dessus le mont Cenis, qu’on re-

p. 169.) I.C dictateur de Venise ijui était un esprit pratique n'en écrivait pas moins à Paris, quand la Vénétie Tut abandonne^! par Charles-Albert ; a De même que la parole pacilique du pontife s'est interposée entre nous et l’Autriche, de même une parole plus guerrière, entre conseil et menace, venue de la France, pourrait lui imposer la paii. s (Venise 10 juin 18(8).

* Chambre des dépotés de Rome. Séance du 31 juin.

66 IIISTOIKE

poussait avec tant d’arrogance, on l’invoqua en vain à l’henre des désasires. Le général Cavaignac avait remplacé la commission exécutive , le glas des journées de juin venait de sonner l'heure de la dictature la plus nécessaire et la plus unanimement consentie que la France ait jamais connue. Pour le pays épouvanté, il n'y avait plus qu’un ennemi à réduire, le socialisme; qu’un opprimé à délivrer, le pays lui-môme. On équivoqua pour éviter de prendre de suite un parti. Le général Cavaignac exigea que la demande d’intervention lui fdt adressée en bonne forme par le roi Charles-Albert, maître des passages des Alpes. Celui-ci s’y serait prété, mais à la condition expresse, qui trahissait l’ambition héréditaire de sa race, qu’on lui garantirait avant d’entrer en campagne les provinces lombardo-véniticnnes. Défait à Somma-Campagna, ramené, toujours battu, à Milan, on le vit, peu de joiire après, implorer en vaincu le secours de la République, et en même temps, comme effrayé des suites de celle résolution, livrer à l’Autriche, par un honteux armistice, les pays qui venaient de se donner à lui, plutôt que de les voir affranchis par la France.

A son tour, du reste, le cabinet français allait répondre par un refus catégorique. M. Jules Bastide s’acquitta de celte pénible tâche avec l'inexorable sévérité du patriotisme offensé : « La France, disait-il, ne croit pas plus aujourd'hui qu’elle ne croyait il y a un mois à l’enthousiasme et à la prédilection des Italiens pour elle. File ne croit qu’à la mobilité de leurs impressions et à leur im-

DK LK\I-ÉDIT10.\ DE HOME EN 181H. f.7

puii^sniice. L’Italie a compromis, pour ne pas dire perdu sa cause par un vaniteux entt^tement ii rcjtousser une assistance généieuscmcnt ofTerle. Aux jotirs de prospérité, la liberté italienne nu pas dit unmotyuu pas accompli un vote qui ne fût désobligeant ou même hostile à notre égard; il n’entre aucune pensée de rancune ni de vengeance dans notre esprit, mais nous sommes avertis et «levons agir en conséquence... *. » Et pins lard, quand le l’iéinont, impatient d’une revanche, s’essayait déjà à nous enlacer dans scs intrigues pour nous entraîner derrière lui à la seconda riscossa, le général Cavaignac faisait écrire ; «Nous qui portons la responsabilité du gouvernement de la Krancc, nous serions coupables au pins haut degré si nous jetions notre pays dans les aventures d’une guerre (Uiropéenne, parce que des gens qui nous repoussaient, il y a trois mois, comme des ambitieux, veulent aujour- «rtiui nous faire courir les hasards d'une politique désesl>érée. Après la révolution de février, nous recevions chaque jour de Turin et des autres villes d’Italie des notes et des protestations contre l’intervention française. On prononçait l’accession de la Lombardie au Piémont sans même nous consulter ; maintenant on prétend nous forcer, par une sorte de contrainte morale, à nous môleid’une affaire dans laquelle on ne nous permettait pas d'intervenir quand elle offrait des chances de succès. Nous ne nous laisserons pas contraindre... nous disons à notre tour : Attendez notre convenance, et ne croyez pas

' l>ii 'Ü) août, à X. Benolt-Chimpy, i Florence.

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